‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 70 sur 357 · AMENDEMENS STIMULANS : CENDRES · texte numérisé non relu

AMENDEMENS STIMULANS : CENDRES

bois bitumineux plus ou moins décomposés, L'étude de ces diverses substances les fait regarder par les géologues comme une variélé de lignites d’une formation postérieure à la craie, contemporaine de l'argile plastique, et antérieure à la formation du calcaire grossier des environs de Paris.

Lorsqu'on entasse ces cendres, au bout d’une quinzaine de jours elles s’échauffent, s’enflamment même, subissent une combuslion lente; la surface se couvre d’efflorescences en forme de pelits cratères. La combustion dure de 15 jours à un mois; le monceau exhale une forte odeur sulfureuse ; pendant le jour on voit à la surface une vapeur légère, mais la nuit on aperçoit une petite flamme. Après cette combustion les cendres se vendent sous le nom de cendres rouges, et leur effel est presque doublé: on les emploie à dose moitié moindre.

Depuis trente ans que je n’ai vu les extractions des environs de La Fère, l'usage de ces cendres s'est beaucoup multiplié. A celte époque, les cultivateurs du départ. du Nord venaient en grand nombre, quelquefois de 20 lieues, charger leurs immenses voitures de cendres pyriteuses dans leurs divers états; ils avaient cependant déjà trouvé sur leur sol les cendres noires de Sarspoterie. Ces cendres sontàuneassez grande profondeur sous Lerre; elles sont employées particulièrement par l'arrondissement d’Avesnes dans lequel elles se trouvent; l’arrondissement de Cambrai continue à s’approvisionner en grande partie de cendres de Picardie, dont il n'est pas beaucoup plus éloigné, el auxquelles on trouve plas d'énergie. Les Flamands ont, en grande partie, remplacé les cendres de Hollande, cendres dé mer, par les cendres pyriteuses ; cependant quelques cultivateurs préfèrent encore l'emploi des premières, quoique plus chères. Les cendres pyriteuses leur reviennent en moyenne à 3 {r. l'hectolitre, et ils en emploient de quatre à six par hectare sur les prairies et pâtures : sur les prairies artificielles la dose est un peu plus forte. On ne les emploie sur les prairies et

âtures que dans les arrondissemens de Cam- Éfai etd’Avesnes,mais dans touson en amende

les prairies artificielles ; c’est l'amendement pour lequel les Flamands font les plus fortes dépenses. Ils les emploient aussi pour les récoltes de printemps, et particulièrement pour les graines légumineuses ; maïs alors la dose employée n’est guère que de moitié. Elles se mettent sur les récoltes de printemps au moment de la semaille, et sur les trèfles, prairies et pètures, dès le mois de février; plus tard dans la saison, on craindrait que leurs principes solubles ne vinssent à agir trop activement sur le sol, si avant les chaleurs elles n'avaient pas subi les pluies de printemps.

L’usage de ces cendres donne le moyen d’avoir des prairies productives sans fumier et sans arrosemens; il suffit de les y répandre tous les quatre ans.

Le départ. de l'Aisne (1) et les départ. environnans en font aussi un grand usage; on les y a cherchées avec soin, et l’on en a trouvé dans un grand nombre de lieux. Sur presque tous les points d’un plateau de 50 lieues carrées au moins, coupé par des bassins de petiles rivières, les cendres de ces diverses extractions présentent entre elles beaucoup d’analogie, en sorte qu’elles peuvent être considérées comme un seul et même dépôt fait à la même époque. Celles de La Fère sont dans les bois dont le sol, comme celui du reste du plateau, appartient à la formation argilo-siliceuse humide; cette formation se rencontrant dans presque tous les départemens de France, il est à espérer que la France dunord ne sera pas seule à posséder ce puissant amendement, et on pourra toujours e reconnaitre à sa couleur, à ses caractères extérieurs et à son inflammation spontanée ou déterminée par une petite quantité de combustible, après quelque temps d’exposition à l'air.

Dans les lieux où on avait les cendres pyriteuses à sa disposition, on en a souvent abusé; il est des parties de sol sur lesquelles de nouvelles doses ne produisent plus aucun effet; on dit le sol épuisé; nous pensons plutôt qu'il n’a pas consommé tous les principes salins et calcaires qui lui ont été donnés, et que pour cette raison de nouvelles doses ne produisent aucun effet. Les cendres pyriteuses sont comme les amendemens calcaires; la chaux ne produit aucun effet sur les sols qui la contiennent, et les cendres

yriteuses cessent d’en produire, lorsque e sol contient déjà les principes qu’elles renferment. Toutefois la fécondité qu’elles avaient apportée a disparu; nous pensons que c’est parce qu’on n’a point donné au sol une quantité de fumier proportionnée au produit; on a trop exigé de lui. Le cas enfin est le même qu’à la suite de l’abus des amendemens calcaires; le remède serail donc le mème : alterner l'emploi des cendres avec des engrais abondans, ou plutôt faire des composis avec le fumier, le terreau et les cendres; donner, au besoin, au sol un labour profond qui, par le mélange d’une terre neuve avec la couche labourable, diminuera la proportion des cendres dans le sol.

Les Flamands qu emploient ces cendres sur les prairies artificielles sont loin de s’en plaindre; pour leurs terres labourables, ils les mettent en compost avec la chaux et ne les emploient que tous les quatre ans sur leurs prairies et pâtures. La culture flamande peut donc encore, sur ce point, servir de modèle à celle de leurs voisins.

$IV.— Engrais de mer, sable, vase ou limon de mer: tangue, cendres de Varech,

Tous ces divers amendemens que la mer offre à ses riverains sont à la fois calcaires et salins; leur effet est grand, mais ne se produit pas sur toutes les nuances de terrain.

Ces amendemens stimulans n’agissent pas, selon nous, sur les laisses de mer, ni sur les sols qui lui doivent leur formation depuis les temps modernes, mais principalement sur les sols argilo-siliceux.

Lorsque l’ergrais de mer est sablonneux , il est aussi actif, mais n’est point aussi profitable que lorsqu'il est vaseux, et qu’il contient des substances animales et végétales en décomposition; dans ce dernier état, c’est une espèce de compost de sable calcaire, de coquillages, d'herbes marines et de sel; c’est alors l’un des engrais les plus fécondans que l’agriculture connaisse.

L’engrais de mer est en usage en Angleterre comme en France; dans beaucoup de pays, on comprend sous ce nom les Varechs ou Goémon (Fucus) et autres plantes marines.

Ce n’est pas ici le lieu de traiter de cet engrais végétal, mais la vase de mer s’emploie presque aussi souvent que les plantes marines; son emploi cependant ne peut pas s'étendre aussi loin dans les terres, parce qu'elle nécessite beaucoup plus de transport. Un meilleur état des chemins vicinaux faciliterait et étendrait beaucoup l'emploi de ce puissant moyen d'amélioration, d'autant mieux que, dans l'intérieur des terres, l'étendue du soi auquel il convient est relativement beaucoup plus grande.

En Angleterre, on l’emploie volontiers en top-dressing où engrais sur la surface, pour les grains d'hiver et les herbages au printemps; on remarque que le froment, l’avoine el l'orge, auxquels on a donné cet amendement, sont moins sujets à la carie. Dans le Cheshire, la vase marine qu’on tire des marais salans est regardée comme le meilleur de tous les engrais; on lui trouve l’activité de la marne et la graisse du fumier; on en fait ordinairement des composts au printemps avec du fumier qu'on mélange, à plusieurs reprises dans la saison, pour les employer au moment de la semaille du froment,

Cet amendement est très-recherché du côté d’Avranches, dans la Manche; on l'y préfère à la chaux et à la marne. Avec des composts faits avec douze à quinze voitures de tangue ou vase de mer par hectare, qu’on mêle avec un quart de plus de fumier ou une quantité proportionnée de terreau, on forme un excellent engrais qui se fait sentir au

(1) Dans ce département, 70 cenarières en pleine exploitation ont produit, pendant Je 4° trimestre de 1833, 800,000 hectolitres de cendres noires, qui ont été HIVrés aux usines ou à l'agriculture, pour

une somme de 400,000 francs,

cTIAP. 3°.

moins pendant toute la rotation de l’assolement. Dans tout ce pays, l’usage de la chaux est très-répandu, mais aussitôt qu'on approche assez des bords de la mer, et que les chemins permettent de se procurer la vase de mer, on n’emploie plus la chaux.

En Bretagne, l'usage du sable de mer, du côté de Saint-Brieuc et de Matignon, s’est aussi, depuis 30 ans, beaucoup répandu; il n'était connu qu'à Hilion, où il s'était établi depuis moins de 50 ans ; mais depuis quelque temps, à l'exemple de M. Desmoland, tout le canton de Malignon l’emploie avec le plus grand profit, et son usage se serait encore beaucoup plus étendu sil’état des chemins vicinaux n’enchainait cette importante amélioration. Le sable de mer convient à la culture du trèfle, de la luzerne , au lin, au chanvre, aux pommes-de-terre; sur les prairies, il détruit le jonc, augmente la quantité et la qualité des fourrages, convient enfin beaucoup aux terres argileuses qu’il ameublit et rend beaucoup plus pénétrables aux eaux.

On prend plus volontiers la vase à l’embouchure des ruisseaux ou des rivières, parce qu'alors elle contient plus de débris tant marins que fluviatiles, qui y sont amenés de la mer et des terres par le flux et le reflux; ailleurs le sable ne contient presque que des principes terreux, des débris de coquilles et du sol marin.

Dans les pays où le varech ou goémon ne convient pas au sol ou se recueille beaucoup au-delà du besoin, on le brüle pour avoir ses cendres; elles peuvent se vendre alors comme contenant un peu de soude de mauvaise qualité, mais elles sont encore plus profitables comme engrais. Des essais en ont été faits en Ecosse et ont très-bien réussi pour toutes sortes de cultures : cinq quintaux (250 kilog.) de £e/p (nom des cendres de varech) par acre d’Ecosse, ont donnéune grande augmentation de produit. Elles sont em-

loyées depuis ls es en Bretagne, et

eur usage, depuis quelques années, s’est beaucoup étendu.

L’e de Noirmoutier et quelques points du littoral brüûülent le varech qu n’emploient

oint, le mélangent avec de la terre, du sa- He des dessous de monceaux de sel, du goémon frais , du fumier d’étable, des coquillages, et toute espèce de débris végétaux et animaux; on mouille, pendant l’année, le tas, de temps en temps, d’eau salée ;on le remanie à cinq ou six reprises différentes; alors le mélange ressemble à des cendres. Il y a quelques années, cinq à six petits bâtimens suffisaient pour conduire cet engrais dans les lieux où on l’emploie; en 1832, an a débarqué à Pornic 1236 charges presque toutes de cendres, chaque charge contenant dix charretées de dix hectolitres chacune.

On emploie dix charretées ou cent hectolitres de ces cendres par hectare; elles s’appliquent à toute espèce de culture, mais particulièrement au blé noir ou aux légumes d'été ainsi qu'aux prés de hauteur; on les répandau moment de l’ensemencement: en les mélangeant avec une petite quantité de fumier, on diminuerait d’un tiers la quantité nécessaire et on aurait un engrais au moins aussi profitable.

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