AMENDEMENS STIMULANS : SUBSTANCES SALINES
croire en outre que les produits qui conviennent mieux à l'instinct et à l'appétit des animaux donnent aussi à leur chair plus de qualité et de saveur, ce que semblerait d'ailleurs prouver le haut prix que les gourmets attachent au mouton de pré salé. L'effet général du sel sur les récoltes a élé d'augmenter tous les produits, mais en plus grande proportion les produits foliacés. Aussi la dose pour les fourrages n’est-elle que moitié de celle des grains.
Les engrais salins réussissent à peu pres
aussi bien en poudre qu’en dissolution; comme
le premier moyen est beaucoup plus com-
mode, il est par conséquent bien préférable,
d'autant plus qu’en ermmployant le sel en dis-
solution, pour que son effet ne soit pas nui-
sible ei pour qu'il puisse couvrir toute l’éten-
os il faut l'employ er dissous dans beaucoup eau.
$ IL. — De l'hydrochlorate ou muriate de chaux (Chlorure de calcium).
Les effets du muriate de chaux sur la végétation avaient été jusqu'ici très-contestés ; il serait loutefois assez important que son aclion favorable sur le sol fût constatée, parce qu'il s'offre souvent en grands résidus dans les fabriques de produits chimiques. Dans les expériences de M. LEcoo, ses effets ont été presque égaux à ceux du muriate desoude; toutelois il a semblé moins énergique sur les luzernes, et Ja dose la plus fécondante, au lieu d’être de 3 liv. par are, comme pour le sel marin, serait entre 3 et 6.
Son emploi est plus embarrassant que celui du sel marin à cause de sa déliquescence; il est par la même raison d’un transport plus difficile et ne pourrait pas être répandu en poudre.
. On s’est borné ici à des expériences en petit; mais celles de M. Duguc, de Rouen, lui sont très-favorables. Il pense que les cendres lessivées, le charbon, la sciure de bois, les plâtras, doivent lui servir d'excipient pour Le répandre, el que 30 kilog. sufliraient pour l'amendement d’un hectare.
Son effet a été grand sur le maïs, les pommes-de-terre, sur des arbres et arbustes de différentes espèces. Il pense qu’il conviendrait beaucoup au chanvre, au lin, aux graines oléagineuses ; il a doublé le volume des ognons et des pavots auxquels il l’a appli qué.
$ III. — Du sulfate de soude.
Le sulfate de soude a été employé sur un Pré et une terre semée en froment, à la dose de 3, 6 et 12 liv. 5
Numéros. Doses de sel. Produit en grains. Luxerne sèche, dne toile itte:28 s'HU0D 187 Dit Mer; von ut84 . 1: 11166 3. Au die: tr SECRET MNLRT Eine 00 10 26 ENST ARE
Il en résulle que dans les terres la dose la plus convenable serait de 6 iv. (3 kil.) par are, plutôt néanmoins au-dessus qu'au-dessous, et que dans {es prés l'effet avantageux croitrait jusqu'à 12 liv. et peut-être au-delà, — On peut se procurer ce sel à très-bas prix dans les fabriques de soude.
$ IV. — Du nitrate de potasse ou salpêtre.
Son succès sur le sol, contesté par quelques-uns, a été fort grand dans de nombreuses expériences faites en Angleterre. Les essais comparatifs avec le se! marin paraissent lui avoir donné l'avantage. En Angleterre le prix du salpêtre qu’on extrait de l’Inde est assez peu considérable pour qu'il puisse encore être employé avec avantage par l’agriculture.
La dose la plus utile du salpêtre est à peu pres la même que celle du sel marin; elle varie de 3 à 5 quintaux par hectare. On l’a employé avec succès sur les diverses céréales; cependant son effet a été plus remarquable sur les prairies naturelles et sur les trèfles.
CurLING l’a mêlé avantageusement avec les cendres, ce qui lui a permis d’en diminuer la dose. M. John LEE, qui l’a employé pendant quinze ans, pense qu'il fait produire en proportion plus de paille que de grains, et que son effet se prolonge sur la 2° récolte; mais d’autres agriculteurs ne partagent pas cetleopinion.— On est peu d'accord sur la nature des terrains auxquels convient le mieux l'application du salpètre; son effet a été avantageux sur un grand nombre de variétés de sols, mais il semble avoir été plus satisfaisant sur les terrains calcaires.
$ V. — Remarques générales.
M. LecoQ a encore constaté plusieurs circonstances de l'emploi des substances salines. Ainsi, il les a répandues en poussière au printemps sur les plantes en végétation. Une partie de sol semée en froment sur laquelle, au mois d'octobre, il répandit une dose de sel, a été moins productive qu’un autre lot contigu salé au mois de mars.
Le moment le plus favorable pour donner le sel aux pommes-de-terre serait celui qui précède le buttage;ilen serait sans doute de mème du maïs ; dans ce cas, c’est sur ce sol, et non sur les plantes en végétation que le sel est répandu.
L'effet produit par les substances salines est instantané, mais il est peu sensible pour les sols humides et de peu de durée. Elles agissent à petites doses, toutes circonstances qui lui donnent la plus grande analogie avec le plâtre : c’est donc comme stimulant que ces substances agissent, et l'on n’a point à craindre qu'elles épuisent le sol, à la condition qu’on y Joindra une quantité de fumier proportionnée au produit, comme on le fait pour les sols amendés par les engrais de mer.
Après tous les développemens que nous venons de donner, nous sommes bien en droit de conclure que les substances salines aident puissamment la végétation; mais leur effet malheureusement n'est pas uniforme, n'est pas général, et ce n’est que sur certains sols qu'ilse produit. Depuis le mémoire de M. Lecoq, M. DE DomBasLe a essayé le sel sur son sol; mais, comme la chaux, il ne lui a pas réussi. Nous avons fait nous-mêmes, à ce su- Jet, des essais assez nombreux: au printemps dernier, nous avons employé les doses les plus productives des expériences de M. Le-
: AMENDEMENS. LIv. °°,
coq avec deux variétés de sel : le sel ordinaire du commerce et le sel de morue; cette dernière variété moins chère nous semblait devoir être plus énergique à cause des parties animales qu’elle contient. Ce sel, répandu sur quatre portions de prés de position et de sol variés, n’a produit aucun effet sensible : employé sur des portions de champs de froment, en sol de gravier, en sol argilo-siliceux et en sol calcaire, il en a été de même; enterré à la première facon des pommes-deterre et au buttage du maïs, il n’a donné aucun résultat ; il a seulement semblé exciter un peu plus-la vigueur des vesces d'hiver.
À. Puvis.
SECTION IV. — Des amendemens par le mé- Lange des terres.
Si les amendemens stimulans, dont il a été question dans la section précédente, s’appliquent à des sols très-divers, ce qui doit être puisqu'ils agissent plutôt en excitant les forces végétatives qu’en modifiant les propriétés physiques du terrain, nous avons vu au contraire que les amendemens calcaires, dont il a été traité dans la 2° section, ne conviennent qu'aux terres de nature sableuse ou argileuse. Il nous reste à indiquer les amendemens qu'il convient d'employer sur les sols naturellement calcaires, et à citer quelques faits isolés fournis par la pratique de diverses localités, et qui n’ont pas encore trouvé place.
Les terres où domine la chaux sont les plus ingrates et les plus difficiles à amender convenablement. L’argile paraît l'amendement le plus favorable; l’humus, surtout lorsqu'il est d'une couleur noire ou très-foncée, donne aussi de bons résultats. Mais on ne peut dissimuler que le transport et le mélange de l'argile ne soient souvent difficiles et dispendieux. Cependant, lorsqu'elle se trouve constituer le sous-sol des terrains calcaires ou sableux, on peut la ramener à la surface avec de grands avantages. Si la charrue à deux socs, ou deux charrues à versoir marchant l'une derrière l’autre, ne peuvent l’atteindre, on remplacera la seconde charrue par celle à deux socs,ou l’on aura recours au moyen pratiqué par M. VizmoriN pour approfondir Ja couche arable (voir page 50, article Sous-sol).
Lorsqu'on ne se trouve pas dans cette situalion favorable, il faut le plus ordinairement se borner à l’emplot des engrais, qu’on doit choisir, pour les terrains calcaires, d’une nature grasse et d’une couleur notrâtre.
M. Puvis recommande aussi le brälement de la terre argileuse, qu'il considère à peu près comme le seul amendement pour cette nature de sol, comme le seul moyen d’y produire un effet analogue aux amendemens calcaires sur les autres terres. Il regarde donc en quelque sorte l'argile brûlée, dont il sera parlé à l’article Ecobuage, comme le complément du système général des amendemens et de leur application à tous les terrains.
Notre savant collaborateur cite encore les faits suivans, dont l'application, dans des circonstances analogues, pourra être tentée par les cultivateurs intelligens.
L'argile est trés-employée dans l’agriculture
CcHAP. 3°.
anglaise : dans quelques cantons même du Norfolk, on la préfère à la marne; il est cependant à croire que cette préférence a lieu pour des solsanciennement marnéset où une nouvelle addition demarneestinutile, comme il s’en rencontre beaucoup dans le Norfolk, où le marnage est ancien. D'ailleurs, fréquemment on prend l’une pour l’autre; dans les pays surtout où l’on emploie la marne pierreuse, la marne terreuse grise est employée, comme dans le Holstein, sous le nom de glaise, ce qui peut donner lieu à d’assez graves erreurs. Cependant l'argile elle-même est fécondante lorsqu'on la met sur des terrains légers.
Tnazr dit qu’on ne peut attendre une action véritablement améliorante de l'argile ou de’la glaise qu'autant qu'elles ont été exposées pendant plusieurs années aux influences de l'atmosphère ; telles sont les argiles qui ont servi à construire des tranchées, des murs ou des digues, surtout dans le voisinage des habitations ou des cours rustiques; la glaise se divise alors plus facilement , et se mêle mieux avec le sol.— Le méme savant dit que lorsqu'on transporte du sable sur un terrain argileux , ou de la terre argileuse sur un sol léger ou calcaire, il faut, pour en opérer le mélange, labourer fréquemment, d’abord aussi superficiellement que cela est possible, et ensuite peu-à-peu plus profondément; puis herser, passer le rouleau, et quelquefois briser les mottes avec des maillets. Toutes ces opéralions, qui ne peuvent bien réussir qu’au moment où l'argile a atteint le degré de siccité pendant lequel les mottes peuvent être divisées et brisées par les instrumens, ne se font pas sans de grands frais.
M. le baron pe MoroGuEs recommande
our l'amendement des terres sableuses, outre e fumier gras et la marne argileuse, le limon des fossés et les décombres des bâtimens construits en torchis : ces amendemens conviendraient aussi sans doute très-bien aux terres calcaires.
Pour les terres argileuses, outre l'usage des amendemens calcaires, on a obtenu dans beaucoup de cas les meilleurs résultats de l'emploi des fumiers chauds et pailleux. Le savant que nous venons de citer recommande particulièrement les fumiers composés de pee de bruyères, de fougères ou de genêts,
orsque, ayant servi de litières, ils ne sont wa demi consommés. Il en sera question pis le chap. des Engrais.
M. Oscar LECLERC-THOUIX nous a fait part de plusieurs faits inléressans relatifs au mélange des terres.
Le roc (schiste argileux ) des environs de Chalonnes-sur-Loire est employé habituellement et en quantité considérable pour l’amendement des vignes. (Voir ci-dessus, page 27.) Ce schiste n’est pas toujours de même nature : tantôt, par sa dureté, il se rapproche un peu de la nature de l’ardoise, et prend dans le pays le nom de roc ardoisé ; alors sa décomposition est moins rapide. Dans l’Anjou, les personnes jalouses de faire de bon vin préfèrent de beaucoup l’usage du schiste argileux à celui du fumier. —Le schiste dontil s’agit se trouve presque partout en sous-sol à