CIRCONSTANCES FAVORABLES A L'ACTION DES ENGRAIS
vent dans aucun ouvrage relatif à l'agriculture publié jusqu’aujourd’hui.
On a reproché au plétrage des luzernes d'avoir donné lieu, en quelques endroits, à Za météorisation des bestiaux. Cet effet, rarement observé, nous paraît tenir à une végétation rapide sous les influences favorables réunies d'humidité, de température, d’engrais et de stimulans: dans ce cas en effet la laxité du tissu des végétaux admettant une surabondance d’eau, doit produire les effets bien constatés des nourritures trop aqueuses. Un moyen de parer à cet inconvénient consiste à mélanger un peu de sel commun aux alimens.
Plusieurs agronomes ont observé le peu d'effet du plâtre dans les sols qui déjà contiennent du sulfate de chaux en proportion notable; il est évident que ce sel étant assez abondant pour que l’eau puisse s’en saturer, un nouvel excès qu’on ajouterait serait inutile.
Noustraiterons dans un mêmearticle de la Division des Arts agricoles, des fours à cuire le plâtre, & calciner la pierre à chaux et l’argile.
Cendres noires, terres notres de Picardie, cendres pyriteuses.—On peutencore regarder comme un puissant auxiliaire des engrais ce stimulant, dont l’usage se répand de plus en plus.
Son efficacité nous paraît tenir à trois causes principales : 1° la coweur noire terne dont nous avons démontré l’heureuse influence comme moyen d’échauffer lesol (Foy.
chap. 17, p. 46) ; 2° le sulfure de fer, dont la combustion lente augmente l’échauffement de la terre et l'excitation électrique; 3° les sulfates acides de fer et d’alumine. L'action de ces deux sels solubles sur le carbonate de chaux que renferme le sol donne lieu à la formation du sulfate de chaux, qui agit sur les plantes comme nous venons de le dire, et au dégagement d’acide de qui offre un aliment aux parties vertes des végétaux.
Ainsi donc la présence du carbonate de chaux dans le sol est ici fortutile,et on doit en remplacer la déperdition par des marnages ou des chaulages bien entendus.
Sans doute l'addition d’un engrais azoté est indispensable, après cette réaction, pour assurer la récolte des graines, tandis qu'il est moins nécessaire pour obtenir le produit des prairies, surtout dans les terres en bon état de culture.
Quant aux mêmes matières qu’on a iesstvées pour en extraire les sulfates solubles dans la fabrication des magmas (sulfates d'alumine et de fer), et préparer l’alun, elles agissent de même, mais plus faiblement; car elles relieunent toujours des mêmes sels, mais en moindres proportions.
Enfin les mémes terres calcinées en tas, à l’aide d’une petile quantité de combustible, peuvent être tellement brûlées par suite du charbon ou du sulfate de fer qu’elles renfer-
(1) De cette propriété, et de plusieurs autres que j'ai observées, j'ai déduit ectte théorie de la sohdification du plâtre : les premières parties unies avec l'eau dans le gâchage se solidifiant les premières, forment une sorte de scellement qui retient celles hydratées plus tard, s'opposent à leur écartement, donnent une masse plus serrée, plus solide ; les meilleurs plâtres sont donc ceux dont les par-
utules s’hydratent le plus lentement.
Fe
ment, qu’alors elles prennent une couleur rougeâtre due au peroxide de fer, et qu’elles ne contiennent presque plus rien de soluble.
Les sulfates de fer et d’alumine décomposés n’ayant laissé que de l’oxide de fer et de l’alumine, en cet état elles n’offrent plus qu’un amendement sableux, analogue à l'argile calcinée propre à l’amélioration des sols trop compacts.
L'argile calcinée, mise en poudre, est en effet un excellent amendement des sols argileux, froids, ou terres trop fortes ; elle fes rend plus perméables à l’eau et aux solutions nutritives ou stimulantes. Son mélange augmentant la porosité du sol, le rend capable d’absorber et de retenir beaucoup mieux les gaz utiles à la nutrition des plantes.
C’est encore par ia même influence que la cendre de houille est irès-utiiement employée
our diviser les terres fortes humides, en tt tandis que, essayée sur les terrains légers et secs, elle n’a produit que de mauvais résultats.
Nous avons vu que les cendres de bors ont, en outre, l'avantage d'introduire des bases alcalines, des sels stimulans, el une grande proportion de carbonate de chaux, si utile dans les sols privés ot. peu pourvus de calcaire.
Les cendres de mer, ou résidus de la combustion des plantes marines, contiennent, en outre, une plus forte proportion de chlorure de sodium (sel marin), et de sulfate de soude et de potasse, que toutes les autres ; aussi leur action stimulante est-elle bien plus énergique.
L'action stimulante des sels, si spéciale à certaines plantes, et si bien constatée pour le sulfate de chaux (plâtre) sur toutes les légumineuses, peut être nuisible sur d’autres plantes, du moins à égales proportions. C’est ainsi qu’un terrain trop salé, par suite de l’évaporation de l’eau de mer, pour donner d’abondantes récoltes en céréales, produit un développement très-remarquable sur les Salsola, au point que, passé en grande partie dans ces plantes, le sol peut être par suite assez dessalé pour que les blés y viennent bien.
Les coquilles d’huître, les bancs coquillers dits faluns, exploités notamment en Touraine, et les varechs, ramassés sur les côtes de la Bretagne, contiennent, outre les sels stimulans et le carbonale de chaux, des substauces animales qui constituent les engrais azotés. Nous y reviendrons plus loin en traitant de ces derniers.
Les nitrates de chaux, de potasse et de soude, qui forment une partie active des matériaux salpètrés, des plâtras tirés des murs de caves, des écuries, etc., sont aussi très-favorables au développement de diverses plantes; quelques-unes en peuvent absorber d’énormes quantités : c’est ainsi que des betteraves cultivées dans un sol fumé avec des boues de Paris mêlées de plâtras salpêtrés, m'ont donné, en les analysant, une quantité de nitrates presque égale à la quantité de sucre qu'elles contenaient pour un même poids. Ces racines, ayant d’ailleurs rencontré dans le sol une proportion convenable d’humidité et d'engrais, avaient acquis un trèsgrand développement.
La culture d’une année en betteraves offrirait donc un des bons moyens de dessaler un sol trop salpêtré.
SECTION 11.— Action des divers engrais.
Les différens débris de végétaux et d’animaux qui ont été doués de la vie sont destinés à servir d’alimens aux plantes; c’est en se désorganisant de plus en plus qu’ils fournissent les produits solubles ou volatils assimilables. Ainsi, lorsque des plantes arrachées sont mises en {as, une fermentation s'établit, échauffe la masse, dégage de la vapeur d’eau et des gaz que décèle leur odeur plus ou moins forte; des sucs altérés, n’étant plus contenus par les tissus organisés qui se déchirent peu-à-peu, s’écoulent ou se dissolvent dans les eaux pluviales : ce sont ces gaz dégagés avec la vapeur d’eau, et ces substances äissoutes, qui peuvent servir d'engrais.
Les débris des animaux morts présentent des phénomènes analogues : les produits de leur décomposition, solubles où gazeux, développent une odeur plus forte; ils diffèrent notamment par la présence d’une beaucoup plus abondante production d’ammoniaque et par une action plus vive et plus grande, qui doit er faire réduire la quantité relativement à d’égales superficies de terres en culture.
Enfin, les déjections animales donnent directement des produits liquides et gäzeux assimilables par les plantes, et qui constituent la partie la plus active de tous les fumiers.
Ces décompositions spontanées, que favorisent l’oxgiène de l’air et sa température plus élevée, exhalent notamment l’acide carbonique libre ou combiné dont les plantes peuvent extraire le carbone qui accroît leurs parties solides.
Plusieurs savans avaient dit, sans toutefois être d'accord avec tous leurs confrères, que dans la fermentation des engrais le dégagement d’une grande partie des produits volatils conslituait une importante déperdition des principes utiles à la végétation. Cependant presque tous les agriculteurs avaient observé une influence défavorable plus ou moins fortement marquée de la part des fumiers non consommés, et surtout de diverses malières animales, telles que la chair, le sang, les viscères, etc. Ainsi donc la science indiquait tous les principes utiles, et la pratique semblait avoir appris combien il en fallait perdre pour assurer au résidu une incontestable efficacité. :
La question en était à ce point lorsque, dans un concours ouvert par la Société centrale d’agriculture, le mémoire qui obtint le 1e prix démontra que l’on pouvait appliquer sans aucune déperdition toutes les matières organiques, même les plus putrescibles, à fertiliser les terres, et doubler, tripler, quelquefois même décupler ainsi leur effet utile. Depuis je reconnus encore que dans les sols fertiles ure faible réaction alcaline, due, soit à la chaux, soit au carbonate de soude ou de potassequise trouvent dans les cendres, etc., soit au carbonate d’ammoniaque dégagé par les matières animales, peut activer beaucoup la végétation ;
Que la plupart des acides ou des sels acides sont, en général, nutsibles à la germination et au évclop int des plantes, mais qu'ils peuvent, au contraire, indirectement les favoriser lorsque, sans être en contact avecles extrémités des racines, 2/s réagissent sur le carbonate de chaux,le décomposent lentement, et dégagent l'acide carbonique, véritable altment de la végétation.
Voici d’autres déductions non moins im-
ortantes de la pratique mise d'accord avec Fa théorie par une discussion grave de tous les faits naguère souvent contradictoires, et que nous nous sommes empressés de soumettre aux savans comme aux praticiens éclairés.
Déjà nous avons dit que les engrais de matières organiques agissent d'autant plus utilement que leur décomposition spontanée est lente et mieux proportionnée au développement des végétaux ; les résultats suivans ne sont pas moins constans.
Les engrais les plus actifs, de même que ceux qu’une forte résistance à la décemposition rend trop lents à réagir et presque Inertes, peuvent étre mis dans les conditions favorables précitées.
En rapprochant de l’état le plns convenable les engrais dont la dissolution et la décomposition spontanée sont le plus rapides,
on parvient à quadrupler et même à sextupler
l'effet réalisable (1).
La chair musculaire, le sang, divers détritus des animaux, ainsi que les fumiers, qu’on laissait autrefois s’altérer au point de perdre des 0,5 aux 0,9 de leurs produits, pourront étre utilisés aujourd’hut sans éprouver aucune déperdition préalablement.
L'action énergique desséchante et désinfeciante des substances charbonneuses ou des charbons ternes très-poreux, peut être appli-
uée à la conservation des engrais très-altéra- Fes et à la solution de problèmes du plus haut intérêt pour la salubrité publique.
Diverses matières organiques, dissoutes ou en suspension, en très - faibles proportions, dans l’eau, employées en irrigations abondantes, peuvent assurer les plus remarquables effets d’une belle végétation.
Les engrais dont les émanations putrides ne sont pas convenablement modérées peuvent passer en partie sans assumilation dans les plantes, au point d'y maintenir l'odeur forte qui les caractérise. Par la désinfection préalable, on peut prévenir cet inconvénient grave. Une expérience directe démontre, en outre, que certains principes odorans peuvent être sécrétés de même dans la chair des animaux, et notamment des poissons.
Les anomalies les plus frappantes dans l’action des os employés comme engrais sont rationnellement expliquées, rentrent dans la théorie générale, et peuvent être évitées dans la pratique ou reproduites à volonté.
Les charbons ternes, en poudre très-poreuse, imprégnés de substances organiques très-divisées ou solubles, agissent utilement : 1° par la faculté spéciale de ralentir la décomposition spontanée, de mieux proportion-
DES DIFFÉRENS ENGRAIS-
ner ainsi les émananations assimilables au pouvoir absorbant des plantes (car le charbou seul ne cède sensiblement rien de sa propre substance à l’action des extrémités spongieuses des racines); 2° et encore comme agent intermédiaire capable de condenser les gaz et de les céder aux plantes, sous les influences de température, de pression et d’humidité qui font varier ce pouvoir de condensation ; 3° enfin e7 absorbant la chaleur des rayons solaires et la transmettant au sol, et durant la nuit aux parties des plantes hors de terre, compensant ainsi les causes d’un trop subit et trop grand refroidissement momentané.