CIRCONSTANCES FAVORABLES A L'ACTION DES ENGRAIS
$ IL. — De la chaleur et de la porosité
Une certaine température n’est pas moins indispensable à la décomposition des engrais qu'aux progrès de la végétation.
La porosité du sol, que nous avons donné les moyens de reconnaitre et d'obtenir, offre aux gaz émanés des engrais un puissant et utile réservoir. Aussi trouve-t-on du profit à recouvrir de terre ou mélanger avec elle les engrais, mais surtout ceux qui sont trop rapidement altérables.
On rend facilement évidente cette propriété du sol : que l’on enferme dans un terrain meuble le cadavre d’un animal, qu'on le recouvre seulement de 8 à 10 pouces de terre, et à peine pourra-t-on sentir au dehors des traces de l'odeur de sa putréfaction, tandis que, laissé découvertou même enfermé dans une caisse assemblée sans précaution, il eût répandu l'infection aux alentours. La terre au-dessus de lui sera d’ailleurs fertilisée pour plusieurs années sans que les racines viennent toucher l’animal en putréfaction.
La cohésion plus ou moins forte des engrais insolubles, la so/ubilité également variable de plusieurs autres, ont une grande influence sur la durée deleur décomposition, et de cette durée dépend surtout l'effet utile des engrais: voici à cet égard la donnée générale que nous avons déduite d’une foule d’essais, et qui s'accorde avec toutes les observations pratiques : Les engrais agissent d'autant plus uttlement que leur décomposition est le mieux proportionnée aux développemens des plantes.
Nous verrons, en traitant de chacun des engrais en parliculier, qu’il est toujours possible de les modifier de manière à se rapprocher de cette condition, soit en ralentissant la décomposition des engrais trop actifs, soit en l’accélérant pour les autres; qu’il est généralement avantageux de le faire, et qu’enfin une foule d'anomalies apparentes dépendent deÿ variations de la durée de leur altération spontanée , dont on n’avait pas assez tenu compte dans les précédentes recherches sur les engrais. Nous pouvons encoreindiquer commeune desconditions!es plusessentielles du succès de presque toutes les fumures, /a présence dans le sol d’une base qui puisse saturer les acides; c’est là un des effets constans et les plus utiles de la chaux, de la marne calcaire, des cendres de végétaux, etc.
Voyons comment cela se peut prouver : déjà nous avons démontré qu’un excès d’acide est généralement nuisible aux plantes cultivées ; or, l’un des produits de la germination est un acide excrété par les racines de plusieurs espèces de plantes, notamment des céréales, et rejeté dans le sol; presque tous les débris végétaux, en se décomposant, donnent des solutions acides; enfin plusieurs résidus de débris animaux ont une réaction acide, bien que les gaz qui s’en sont exhalés aient eu un caractère alcalin : on voit donc que l'acidité nuisible tend sans cesse à dominer. Il n’est pas moins évident que le carbonate de chaux des marnes et des cendres, les carbonates de soude et de potasse des cendres non épuisées, peuventsaturer des acides même faibles; qu’en-
fin la chaux éteinte ou hydratée sature avec plus d'énergie des acides plus faibles encore, et peut quelque temps maintenir une légère réaction alcaline favorable à la végétation.
En saturant les acides, soit excrétés pendant la végétation, soit produits par l’altération de divers engrais, les substances précitées (carbonate de chaux, de soude et de potasse) déterminent encore un résultat fort avantageux. Elles laissent dégager lentement de l'acide carbonique, et celui-ci, comme on le démontrera en parlant de la respiration des plantes, est le principal agent de leur nutrition; il laisse assimiler son carbone et exhaler dans l’air l’oxigène.
Ces dernières réactions, qui contribuent à fournir du carbone aux plantes et de loxigène à l’air atmosphérique, sont reproduites méme par la chaux lorsque celle-ci s’est peuà-peu unie avec l’acide carbonique ambiant; alors elle offre un carbonate calcaire d’autant plus favorable qu'il est en général beaucoup plus divisé, plus pur, plus facilement attaquable que le calcaire des marnes et de diverses roches.
Nous verrons.en parlant des engrais végétaux, que la chaux est encore fort utile comme un excellent moyen de désagréger el d'utiliser comme engrais les débrisligneux trop consistans qui pourraient être nuisibles daus le sol par leur volume et leur dûreté.
Ÿ IL. — Desstimulans et de leurs effets généraux.
Enfin, l'efficacité des engrais dépend encore de la présence et des proportions de divers sels sténmulans : Va plupart des sels neutres ou alcalins, en petite proportion, paraissent utiles à toutes les plantes, et cela peut tenir à la conductibilité et aux courans électro-chimiques qu'ils favorisent.
Il importe d'autant plus de ne pas confondre l’action de ces substances avec celle des engrais, que, loin de servir eux-mêmes d’alimens aux plantes, ils les rendent plus actives dans leur végétation et capables d’assimiler une plus forte dose des produits des engrais; que par conséquent on doit auginenter la proportion de ceux-ci lorsque l’on ajoute les stimulans convenables. C’est sous cette condition, et toutes autres circonstances étant favorables d’ailleurs, que l’on obtient de ces deux sortes d’agens un plus grand effet utile.
Quant à la rature et aux proportions des stimulans qu'il convient d'employer pour favoriser l’action des engrais, elles varient suivant les diverses plantes et la nature du sol.
Plätre. — Nous avons vu dans le chap. précédent , que le sulfate de chaux où pus que l’on emploie en poudre fine, produit ses effets les plus remarquables sur les terres argilo-siliceuses qui en exigent plus que les terrains calcaires; les luzernes, le trèfle, les féves, haricots, pois, vesces, et toutes les légumineuses en profitent le plus. On l'em-
AGRICULTURE : ENGRAÏS.
Liv. 1°’,
ploie avec succès au piéd des oliviers, des müûriers, des orangers et de la vigne. Les doses usitées aux environs de Philadelphie, où l’on s’en sert depuis 1772 sans interruption, sont annuellement de 75 à 500 kil. par hectare. Dans un grand nombre de localités, la quantité la plus faible de plâtre employé en poudre fine est à peu près égale à celle de la graine ensemencée.
L'époque qui paraît le plus convenable pour déterminer le maximum d'effet, est celle où les feuilles de la plante sont assez développées pour qu'une grande partie du plâtre soit retenu par elles. On conçoit que, dans cette circonstance, ce sel peu soluble, offrant une plus grande surface à l’action de la rosée, des brouillards et de l'humidité extraite du sol par là plante, doit être dissous en plus grande proportion.
Il est d’ailleurs très-probable que le plâtre n'agit qu'autant qu’il est dissous; que par conséquent le sulfate de chaux azhydre (pl&tre natif), qui, ne contenant pas d’eau de cristallisation, ne peut être cuit ni gâché), de méme que le plâtre trop.calciné, dit brälé, ne seraient doués que d’une très-faible énergie. Or, pour que le plâtre soit trop calciné, il suffit qu'il ait été chauffé jusqu’au rouge brun; alors il ne peut plus se gonfler et se prenne en ab ete l’eau; mélangé en
ouillie avec ce liquide, il reste sans gonflement, sans agrégation, comme le serait de la poudré grossière d’argile calcinée, qu’il pourrait même remplacer s’il n’était trop cher.
Le plâtre cru mis en poudre ne se gonfle pas non plus dans l’eau; il reste sableux. On voit donc que, dans les trois états précédens, le plâtre offre à l’eau moins de prise, moins de surface que lorsqu'il a été cuit au point convenable ou plutôt desséché à une température inférieure au rouge naissant, c’est-àdire entre 150 et 300 degrés centésimaux (1).
Cuit entre ces limites, le bon plâtre, celui de Montmartre ou de Belleville par exemple, gâché avec son volume d'eau, commencera à prendre de la solidité au bout de 7 à 10 minutes ; si alors on le délaie avec une 2° fois la même dose d’eau, et, dès que le mélange recommence à faire prise, on ajoute encore une 3° dose égale d’eau, et on continue ainsi Jusqu'à six fois, le mélange peut encore acquérir une faible consistance. Si on le laisse sécher divisé en mottes à l'air, on peut le réduire très-aisément en poudre fine. En cet état le plâtre agit d'autant mieux qu’il offre une très-grande surface à l’action de l'eau.
On conçoit en effet qu’à chaque addition d'eau le plàtre se gonflant, augmente graduellement de volume, que par conséquent les parties se divisent de plus en plus jusques à occuper 6 fois plus de volume par l’interposition de l’eau.
Lorsqu’au contraire on emploie & plâtre trop cuit, il n’absorbe pas même un volume d’eau égal au sien, ne se gonfle pas et n’é-
(1) J'ai démontré que même un peu au-dessous de 109 degrés le plâtre chauffé avec le contact de l'air peut perdre son eau de cristallisation, et se gâcher ensuite de manière à faire une prise solide, ou se gonfler par l’eau au point de présenter une division convenable; mails on ne doit pas conseiller, dans la pratique, de cuire le plâtre à une aussi basse température, parce qu'il faudrait trop de temps ou une
couche trop mince pour que cela füt économique.
CuaAP. 4°.
prouve aucune division ultérieure; par cette cause, retenant donc à peine la sixième partie de l’eau interposee que peut renfermer le plâtre béer cuit, il offre d'autant moins de prise à l’action dissolvante, h
Ces phénomènes, que chacun peut à volonté reproduire , expliquent les anomalies apparentes observées dans les effets du plàtre cuit; anomalies qui ont porté quelques agronomes à penser que le plâtre cru agit aussi efficacement que le plâtre cuit. Cela est vrai si ce dernier a élé mal divisé, soil par suite d’une trop forte calcination, soit par toule autre cause. En effet, le plâtre cru mis en poudre cède au moins autant à l’action dissolvante de l’eau, que le plâtre trop calciné.
Ainsi, la seule wtilité de la cuisson du plâtre pour l'agriculture étant dans la grande et facile division qui peut en résulter, on doit comprendre combien il importe d'éviter l’excès de température qui produirait l’effet contraire.
Si la meilleure pierre a plätre pour les constructions est celle qui, calcinée à point, nécessite le moins Pen pour se gâcher, et peut en absorber le plus par des prises successives (1), il n’en est pas de même pour l’agriculture; et cela se conçoit, puisque la divisibilité est la principale condition de son meilleur effet.
Il résulte évidemment de cette considéraüon que les gypses lamelleux, fibreux ou à grains trés-fins qui, Calcinés à la température convenable,exigent beaucoup d’eau pour se gâcher et peuvent à peine faire une 2° prise avec un volume d’eau égal au premier, sont susceptibles de peu de solidité dans les constructions; mais que, se gonflant beaucoup iimnmédiatement, et tres-faciles à diviser, ils offrent les propriétés convenables pour lagriculture.
En réunissant les conditions précitées dans l'emploi des pierres gypseuses dont on pourrait disposer, on obtiendra le #2aximum d’effet du plâtre; et une dose de 250 kil. par hectare répandue chaque année, pourra quei-
uefois produire plus d'effet qu'une quantité ouble ou triple de plâtre mal divisé.
Les plätras de démolitions peuvent souvent être d’un emploi très-avantageux: non seulement leur forme spongieuse les rend faciles à diviser, mais encore les matières organiques et les nitrates qui s'y sont peu-àpeu introduits ajoutent aux engrais et aux stimulans du sol.
On peut encore obtenir économiquement des effets analogues de certains résidus composés de sulfate de chaux, et notamment du produit de la saturation de l'acide sulfurique par le carbonate de chaux ,en excès dans la fabrication du sirop de fécule.
Nous avons cru devoir entrer dans beaucoup de détails sur cet important sujet, parce que nous pouvions donner des notions précises qui, récemment démontrées, ne se trou-