‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 67 sur 357 · DOSES, EFFETS DES CHAULAGES · texte numérisé non relu

DOSES, EFFETS DES CHAULAGES

$ VIII.—Conduite à tenir dans les sois chaulés.

Après avoir doté son sol d'une grande fécondité, l'avoir mis dans le cas de produire les récoltes les plus précieuses, qui sont souvent les plus épuisantes, il faut le ménager, lui donner des engrais en compensation des produits obtenus, employer en litière et non en nourriture les pailles accrues de moitié, faire produire des fourrages à un sol qui désormais les porte avec avantage, modifier enfin l’ensemble et les détails de sa-culture d’après les forces nouvelles de son sol, les prix de commerce et les convenances locales.

Toutefois, il ne faut pas se presser de changer d'assolement : une pareille opération est longue, difficile, très-dispendieuse, et ne doit être faite qu'avec une grande maturité.

$ IX.— Effets de la chaux sur le sol.

Les effets de la chaux, quoique analogues, ne sont point identiques avec ceux produits par la marne, et les qualités des sols chaulés diffèrent en quelques points de celles des sols calcaires : le blé d’un fonds chaulé est plus rond, plus fin, donne moins de son et plus de farine que celui d’un sol non chaulé, d’un sol calcaire où d’un sol marné; le grain du sol marné est plus gris, donne plus de son et ressemble au blé sur trèfle, quoiqu'il lui soit préférable : le blé du sol chaulé a plus d’analogie avec celui produit par les terres amendées avec les cendres lessivées. Le sol chaulé craint moins la sécheresse pour sa semaille que le sol calcaire ou le sol marné; il n’est pas sujet à laisser verser, dans le printemps, sa récolte au moment de sa floraison, lorsque la semaille a été faite dans une terre sèche.

Dans le sol chaulé, les mauvaises herbes et les insectes disparaissent; la terre prend de la consistance lorsqu'elle est trop légère, et s’adoucit lorsqu'elle est trop argileuse. La surface du sol argilo-siliceux, auparavant unie et blanchâtre, s’ameublit, et devient rousse et comme cariée, elle sèche, durcit et se fend par la chaleur, et fuse et se délite par la pluie qui succède ; cet ameublissement spontané facilite beaucoup la main-d'œuvre du cultivateur, le travail et la marche des racines dans le sol, et l’action réciproque de atmosphère sur le sol qui reste ouvert à ses influences.

$ X. — Quantité de chaux absorbée par la végétation.

Les végétaux des sols calcaires ou devenus tels par amendement, renferment dans leurs cendres 30 pour cent de carbonate ou de phosphate de chaux qui sont DA pour le sol; mais le produit du sol chaulé, de qualité moyenne, est à peu près, pendant les 2 années de l’assolement, de 20 milliers pesans de produits secs par hectare, quicontiennent un peu moins d’un hectolitre de chaux; la végétation en a donc employé un demi-hectolitre par an. Nous avons vu qu’il en fallait en moyenne, par an, 3hectol. par hectare, la végétation n’absorbe donc en nature qu’un

1 6° de la chaux qu’on donne avec profit au sol;

les 5 aütres 6°° se perdent, sont entraînés par les eaux descendues aux couches inférieures du sol, se combinent ou servent à former d’autres composés : une portion encore sans doute reste en nature dans le sol et sert à former cette réserve qui, à la longue. dispense, pendant longues années, de continuer les chaulages.

$ XI.—De l’épuisement du sol par la chaux.

La chaux, dit-on, z'enrichit que les vieillards ou enrichit les pères et ruine les enfans : c’est là effectivement ce qu’a prouvé l’expérience, lorsque dans les sols légers chaulés abondamment ou sans lPintermédiaire des composts, on a fait desrécolles successives de grains, sans rendre au sol des engrais dans une proportion convenable, ou quand la maguésie mêlée à la chaux a porté dans le sol son influence malfaisante; mais, lorsque la chaux a été employée avec mesure, que sans surcharger le terrain de récoltes épuisantes on les a alternées avec les fourrages, qu’on a donné au sol des engrais en proportion des produits oblenus , le cultivateur prudent voit alors continuer la fécondité nouvelle que la chaux lui a apportée, sans que son sol donne aucun signe d'épuisement. à

Nulle part on ne parle de sols argileux qui aient eu à se plaindre de la chaux, et la fécondité s’est soutenue dans les sols légers toutes les fois que la chaux y a été empioyée en composts et avec modération. :

En Amérique, là où la chaux d’écailles d’huitres a pris la place de la chaux magnésienne, les plaintes sur les effets épuisans de la chaux ont cessé.

ART. 11, — Du marnage ou de l'emploi de la marne comme amendement.

$ 1%. — Composition, recherche et choix de la marne.

Nature et composition de la marne.— La marne est un Composé de carbonate de chaux et d'argile plus ou moins sablonneuse ; on la trouve en général sur les bords des plateaux en grand nombre que présentent les terrains d’alluvion , et TN le couche qui les forme, à plus ou moins de profondeur. Ainsi, la Sologne, sur tous les bords et dans la plupart des bassins qui la sillonnent; la Bresse, sous ses terrains blancs; les environs de Toulouse, sous ses boulbennes; la Puisaye, sous ses blanches terres; la Normandie, sous ses terres froides, trouvent la marne comme placée par une main bienfaisante pour donner à ces sols l'activité et les moyens de poucunE que ja nature ne leur avait pas déparlis.

La marne se présente sous différens aspects el sous diverses variétés qui offrent une composition très - variable. Elle durcit à mesure que la quantité de carbonate de chaux augmente jusqu’à 70 pour 100 où elle commence à devenir pierreuse; passé 80 p. 100 elle cesse d'être utilement employée dans le sol. On rencontre des marnes en poudre qui contiennent une très-grande proportion de carbonate de chaux.

Les différentes compositions et les changemens d'aspect ont fait diviser la marne

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en argileuse , sablonneuse et pierreuse, dénominations un peu vagues, il est vrai, mais qui cependant sont utiles dans la pratique.

Recherche de la Marne. — L'importance de la marne en agriculture doit la faire rechercher partout où elle peut être de quelque utilité. Les tussilages, l'ononis, les sauges, le trèfle jaune , les ronces, les chardons, le mélampyre, sont ordinairement un indice des sols dans lesquels la marne se trouve à peu de profondeur: les creusemens de fossés, de puits la mettent souvent au jour; plus souvent encore on la trouve en arrachemens sur les pentes ; les couches sablonneuses l’annoncent aussi : presque toujours elles la recouvrent ou la supportent. |

Si aucun de ces signes ne l’indique, on peut la rechercher par des sondages dans les parties inférieures du sol; mais les grands sondages engageant dans de fortes dépenses, l’extraction de la marne ne se ferait qu’à grands frais, et le plus souvent on rencontre des cours d’eau souterrains qui s’opposent à toute exploitation économique. Toutefois, lorsque l’eau ne nuit pas, l’extraction à de grandes profondeurs est encore beaucoup moins dispendieuse que son transport delieux éloignés. Les extractions de marne à de grandes profondeurs ne sont pas nouvelles en France. Pline parle de marne qu’on tirait dans les Gaules à plus de cent pieds de profondeur; en Normandie, on en extrait encore de cette manière : dans ce cas un manége à bœuf ou à cheval peut beaucoup diminuer la maind'œuvre.

Dans les sols où l’eau arrive à peu de profondeur, les grands sondages sont inutiles, une petite sonde (#g. 47) suffit : elle consiste en une barre de fer de 10 à 12 pieds de longueur qui se ternine par une pointe aciérée surmontée d’u-

ne cuiller; on a manœuvre avec un manche de tarière

que traverse la barre, qui s'élève ou s’abaisse à volonté et se fixe par une vis de pression.

La marne est plus près de la surface dans les endroits où la terre paraît plus sèche, où le sol argilo-siliceux est rougeâtre plutôt que gris. Lorsqu'on l’a trouvée, sielle n’est pas profonde, il est préférable de la tirer à ciel ouvert; dans ce cas quelques veines d’eau ne doivent pas empêcher l'extraction: on met à fond dans un jour tout ce qu'on a commencé; l'eau pendant la nuit remplit le creux de la veille, et le lendemain on s’en débarrasse, ou l’on fait une extraction à côté en laissant un contrefort du côté de l’eau.

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Lorsqu'on a trouvé la marne, où ce qu’on croit en être, car rien ne simule mieux la marne terreuse que certaines argiles, on s'assure de sa nature en la touchant avec de l’acide nitrique, muriatique ou même de fort vinaigre; un mouvement d’effervescence annonce de la marne, mais on n’a que de l’argile si l'acide s'étend sans boursoufflement. D'autre part, si on jette dans l’eau un morceau de marne sèche, il y a sur-le-champ une légère ébullition, ses molécules s’écartent l’une de l’autre comme repoussées à distance, et elles tombent en bouillie au fond du vase; c’est là encore un des caractères spécifiques qu’elle communique au sol à un haut degré.

Tous ces caractères ne se rencontrent pas au même degré dans la marne pierreuise ou dans la marne argileuse : la marne pierreuse a souvent besoin sur le sol du secours des gelées pour se déliter. ;

Sols auxquels la marne convient.—TLa marne agit par le carbonate de chaux qu'elle porte au sol, car l'argile seule ne produit sur le sol qu'un effet mécanique; la plus petite quantité du principe calcaire se fail sentir au sol qui n’en contient pas, mais dans les sois calcaires son emploi est le plus souvent nuisible, L'emploi sur le sol de quelques tombereaux de marne, avant la semaille d’hiver ou de printemps, décide mieux la question que Lout autre essai.

$ 11.— Procédés de marnages dans divers pays.

Il y a encore plus de variations dans les marnages que dans les chaulages. Le plus souvent, dans un pays, les marnages sont dus au hasard : des terres de fouille, de fossés, de puits, out été épanchies sur le sol, y ont produit une fécondité inattendue; si le cultivateur est actif elentreprenant, il étend l'opération à ses aulres fonds, et s’il inspire de la confiance à ses voisins, les maroagesse propa-

ent; mais alors les procédés se règlent au 1asard, et les doses sont presque toujours trop fortes, parce qu on ne croit pas pouvoir trop donner au sol de celte substance fécondante.

Nous ne trouvons pas entre les marnages anglais et français les mêmes disparates que pour la chaux. Ce que nous devons surtout imiter des Anglais, c'est l’associalion du fumier à la marne; souvent ils les réunissent en compost; leurs doses de marne sout plus ou moins fortes, suivant qu’il s’agit de 1‘" ou de 2° marnages ; les 1‘°** sont de 4 à 5 lignes (9 à 12 min.) d'épaisseur sur la surface, et les seconds du tiers au plus,etse succèdent tous les 15 ou 20 ans. Les doses varient ensuite suivant le plus ou moins de consistance des sols, la richesse ou la pauvreté de la marne, Dans quelques cantons on marne les pâturages et les prés non arrosés; on emploie la marne pour accroître les fourrages et la chaux pour les grains. Le marnage a fait changer de face à plusieurs comtés; le Norfolk, jadiscouvent de bruyèreset delandes, est devenu, par suite des marnages, la province modèle en agriculture. La marne pierreuse, sous Je nom de graviers calcaires, fécoude de grandes étendues. En Irlande,onen a mis sur le sol une quantité telle qu’on a tout-à-fait

LA

DU MARNAGE.

changé sa nature et qu'on ne sera plus dans le cas d’y revenir.

Les marnages en Flandre sontaussi anciens que les chaulages; ils y sont devenus une opération régulière d'agriculture, et consistent en 22 voilures à deux chevaux par hectare, d’une marne pierreuse très-riche : cette dose équivaut à peu près à 500 pieds (17 m.,13) | cubes par hectare, couvre à peine le sol de 23 de ligne (1 mm.5 ),et forme un centième de la couche labourable. Les arrondissemens de Bergues et de Hazebrouck l’emploient sur les deux tiers de leur surface, et les autres arrondissemens en usent en moius grande quantité parce qu’ils emploient plus de chaux. On tire la marne pierreuse des environs de S'.-Omer; elle coûte de 4 à 6 fr. la voiture, parce qu’on va souvent la prendre à plus d’une lieue. On renouvelle les marnages tous les 20 à 30 ans : ce marnage coûte trois fois autant que le chaulage sur des fonds toul-à-fait analogues, c’est-à-dire de 4 à 6 fr. par hectare et par an en moyenne, tandis que le chaulage ne revient que de 1 fr. 50 c. a 2 fr.

Les marnages sur le plateau argilo-siliceux de la Püisaye (Yonne) sont faits avec une marne pierreuse et très-abondamment; ils s'élèvent à 3,000 pieds (103 m.) cubes par hectare, forment une couche sur le sol de 4 lignes ( 9 mm.) d'épaisseur d’une marne qui contient 80 p. 100 de carbonate de chaux:

cette abondance s'explique, parce que la marne se délite assez difficilement, et qu’un hiver et souvent même plusieurs années ne suffisent pas pour cela. Le marnage avait lieu sur quelques points de temps immémorial, aussi les doses n’y sont que du tiers on du quart de cette quantité; ils n’ont commencé à s'étendre que depuis 40 ou 50 ans : maintenant la surface est marnée presque tout entière, et le sol a triplé de valeur partout où il a reçu cette amélioration.

Les marnages des environs de Montreuil en Picardie couvrent le sol d’une ligne (2 mm.) d'épaisseur à peu près d’une marne précieuse qu’on extrait sous le sol même par des puits; ce marnage, qu’on renouvelle tous

Î les 20 ans, coûte 20 fr. par hectare.

Les marnages de la Normandie, ceux de la Haute-Garonne, ne nous apprendraient rien d’important; ceux de l’Isére peuvent au contraire nous donner d’utiles leçons. Ils se font sur un sol de graviers siliceux avec une marne graveleuse qui appartient au sous-sol: ce sol fait partie de la grande alluvion de graviers siliceux rougeätres qui couvre les 3/4 du fond

| du bassin du Rhône, et qui se compose de débris roulés des Alpes primitives liés entreeux par une terre rougeâtre. Ces mMarnages dus au hasard et fails avec une marne à portée, sont très-abondans ; ils couvrent le sol | d’une couche de 4 à 5 lignes (10 mm.) d’une marne sablonneuse qui contient depuis 30 jusqu’à 60 p. 100 de carbonate de chaux.

Cette quantité de marne jetée sur un sol aride double au moins ses produits : l’agriculieur avait presque sans fumier une récolte de seigle tous les deux ans qui triplait rarement la semence, maintenant il recueille,pendant 10 ou 12 ans après les marnages , 8 pour uu en froment ; cependant la récolte a baissé

successivement, et elle est maintenant , après 40 ans de marnage, réduite à quatre pour un ; ceux qui n’ont pas vu les récoltes avant le marnage se plaignent de l’épuisement de leur sol, mais le produit brut est encore triple de ce qu’il était auparavant. Au reste, on trouve ici réunies toutes les circonstances

ui devaient conduire à l’épuisement: fortes

oses de marne très-niche et sablonneuse sur un sol aride, graveleux et peu consistant; une culture sans fourrages , une suite presque exclusive de récoltes épuisantes. Aussi il en est résulté que sur les parties les plus sèches et les plus arides de ce sol qui ne peut presque nourrir aucun arbre et à peine des taillis, le terrain est encore devenu plus sec, et qu'avec des récolles de grains d'hiver d’une valeur double des anciennes, il est vrai, les récoltes de printemps et les trèfles surtout craignent encore davantage la sécheresse. L'opération du marnage, qui pourrait se répandre avec de si grands avantages sur une étendue décuple au moins du même sol depuis Genève jusqu’à la mer, sur le Bugey, la Valbonne, les plaines de Valence, les garrigues du Comtat, la plaine de la Crau, commence à peine à se répandre hors de quelques cantons de l'Isère : les essais suivis de succès dans l’Ain et la Drôme ont pris peu d’extension.

Lesrzarnes du grand plateau argilo - siliceux qui couvrent une partie de l'Ain, de Saôneet-Loire et du Jura, sont argileuses et contiennent de 30 à 40 p. 0/0 de carbonate de chaux ; leur efficacité a été révélée par un cultivateur de l’Ain. Il y à 40 ans, l'habitude ancienne d’amender le sol avec de grandes masses de terres charriées sur la surface a provoqué à des marnages très-abondans; ils ont commencé par être d’une couche de 15 à 18 lignes ( 3 à 4 c.m.) sur toute l’étendue, comme les terremens ordinaires. Cette dose a été réduite d’abord d’un tiers, puis de moilié, quantité encore énorme, puisque dans le pays, où les labours ne sont que de trois pouces au plus, le marnage forme un quart ou letiers même de la couche labourable.

Les cultivateurs voisins de Saône-et-Loire ont imité ces marnages mais sans en prendre l'abus; ils ne donnent à un sol analogue qu’un quart de cette quantité d’une marne qui n’a souvent que 30 p. 0,0 de carbonate de chaux, et les marnages sont moins durables sans doute, mais sont aussi productifs que dans l'Ain.

Les fortes doses de marne ont nui en quelques lieux ; dans le sol très-argileux, la ténacité du terrain a été accrue, et on a eu plus de peine à le travailler; le blé noir et les pommes-de-terre yont moins bien réussi; et dans les sols légers et les sables, sans améliorer beaucoup la consistance, on a rendu le sol trop chaud et multiplié les coquelicots et les rhynanthus.

Nous trouvons en Sologne une lecon frappaute del’amélioration des terrains légers et sablonneux par la marne : la dose de marne argileuse, analogue dans sa composition et toutes ses apparences à celle de l'Ain, est de 240 à 300 pieds cubes par hectare, et

AMENDEMENS. Liv: 1ee,

cetie dose, de 2/5 de ligne sur lasurface, suffit pour féconder le sol pendant 10 ans.

$ III.—De la dose de marne à donner au sol.

Au milieu de tant de procédés on peut toutefois arriver, pour les sols de consistance moyenne, à une dose rationnelle de marne qui se modifie ensuite suivant la nature du sol : c’est un grand service à rendre à la pratique qui manque sur ce point de direction précise.

Le but du marnage est d'amener le sol à avoir les qualités et les avantages des sols calcaires. Or, l’analyse des meilleurs sols calcaires, des meilleurs sols de Flandre entre autres ; la pratique des pays où le marnage est le plus ancien et le mieux raisonné; les doses que conseille THAER; le résumé des marnages nombreux que donne Arthur YounG, nous a mis dans le cas de conclure, dans l'Essai sur la marne (1), que la proportion de 3 p.0/0 en moyenne de carbonate de chaux dans la couche labourable doit suffire : mais la marne plus ou moins riche, et les labours plus ou moins profonds donnent une couche labourable plus ou moins épaisse; avec la proportion fixe de carbonate de chaux que nous avons admise, les doses de marne doivent donc varier suivant la richesse de la marne et les profondeurs du labour.

Pour faciliter l'application de cette donnée d'expérience et de raisonnement, nous donnons un tableau qui renferme tous les élémens du murnage, et dont il sera facile de faire usage ; il est fait pour toutes les compositions de marne depuis 10 p. 0/0 de carbonate de chaux jusquà 90, et pour toutes les couches labourables depuis trois pouces jusqu'à 8; en prenant des moyennes intermédiaires on aura pour toutes les profondeurs de labours et pour toutes les qualités de marne , le nombre de pieds cubes à charrier sur un hectare: les pieds cubes s’évalueront d’après la capacité des tombereaux, parce que la marne, en se délitant sur le sol, prend autant de volume qu’elle en occupe dans le tombereau au moment de lextraction.

Lorsque 100 Nombre de pieds cubes de marne nécessaire |part. de marà une couche labourée d'une épaisseur de |J"® one vent en ear- “EE — | bonaté de 5 po. &po. | 5 pouc.| 6 poue. | 7 pouc. 8 'poue. chaux : Pieds | Pieds | Pieds | lieds | Pieds | Pieds cubes. [cubes. cubes | eubes. | cubes. | cubes. Parties. 7,10619,474|11,842/14,212/16,580/18,948| 10 3.55314,737| 5,921| 7,101| 8,290! 9,424] 20 236813,158| 3,947| 4,737| 5,527| 6,316] 30 1,77612,368| 2,860! 3,952 4,144 4,736 40 1:420[1,880| 2,350| 2,820] 3,290] 3,720] 50 1,17811,570| 1,962 2,354| 2,748 3,140 60 1,020 1,360| 1,700 2,040| 2,380 2,720 70 888/1:184| 1,480| 1,776] 2,072] 2,368| 80 77511032 1,292] 1,550] 1,809! 2,027] 90

Mais cette dose moyenne doit encore vajer dans beaucoup de cas: si la marne est argileuse dans un sol très-argileux , la dose doit être diminuée. Il en est de même surtout à mesure que le sol devient plus léger,

Paris, chez Me Huzard.

cuapP. 3°.

et nous pensons que la dose doit alors s’abaisser presqu’à celle de la Sologne (250 pieds cubes par hectare) , dose que nous regardons comme rationnelle, et comme le résultat de l'experience autant que de l’économie dans les sols très-légers. La proportion doit au contraire s'élever avec l’humidité du sol; dans un sol très-humide, une petite dose pourrait ne pas suffire; mais il faut néanmoins se garder de rendre son sol trop argileux.

$ IV. —Soins à prendre dans le marnage.

La 1° condition du succès de la marne dans un sol, c’est qu’il's’égoutte et se débarrasse des eaux de la surface; la marne peut Sans doute y aider beaucoup, mais elle ne suffit pas pour assainir le solmarécageux; elle ne peut, comme la chaux, exercer son action sur le sol que quand, par la nature de sa position ou par suite du travail qu’on lui donne, il peut se débarrasser des eaux surabondantes.

Les charrois des marnages doivent être faits par un beau temps afn que les terres ne soient pas broyées et pétries sous les pas des animaux, des hommes et des voitures; il faut un temps sec ou de la gelée; cependant, si on a de bons chemins, on peut profiter par tous les temps des loisirs des attelages; on dispose la marne sur un coin de la pièce à marner pour la répandre ensuite en temps convenable avec des tombereaux ou des brouettes: l'exposition de la marne à l'air, avant de la répandre, est toujours utile, sans être indispensable.

Dans un sol humideil est à propos de faire précéder le marnage par un labour profond, parce que la terre offre alors à l’eau une couche plus épaisse à pénétrer, qu’elle craindra alors moins l'humidité, et que la couche améliorée et ameublie par la marne sera plus épaisse.

La marne doit étre disposée sur le sol en lignes parallèles, en petits tas égaux, placés à 20 pieds de distance au plus entre les tas et entre les lignes. (Voy. fig. 45.) On profite des premiers loisirs de beau temps pour l’épancher aussi régulièrement que possible; après quelques jours et des alternatives de soleil et de pluie, on repasse sur le sol pour égaliser la marne et pour qu'elle le couvre le mieux possible de ses débris en poussière :

la bonté et la promptitude des résultats dépennt en graude partie de ce soin : on aisse ensuite essorer la couche de marne sur le sol aussi long-temps que possible; il s'établit un travail réciproque à l’aide de l'air et des variations atmosphériques de la surface du sol sur la marne, qui prépare ses effets , les hâte et leur donne plus d'énergie.

La marne ne doit étre enterrée que pendant un beau temps, lorsqu'elle est bien délitée et

resque sèche; en l’enterrant mouillée on ui fait reprendre son adhérence, et alors elle ne peut se distribuer dans le sol : il faut aussi que le labour soit peu profond, parce qu'elle se conserve plus aisément alors, pour les cultures qui suivent, dans l'épaisseur de la couche végétale.

Lorsque le marnage a été trop fort, on peut, par un labour profond, ramener à ja

DU MARNAGE. 69

surface de la terre non marnée qui diminue la masse proportionnelle de marne; cette opération, en augmentant l'épaisseur de la couche ameublie, diminue pour le solles inconvéniens des grandes pluies.

La marne s'emploie avec avantage sur les récoltes d'hiver comme sur celles de printemps: elle s'emploie très-utilement en composts, soit avec du fumier, soit avec du terreau ou des gazons; toutefois ils sont un peu plus embarrassans à faire, à charrier et à méler avec la marne argileuse qu’avec la marne pierreuse. Les Anglais emploient beaucoup de marne sous cette forme, surtout lorsqu'ils sont éloignés de ia marnière, parce que, pour la marne comme pour la chaux, les composts sont le moyen de multiplier les effets avec une pelite dose.

Les effets de la marne ne sont pas toujours trés-sensibles sur les premières récoltes, et cela arrive lorsqu'elle a été épanchée avec peu de soin, lorsqu'elle n’a pas été bien mélée au sol par les labours, qu’elle a été enterrée par la pluie ou par un labour trop profond, ou qu’enfin elle a éprouvé une suite non interrompue de pluies ou de sécheresse; il faut une alternative de chaleur ou d’humidité pour que les combinaisons à l’aide desquelles la marne agit sur les végétaux se forment dans le sol.

Les effets de la marne sur le sol ressemblent beaucoup à ceux de la chaux. Le sol ameubli peut se travailler en tout temps, se délite à la première pluie, devient plus accessible, ainsi que les plantes qu’il porte, à toutes les influences atmosphériques: les racines le traversent plus facilement ; dans ce sol rendu perméable, les sucs qui forment la sève peur vent circuler et par conséquent être plus facilement aspirés par les racines: on conçoit que toutes ces qualités rendent meilleurs le sol et ses produits.

$ V.— Des seconds marnages.

Les seconds marnages ne conviennent plus et doivent être long-temps différés là où le premier a été très-abondant. S'ils n’ont point réussi dans l’Ain, dans l’Isère, dans l'Yonne, c’est qu'on a employé dans les premiers marnages des doses qui ont fourni au sol 4, 5, 6, 8, 10 p. o/o de carbonate de chaux, proportion beaucoup au-dessus du besoin el souvent même de la convenance, et que le sol en a pour un temps indéfini; mais, là où les marpages sont devenus une opération régulière d'agriculture, nous pouvons prendre des points de départ qui nous éclaireront.

En analysant la plus grande partie des procédés réguliers de marnages cités par Arthur Youxe, on trouve que l’hectare de terre recoit par an de 10 à 20 hectolitres de carbonate de chaux. Dans les marnages plus réguliers encore du départ. du Nord, le sol recoil.tous les 20 ans 166 hectolitres de marne pierreuse qui contient 3/4au moins de carbopate de chaux; c’est donc 8 hectolitres par an que demande le sol pour continuer ses produits avec la même énergie.

Une quantité qui suffirait aux sols argileux devient trop forte pour les sols légers ; nous avons vu qu’on donne en Sologne, tous Îles dix ans, de 240 à 300 pieds cubes par hectare

d’une marne qui contient 40 p. 0/9 de carbonate de chaux, c’est 4 hectolitres par an du principe calcaire; nos seconds marnages seraient donc donnés de manière à fournir au sol par an depuis 4 jusqu’à 8 hectolitres de carbonate de chaux suivant la consistance du sol.

6 VI. — Épuisement du sol par la marne.

Lorsque dans un sol léger ou très-sec on a mis une forte dose de marne, qu’on ne lui rend pas des engrais animaux en proportion des produits qu’on en tire, que les récolles épuisantes s'y succèdent, on voit pelit-àpetit les récoltes diminuer, le sol prendre les caractères de sol calcaire peu fécond; il produit encore plus qu'avant le marnage, mais on le dit épuisé, et une nouvelle dose de marne ne le rappelle pas à sa fécondité

remière: nous avons vu ce cas arriver dans ’Isère, où se trouvent réunies toutes les circonstances défavorables. Dans le sol argileux, ce résultat se montrerait plus difficilement et après un plus long terme. La marne ne dispense donc pas de fumier, mais elle est lin d’épuiser le sol; nous pensons , au contraire , que pour en soutenir les grands produits, une dose de fumier beaucoup moindre est nécessaire. La marne double donc l'action du fumier, et on a, dans les fonds marnés, ce grand avantage d’un bon sol, de pouvoir obtenir de grands produits avec une quantité modérée d'engrais.

Toutefois, nous devous dire quele premier marnage comme le premier chaulage produisent en quelque sorte un premier élan de fécondité dont le plus souvent on ne soutient pas toute la puissance. Pour que cela füt, il faudrait que l’année même du marnage, le fumier fût donné comme à l'ordinaire, ou que la marne fût livrée au sol en compost sans retrancher le fumier, comme dans beaucoup de seconds marnages en Angleterre.

Mais cela a rarement lieu : partout on veut profiter de la facullé nouvelle donnée au sol de produire sans fumier, et on place son engrais dans ies fonds qui n’ont pas encore reçu d'amendemens; toutefois la Belgique, le département du Nord, la Normandie, la Sarthe, et une grande partie de l'Angleterre ont soutenu avec des soins la fécondité première donnée par la marne, et cela est dû, à la fois, à la quantité d’engrais et à la bonne culture qu'ils ont donnée à leur sol marné.

$ VII. — Culture du sol après les marnages.

Après tout ce que nous avons dit, on comprend que la culture du sol après les marnages doit être conduite avec discernement et mesure; il ne faui profiter de la fécondité nouvelle du sol qu’en ménageant les forces artificielles qu’on lui a données; il faut donc lui rendre des engrais en raison de ses produits, multiplier par conséquent les fourra-

es-feuillus et les fourrages-racines, proter enfin de la fécondité de son sol autant en faveur des animaux producteurs du fumier qu’au profit du grenier: alors la marne est un immense moyen de fécondité présent et avenir. Nous ne conseillerons point cependant de changemens brusques dans l’as-

solement : dans tous les syslèmes agricoles on peut faire produire au sol des récoltes productives de fumier.

$ VIII. —Assainissement produit par la marne.

Une foule de faits et de raisonnemens ont établi que la chaux et ses composés portent dans le sol un principe d’assainissement en même temps que de fécondité. Les agens calcaires ôtent au sol l'humidité stagnante qui nuit à la végétation; le sol devient poreux, perméable, les eaux peuvent mieux circuler dans liutérieur, n’y stagnent plus et par conséquent ne s’y arrêtent pas.

Toutes les eaux qui séjournent ou qui coulent sur la marne ou sur la pierre calcaire restent claires et limpides, portent partout la fécondité, et assainissent le sol et les produits du sol. Dans le sol marné, tous les végétaux des sols assainis croissent et prospèrent, le sol lui-même est donc assaini aussi bien dans ses émanations, que dans ses eaux, que dans ses produits : la marne, en donnant au sol toutes les qualités des sois calcaires, leur donne donc aussi la salubrité qui les distingue partout, et la marne doit agir dans ce cas plus énergiquement encore que la chaux, parce qu’on la donne plus abondamment au sol, et qu'elle y développe à un plus haut point les qualités des sols calcaires; Za marne est donc commela chaux, comme tous les agens calcaires, un principe de salubrité aussi bien que de fécondité.

ART. I.— Emploi des plâtras ou débris de démolition comme amendemens.

Les débris de démolition ont une grande influence sur la végétation; leur effet sur le sol semble quelquefois plus avantageux que celui de la chaux. Ils contiennent, en outre du carbonate de chaux et d’un peu de chaux encore caustique, des sels déliquescens à base de chaux, des nitrates et des muriates de chaux, de potasse et de soude, qui ajoutent à l'effet du principe calcaire sur les végetaux. Leur effet fécondant s'exerce exclusivement sur les sols non calcaires; ailleurs ils sont plutôt nuisibles qu'utiles et rendent les sols plus sensibles à la sécheresse.

Les débris de démolition ont un effet trés.

durable; ls sont très-avantageux sur les prés ou pâturages humides non calcaires, mais qui ne sont cependant ni marécageux ni inondés ; ils améliorent la récolte en quantité et en qualité. On les emploie avec avantage, avant et après l’hiver, sur les récoltes d'hiver comme sur celles de printemps, ils font produire plus de grains à proportion que de paille, et le grain est d'excellente qualité: on les emploie le plus souvent sans l’intermédiaire des composts parce qu'ils ont déjà formé dans les murs une partie des composés qui se forment dans les composts ; cependant,employés sous cette forme, leur effet s’accroitrait encore en imprégnant de leurs forces fécondantes une masse de terre 7 à 8 fois plus considérable que la leur.

Les plâtras, comme les autres amendemens calcaires, demandent à. étre répandus sur la terre non mouillée, et veulent être enterrés peu profondément par un beau temps; au-

cHaAP. 3°.

trement leur effet est beaucoup moindre.

Il paraît qu'ez Jtalie ils sont très-estimés comme amendement : on les emploie préférablement dans les sols argileux. Aux environs de Rimini, nous dit Philippe RÉ, on les emploie pour les oliviers : une charrelée suffit pour 15 à 20 arbres ; en Toscane, on les emploie pour le même objet, mais en compost; dans le Milanais, on les donne aux vignes et aux müriers; dans le pays Bressan et les environs de Reggio, on en saupoudre d’une couche légère les prairies naturelles.

Dans le département de l'Ain, on les em-

loyait sur le sol argilo-siliceux avant que a marne et la chaux fussent introduites ; mais , depuis celte époque, on les a beaucoup plus recherchés, depuis surtout que l'emploi de la chaux se popularise; le tombereau de 12 pieds cubes qu'on avait pour 50 c. se vend 1 fr. pris à Bourg; l'amendement devient beaucoup plus cher que celui de chaux lorsqu’on doit le conduire à grande distance.

La dose moyenne est de 600 pieds cubes (200 hectolitres) par hectare, qui équivaudraient à 40 hectolitres de chaux; la dose, sans doute, pourrait être moindre , surtout dans les sols légers; mais on veut absolumer:t voir le sol couvert, et puis la durée est plus longue; au bout de 20 ans, le sol est encore très-sensiblement amélioré.—Les plâtras paraissent bien aux 3/4 perdus pour l’agriculture française, car on en néglige généralement l'emploi; cependant presque partout ils pourraient être utilisés, parce qu’on rencontre presque partout des sols non calcaires.

ART. 1V.— Du falunage ou emploi des coquilles comme amendemens.

On donne le nom de falurs à des bancs de coquilles fossiles qu’on trouve, soit sur les bords de la mer, soit dans l’intérieur des terres; dans certains lieux, le falun est employé sous le nom de "arne coquilliére, mais c’est seulement le falur de Touraine dont l’emploi en agricullure est bien conau. La falunière y forme un banc de 3 lieues de longueur et d’une épaisseur et largeur variables; on extrait le falun de plusieurs pieds de profondeur, et, comme les eaux y abondent, on ne l’obtient qu'à force de bras dont les uns

uisent les eaux et les autres sortent le fa-

un (/g. 48).

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