‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 339 sur 357 · A RE · texte numérisé non relu

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fassent un tort réel aux herbages artificiels de quelque durée. Aussi, je suis loin de dissuader de Jes détruire dans leur jeunesse, autant que faire se pourra, soit à la main, soit à la binette. — À cette époque, il faut déjà commencer à regarnir les vides trop considérables en répandant des graines de la même ou de toute autre espèce susceptible d’ajouter à la masse des fourrages sans nuire à leur qualité.

Plus tard, es binages pourront encore être utiles pour raviver une prairie sur le retour. Si mieux on n'aime la défricher quand on la voit par trop faiblir, un hersage énergique, un ou deux traits de scarificaleur, et lapplication d’un riche compost devront encore lui rendre quelques années de fécondité ; mais ce sera le dernier effort de la nature et la dernière ressource de l’art.

$ IL. — De l'emploi du produit des prairies légumineuses considéré comme base du système d'éducation des animaux à l'étable.

Ou étend trop souvent le pàturage jusqu'aux prairies artificielles. Les graves inconvéniens qui résultent, on peut dire journellement, de cette coutume sur la santé des animaux, devraient la faire abandonner, sauf le seul cas où ces prairies, arrivées au terme de leur existence, ou manquées au semis, ne sont point assez garnies pour être profitablement fauchées. En cet état, les lé-

gumineuses se trouvent mélées à une foule

d'herbes adventices qui diminuent leur fàcheuse influence. Encore, si eiles dominent beaucoup, faut-il prendre la précaution de mettre le gros bétail au piquet pour fixer sa ration du jour, et, dans tout état de cause, n’introduire les troupeaux que lorsque le soleil a pompé une partie des sucs gazeux accuinulés durant la nuit dans les jeunes tiges et les feuilles de ces plantes dont l’abus cause si facilement la météorisation.

La véritable manière de faire consommer en vert ou en sec les fourrages légumineux, c'est « l’étable, ou, faute d’étables assez saines et assez grandes pour y laisser constamment les animaux, dans une cour disposée convenablement pour cette destination ; ou encore dans des parcs mobiles transportés chaque année près des soles qui doivent fournir la plus grande partie des fourrages.

On a fait contre ce système, ou plutôt contre le système général des prairies artificielles substituées en tout ou en partie au pâturage, plusieurs objections qui toutes se réduisent à 3, savoir : le besoin d’air et d’exercice pour les animaux, et la moindre qualité de certains de leurs produits ; — la casualité des récoltes de trèfle ou d’autres légumineuses ;— l'augmentation de frais de diverses sortes. — Il convient d'examiner séparément ces différens points.

Quant au besoin d'air et d'exercice, et à la qualité des produits, faut s'entendre. Il est certain que dans beaucoup de lieux la mauvaise disposition et les étroites dimensions des étables rendent indispensable de n’y renfermer que le moins possible les bestiaux; mais cette difficulté n’est pas insurnontable, puisque partout on peut trouver en plein air

un emplacement où il sera facile d'étendre la litière et d’affourager comme à l’étable, à toutes les époques où l’on est dans l’usage de laisser vaguer les animaux.— En secoud lieu, pour ceux de travail, le repos est bien plus souvent nécessaire que l'exercice, de sorte que l’objection tombe encore d'elle-même en cequi lesconcerne.—Restent donc les jeunes anhinaux, les vaches laitières et les moutons. A leur égard, les avis sout partagés, et, pour ma pari, J'avoue que je ne crois pas qu'on doive les Lenir constamment renfermés en de trop étroites limites. Il m'est démontré que les jeunes élèves se développent mieux iorsqu'on les abandonne entièrement à eux-meénes au pâturage pendant une partie de la Journée. Je dirai aussi, tout en reconnaissant combien il est avantaseux de donner du fourrage vert aux vaches, au moins au milieu du jour, pendant les fortes chaleurs et à l’époque où la plupart des herbages ont perdu leur iraicheur, que l'exercice qu'on leur permet de prendre le soir et le matin est éminemment favorable à leur santé comme à la sécrétion el à la bonne qualité de leur lait.—Eotin, conformément aux opinions assez généralement répandues parmi les bergers, je croiseucore que le système de nourriture à l’élable, pour les moutons, doit s'allier à celui du pàlurage, autant dans l'intérêt des animaux que par suite de l'impossibilité de faire autrement dans beaucoup d'exploitations agricoles.

La casualité des récoltes que donnent les prairies artifictelles n’est guère plus grande que celle de tout autre herbage. A la vérité, dans les domaines dont le sol est varié, si l'on s’obstinait à cultiver partout du trèfle ou de la luzerne, il pourrait bien arriver que ces plantes ne donnassent pas les produits qu’on croyait devoir en attendre, ou qu’elles manquassent même tout-à-fait, de sorte que, faute de prairies permanentes ou de pâturages, on se trouverait fort embarrassé de pourvoir à la rourrilure des herbivores ; mais un cas semblable ne peut ètre prévu dans une exploitation bien dirigée et bien assolée. Si les légumineuses y manquent, ce ne sera ni parce qu'on les aura placées sur une sole qui ne leur convient pas, ni parce qu'on n'aura pas pris les soins nécessaires à leur culture: la saison seule aura été un obstacle à leur succès, et la saison aurait tout aussi bien arrêlé le développement d’autres herbes. Le meilleur moyen d'échapper à la diselle accidentelle des fourrages, c'est de varier les produits fourragers; el, à ce sujet, il faudrait parler longuement des racines, si celte tâche n'était déjà remplie. Je rappellerai seulement qu'elles offrent cela d'avantageux, dans leurs rapports avec lalimentation à l'élable où au pare, que, lorsqu'elles surabondent, elles permettent d'augmenter le nombre de bœufs à l’engrais ; —qu'elles sont d'ailleurs susceptibles d'être utilisées pour la nourriture de l'homme, et qu’elles se prètent en outre, dans l’état industriel de la France, à divers usages qui leur assurent, dans beaucoup de localités du moins, un débit assure.

L'augmentation des frais est une objection plus fondée, quoique souvent on s'en exagère l'importance. Il est certain que la nourriture

AGRICULTURE : DES PLANTES FOURRAGERES

IV. jrs à l’étable exige pour le fauchage journalier, le transport du fourrage, la distribution des litières el le travail des fumiers, plus de matériel et de main-d'œuvre. Celie augmenta- Lion dans le cheptel mort, el le nombre de journaliers, est surtout sensible dans les grandes exploitations. Le capital en circula- Uuon doit y être nécessaireinent plus considérable, mais aussi c’est là que l'augmentation de produits est plus importante, car elle est loujours en rapport avec les avances qu'on peut faire au sol. Refuser ces avances là où elles sont profitablement possibles, ce serait à peu près laisser un champ fertile en Jachère pour éviter les frais de labour, ou perdre la moisson dans la crainte de payer les moissonneurs.

Les avantages les plus marqués que présente la consomuialion, à l’étable, du produit des prairies légumineuses et des racines fourragères, sont les suivans : 1° /a diminution détendue de terrain réservé pour la nourriture du bétail. Cette proposition a été suffsamment démontrée précédemment.

2° L'économie de nourriture. En effet, les animaux ne détruisent pas seulement les herbes pour s’en nourrir; ils leur nuisent plus eu moins, soit en les foulant aux pieds, en se couchant dessus, ou en les rendant moins appélissautes par leur haleine ; — soit en répandantleursexcrémens en trop grande quautilé sur un seul point :— soit enfin en les broutant de lrop près pendant les fortes sécheresses, où même en les arrachant dans quelques cas. Contre ces divers inconvéniens, la nourriture à l’étable est un remède cerlain; là, tout se consomme el rien n’est perdu.

3° L’abondance de cette même nourriture pendant toute l'année lorsque l'assolement est bien entendu; — a convenancé de fourrages verts à l'époque des sécheresses, et de ‘acines aqueuses alliées au foin pendant lhiver; — enfin, /a possibilité de réserver pour une année moins féconde Flexcédant de nourriture d'été que le bétail n’a pas consommé,

4° La moindre déperdition d'engrais : parce que, sans nier que Ceux qui sont disséminés sur les pâturages, lorsqu'on prend le soin de les répandre, soient véritablement profilables, il est bien certain qu'ils le sont infiniment moins dans ce £as que si on les utilisait à la culture des champs ou à la formation de composts propres à être répandus sur les herbaves.

5° L'amélioration du bétail, en ce sens qu'avec les soins convenables, qui consistent à le mener à l’abreuvoir, à le faire baigner et à lui faire prendre de temps en temps lexercice qui convient à son espèce, à son âge el à sa destination ultérieure, on peut, non seulement le conserver en parfaite santé dans les cas ordinaires, mais le préserver de la plupart des maladies les plus dangereuses qui l’atteignent au pâturage, telles que Pin- Hinmeitol de la rate, la météorisation, la pourriture, etc.

6° Enfin, /« plus grande facilité de faire succéder les récoltes fourragères et cclles de grain dans un court espace de temps, et l'accroissement de valeur des produits du sol,

cHap. 18°.

ainsi que J ai tâché de le démontrer en traitant des assolemens.

SECTION I. — De l'étendue relative des herbages et du nombre de bestiaux nécessaires dans chaque exploitation.

S'il est vrai que les fourrages, de quelque aature qu'ils soient, sont une base indispensable de toute exploitation agricole, après avoir étudié les moyens de se les procurer, fl devient d’une haute importance de savoir proportionner leur étendue à celle des autres cultures économiques ou industrielles. La question qui se présente à ce sujet est fort cômplexe; aussi ne doit-on pas s'attendre à la voir résolue dans un livre avec une rigueur mathématique; car, pour qu'il en fût ainsi, non seulement il faudrait savoir positivement quelle étendue de pâturage ou de prairies peut suffire à la nourriture d’une tête de bétail, ce qui varie, pour les mêmes espèces, en raison de la différence du climat, de la nature, de la position du sol et üe la qualité des plantes fourragères, mais il faudrait aussi indiquer le nombre des bestiaux de chaque sorte que l'on doit élever, engraisser où entretenir, ce qu'il n'est possible de faire, pour chaque locaiité, qu'après avoir étudié tout le système de culture qu’on a cru devoir y adopter. É

Je connaïs peu de sujels en agriculture qui aient davautage appelé la discussion que la première partie de ce problème multiple, et malheureusement chacun, en voulant le résoudre, n’a pas toujours assez sentiqu'il fallait etendre les observations au-delà des étroites limites de telle ou Lelle comrée, ou éviter de donner aux résultats de ces mémes 6bservations, quelque précises qu'elles fussent, un caractère de généralité. — Si l'on suppose un sol parfaitement de méme ualure, exposé iciau soleil et aux étés sans pluies de Ia Provence, là au ciel nuageux, aux vents humides et aux zarées pluvieuses de la France occidentale, on aura, dans le premier cas, une garigue inféconde, où les cistes et la lavande peuvent seuls épanouir leurs fleurs à côté du myrle, et dont l'unique habitäute parait être la cigale; — dans le second, un pâturage vert encore au milieu de la saison des sécheresses et couvert de gras troupeaux.

Puis, transportez ce même terrain dans la plaine de Nimes, ou dans la riche Toscane. à côlé de quelques-uns de ces cours d’eau qui répandent sur tout ce qu ils approchent une fécondité inconnue aux régions dun nord, au lieu d’un pâturage, vous verrez une riche prairie Lomber et renaitre 5 où 6 fois sous la faulx dans le cours d’une seule saison.

Lorsque l'influence du climat se complique de la variélé des terrains et des herbages, la question devient encore plus insoluble; çar il y a tout autaut de différence entre un coteau à couche labourable peu épaisse, une lande sablonneuse ou crayeuse el un vallon profond ou une terre à luzerne, qu'entre les saisons du nord et du sud de la France; — entre le produit du petit nombre de plantes qui végètent parfois à grande peine ser les mauvais fonds, et celles bien plus nombreuses qui prospèrent sur les bons;

DES PRAIRIES

— enfin, entre les herbages fauchables ou de pâlurage dont on abandonne insoucieusement la formelion au hasard, et ceux dans lesquels on associe avec discernement les espèces les plus propres à bien garnir le terrain, à croître, à mürir ensemble, et à procurer aux bestiaux la meilleure nourriture possible.

Dans les calculs que GILBERT a faits avec uu soin particulier sur toute l'ancienne sénéralité de Paris, landis qu'il ne portait Le pro duit moyen des 138,000 arpens de prairies artificielles qui y existaient de son temps, qu'a 2,500 livres de fourrage sec pour chacun d’eux, il estimait que l’arpent de luzerne en donnait 4,604,— celui de trèfle, 3,561, — celui de sainfoin, 2,946, —et celui de vesces, 2,733. Or, si l’on cherchait à calculer de la même manière la différence des produits des pâturages paturels et artificiels, il est hors de doute que celte différence serait proportionnellement, en faveur des seconds, beaucoup plus tranchée encore.

Ce n’est pas tout : assez ordinairement on range les animaux herbivores, eu égard à la quantité de nourriture qu'il convient de donuer à chaque espèce, de la manière suivañte:

—un cheval, — un bœuf,— une vache, foruient chacun une téte à laquelle correspondent 3 têtes de veaux d’un ab,ouune tête 1/2 de veau de 2 ans, ou, selon les races, de 6 à 12 têtes de Lêtes ovines; mais on sent qu’une telle évaluation estencore d'un vague toutaussigrand, car non seulement fa plupart des chevaux mangentdavantage que les bêtes à cornes,tnais le bœuf mange plus que la vache, el, certes, il n’y à pas d’exagération à dire qu'une belle vache normande consomme trois fois autant de fourrage qu'une vache solognote; tandis que 14 à 15 brebis de la seconde de ces contrées équivalent à peine à la moitié de ces animaux, bien nourris et de belle race, quoique de méme espèce, tels qu’on peut les rencontrer dans le Berry.

A côté de ioutes ces difficultés, auxqueiles ajoute encore la différence de nourriture des bestjaux dans les localités où les racines peuvent être profitablement cultivées et dans celles où le fermier n'a encore d’autres ressources que le foin et les pâturages, on sent combien 1l est difficile d'arriver à calculer d’une manière seulement approxhmalive létendue des divers herbages, d’après les quantités nécessaires dechacun d’eux, pour entretenir une ou plusieurs têtes de bétail, puisque, hors de localités assez restreintes et souvent dans des exploitations tout-à-fail voisines, les animaux, selon la race à laquelle ils appartiennent ou le régime auquel on les soumet, mangent ou beaucoup plus ou beaucoup moins, tandis que les prairies peuvent donner des produits complétement différens.

En terme moyen,Tnarr admet qu’un cheval de labour, nourri à l'écurie, demande annuellement,outre l’avoine ou autres grains qu'il suppose lui être donnés en suffisance, 7,500 livres de Berlin de gros fourrage, dont un tiers en foin, soit 2.500 livres, et les deux tiers en paille; —qu'une boune vache laitière de taille moyenne,ouun bœuf de trait nourri à l’étable, consomme, dans le même espace de temps, ennourriture eten litières, 4,500 liv. de paille

et pareille quantité de foin (les diverses nourritures vertes étant réduites à cette espèce). Il a calculé que, lorsque ces animaux sont mis pendant le jour au pâturage, ils ont assez de 4,000 livres de paille et de la quantité de racines qui, réduite en foin, ferait l’équivalent de 2,800 livres : en tout 6,500. A Roville, les chevaux reçoivent par tête, pendant 6 ou 7 mois de l’année, une ration de 10 kilog. de foin ou de luzerne sèche, avec une addition de grains et de carottes qui représente encore une quantité à peu près égale de fourrage sec. Pendant le reste de l’année, ils sont nourris de fourrages verts avec un peu de grain, et l’on peut supposer que leur ration, pendant cette partie de l’année, forme léquivalent de la ration donnéeen fourrage sec. On ne peut donc s'éloigner beaucoup de la vérité, en évaluant à 20 kilog. de foin par jour, ou à 7,300 kilog. par an, la consommalion de chaque cheval pour tousles geüres de nourriture.—Laration des bœufs à l’engrais, tanten foin qu’en racines et en lourteaux, doit être considérée comme approximativement égale à celle des chevaux. — Celle des vaches peut s'évaluer à moitié de celle des chevaux et des bœufs à l’engrais. — Quant à la ralion de la bergerie, elle est environ, pour chaque tête de bête adulte, d’un kilog. de foin où l’équivalent en racines ou en nourriture prise aux pâturages, etc. La consommation de chaque bête à laine représente donc à peu près 365 kilog. de foin par an.

Yvarr portait, en terme moyen, d’après la pratique d’Alfort, la provende de chaque tête de gros bétail à 5 et 6,000 kilog.. quoiqu'il eût reconnu qu'elle est parfois beaucoup plus considérable; landis que GILBERT, faisant à la vérité abstraction des pailles, de l’avoine, du son, et, très-probablement, quoiqu'il ne Île dise pas, des herbages de pàälure consommés anouellement parles mêmesanimaux, n’estimait qu'à 4,000 livres (2,000 kilog.) le fourrage sec qu'on leur donnait de son temps dans la généralité de Paris.

De ces données, telles diverses qu’elles soient, il ressort cependant une vérité utile : c'est que, si l'on ne peut présenter des calculs tout faits aux cultivateurs d’un pays entier, chacun, selon les circonstances et les lieux dans lesquels il s° trouve, — d'après la connaissance qui lui est acquise des herbages, et, si je puis m’exprimer ainsi, de la capacité des animaux qu'il possède, pourra facilement arriver, pour son propre compte, à savoir combien, avec l’aide des pâturages et des racines fourragères, il lui faut d’étendue de prairies de diverses sortes, pourentretentir telou tel nombre de bestiaux; et ceci est fort important, non seulement en théorie, mais en pralique, car il vaut mieux vendre du foin dans les années ordinaires, que des bestiaux dans les mauvaises, el les engrais qu'on obtient toujours en quantité plus considérable d'animaux copieusement nourris, l’augmentation de produit en chair, en laitage et même en force musculaire, sont des compensations plus que suffisantes à un léger surcroît de consomimalion.

Après avoir cherché ce qu’une étendue donnée de prairie peut nourrir de têtes de bétail, il reste à savoir combien de bestiaux

DES PLANTES FOURRAGERES.

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de toutes sortes o7 doit entretenir sur l’exploitation, pour obtenir la quantité d'engrais suffisante à la production des grains et des autres produits de la culture.

Dire au juste et d’une manière absolue ce qu'il faut de fumier pour fertiliser une étendue donnée de terre pendant un temps voulu, et,en étendant cette proposition, combien de têtes de bétail il faut pour produire les engrais raisonnablement nécessaires pour cela, est tout aussi difficile que d'indiquer de la même manière la quantité de tel ou tel herbage qui doit suffire partout à la nourriture d’un cheval, d’un bœuf, etc. — La qualité chimique, la disposilion physique du sol; — le retour plus ou moins frequent des récoltes céréales ou industrielles ; — la durée des prairies arlificielles et bien d’autres circonstances font varier Ja quantité d'engrais en raison de la fertilité du sol. Ainsi, dans un champ crayeux où l’on ne peut rien obtenir qu’à force de iumiers ; — dans un sable qui laisse s’écouler avec l’eau des pluies tous les sucs extractifs qu'il contient; — en des localités où deux piautes, comme le fromentet le lin ou lechanvre,se succèdent sans interruption, on ne Jugera certainement pas qu’il ne faille pas plus d'engrais que dans une terre franche, profonde et substantielle; — sur un fonds argilo-sableux assez compacte pour retenir au profit des racines l’eau et les engrais qu’elle dissout; — sur un Champ rendu tous les 5 ou 6 ans à la production des herbages naturels ou artificrels, ou fécondé de 4 en 4 ans par une récolie partiellement enfouie, etc.

Cependant, à défaut de règles bien précises et bien générales, il n’est pas impossible d'arriver à des données utiles. — Pour Les Jermes dites à grain, nous avons vu un agronome praticien, bien connu par ses belles expériences sur les assolemens, trouver que, chez lui (Joy. pag. 267), chaque bête bovine ou chevaline consommait tout juste, en paille de froment et d'avoine et en fourrages verts et secs, ce que peut fournir un demi-hectare de chaume de ces céréales, et un demi-hectare de bonne prairie artificielle, tandis qu'elle donnaii en fumier 12 tombereaux de 3.600 à 4,000 livreschacun (1,800 à 2,000 kilog.) par an, c’est-à-dire autant qu'il en faut dans l'assolement adopté à la Celle-Saint-Cloud, de sorte qu'il arrivait à cette conclusion qu’une seule tête de bétail suffit pour deux heciares, et qu'un quart de l'exploitation seulement doit être cultivé en prairies artificielles.

Aux yeux de beaucoup de ceux qui se sont soigneusement occupés de leur comptabilité agricole, la culture des grains est unè des plus productives, sinon la plus productive, pour la grande généralité de la France.

lorsqu'elle est bien combinée; car, soit dit en passant, si on la charge, comme dans l'assnlement triennal avec jachère, de 3 années de loyers et d'impôts du terrain pour deux récoltes; — du prix exorbitant des labours de la première année et de celui des engrais, 1l est fort douteux qu'elle donne habituellement, et je pourrais attester qu’il est même assez rare qu’elle donne un bénéfice net de quelque importance. — Le propre d’un mauvais assolement est à la fois de diminuer Ja production des fumiers et d'augmenter le

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besoin qu'on éprouve de s’en procurer. — Le but d’un bon assolement est, au contraire, non seulement d'ajouter à la masse des engrais, mais encore de les employer, à quantité égale, bien plus profitablement et par conséquent plus économiquement; d’où il doit resulter non seulement que sur des étendues égales on obtient plus de blés, mais encore qu’il est possible d'étendre davantage leur culture sur la ferme. — On sent conibien il serait avantageux qu'un quart de la propriété pütsuffire pour fumer tout le reste. Toutefois, il devient indispensable de faire observer, à propos de l'exemple que je viens de citer,que d'une part M. p£ VINDÉ récolte par heclare, tout regain compris, jusqu’à 1200 bottes de fourrage, poids marchand de 10 à 11livres, c’est-à-dire plus de 12,000 livres, ce qui serait, POBE beaucoup de lieux, une estimation évidemment forcée; et que de l’autre, en nourrissant ses troupeaux de toutes sortes à l’élable et en leur donnant une litière très-abondante, il obtient une quantité d'engrais qui dépasse, par tête de bétail, ce qu’on peut espérer dans les circonstances ordinaires ( de 21,600 à 24,000 kilog.).

À Roville, la nourriture de chaque cheval étant, comme il a été dit plus haut, de 7,300 kilog., la quantité de fumier produite par têle est de 25 voitures du poids moyen de 650 kil. chacune, en tout 16,200 kil. ou 222 kil. de fumier par 100 kil. de fourrage; et cependant la litière est toujours en quantité suffisante pour absorber toutes les urines, car l’écurie est construite de manière qu'aucune partie de ces dernières ne peut en sortir, en sorte qu'on est forcé de les faire absorber daps la rigole qui règne derrière les animaux. — Quant aux œufs à l’engrais, M. DE Dow- BASLE a trouvé bien souvent qu’une écurie contenant 12 de ces animaux, du poids de 3 à 400 kil. chacun, donnait 9 voitures de fumier par semaine, ce qui fait, par tête de bœuf, pour l’année entière, 39 voitures, soit 25,350 kil., c’est-à-dire beaucoup plus que les chevaux, quoique la masse des alimens soit à peu près la même. Cette différence vient d'abord de ce que ces derniers passent une partie du temps hors de l'écurie, tandis que les bœufs n’en sortent pas pendant toute la durée de l’engraissement ; et, probablement aussi, de ce que les excrémens du bœuf, étant plus liquides que ceux du cheval, exigent plus de paille pour les absorber. — Les vaches, dont la ration estenviron moitié moindre que celle des bœufs, produisent du fumier à peu près dans la même proportion que ces derniers relativement à la quantité de nourriture, c’est-à-dire approchant d’une vingtaine de voitures. — Les moutons produisent environ 600 kil. de fumier chacun, en déduisant celui que l’on peut raisonnablemeut imputer aux agneaux, et celui qui est disséminéau parcage. Commeils consomment par tête de bête adulte 1 kil. de foin ou l’équivalent, on voitque 100 kil. de foin ne pro-

DES PRAIRIES

duisent ici que 164 kil. de fumier (1). — Enfin les cochons, dont le nombre est très-variable sur la ferme, donnent encore une certaine quantité de fumier qui n’a pu être évaluée comparativement à la nourriture de chaque animal.

D'après ce calcul, chaque cheval produisant 25 voitures de fumier, si l’on estime à 50 de ces voitures la quantité nécessaire pour Jumer un hectare, il faudra 2 chevaux par hectare; — un peu noins de 2 bœufs de travail; —environ 1 1/2 bœuf à l’engrais; — 3 vaches; —et, en admettant qu’on ne fit jamais parquer les moutons, environ 50 de ces animaux dont je suppose ici que les excrémens auront été réunis à la masse générale des engrais pour compenser le défaut d’énergie de ceux des bêtes à cornes.

A la vérité, au lieu de 50 voitures de fumier, c’est-à-dire de 32,500 kil. par hectare, ilestdes lieux où l’on en met et où l’on peut en mettre raisonnablement moins; mais il en estaussioù cette quantité ne paraitra que suffisante. A la vérité encore,ce n’est pas à beaucoup près lous les ans qu'il faut revenir à une pareille fumure.Il est des terres quine comportent pas une grande quantité d'engrais à la fois, mais qui ont besoin d’être fumées souvent ; — d’autres au contraire qui gardent mieux l’engrais, de sorle que ce ne peut être qu'après avoir fait une étude approfondie des divers terrains de chaque exploitation, de l’assolement qui lui convient le mieux et de l'étendue de soles qu’on devra fumer chaque annee,

w’il deviendra possible de savoir de combien d'engrais on aura besoin.

En quelques cérconstauces on fume tous les deux ans; — le plus souvent, c’est tous les trois ou quatre ans; — parfois seulemeut Lous les six ans.—Dans l’assolement quadriennal, que je prendrai pour terme moyen, pour peu que les terres soient de bonne qualité, on ne répand annæellement de fumier que sur un quart de celles qui sont régulièrement assolées. (or. l’art. Assolement.)

Ainsi, partout et toujours en agricullure, les circonstances locales veulent être d'abord attentivement étudiées. Le savoir qu'on rencontre dans les livres doil pouvoir faciliter cetteétude,et, lorsqu'ils sont bien faits, guider encore l'esprit intelligent vers les amélioralions possibles. Heureux lauteur consciencieux qui pourra approcher de ce double but, et qui saura faire comprendre l'utilité des théories en les dépouillant du faux brillant dont on les a trop souvent entourées!

SECTION 1V. — Des diverses plantes. fourragéres propres à être cultivées sous le climat de la France.

6 1°T.— Des graminées.

La famille des graminées, dont les semen-

ces farineuses fournissent aux habitans d’une grande partie du monde leur principale,

(1) À la vérité, le fumier de mouton est plus puissant et plus actif, à poids égal, que celui de bœuf, de vache et même de cheval; mais il ne demeure pas moins démontré, par de semblables faits, que l'évaluation par tête de bétail, lorsqu'il s’agit de la production du fumier , est fort différente de célle qu'on peut faire, quand on n’a en vue que la quantité de nourriture nécessaire à chaque animal,

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