‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 69 sur 357 · AMENDEMENS STIMULANS : CENDRES · texte numérisé non relu

AMENDEMENS STIMULANS : CENDRES

hectare. On les sème sur le sol avant le labour de semaille ; la terre et les cendres doivent être sèches, et on les laisse s’essorer 24 heures sur le sol si le temps est bien disposé; on Jette ensuite la semence, et on recouvre le tout d'un léger trait de charrue.

On les emploie très-souvent aussi pour la semaille de blé noir sur jachère, au mois de juin; elles en assurent le produit, ainsi que celui du froment ou du seigle qui succède.

L'effet des cendres est peu sensible au bout de deux ans ; on les alterne alors avec du fumier, parce qu’elles sont encore plus profitables au sol si on ne les emploie que tous les quatre ans. Dans les environs de Lyon on les Jette avec beaucoup d’avantage sur les prés sains, à la quantité de 50 hectolitres par hectare ; aussi leur effet se prolonge très-longtemps : leurs doses sur le sol labourable sont aussi assez fortes, et semblent plutôt en rapport avec leur prix peu élevé, qui, sur les lieux , est de 1 fr. à 1 fr. 50 c. l’hectolitre, qu'avec les besoins du sol.

Dans /a Sarthe, elles sont très-chères et très-estimées ;onles emploieconcurremment avec la chaux, à laquelle on les préfère beaucoup pour les terres légères ; leur dose est de 12 hectolitres par hectare, et leur effet est grand sur le blé noir et le froment qui lui succède.

Dans /’7ndre, on les emploie, surtout pour la navette, à la quantité de 20 hectolitres par hectare; avec ce seul engrais, on recueille 20 à 30 hectolitres de navette.

On emploie les cendres plus souvent seules et sans fumier; cependant, dans les pays où lon en connaît mieux le prix et l’usage, on est resté convaincu que, comme pour l’emploi de la marne et de la chaux, l’union du fumier avec les cendres double réciproquement leur action, et que ce mélange accroît beaucoup la fécondité naturelle du sol. Dans une commune des environs de Louhans (Saône-et-Loire), on emploie les cendres plus volontiers pour le froment; ils joignent moilié de la dose ordinaire de fumier à 8 à 10 hectolitres de cendres par hectare, et cette demi-dose de l’une et de lautre substance produit plus que leur dose entière séparée.

Dans la commune de Saint-Elienne, près de Bourg, on Joint aussi l'emploi du fumier à celui des cendres; le fumier leur offre l’avantage de tenir un terrain froid et compacte un peu soulevé et plus accessible aux agens atmosphériques.

Dans Les sols humides, la dose doit s’augmenter en raison de l'humidité du sol; mais si les eaux y stagnent, leur effet est nul jusqu’à ce qu’on parvienne à l’égouiter complètement; on conçoit alors que dans les années pluvieuses l’effet est peu sensible sur les sols humides.

Les cendres, comme nous l’avons dit, s’emploient dans toutes les saisons, à l’exception de l’hiver : au printemps on les emploie de bonne heure sur les prés et pâiurages, puis à la semaille des orges, des avoines, du maïs; dans le cours de l'été elles fécondent les navettes et les blés noirs, et enfin, en automne, on les emploie pour la semaille des fromens et des seigles.

On enterre les cendres par un léger labour

dans ie sol, ou on les jette sans les couvrir sur les récoltes en végétation. Jetées, au printemps, sur les orges et les fromens, elles les améliorent sensiblement ; cependant cet emploi est assez rare. Des expériences faites sur les mêmes récoltes, dans un même so!, de cendres enterrées à la semaille, ou répandues à la surface sur les plantes en végétation, m'ont donné un produit plus utile dans le sol que la surface, et ont démontré la justesse

e la pratique qui préfère les enterrer.

La pratique préfére aussi Les cendres lessivées aux cendres vives : le raisonnement n'appuie pas ces faits; mais, en agriculture plus encore qu'ailleurs, « experientia rerum magistra;» je m’en suis moi-même assuré par des essais comparés. Nous n’en conclurons pas néanmoins que ce résultat doit toujours avoir lieu : sur le sol que les substances salines féconderaient, je pense que les cendres vives produiraient plus d'effet; mais sur ceux auxquels suffit le phosphate de chaux, on conçoil que les cendres lessivées, qui ont perdu leurs parties solubles, en contiennent davantage. et doivent par conséquent produire plus d'effet sous un même volume.

Prix de revient et produit net des cendres.

L'emploi des cendres lessivées fait produire au sol 2 semences de plus en froment et moitié en sus du produit ordinaire en menus grains; c’est un surplus de produit par hectare de 4 hectolitres en froment, soit 70 à 80 fr. la première année, et en menus grains, la secoude année, d’une valeur moyenne de 50 à 60 fr., en tout 130 fr. en deux années :; mais les dépenses, frais de transport com-

ris, de cet engrais, à la dose, pour les sols

umides, de 30 hectolitres, au prix de 3 fr., sout de 90 fr.; ce qui donne 40 fr. de bénéfice, non compris les pailles et les fumiers qu’on a portés à d’autres fonds, qui, pour les deux années, valent au moins le double de cette somme, soil en argent, soit en surplus de deurées produites par ce surplus d'engrais. Les cendres, en les comptant à un prix élevé, sont donc un prêt usuraire fait au sol, et qui double son capital en deux années.

La production des cendres est bien considérable; car, sur 8 millions de feux qu'entretient la population francaise, 7 millions au moins sont alimentés exclusivement par le bois; les ? quise perdent peut-être en très-grande partie, appelleraient la prospérité et la richesse sur de grandes étendues de sol médiocre, feraint croitre de moitié en sus les produits sur plusieurs centaines de milliers d'hectares, et seraient un bienfait de plus qu'on devrait à nos six millions d'hectares de bois, qui se trouveraient ainsi féconder un {0° au moins de leur étendue en sol Jlabourable.

$ 11.— Des cendres de tourbes et de houille.

Ces cendres sont regardées en Flandre, daus le dép. du Nord eten Belgique, comme l'un des grands agens de la végétation. On distingue les cendres de tourbe de celles de houille.

I. Cendres de Hollande. — On donne parliculièrement le nom de cendres de Hollande aux cendres de mer, ou aux cendres de tourbe du pays; les 1"** sont beaucoup plus estimées que les secondes; il en faut 4 fois moins pour

produire autant d’effet: elles sont le produit de la combustion de la tourbe de Hollande.

Cette tourbe, qui a été formée ou qui, du moins, a séjourné long-temps sous les eaux de la mer, est un meilleur combustible, et surtout donne des cendres blanches de meilleure qualilé; ces cendres contiennent -sans doute une plus grande proportion de principes salins et de principes calcaires.

On les emploie, ainsi que les cendres de tourbe et de houille, sur les fourrages artificiels, sur les lius, sur les récoltes de printemps, elsur les prairies non arrosées. Elles sont devenues indispensables à la culture dans l'arrondissement de Lille, où l’ou emploie peu les amendemens calcaires; dans lesautres arrondissemensel particulièrement dans celui d’Avesnes, on les mêle très-souvent à la chaux depuis moitié jusqu’à un quart du volume total.

Les composts de cendres et de chaux sont particulièrement employés sur les prairies et les grains de mars, à la même dose que si c'élail de la chaux pure, c'est-à-dire 4 mètres cubes ou 40 hecto.itres par hectare tous les 10 ou 12 ans.

Les cendres de mer s'emploient volontiers sur les trèfles; on y en mel de 5 à 10 hectolitres par hectare, el le trèfle donne un superbe produit qui ne manque presque jamais en Flandre; le blé qui succède se ressent de la fécondité du fourrage.

Le haut prix auquel les Flamands étaient obligés d'acheter les cendres de mer, leur a fait chercher et trouver un amendement moins cher; ils vont prendre en Picardie et sur leur propre sol un produit minéral extrait du sol, auquel on donne le nom de cendres notres, cendres rouges, qui suppléent les cendres de mer, vendues trop chèrement par leurs voisins les Hollandais ; nous en traiterons dans le suivant.

II. Cendres de houille. — Elles s’emploient au défaut de toutes les ressources qui précèdent ; cependant elles sont encore irès-actives, etelles composent en partie les boues de rue qu’on achète chèrement dans toutes les villes eL bourgs. Nous avons à regrelter que ce produit soit généralement perdu en France : c'est presque à leur insu que ceux qui recueillent les boues à Lyon en ramassent une quautité considérable dont ils éprouvent les bons effets sans savoir qu’ils les leur doivent.

III. Cendres de tourbe en general. — En Picardie, on les emploie en grande abondance; les vallées de la Somme et de ses affluens renferment de grandes masses iourbeuses qu'on exploite avec grand profit pour faire des briques, de la tuile , et pour le chauffage domestique : en outre, on en brûle encore beaucoup pour se procurer de l’engrais. On y emploie les cendres de tourbe pour les prairies naturelles el artificielles et pour les blés d'automne; on y en met 40 heclolitres par hectare; leur prix est peu élevé, c’est-à-dire de 40 c. l’hect. pris sur les lieux.

En Angleterre on en emploie beaucoup aussi, mais les règles de leur emploi et leurs doses varient avec chaque pays. Leur composition est tellement variable, qu’on ne peut guère donner de directions précises; cepen-

dant elles doivent être mises sèches sur des sols bien égouttés. On les emploie en engrais superficiels ou enterrés; la dose doit être double quand on les enterre; jointes au fumier, elle formentun compost d'excellente qualité.

12 tombereaux de tourbe fournissent en moyenne un tombereau de cendres; pour

produire 40 hectolitres, engrais nécessaire à un hectare, il faudrait donc 100 tombereaux

de tourbe.

Pour bräler la tourbe, en Allemagne, on a

une grille de fer (/g. 50), sous laquelle on Fig. 50.

place du bois ;

humides; on entretient la combustion de manière à la faire durer le plus long-temps possible , parce que l'expérience a démontré que les cendres de tourbes brülées lentement sont meilleures.

Cependant, disons qu'il est toujours bien regrettable qu’un combustible propre à tant d'usages perde sa chaleur sans aucune utilité, quand de toutes parts les arts du tuilier, du chaufournier, du potier et l’économie domestique paient chèrement les combustibles.

« Heureux le pays qui brûle sa mère!» Ce proverbe, né dans les pays que l'exploitation de la tourbe a enrichis, devrait être une grande leçon pour les pays de France où elle se trouve en grande quantité, et ces pays sont nombreux. Partout donc où se trouve de la tourbe facilement exploitable, sans qu'on l’emploie ni dans l’agriculture ni dans les arts, on laisse enfoui un trésor d’où pourrait naître la prospérité et la richesse du pays.

S HI. — Des cendres pyriteuses ou cendres noires; cendres rouges.

Ces cendres, qui servent à la fabrication de la couperose ou sulfate de fer, et de l’alun ou sulfate d'alumine, se trouvent dans un

rand nombre de lieux du nord de la France, à plus ou moins de profondeur dans le sol ; dans le départ. de l'Aisne, elles sont souvent près de la surface ; celles de La Fère n’en sont pas à plus de six pieds. Le lignite y est en général recouvert ( #g. 51) : 1° d'une couche d'argile : 2° d’un bauc de coquillages fossiles; 3° d’une formation de grès arénacé, tantôten roches, tantôt friable. On extrait cette substancesous la forme d’une poudre noire,danslaquelle on rencontre souvent des coquillages,

es.débris végétaux de différente nature, des

Page 1