IV, LS
cHar. 18°.
dernière précantion, ils noircissent et perdent Je peu d’odeur qu'on doit chercher à leur conserver. J’ai été fort surpris de lire dans TnaEr que. dans quelques cantons d'Allemagne, on préfère les /oins bruns aux foins verts. Là, au lieu d’éparpiller l'herbe fauchée, on la laisse en andains jusqu’à ce qu'on la mette d'abord en petites meules, puis en grosses meules qu’on piéline fortement, de manière que le tout s’échauffe et se transforme pour ainsi dire en une masse tourbeuse, dont on détache ensuite les fragmens à l’aide d’une hache ou d’une bêche. — Les foins marécageux sont tout disposés à se décomposer de la même manière. Mais en France, on évite le plus possible que pareille chosearrive.— Lorsqu'ils sont vaseux, probablement on pourrait les améliorer à l’aide de Ja machine à battre.« Quoiqueje n’aie pas encore eu l'occasion d’exécuter ce travail, dit M. MarniEeu DE DOMBASLE, je suis convaincu
u’en faisant passer du foin de cette espèce dan la machine pourvue du râteau et du ventilateur, on trouverait le moyen le plus efficace qu'il soit possible d'imaginer pour le débarrasser de la poussière, par l'effet du batlage énergique suivi d’une forte ventilation. »
On sait que, dans divers pays, on méle le regain avec de La paille au moment où on l’entasse après la fauchaison. On a remarqué que cette pratique facilite la dessiccation coiipiete de la masse du regain ; il est probable que si l'on avait quelques restes d’une senblabie #2é/6e ou de vieille paille, on en ürerait bon parti en les faisant entrer dans ur second mélange avec le foin des prairies trés-humides. — Pour le rendre plus appétissant, il serait souvent assez facile d'y Joindre une petite quantité de mélilot. — Enfin, il est encore un moyen que la cherté du sel rend malheureusement impraticable dans nos campagnes, malgré son efficacité reconnue:
il consiste à saupoudrer légèrement de cette substance chaque couche des foins dont on craint que la dessiccation ne soit pas assez complète au moment où on les élève en meule. Le sel prévient leur fermentation future,ajoute à leur qualité, et les reud plus agréables aux bestiaux.
Il est aussi d’autres méthodes purement mécaniques de hâter et de cowpléter Ja dessiccation des foins, dont il a été parlé dans le x1° chapitre de ce livre, auquel je renvoie le lecieur.— Je n'ai rien à ajouter non plus aux moyens précédemment indiques de changer la nature des terrains marécageux et d’améliorer leurs produits.
$ IL. — Des prairies basses.
Le passage des prairies marécageuses aux prairies basses n’est pas toujours sensible.
Cependant les dernières, telles que je les ai définies, se distinguent essentiellement par Ja qualité de leurs herbages. Elles occupent souvent de larges vallées sur les bords des fleuves ou des rivières qui les couvrent de temps en temps, sans nuire autrement à leurs foins que lorsque les débordemens vaseux, source de fécondité en automne, après les coupes, surviennent accidentellement
DES PRAIRIES
dans le cours de la belle saison. Quelque prolongée que soit la submersion en hiver, elle n'offre aucun inconvénient pour la qualité des herbes.— Lorsque ces prairies s’égouttent facilement, leur sol, recouvert par des alluvions continuelles, est d’une richesse plus qu'ordinaire, et donne par conséquent naïissance à des herbages d’une abondance remarquable; mais, lorsque le fond en est plus bas que le lit de la rivière, il se forme alors une couche végétale semi-tourbeuse, dont les produits sont de qualité fort inférieure.
À côté de ces prairies, il faut classer celles qui lorgent les cours d'eau moins considérables, et sur lesquelles diverses construcüons, propres à élever le niveau du liquide, le font refluer à volonté. Tantôt ces construclions ont pour but principal de faciliter les irrigalions; — tantôt, elles sont au contraire destinées à faire marcher des moulins ou d’autres usines. Alors, quoique la
uestion d'arrosage devienne très-secondie il n’est pas impossible, en combinant convenablement l’époque des barrages, de tirer parti d’une telle position, pour obtenir plusieurs coupes d’un fort bon foin.
On trouve aussi dans les vallées, au pied des montagnes et des collines, des terrains à la superficie desquels l’eau coule sans y séjourner. Ils donnent assez souvent, pendaut toute la belle saison, une grande quantilé d'herbes de bonne qualité, qu’on a soin de faucher dès que l’état du fonds le permet, et dont on emporte le foin immédiatement, soit pour le faire consommer en vert à l’étable, soit pour le sécher. Si, au lieu de s'étendre à la surface, l’eau pénétrait jusqu'au sous-sol et y séjournait, ces mêmes terrains rentreraient encore dans la classe des prairies marécageuses; mais, comme ils offrent ordinairement de la pente, les travaux d'amélioration sont faciles.
Dans toutes ces localités, le peu de fermeté du sol rend le pâturage à peu près impossible. La fauchaison est alors bien plus profitable sous ce rapport et sous plusieurs autres.
$ IL. — Des prairies hautes et moyennes.
Selon la position qu'elles occupent, elles peuvent étre excellentes ou très-rmédiocres.
Leur quälité dépend de lanature et de la fertilité du terrain qu’elles recouvrent, ainsi que de celles des collines environnantes que les cours d’eau pluviale dépouillent à leur profit, el surtout de l'abondance de ces mémes cours d’eau dont l'excédant doit pouvoir s'échapper à travers le sous-sol dans les saisons pluvieuses à l’excès, sans cependant s'écouler à d’autres époques avec une trop grande rapidité. — En pareïl cas, il serait possible de citer plusieurs exemples d’une fertilité prodigieuse; mais des circonstances si heureusement combinées sont rares. Beaucoup de prairies hautes sont trop sèches pour donner du regain; — beaucoup même ne donnent pas toujours une herbe fauchable. Il en est dont le sous-sol retient les eaux au point qu’elles sont marécageuses une partie de l’année, quoiqu’elles deviennent
| brülantes dans l’autre. Aussi, à mesnre que
l’on apprécie mieux les avantages des prairies artificielles, ces sortes d’herbages perdent-ils considérablement de leur importance aux yeux des cultivateurs instruits, et sont-ils successivement défrichés partout où les bons assolemens gagnent du terrain. — Si l’on n’a eu qu’elles eu vue, je conçois fort bien l'opinion récemment émise daus un journal, que les prés naturels sont une superfétation et une dépense inutile, en ce sens qu'ils occupent une place qui pourrait presque toujours rapporter davantage tout calcul fait du prix de ferme, de la somme des produits, et en définitive du bénéfice net.
On a quelquefois cherché à évaluer comparativement le produit des prairies permanentes et des terres arables. Un auteur justement célèbre les a divisées en 6 classes, dans l’ordre décroissant de leur fécondilé ; puis, mettant en regard les unes des autres chaque classe correspondante, il est arrivé à ce résultat moyen que la valeur d’un champ, dans l'assolement triennal, u’est à celle d’un pré que comme deux à trois, lorsque des circonstances de localilé n’apportent pas quelqne changement à celte proportion. — En prenant pour point de départ l’assolement quaäriennal, d’autres écrivains ont trouvé au contraire que le champ rapportait plus que la prairie. Pour ma part, J'avoue que jai appris à me méfier beaucoup de ces calculs dont la précision séduit plus qu’eile n’éclaire, et que je n’atiache pas grande importance à des moyennes qui ne peuvent guider ulilement la pratique locale, ainsi que le prouve suffisamment le peu de concordance qu’elles présentent entre elles dans les livres. — La valeur d’une prairie à base de graminées, même médiocre, peut être considérable dans les lieux où les terres arables ne sont pas propres à produire avec sûreté les meilleures plantes à fourrage; — une bonne prairie peut au contraire étre moins estimée dans les fermes où non seulement on récolte beaucoup de paille, mais où la nature des terres favorise la culture de la luzerne, du trèfle, des choux et d’autres plantes propres à faciliter l’hivernage du gros bétail ou des troupeaux.--A celte considération principale se joint celle de la proximité ou de l'éloignement de l’herbage du corps des bâtimens ; — les casualilés d'inondalions intempestives ; — les travaux plus où moins considérables d’entretien, etc., etc.
Il: suser. — Des prairies à base de lécumio neuses,
L'introduction et la propagation rapide des prairies artificielles a élé presque partout le principal, parfois le seul élément des améliorations qu'on remarque depuis un demi-siècle dans notre économie rurale. Heureusement cette vérité est désormais assez sentie pour se propager, en quelque sorte, d’ellemême. — Parmi les terrains les moins propres aux cultures économiques, il en est que leur nature condamne à rester en pâturages:
— d'autres que leur position basse où mirecageuse doil faire réserver en prairies permanentles. — En dehors de ce double moyen
AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGÈRES
= a mére mtrrtipiemenipees
LEVS: ESS,
de pourvoir à la nourriture des herbivores, les prairies légumineuses en offrent un troisième sur les terres arables où elles se marient avec le plus grand avantage aux cultures qui out pour but direct l’alimentation de l’homme, ou la production des plantes industrielles.
Dans l'état actuel de l’agriculture française, malgré le développement que prennent chaque année l'éducation et l’engrais des animaux, leur nombre, aux yeux des économistes, n’est guère plus de la moitié de ce qu'il devrait être. Il est pénible, en effet, de voir une partie essentielle de la population connaître à peine la viande de boucherie dont elle approvisionne les villes. — D'un autre côté, au milieu de ses inévitables variations si dommageables, tantôt au cultivateur par suite de l’abaissement du prix et du défaut de vente, tantôt au consommateur par une cause contraire, ou ne peut pas dire qu'en définitive la production des grains dépasse eu rieu les besoins d'une population incessanment croissante. Il fallait donc trouver les moyens, pour qu'aucun intérêt ne füt froissé, d'augmenter le nombre des bestiaux et par conséquent celui des fourrages, sans étendre les prairies aux dépens des terres labourables. — La première pensée fut d'utitiser les annces de repos de la terre ; — la seconde, d'obtenir davantage sur de moindres espaces, à l’aide de meilleures combinaisons de cultures. — Les prairies artificielles en offrirent les moyens. Le passé leur doit déjà beaucoup. et l'avenir peutleur devoirimmensément encore.
$ F.—Des principaux avantages des prairies légumineuses, dans le système de culture alterne.
Les principaux avantages des prairies arti-
ficielles en elles-mêmes, sont: 1° de demander
pour la nourriture d’un même nombre de bestiaux une étendue beaucoup moins considérable de terrain, que les pâturages et la plupart des bonnes prairies de graminées ; —- 2° de disposer, en général, très-bien la terre à recevoir les plantes économiques les plus habituellement cullivées et du plus haut produit; — 3° de faciliter, conjointement avec les racines fourragères, l'adoption du système de culture qui a pour base la nourriture du gros bétail et même des troupeaux à l’étable pendant la plus grande partie de l'année, parfois même pendant toute année.
Les deux premières propositions méritent ici quelque examen. Je parlerai avec plus de détails de la troisième au $ rx.
D'après les évaluations de GI£BERT pour l’ancienne généralité de Paris, évaluations qui reposent sur des données aussi nombreuses que précises, la produelion moyenne d'une étendue déterminée de terrain en prairie graminée, n'est à très-peu près que la moitié de celle d’une Inzerne ; ur peu plus de la moitié ce celle d’un champ de trèfle, et elle s'élève encore sensiblement moins que le produit d'un sainfoin et même d’une culture de vesces.
Tuarr, en généralisant les expériences qui lui étaient personnelles ou bien connues, arrive à des résultats plus frappans encore, püisque, sans faire la distinction des diverses
prairies artificielles entre elles, il estime qu’en terme moyen, avec leur concours, 0x abtient d’une étendue de moitié plus petite, une nourriture tout aussi abondante. — Enfin j'ai rappelé précédemment que le résultat d'une enquête faite par le bureaa d’agriculture de Londres a élevé jusqu'aux deux tiers la différence en faveur des prairies artificielles et des cultures-racines sur les herbages d'une autre nature.
On se rend facilement compte de semblables faits, en considérant, d’une part, que la plupart des légumineuses sont à la fois plus fourrageuses et plus nourrissantes, à poids égal, que les graminées, et de l’autre, qu'on donne aux canamps destinés à recevoir les premières une préparation etdessoins deeullure Lout diflérens de ceux qu'on accorde, parfois seulement, el presque toujours avec trop de parcimonie, aux dernières.
Quant à la seconde proposition, qui se rattache directement à un bon ou mauvais système d'assolement, j'aurai peu de choses à ajouter à ce qui a été dit au chap. X. — Il est reconnu généralement que toutes les eultures herbagères, alors surtout que, comme les principales de nos légumineuses, elles couvrent complètement le terrain de leur épais feuillage, lorsqu'on ne les réserve pas your graines, et qu'on les enfouit en partie quelque temps après leur dernière coupe, dounent au sol plus de fertilité qu’eiles ne lui en enlèvent, fussent-elles fauchées jusqu'a 2 et 3 fois chaque année, ainsi que la iuzvrne. Que cela soit dû, conformément à l’opinion de M. DE CaxDOLLE, à la nature même des sécrétions de leurs racines ; selon d’autres, à l'absorption continuelle de sucs nutritifs qu'elles font dans l'atmosphère au profit de la terre; à la décomposition graduelle des détritus qu’elles laissent dans la couche labourable; à ces diverses causes réunies, ou à toute autre moins appréciable dans l'élat actuel de nos connaissances chimiques, il ne reste guère de doute sur la véracité du fait en lui-méme. — Or, on conçoit de quelle importance peut étre en agriculture une récolle qui, loin d'enlever quelque chose, ajoute au contraire à l'ancienne fécoudité du sol pour les récoltes suivantes ; — qui permet d’équilibrer cenformément aux exigences des assoiemens et aux besoins de la consommation, la production des denrées indispensables, d’une part à l'existence de l'homme, de lautre à l'entretien de la vie des animaux, et qui, le plus souvent, sans ajouter aux frais de culture, augmente considérablement les profits de toutes sortes. Aussi, le premier coup a-t-il été porté dans bien des lieux à la routine triennale, par l'introduction des trèfles sur la sole de jachères, el cette plante, la seule dont il faudrait parler pour les rotations à court terme. si elle réussissail partout et toujours, est-elle un des éléiens en quelque sorte indispensable de l'assolement quadriennal.
Nous verrons bientôt, eu nous occupant des diverses espèces de légumineuses fourragères en particulier, à quelles conditions on peut esperer de les faire concourir, chacune selon sa nature et les circonstances, à ces importaus résultats.
DES PRAIRIES
SIL. — Des procédés généraux de culture spécialement applicables aux prairies légumineuses.
L'époque à laquelle on doitsemerles plantes fourrageres de cette utile et nomlreuse famille n'est pas encore et ne peut être déteruyunée rigoureusement. Cependant, les praticiens, tandis que les auteursrecommandaient Pautomne,on! généralementopté pour le pristemps, parce qu’ils ont cru remarquer que les légumineusesdontles jeunestiges etles jeunes feuilles sont toujours pleines de sucs aqueux, même celles qui redoutent le moins le froid quand elles ont accompli leur croissance, ont beaucoup plus à souffrir que les graminées des alternatives de gelées et de dégels d'un premier hiver. — Contre un fait d'observation il n’y a rien à objecter ; — mais d'autres cultivateurs ont éprouvé aussi que, selon les espèces et les localités, les semis d'automne, suriout dans les climats qui manquent de pluies printanières,offraient de grands avanges Laissons donc chacun prendre conseil de sa position particulière. En pareil cas, quelques essais ne peuvent être sérieusement dommageables, pécuniairement parlant.
La quantité de semence qu’on doit employer est un second point d’une importance particulière, relativement à la prospérité future des prairies légumineuses. — « Les nuages.
qu’a répandus sur tant de parties de l’agriculture, la manie de tout généraliser, dit Gir- BERT, Sembleut s'être épaissis sur cette question. » En effet, les variations qui se trouvent à cet égard dans les anciens auteurs sont à peine croyables. — « Je conviens d’abord, ajoute l’agronome précité dont l’excellent ouvrage. couronné par la Société centrale d'agriculture, en est arrivé de nos jours à sa sixième édition, je conviens que les plantes dont sont formées ces prairies deviendront plus grandes, plus grosses, plus vigoureuses; qu'elles donneront enfin plus de fourrage lorsque la semence aura été économisée, que lorsqu'elle aura été prodiguée. Les exemples que cite M. Tull; les expériences faites après lui par MM. de Châteauvieux, les membres de la Société de Bretagne, et Duhamel, ne laissent aucun doute à cet égard ; mais, la quantité de fourrage est-elle donc le seul avantage qu’on doive rechercher dans les prairies artificielles; n’est-ce pas à la qualité qu'il faut surlout s'attacher? Or, il est hors de doute que la luzerne, le trèfle et spécialement le sainfoin, semés dru, sont d’une qualité bien supérieure à celle de ces plantes semées plus clair. Le défaut des plantes de prairies artificielles est en générai d’avoir des tiges trop grosses, trop dures, qui opposent une trop grande résistance à l’action de la mastication, et surtout à celle des sucs dissolvans de l'estomac. Cet inconvénient diininue, 1! disparait même presque entièrement lorsque lasemence n’a pas été épargnée.
Lestiges sont déliées, tendres, nes’élèvent pas à une aussi grande hauteur; mais, comme elles sont plus nombreuses, elles sagnent en quelque sorte d’un côté ce qu’elles perdent de l’autre. — Un autre avantage important,
| c'est que les plantes très-serrées étouffent,
des la première année, les plantes étrangères
qui leur disputent le terrain; elles rendent inutiles les sarclages si dispendieux et quelquefois même si nuisibles aux herbages nouvellementsortisdeterre. L'un des plus grands fléaux pour les prairies artificielles, dans nos climats du moins, surtout pour le trèfle et la luzerne, c'est la sécheresse : les tiges se défendent contre elle; elles dérobent le sol qu'elles recouvrent à l’action de la chaleur du soleil, et s'opposent à l’évaporation de l'humidité qu'il contient... — Une autre considération qui ne parait pas moins importante et que Je tire de la constitution mème de ces plantes. c'est qu'étant très-serrées, leurs tiges sont bien moins difficiles à sécher, et, quoique je n’aie pas été à même de faire cette comparaisen, Je suis persuadé qu’une récolte de luzerne qui aura été semée dru, sera sèche deux ou trois jours plus tôt que celle dont les tiges auront été plus espacées, el tous ceux qui savent quel est le prix de l’économie d’un jour seulement pour des fourrages coupés, el surtout des fourrages artificiels, ne regarderont pas cet avantage comme peu important. — On m'a souvent objecté que les prairies semées trop dru ont une durée bien moins longue que les autres; c'est une vérité que J'ai observée plusieurs fois, mais c’est précisément cette circonstance qui détermine beaucoup d'agriculteurs à ne pas épargner la semence. Pressés par l'expiration trop prochaine de leurs baux, 1ls se hâtent de retirer de la terre le fruit de leurs avances; si elle donne moins longtemps, elle donne des jouissances plus promptes.... Cependant, si l'extrême n'est pas aussi nuisible que l'extrême contraire, il n’est pas sans inconvénient. N'en eüût-il d'autre que d’occasioner une depense inutile, ce serail déjà beaucoup.On peut admettre comme principe général, que les plantes vivaces doivent être moins serrées que les plantes annuelles, et qu’elles doivent l’être d'autant moins qu'elles sont plus vivaces... — On doit savoir encore que la nature du sol, la quantité d'engrais qu'il a reçue, le temps de l’ensemencement, la température atmosphérique et bien d’autres circonstances encore, doivent apporter des variations dans cette fixation, etc.,etc. — A ce long extrait, je n’ai rien à ajouter. J’indiquerai, en parlant de chaque espèce en particulier, quelles sont, dans quelques circonstances principales, les proportions de semences qui me semblent convenables.
La préparation du terrain v’effre aucune particularité, sinon que l’épaisseur de terre végétale qui suffit à la rigueur aux céréales, est insuffisante pour les fourrages vivaces dont les longues racines, comme celles de la luzerne et du sainfoin, pivotent profondément. Ce n’est pas que le soc puisse atteindre, ainsi qu’elles le font à la longue, jusqu’au sous-sol; mais il n’en est pas moins d'observation qu'un champ défoncé à une profondeur de 12 à 15 po. (0 325 à 0® 406) donne naissance à des herbages d’une végétation plus belle, plus productive dès les premières années, et, chose moins facile à expliquer, plus durable cependant qu'un champ de même nalure labouré à 6 ou 7 po. (0" 162 à 0" 189) seulement. 1
On sème encore parfois quelques prairies
AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES
artificielles en lignes. Toutefois cette pratique est si peu fréquente et paraît offrir généraleiment si peu d'avantages, que je ne m'arrêterai pas à en parler. — Un sujet plus important est de savoir s’il vaut mieux les semer seules ou en même temps que les céréales. Pour le trèfle, la lupuline et quelques autres légumineuses, la pratique a sanctioñné la seconde méthode qui est devenue générale.
Mais il n’en est pas tout-à-fait de même de la luzerne, du sainfoin, etc. Plusieursagriculteurs ont cru reconnaître qu’un pareil mélange était nuisible aux plantes à longue durée, tandis que d’autres, s'ils lui ont reconnu de légers inconvéniens, ont trouvé que ces inconvéniens étaient plus que compensés par les avantages. Toutes les observations qui me sont personnelles m'ont amené à partager entièrement celte dernière manière de voir.
Les semis d'automne, faits immédiatement sur ceux de céréales de la même saison, dont l'usage est peu répandu, n’exigent qu'un léger hersage, ou, selon les circonstances, un roulage de plus. Souvent même on confie à la première pluie le soin de recouvrir les graines de prairies. — Les semis de printemps sur céréales de mars sont dans le même cas. On Juge quelquefois prudent de ne répandre les senrences nerbagères que lorsque la céréale est levée et déjà ur peu forte, dans la crainte que la croissance trop rapide de la légumineuse ne nuise à ses produits, comme 1l n’est pas sans exemple que cela soit arrivé dans les terres très-favorables à la végétalion du trèfle; mais la manière de couvrir n’est pas pour cela changée. — Enfin, le semis À printemps sur un blé d’automne n’exige pas non plus habituellement autre chose qu'un hersage, du reste assez profitable à la récolte du grain, pour que les frais qu’il entraine soient amplement couverts par l’augmentation de produit.
Dans toutes ces circonstances, on voit que les frais de culture de la céréale ne sont vraiment augmentés que du prix d'acquisition des graines de la prairie; tandis que si cette dernière devait être semée seule, elle exigerait la plupart du temps les mêmes travaux de préparation que le blé lui-même. Certes, une telle considération est importante. Reste donc à savoir sile semis simultané devra nuire plus tard à l’une des deux récoltes, el si, dans le cas où il en serait ainsi, il pourra nuire au point de balancer en perte le bénéfice notable que procurent la diminution des frais de main-d'œuvre et le produit de la moisson. Or, il peut arriver que la première question soit parfois résolue aff rmalivement, mais je doute qu'il en puisse Jamais êlre ainsi de Ja seconde. — Peut-être, la légumiueuse répandue sur un blé ne lèvera pas aussi complètement et ne se développera pas aussi vile que sielle eût élé semée seule; mais les bons cultivateurs savent qu’en prenant les précautions convenableson peut obtenir une prairie suffisanment touffue après une récolte très-lucrative de grain, et, si la première coupe est retardée, 1ls s'en consolent facilement par la vente de leur blé et l'emploi de sa paille. Mie
M. DE DOMBASLE, qui fait quelquefois biner
cab. 15°.
au printemps les céréales semées en automue, a trouvé que ce moyen est un des plus efficaces pour assurer la réussite du trèfle et des autres prairies artificielles. Après avoir parlé de l'insuffisance de la herse dans les terres fortes, surlout lorsqu'elles sont disposées en billons, il ajoute : « Avec la binette, l'opération se fait partout avec uniformité, et on modifie l’action de l'instrument en employant alternativement, selon que l’exigent la dureté du sol, les cornes ou la lame tranchante. Une semaille de trèfle couverte ainsi se trouve certainement placée dans les circonstances les plus favorables pour la germinalion de la graine et la prompte croissance des jeunes plantes. J’ai ensemencé cette année (1825) par ce procédé, 12 hectares de trèfle ou de ray-grass sur des fromens, dans des terres argileuses, où la réussite du trèfle est en général très-casuelle, à cause de la difficulté d'y couvrir convenablement Ja semence, et on n'y rencontrerait pas un mètre carré où les plantes r’aient parfaitement réussi. »
Un autre moyen d'assurer la réussite des prairies légumineuses, tant dans les céréales de printemps que dans celles d'hiver, est le plätrage au moment de la semaille. « Je dois, dit encore le savant rédacteur des Annales de Rovrlle, la connaissance des avantages de cette pratique à l'un des hommes de France qui possèdent à la fois le plus d'instruction pratique sur l'art agricole, et les plus vastes counaissances en agrouomie et en economie politique, à M. le viconite EMMANUEL D'HARcount. Mes expériences ont parfaitement confirmé les résultats qu'il avait obtenus, et Je considère cette pratique comme un des nwyens les plus certains d'assurer la réussite d'uue récolie de trèfle, de Jluzerne ou de sain{oin. Je répands un hectolitre de plâtre par hectare, en même temps qu’on sème la prairie arïificielle, c’est-a-dire la moitié seulement de ce qu'on met ordinairement sur un trèfle àsa seconde avnée, et, au printemps suivant, j'en répands encore une même quantilé si la récolte me parait en avoir besoin. — Le plätre, employé avant la germination des graines, Set des efiets tellement énergiques, qu'il est bon de prendre quelques précautions pour empêcher que le trèfle nuise trop cousidérablement, par la vigueur de sa végétation, à la céréale à laquelle op l’associe. »
L'amendement ou plutôt le stimulant par excellence pour les légumineuses est donc le plätre(FVoy. pag. 71 etsuiv.). Dureste, tous les engrais dont j'ai parlé dans la section précédente peuvent être employés avec un égal succès sur les herbages de diverses sorles.
Lorsque les prairies légumineuses son semées assez épais, il est rare qu'elles aient besoin de sarclages. Il faut qu’elles ne végèlent que faiblement ou qu'on les ait semées dans des terrains bien infestés de mauvaises herbes, pour que celles qui se montrent d'abord ne soient pas bientôt délruites. Annuelles, elles sont peu à redouter, puisqu'on les fauche avant qu’elles aient pu grainer; vivaces, elles sont rarement nombreuses sur les terrains bien assolés. Il peut arriver cependant que quelques-unes de ces dernières
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