‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 68 sur 357 · DES AMENDEMENS STIMULANS : PLATRE · texte numérisé non relu

DES AMENDEMENS STIMULANS : PLATRE

On le met sur le sol à la quantité de 30 à 60 charretées par hectare suivant la nature du terrain ; son action paraît au moins aussi efficace que celle de la marne, et sa durée se prolonge long-temps.

On l'emploie ex Angleterre à moindre dose qu’en France, à moitié de la plus faible dose de la Touraine; les qualités particulières et les forces fécondantes peuvent être différentes, car les bancs sont composés de familles de coquilles très-diverses ; en sorte que chacun peut avoir raison dans sa pratique. La durée d’un falunage en Angleterre se prolonge plus que celle de la marne; on en renouvelle l'énergie avec un compost de fumier et coquilles; le sol en est grandement amélioré, plus, à ce qu’il semble, que par la chaux ou la marne; ces coquillages peuvent en effet contenir quelques parties animales qui ajouteraient à. l'effet du carbonate de chaux qui en forme la base principale.

On trouve ex France des bancs de coquillages dans beaucoup de lieux. C'est une de nos richesses minérales dont nous sommes bien loin de tirer tout le parti conveuable; car, en employant le falun à la dose de 100 hectolitres par hectaie comme en Angleterre, on pourrait le transporter à distance, soit par eau, soit par des voilures, et en faire ainsi une branche de commerce de quelque intérêt. M. A. Puvis.

SECTION an. — Des amendemens stimulans.

La thécrie de l’action des substances qui paraissent jouer dans le sol le double rôle d’amendement et de stimulant, et l’explication de leurs effets, élant intimement liées aux mêmes notions relatives aux engrais,elles seront exposées au commencement du chapitre suivant, afin d'éviter des répétitions inutiles et d'en rendre l'intelligence plus parfaite. Ici nous devons nous borner à l’examen de l’emploi pratique de ces substances qu'on peut réunir sous les dénominations principales de plâtre, de cendres, et de substances salines. C. B. ne M.

ART. 1°". — Du platre, sulfate de chaux, ou gypse.

Le sulfate de chaux est un composé calcaire qui se distingue de tous les autres par ses effets sur le sol : ses espèces, sa composition et sa théorie seront exposées dans le chapitre des engrais.

L'usage du plâtre n’est pas ancien en agriculture ; il n’a commencé à se répandre que depuis lesexpériences du pasteur MEYER, qui les publia en 1765 et années suivantes. Son emploi se répandit, à dater de cette époque, en Allemagne, pénétra en Suisse et en France.

Le plâtre paraït convenir particulièrement sur les légumineuses, son effet est centesté sur les graminées; cependant en Amérique, on s’en loue sur le maïs; entre les mains de quelques-uns, il a donné beaucoup d'activité à la végétation du chanvre. Ce sont là des

faits particuliers que nous ne nions pas,

mais il est à peu près certain qu'ils ne se reproduiraient pas partout : on l’emploic donc spécialement sur le trèfle, la luzerne et l'esparcette. Il paraît que les légumineuses

contiennent beaucoup de sulfate de chaux, et que ce serait au besoin qu’elles en ont dans leur composition intime que pourrait être dû en grande partie l'effet qu'il produit sur leur végétation. Cette explication paraît d'autant plus vraisemblable que l’expérience a constaté que le plâtre reste à peu près sans effet sur les sols qui le contiennent en certaine proportion : ainsi, les plaines du Comtat- Venaissin et des comtés entiers en Angleterre n’éprouvent aucun effet du plâtre, et leur sol, analysé par M. GasPaRiN en France et par Humphry Dawy en Angleterre, a donné une certaine proportion de sulfate de chaux.

Le plâtre s'emploie avec succes sur les féves, les haricots et les pois, mais on l’accuse alors de rendre les graines produites d’une difficile cuisson. Nous venons de voir que ces graines contenaient déja du plâtre; il semble que la dose, en s’'augmentant, tend à rendre la cuisson plus difficile : nous savons d’ailleurs que les eaux séléniteusesempêchent la cuisson des légumes; un effet analogue se reproduit par le plâtre contenu en trop grande abondance dans leur substance ellemême.

Lorsque le sol et la saison sont favorables, le plätre double souvent le produit des fourrages; les plantes prennent alors un vert intense, une vigueur extraordinaire qui les font contraster avec celles des portions non plâtrées. Lorsque FRANKLIN voulul faire connaître et répandre l’usage du plâtre en Amérique, pour convaincre ses compatriotes, 1l écrivit sur un champ de trèfle (7zg. 49 ),

Fig. 49.

aux portes de Washington, avec de la poussière de plâtre, cette phrase : Ceci a été plétré ; l'effet du plâtre fit saillir en relief ces mots en tiges vigoureuses et plus vertes; tout le monde fut convaincu, et le plâtre fut popularisé en Amérique. Les Américains ont été long-temps à tirer leur plâtre de Paris, mais ils en exploitent maintenant chez eux.

On recommande de semer Le plâtre au printemps sur la végétation déjà commencée, lorsque les fourrages ont 5 ‘à 6 pouces de hauteur : cependant semé au mois d’août, après la moisson, sur les trèfles de l’année

il en fait produire une bonne coupe au mais d'octobre, et les récoltes de l’année suivante en éprouvent encore tout l'effet.

On Le répand à la main, le soir ou le matin, à la rosée, par un temps calme et couvert, avant ou après une petite pluie; de grandes pluies nuisent beaucoup à son effet; aussi, pour éviter les grandes pluies de printemps, dans les environs de Marseille, on préfère ne l’'employer qu'après la première coupe.

Les expériences de M. Soquer semblaient avoir constaté que le plâtre répandu sur le sol, sans contact avec les plantes, ne produisait aucun effet; cependant la pratique de pays entiers établit qu'il réussit très-bien sur le trèfle et la luzerne à peine sortis du sol, et les expériences de MM. SAGERET et p'Harcourr ont constaté que le plâtre semé en même temps que la graine produisait encore beaucoup d’effet.

Sa dose ordinaire est égale en volume à la semence, soit de 5 à 6 quintaux par hectare; à cette dose il ne fait sur le sol qu’une couche de moins de 1/100 de ligne ou un six-millième d’une couche labourable de 5 pouces d'épaisseur; à dose moitié moindre , son effet est encore très-sensible; il est donc de tous les amendemens celui dont l’effet se produit à plus petite dose.

Le plätrage ne doit pas étre répété trop souvent sur le même sol, surtout s’il est médiocre; le sol aime à changer d’engrais comme de récolte, et le plâtre serait comme beaucoup de bonnes choses qui demandent à être employées avec mesure et modération, comme le trèfle lui-même qui, pour bien faire, ne doit reparaître sur le même sol que tous les six ans.

Le plâtre, employé dans des composts de terre ou de fumier, augmente beaucoup leur activité; les essais sur ce sujet n’ont pas été poussés assez loin pour se résumer en directions précises de pratique : cela est fort à regretter, parce que les expériences faites promettaient les plus heureux résultats.

Le plâtre, en donnant aux feuillages et aux branches des plantes un grand développement, produit sur les racines un effet aussi très-sensible; les expériences de M. Soquer ont établi que les racines du trèfle plâtré pèsent un tiers de plus que celles du trèfle non plâtré. On conçoit dès-lors que des racines plns longues, plus fortes et plus rameuses, doivent puiser davantage dans le sol. Cependant le froment qui succède au trèfle plâtré est ordinairement plus beau que celui

ui remplace le trèfle non plâtré; cet effet

oit être attribué à la plus grande masse d'engrais végétal due au trèfle plus vigoureux qui a laissé plus de feuilles sur la surface et plus de racines dans le sol; mais cet engrais végétal ne dure qu'une année, car la récolte sarclée qui suit le froment doit recevoir plus d'engrais après le trèfle plâtré que celle où le trèfle ne l’a point été.

Le plâtre est quelquefois employé sur les prairies sèches, etil augmente la quantité du produit; il y fait prédominer les légumineuses, et par conséquent améliore le fourrage; mais il faut alterner son emploi avec les engrais animaux , autrement la fécondité qu'il produit ne se soulient pas. et peu d'années

cHAP. 3°.

aprés des plâtrages répétés, le produit du pré descendrait plus bas qu'auparavant.

On accroît, par le plâtrage, /a qualité distinctive des légumineuses :les feuilles, qui sont leurs organes absorbans dans l'atmosphère, prennent plus de vigueur, sont doublées, triplées peut-être en surface, et par conséquent en puissance, tandis que ies racines n'ont pris qu'un tiers d’accroissement, et par conséquent, pourrait-on dire, n'empruntent qu'un tiers de plus au sol. C’est ce vide néanmoins qu'il faut remplir dans les sols médiocres où il devient sensible. :

Le plâtrage est donc une excellente méthode, mais dont il faut user avec réserve et circonspection; par cette raison, dans des paÿs on a réduit les doses du plâtrage, dans d'autres on l’a divisé avec succès en deux saisons, moitié après la récolte de la céréale qui couvre le fourrage, et l’autre moitié au printemps suivant.

ART. 11. — Des diverses sortes de cendres.

$ 1°*.— Des cendres de bois.

Ces cendres, qu'on néglige encore dans beaucoup de lieux, se vendent fort cher dans un grand nombre de localités, après qu’elles ont été lessivées, sous le nom de cAarrée.

Les effets des cendres sur la végétation et sur le sol sont très-remarquables ; elles ameublissent les sols argileux, et donnent de la consistance aux sols légers; elles détruisent les mauvaises herbes ; elles conviennent plutôt aux sols humides qu'aux secs, mais il est nécessaire qu'ils soient bien égouttés ; la dose doit s’accroitre avec l'humidité du sol.

Elles demandent à être répandues sèches par un temps non pluvieux et sur un sol non mouillé; elles favorisent la végétation de toutes les récoltes, des récoltes d'hiver et de printemps, des céréales et des légumineuses.

Elles donnent une couleur vert-foncé aux végétaux qu’elles font croître; eiles favorisent plus encore la production du grain que celle de la paille : le grain produit ressemble a celui des fonds chaulés ; il est peut -être encore plus fin et à écorce plus mince, et comme tel il a plus de prix sur les marchés.

On emploie les cendres avec grand avantage sur les prés et les pâturages, et leurs effets sont surtout remarquables sur le blé noir, la navelte et le chanvre. Leur effet, à petite dose, est peu durable; au bout de deux ans il est peu sensible, et cependant, dans les terres qu'on a cendrées à plusieurs reprises, dix ans après qu’on a cessé, l’amélioration s'aperçoit encore.

L'emploi des cendres est très-répandu sur le grand plateau de terrain argilo-siliceux qui appartient aux bassins du Rhône et de la Saône, et qui se prolonge depuis les portes de Lyon jusque das les départ. de l'Ain, de Saône-et-Loire, du Jura et de la Haute-Saône.

Lyon, après avoir fourni des cendres lessivées à l’agriculture de ses environs, qui les emploie en grande abondance, les envoie par les rivières à une grande partie de leurs rives et des pays voisins, qui les paient de1 fr. 50 c. à 3 fr. l'hectolitre. La dose ordinaire est moins forte que dans les environs de Lyon; elle est cependant de 20 à 30 hectolitres par

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