‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 357 sur 357 · LV · texte numérisé non relu

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sur les blés de l’'Angoumois, en 1762, puis de mémoires de beaucoup d’autres auteurs, et en dernier lieu d’un rapport fait en 1831 à la Sociétéroyaleet centrale d'agriculture de Paris, par M. Huzano fils, après les nombreuses recherches de MM. pe La TREMBLAYS, le marquis DE TRAVANET, le docteur GuÉRix, de MARIVAULT, etc.

Bien que l’alucite, à l’état parfait de papillon nocturne, ressemble à celui de la teigne des blés, dite fausse teigne, et soit de même grandeur, voicileurs différences les plus essenlielles : L’alucite a des ailes d’une couleur café au lait plus pâle que celle de la fausse teigne (FYporomeuta tritici, Lat., Tinea de L.) et qui n'ont point de taches brunes transversales aussi marquées que chezla fausseteigne. L'aiucite porte tes ailes plus aplalies, en forme de chappe, ou moins bombées, tandis que Ja fausse teigne les rapproche autour de son corps en toit incliné. Entre les antennes de l’alucite s'élèvent deux petits palpes ou pelites cornes, tandis que la fausse teigne n’a que de longues antennes fililormes. Les papillons de l’alucite ne restent point dans les greniers, mais se répaudent dans les campagnes, surtout pendant les temps chauds, tandis que ceux des fausses teignes demeurent sous les toits et dans les maisons. L’alucite, à l’état de larve, se tient complètement renfermée daus le grain, méme lorsqu'on agite et manipule les tas de blé ; elle se transforme en nymphe ou chrysalide dans ce grain méme et y laisse sa dépouille, pour sortir uniquement à l'état de papillon. Elle ne lie pas ensemble les divers grains de blé à l'aide de soies, pour former des espèces de coques;on ne découvre donc point, avant l'apparilion des papillons, que les grains de ble sont attaqués par l’alucite, à moins d’essayer leur légèreté spécifique, et une chaleur assez vive quise manifeste dans les monceaux de blé quelques jours avant le départ de ces papillons. Les excrémens de la chenille alucite restent même contenus sous l'enveloppe du grain, et en ferment l'ouverture par laquelle celte teigne s’était introduite dès son dégagement de l'œuf. Enfin les papillons alucites, se répandant, à la fin du printemps, dans les campagnes ou moissons de céréales, surtout pendant la soirée et la nuit, viennent déposer leurs œufs sur les épis de froment. On peut consuller les détails relatifs aux habitudes de cet insecte dans l'ouvrage de Du- HAMEL et TiLer, et le tom. 2° des Mémoires de Réaumur, p. 486.

La fausse-teigne est plus universellement répartie en France que l’alucite, qui desole particulièrement certaines contrées, en concurrence avec elle. Cette FYporomeuta triticr, à l'élat de jeune larve, appelée aussi 2er des blés, d’abord jaunâtre, devient plus grise et noirâtre en grandissant; elle arrive à 3 lignes comme l’a fort bien décrite PARMENTIER dans son Mémoire sur les blés du Poitou, eu 1785. Sa tête et la première articulation sont noirâtres, luisantes; elle porte surle dos 3 ligoes blanches parallèles; il y a 12 articulations, dont les 3 premières portent 6 pates; il y a 8 fausses pattes aux 6, 7, 8 et 9° articulations, puis 2 crochets à l'extrémité anale. Ces fausses teignes attaquent non seu-

cap. 19°.

leinent le froment, mais aussi le seigle et l’avoine. Petites, elles creusent le grain et s’y cachent; grandes, elles le rongent entièrement. Dès lPépi, dans les champs, elles ont déjà parfois ravagé le grain, et le seul secouement des gerbes en fait tomber plusieurs, qui se dérobent aux intempéries et au froid sous les fumiers ou les mousses. Elles passent l'hiver engourdies, se transforment en nymphes au printemps, et restent environ 2 mois en cet étal avant de devenir papillonsteignes parfaites. Dans les greniers, la fausseteigne réunit plusieurs grains de froment au moyen d'un pelit cocon de soie blanche; elle se blottit dans ce fourreau imparfait, en rongeant les grains de blé et rejetant ses excrémens sous forme de points ronds, blanchâtres.

Pour se former en chrysalides, ces vers du blé abandonnent leur coque ou fourreau, rampent le long des poutres ou des planches des greniers, s’y suspendent par la région p osiérieure du corps, el sans manger, dans cet état presque immobile, elles parviennent à se développer en papillons.

Il est plus facile, en agitant souvent les tas de blé, de diviser les coques de ces faussesteignes et de froisser ou faire périr leurs larves, que pour celles de l'alucite. On peut aussi, lorsque ces vers montent hors des tas, les écraser ou balayer ; ces soins répétés peuvent en détruire beaucoup; mais déjà à celte époque, leurs ravages sont terminés ; à l’état de nymphe et de papillon, en effet, ni les alucites ni les fausses-teignes ne prennent aucune nourriture. Seulement, il importe beaucoup de détruire toujours ces insectes, puisqu'ils multiplient si abondamment; ils se tiennent de préférence dans l’obscurilé, et peuvent, d’après ce que Du- HAMEL-DU-MONCEAU et TiLLEer ont observé, avoir plusieurs générations chaque année.

Les uns comme les autres déposent leurs œufs, tant sur les épis dans les champs, que sur les grains de blé entassés dans les greniers, eu sorte qu’il n’y a guère d'interruption que pendant l'hiver. Cependant la fausseteigne se plait davantage dans les greniers, à l’élat de papillon, et s’en écarte moins que ne le fait l’alucite.

Plusieurs Sociétés d'agriculture ont proposé des prix en faveur des meilleurs moyens pour détruire ces malfaisans insectes, soit qu'ils attaquent le blé en gerbes, soit qu’ils pénètrent dans les tas de blé des greniers.

La chaleur d’une étuve ou d’un four avait paru, à Duhamel et Tillet, le plus sûr procédé pour faire périr ces insectes, el assurément il est efficace, nrais dispendieux et capable d’altérer le germe du blé, si la chaleur dépasse 50° R.; quand il ne s’agit que du blé destiné à la consommation il n’en résulte aucun inconvénient. Cependant le prix du combustible nécessaire pour obtenir cette chaleur dans de grandes quantités de blé, doit êtremis en comparaison avec lesravages causés par ces teignes. MM. MARCELLIN CADET DE Vaux et TERRASSE DESBILLONS ont imaginé récemment deux sortes de brüloirs, plus grands que ceux pour rôtir le café, et propres à chauffer les blés attaqués. Ces sortes de moulins insecticides (ainsi nommés ) exi-

DESCRIPTION DES INSECTES LES PLUS NUISIBLES

gent aussi de la main-d'œuvre pour introduire et retirer les blés de ces machines et entretenir le feu. Les blés en gerbes ne peuvent être soumis à ces manipulalions, il faut les battre auparavant.

Quant à l'emploi d’un froid vif pour tuer ces insectes, M. DENarP, et PENEAU pharwmacien ont constaté qu'une gelée de 6 degrés sous 0 pendant deux nuits a fait périr les alucites et les fausses-teignes, soit leurs œufs, soit leurs larves et leurs insectes parfaits. Mais celte méthode ne peut pas facilement s'obtenir à volonté, même dans des glacières. Cependant un froid moindre suffirait pour engourdir et paralyser ces.insectes, et le moyen n’est point à dédaigner. Il prouve que les grandes ventlilations ne sont pas non plus sans utilité.

Nous ne uous étendrons point sur d’autres moyens illusoires, comme celui de placer des toisous ou des peaux de moutons sur les {as de blé, dans l'espoir que les fausses teignes y accourront de préférence pour les ronger el qu'on pourra les y tuer sans difficulté. En elfet, il faut être peu instruit en histoire naturelle pour ne pas savoir que les mœurs des teignes du blé, aimant la subslance farineuse, sonttoutautres que celles des teisnes des pelleteries qui préfèrent les substances animales, et qui appartiennent à des espèces fort différentes.

$ IIL.—De la Cadelle ou Trogossite mauritanique.

Cet insecte, causant, parmi nos départemens méridionaux, de grands dégâts, surtout à Nimes, à Montpellier, et à tout le commerce des grains de l’ancien Languedoc, 1l mérite une attention spéciale. Sa larve blauchâtre, longue d'environ 8 lignes, a une tête écailleuse brune et une tache sur chacun des trois premiers anneaux. L’abdomen est terminé par deux crochets bruns. Cette larve, analogue à celle des boulangers, qui lui est congénère, où du Ténébrion de la farine (Ten. molitor) dont on nourritles rossignols, est plus petite. La Cadelle où Cenegra parail avoir élé apportée d'Alger, avec les blés de Barbarie, car LiNXNÉ dit avoir reçu de ces pays l’insecte parfait, par son disciple E.BRAN- DER ; C’est pourquoi il lui donna le nom de Tenebrio mauritanicus. Ce ténébrion, qu’on nomme panetière dans le Midi, entre quelquefois dans le pain et en dévore la mie Jusqu'à la croûte, sans qu'on apercoive par où il y a pénétré. Pour s'assurer que les larves dites cadelles viennent bien du même insecte, DorrnÈs en renferma dans une bouteille avec du blé; elles vécurent jusqu'à l'hiver, mais ne purent s’y transformer en chrysalide et en insecte. Il s’aperçut que ces larves avaient besoin, pour leur métamorphose, de s’enfermer dans la terre. Alors elles y ont donné le Ténébrion ailé, noir en dessus, brun en dessous du corps, lequel est lisse et plat. Sa tête, armée de fortes màchoires, est finement pointillée, ainsi que son corselet : celui-ci est échancré en croissant pour s'adapter à la tête, avec des pointes aiguës de chaque côté. Les élytres ou étuis de ses ailes, brunes, sont striés et arrondis. L'insecte porte environ quatre lignes de lon-

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gueur sur une et demie de largeur. Il se pose sur les grains de blé pour y pondre, mais il ne les rongeaucunement en son état complet; il dévorerait plutôt alors ses semblables que d'y toucher, et même 1l attaque en cet état les leignes du blé devenues papillons ; cependant ce ténébrion est vorace de mie de pain.

Si l’on empêchait la Cadelle en larve de s’atlacher aux murs et aux planchers des greniers, elle ne pourrait trouver les localités propres à sa transformation et périrat, selon la remarque du même naturaliste. Les poules sont si friandes de ces beslioles, disait OTIVIER DE SERRES, qu’elles mangent ces animaux-la jusqu’au dernier, ne touchant au blé tant qu'ils durent.

PARMENTIER, qui avait observé la cadelle, mais non l’insecte parfait, a vu qu’elle se sert de ses deux crochets abdominaux pour s’accrocher el se suspendre, ou pour se défendre contre d’autres cadelles ; c’est donc une espèce insociable ; on croit même qu’elle atlaque les fausses-teignes et les larves des alucites ou celles des charancons du blé; en ce sens, elle serait moins à redouter {{).

On s'est aperçu que cette larve et l’insecte cherchant la chaleur, viennent jusque dans le lit des personnes qui couchent près des greniers à blé, et qu'ils mordent même vivement le corps de l’homme; toutefois il u’en résulte aucun accident.

$ IV.—Hannetons, Vers-Blancs ou Mans.

L'abondance, malheureusement trop commune, de ces scarabéides, ous dispense de les décrire. De tous les insectes herbivores, ce sont peut-être les plus funestes par leur voracité. À l’état de larves, ce sont ces gros vers-blancs Souterrains qui rongent pendant deux, ou même jusqu’à quatre années consécuiives, les plus tendres racines des plantes et les plus dures des arbres. Pendant l'hiver, ces larves, ramassées et s’enfonçant profondément ensemble, vivent à demi engourdies et sans manger, mais, remontant au printemps, elles dévorent tout sous terre dans les temps chauds; puis, se trausfornant en nuées immenses, ces coléoptères, après leur noviciat inférieur, viennent ravager le feuillage de tous les végétaux.

Les espèces diverses de hannetons, outre le vulgaire, sont aussi nombreuses que dévastatrices. Engourdis, pendant le jour, dans la chaleur et la sécheresse, à peine le soir arrive qu'ils s’élancent élourdiment (leur nom vient, dit-on, de ala et tonus, ale-ton, à cause du bruit de leurs ailes) et s’entre-heurtant, se culbutant, mâles et femelles, vont rongeant et s'accouplant Icurdement, inconsidérément; leur accouplement dure vingt-quatre heures environ ; le mâle esl plus petit que la femelle, et il succombe bieulôl sans manger et traîinant après cet effort. La femelle dépose ses œufs, d’un jaune clair et un peu alongés, dans la terre qu’elle creuse en la fouillant de ses pattes de devant, jusqu’à un deini-pied de profondeur ; elle périt ensuite. Six semaines après, il

éclôt des vers d’un blanc sale ; ces larves molles, ridées, à six pattes, à tête grosse et écailleuse, à treize segmens, sont détestées des jardiniers sous le nom de vers-blancs ou mans ; ils vivent ainsi enterrés pendant trois à quatre années, se changeant alors en uyinphe pour devenir hannetons.

Dans leur état de larve, pour passer à celui de nymphe, elles se construisent sous le sol une case unie, tapissée de fils de soie et de leurs excrémens ; ramassées en masse globuleuse, et se gonflant, elles perdent leur peau pour prendre l'enveloppe de nymphe, sous laquelle se dessinent déjà toutes les parties de l’insecte parfait. Dès le mois de février, le hauneton déchire cetie coque ou enveloppe el en sort encore mou, humide ; il passe en cet état quelque temps pour se fortifier, puis, à l'approche des beaux jours, invilé par la chaleur, il s’élance de ces limbes souterraines ; le contact de l'air le raffermit et colore sa robe à l’état parfait.

Tels sont les dégäts causés par ces insectes qu'ils suffisent en peu de jours pour dépouiller les forèts de leur verdure. C’est au point qu’ils deviennent un véritable fléau ; Jardins, vergers, pépinières, prairies, moissons, pommes-de-terre, betteraves, tout est dévasté par leur voracité. Il s’est élevé de tous côtés un cri d'alarme ; les jardiniers, les maraichers sont ruinés ; voyez surtout les arbres et les plantes d'ornement, dans les terres de bruyère qu’attaque le ver-blanc, et les terrains les mieux peuplés et ameublis ; ces précieuses cultures deviennent le théàtre de prédilection pour les ravages des hannetons ; ils y viennent pondre de toutes parts. Les Jardins d'agrément, les végétaux les plus délicats sont le plus horriblement maltraités ; les arbres à fruit saccagés dans leurs racines restent deux années sans produire. Dans notre climat, les hannetons sortent hors de terre en légions infernales à la miavril; 1ls s'accouplent une ou deux semaines après ; leurs œufs éclosent au bout de vingt à trente jours. La première année, le ver blanc cause des dégâts moins sensibles, mais la seconde année, il s'enfonce au mois de juin pour changer de peau : il remonte ensuite affamé et dévorant jusqu'aux piquets de bois, à défaut de toute racine. Le froid qui le force à s'enfoncer de nouveau, en octobre, le laisse ensuite reparaitre la troisième année, pour commeltre des ravages incalculables ; car il est devenu plus fort et plus vorace jusqu’à sa transformation.

Malgré de nombreux ennemis qui s’ensraissent aussi de ces vers-blancs, comme Îles laupes , les hérissons, les rats, et plusieurs oiseaux, tels que les corbeaux qui les déterrent avec plaisir, il en reste toujours trop, car ils se multiplient d'autant plus que les cultures sont plus riches. Cest pour cela qu'ils font le désespoir des plus opulentes récoltes du jardinage.

Les meilleurs moyens de destruction du verblanc consistent : 1° à recueillir avec soin, au moment du labour et des binages, toutes les larves mises à découvert; 2° à garnir pendant toute la belle saison, de plants de sa-

(1) PARMENTIER, Traité théorique et pratique sur la culture des grains, tom: 2, p. 355 et suiv.

lade et de fraisiers, ou de bordures en gazon, en pimprenelle ou statice, en les renouvelant plusieurs fois, les terrains occupés par des cultures précieuses, afin d'attirer les versblancs et les tuer auprès de ces plantes sacrifiées ; 3° à parsemer de chaux, de suie, de cendres de tourbe, à forte dose, le terrain pour en écarter ces vers.—On a vanté aussi les affusions ou arrosages avec de l’eau ren- . due puante par la hue et autres herbes dégoütantes ; mais ces moyens sont insuffisans.

Ce n’est pas le ver-blanc qu'il suffit d’attaquer, ce sont les hannetous femelles à qui surtout où doit déclarer une guerre à mort.

Un battage des arbres, ou zannetonage pendant le jour, lorsque ces insectes restent Cols, ‘depuis les 7 heures du matin jusqu’à 3 ou 4 heures du soir, les faisant tomber, on peut alors en amasser ou écraser par milliers. On a payé 15 et 20 centimes le décalitre de ces hanuetons, et l'utilité de cette guerre est moins illusoire que la guerre souterraine toujours désespéranteet sans garanlie de succès. Il serait à désirer que des réglemens de police devinssent obligatoires pour cette destruclion, comme pour l’échenillage ; car l’extermination de ces légions, si elle n’est pas suivie avec persévérance, ne serait que momentanée ; elle laisserait le péril subsister et bientôt s'accroitre au-delà de toute prévision dans les meilleures terres, tandis que les sols argileux, tenaces et denses, sont moins assaillis par les vers-blancs. Déjà le département de Seine-et-Oisea voié 3,000 fr.

pour la destruction des hannetons. Ces insectes à vol pesant, aimant d'ailleurs à se cantonner dans les terroirs les plus favorables à leur multiplication, peuvent être bornés à des espaces étroits, où une guerre acharnée finirait par les rendre plus rares; mais il faut le concours des administrations supérieures ; tel est le vœu d’un rapport fait à la Société d'agriculture de Seine-et-Oise en

On a conseillé encore plusieurs autres méthodes : c’est : 1 d’enfumer les hannetons sur les arbres, pendant le jour, au moyen de flambeaux préparés avec une mèche soufrée, entourée de résine et de cire. On promène ces flambeaux allumés, de manière à suffoquer ces insectes, aux mois de mai et Juin, aux heures du jour où ils se tiennent en repos sous les feuilles. Les arbres secoués ou battus avec des gaules, laissent tomber ces hannetons par malliers: il est facile de les ramasser et de les brüler à un feu de paille. 2° La méthode de ramasser les vers-blancs.

après la charrue et dans les binages est trop peu efficace; il en reste des millions dans les terrains voisins non labourés; et en hiver, d’ailleurs, ces vers sont si profondémenti enfoncés que la charrue ne Îles déterre pas. 3° Le sacrifice des laitues ou des fraisiers, pour altirer les vers-blancs, afin qu'ils épargnent les espaliers des jardins, n’est qu'un faible palliatif. 4 L'addition de suie, de cendres de tourbe ou de houille, et de chaux, pour faire périr les vers-blancs, ne peut être ni assez considérable, ni assez profonde pour écarter d’un vaste terrain ces larves ; toutefois, ce serait au moment où les vers-blancs remontent vers la surface du

DESCRIPTION DES INSECTES LES PLUS NUISIBLES

sol, au printemps, que cette pralique conviendrait le mieux.

Les prédictions des retours d'années à hannetons plus noinbreux, tous les trois ans, suivant quelques observateurs, n'ont rien de certain. En effet, les hivers longs et rigoureux, ou doux ei chauds, n’ort pas toujours manifesté leur influence sur le développement et la multiplicité de ces scarabéides. Les années pluvieuses paraissent, au contraire, diminuer, pour les suivantes, le nombre des œufs déposés par les femelles de hannetons. Celles-ci pondent de 40 à 100 œufs. Ensuite les vers de plusieurs années précédentes forment des essaims pour celles qui succèdent, en sorte qu'on ne peut guère prévoir le degré de leur multiplication.

$ V. — Des Sauterelles et Criquets.

Les Sauterelles qu'on voit si communément sauter dans les prairies, sont, pour les naturalistes, de véritables Criguets, ainsi que les sauterelles de passage, si ravageuses et qui furent une des sept plaies de l'Egypte selon la Bible. C’est à l’aide de leurs longues cuisses postérieures, fortes ou musculeuses, que ces orthoptères s’élancent très-loin. Ils déploient aussi leurs ailes et volent parfois très-haul et à de grandes distances. Ils ont un chant ou plutôt rendent un bruit nommé chant des sauterelles, lequel est produit au moyen du frottement des élytres l’une contre l’autre sur cette partie interne, de chaque côté du corps, qui ressemble à un petit miroir de parchemin, incolore et scarieux chez les mâles seulement.

Les femelles pondent une grande quantité d’œufs réunis dans un parchemin trèsmince; il en sort bientôt des larves qui n’ont encoreniélytres ni ailes, mais, du reste, qui ressemblent aux insectes parfaits; les nympbes présentent déjà des rudimens ou bourgeons de ces ailerons et étuis sur leur dos ; mais les sauterelles-criquets, dans toutesleurs espèces nombreuses, ne se reproduisent qu'à l’époque où les organes du vol sont développés, et où elles ont quitté leur peau qui se fend sur le dos. Ceci a lieu vers la fin de l'été.

A quelque période de leur vie que ce soit, les sauterelles mangent énormément ; leurs larges intestins formant plusieurs cavités ont été comparés à ceux des ruminans ; on a méme prétendu que ces insectes ruminaient.On avules criquets-sauterelles, après avoir tout dévoré dans les campagnes où elles fondent en épaisses nuées, se manger entre elles par nécessité, en sorte qu’elles deviennent carnassières dans l’occasion. Cependant, nos véritables sauterelles vertes (Locusta), outre qu’elles ne se multiplient jamais aussi immensément sis les criquets de passage (Gryllus), produisent moins de ravages dans les campagnes: au contraire, ces sautereliescriquets sont si voraces, qu’on à vu des mâles montés pour l’accouplement et tenant leurs femelles embrassées fortement de leurs deux premières paires de pattes, volant ensemble en cet état, finir par ronger la tête de ces femelles qui n’en achevaient pas moins de pondre.

Les sauterelles-criquets (4crydium migratorium, Oliv.), ont près de deux pouces de longueur, une tête verte ou brune, tronquée en devant; il y a sur le front une ligne et de chaque côte une autre, également noiràtres ; les mandibules sont d’un noir bleu; le corselet, brun ou verdätre, est comprimé sur les flancs, avec deux lignes sur le dos et une tache de côté. Le ventre brun-gris tacheté porte une bande brunâtre sur ses côtés. Les élytres brun-clair sont marbrées de noir, et les ailes transparentes ont une teinte verdâtre ; les jambes rougeâtres, les pattes brupâtres et les grosses cuisses tachetées de noir complètent l'aspect de cette sauterelle de passage. On la rencontre en quelques parties de la France ; elle se laisse difficilement saisir. D’autres espèces offrent plusieurs rapports avec elle; comme les 4c/ydium lineola, tataricum, italicum, biguttulum, si commun avec le stridulum, dont le cri ennuyeux semble sortir de partout dans les terrains secs et pierreux, et qui est notre criquet vulgaire.

Ces insectes marchent mal et lentement, mais sautent et volent très-bien. On ne peut trop redouter les lésions innombrables qui émigrent en troupes si extraordinaires dans certains pays de l'Orient, de l'Afrique et de la Tartarie, dévastant, plus que ne ferait la flamme, toute la végétation des contrées qu'ils parcourent, sans que les millions d’in-

ividus qu’on s'efforce d’écraser puissent porter remède à un tel fléau.

Souvent ces insectes sont poussés par les vents; et au coucher du soleil, ils s’abattent comme une averse d'orage, en telles masses que les arbres se courbent sous leurs poids.

Une fois les campagnes ravagées, les sautérelles ne trouvant plus rien, périssent de faim par millions, et cependant leurs femelles déposent leurs œufs en quantité incalculable. Leur fécondité en effet est si énorme, que parmi les lieux où elles s’abattent, l’on peut remplir des sacs, des muids entiers de leurs œufs dans une médiocre étendue de terrain. En 1613, un passage de sauterelles aux environs d'Arles, dévasta jusqu’à la racine plus de quinze mille arpens de blé en peu de jours; malgré des nuées d'étourneaux ou d’autres oiseaux accourus, comme guidés par la Providence, pour les attaquer, on recueillit au-delà de trois mille boisseaux des seuls œufs ; chacune de ces mesures aurait donné près de deux millions de sauterelles, ce qui en fait environ six milliards. Ces sauterelles entraient jusque dans les granges et les greniers pour tout ravager. En 1780, à Boutzida, en Transylvanie, 1] fallut commander des régimens pour ramasser des sacs de sauterelles ; quinze cents personnes furent chargées de les écraser, de les brüler, de les enterrer; il n’y paraissait pas de diminution jusqu’à ce qu'un froid aigu les frappa; mais le printemps suivant, il se leva de nouvelles légions; il fallut faire lever le peuple en masse pour détruire cette peste, et malgré tant d'efforts, une multitude de pays furent rongés à nu.

On poussail avec de grands balais dans des fosses les masses de ces insectes qu'on étouf-

ANIMAUX NUISIBLES. LIV. rer.

fait ou brûlait en les retenant par des toiles tendues.

Dans plusieurs contrées d'Orient, après que ces insectes ont tout ravagé, les peuples désolés se jettent sur ces ennemis et les dévorent à leur tour. Les Bédouins les font griller à petit feu; d’autres nations les font sécher, les réduisent en farine et en font une sorte de pain. On en vend au marché à Bagdad. Des Arabes acrydophages en tirent leur nourriture et les conservent dans du beurre, qui sert à les frire ensuite. D’autres les apprètent avec de la saumure. Un homme en peut manger deux cents par repas: leur chair a, dit-on, le goût du pigeon. Des enfans de nos contrées méridionales mangent parfois les cuisses de ces sauterelles.

Enfin, quand ces insectes, en masse, viennent à périr dans une contrée, leurs corps entassés se puiréfient; l'odeur infecte qui s’en exhale peut engendrer des épidémies ; les eaux qui en sont corrompues ont déterminé des maladies pestilentielles, soit pour les bestiaux, soit pour l’homme.

Les étés chauds et humides sont favorables à la multiplication des sauterelles ; les temps secs et sereins concourent à leurs voyages. Telle est leur facilité pour ronger les tiges de blé ou d'orge qu’elles semblent les avaler dans leur longueur; on les a vues attaquer les gros arbres à défaut d'autre nourriture.

Il parait toutefois que d'immenses fumigations avec le soufre, les résines brülantes, l'acide muriatique (hydrochlorique en vapeur) éloignent ces insectes comme plusieurs autres.

$ VI. — Des courtilières.

Ce sont d’autres orthoptères remarquables par leurs sortes de mains fouisseuses, par leur habitation souterraine et leur vie nocturne, mais très-dommageables parce qu'elles rongent les racines des plantes potagères et pondent jusqu'à trois ou quatre cents œufs luisans, jaunes, dans un terrier bien préparé. Ces œufs éclosent au bout d’un mois, et les jeunes courtilières gris-blanchàtres fourragent déjà les plates-bandes et les carrés les mieux cultivés. Cependant eiles détruisent aussi des insectes malfaisans et des plantes inutiles, comme elles deviennent une proie très-friande pour les taupes. En plaçant des vases plats remplis d’eau près des nids de courtilières, celles-ci venant pour se désaltérer, s'y noient souvent. Ces nids se reconnaissent à un renflement du terrain et à la langueur des plantes qui croissent dessus. On peut creuser rapidement à la bèche pour enlever la couvée presque entière.

L'eau de savon noir, l'huile rance, les dissoiutions de foie de soufre surtout, éloignent ces insectes; on en a purgé ainsi une garancière qui en contenait peut-être cent mille individus. l 5

Nous avous vu dans la première partie de cet article, qu’il existe beaucoup autres insectes plus ou moins nuisibles à l’agriculture, mais nous avons dû nous borner à l’hislaire des plus dangereux par leurs ravages.

J. J. Virex.

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