I. Engrais produits par les parties vertes
Dans tous les temps sans doute on a su utiliser les végétaux comme engrais. Les Grecs, au dire de TnÉoOPHRASsTE; les Romains, d’après PLINE, COLUMELLE et presque lous les auteurs qui nous restent de l'antiquité, recouraient fréquemment à ce moyen pour leur grande culture. « Quelquefois, dit Varron, on sème diverses plantes non pour ellesmêmes, mais pour améliorer la récolte suivante en procurant par leurs fanes aux terres maigres upe fertilité plus grande. C’est ainsi qu'on est dans l'habitude d’enfouir, au lieu d'engrais, des lupins avant que leur gousse commence à se former, et d’autres fois, des f£ves dont la maturité n’est point assez avancée pour qu'on puisse Îles récolter. » — Columelle recommande d’une manière plus explicite encore d'employer le même moyen. Il veut que dans les terrains.
sablonneux on enterre ces végétaux lorsqu'ils sont teudres encore, afin qu’ils pourrissent promptement, et dans les sols plus tepaces, qu’on les laisse devenir durs et roides pour qu'ils puissent soutenir plus loug-temps les mottes dans un état de division.
La pratique des engrais verts est encore générale en Italie; Pmiirro RE el son excellent traducteur M. DuronT nous en offrent des preuves nombreuses. — Dans toute la Toscane on sème du 77ais au mois d'août pour l’enterrer à la charrue vers le commencement d’octobre. — Les Bressans emploient une méthode analogue sur les terrains légers qu'ils se proposent de cultiver en froment.
Ils sèment les /upins sur un second labour, à l’époque précitée, dans la proportion d’un hectolitre environ par hectare. — Dans le Bolonais et le territoire de Cesène, dès que
(4) Ainsi le charbon animal, contenant 0,15 de sang sec soluble, agit mieux à poids égal que la
sans
suruble; c'est-à-dire que la puütréfaction ralentie sextuple l'effet utilisé.
re) la moisson est faite, on profite de la première pluie pour semer des /éves sur les ados de chaque sillon dans la proportion de près de 2 hectolitres par hectare; à l’automne.
lorsqu'elles sont en fleur, on les enterre à la bêche pour préparer le sol à recevoir, en mars suivant, une récolte de chanvre. — Dans le Vicentin, on coupe les féves en janvier et on les enfouit peu de temps avant de semer la plante qu’elles sont destinées à alimenter. — Les Toscans les coupent à la fin d'août ou au commencement de septembre, et les fontservir à l'amélioration des fondslégers dans lesquels ils les enterrent au moment des semailles. — La roquette ( Sisymbrium), quoique les cultivateurs éclairés ne la regardent pas comme une des plantes qui présentent le plus d'avantages pour ce genre d’amélioration du sol, est cependant employée assez en grand dans la campagne Bolonaise et dans quelques parties de l’ancienne Romagne. Semée à la fin d'août à raison de 4 à 5 kilogrammes par hectare, elle est en état d’être enfouie de la mi-novembre à la fin de ce mois. — Aux alentours de Côme ce sont les Aaricots qu'on préfère. — Sur quelques points du Milanais, depuis un temps immémorial on enfouit le zavet en vert, malgré les utiles produits qu’on pourrait en tirer pour la nourriture des bestiaux. — Enfin, dans le val d’Arno, le pays de Reggio, la Calabre, etc., etc., on sème encore, selon les localités, pour le même usage, le galega ou rue-chèvre, Vers, la vesce, le sainfoin commun et celui d'Espagne, le rillet et le mais.
La pratique des récoltes enfouies est aussi assez générale dans quelques-uns de nos départemens méridionaux. Le lupin et le sarrasin y sont cultivés communément dans l’unique but de suppléer à l'insuffisance des engrais. Ces deux plantes, d’une croissance rapide, peu difficiles sur le choix du terrain, riches en parties foliacees et d’une végétation à l'épreuve des sécheresses, peuvent être semées à l’aide d’un seul labour, surun chaume retourné jimmédiatement après la moisson, et enfouies au moment de l’épanouissement de leurs fleurs, de manière à ne retarder aucunement les semailles d'automne. — Le sarrasin, dont on peut partoul se procurer les graines à bas prix et dont un hectolitre environ suffit pour ensemencer un hectare dans le cas dont il s’agit, offre particulièrement de grandes ressources pour les pays pauvres : mieux que le lupin, 1l réussit dans nos contrées septentrionales, ainsi que le trèfle, \a spergule et les raves qu’on y cultive dans le même but sur les Lerrains secs eL légers. — Les féves, les pois et les vesces sont préférés pour les terres argileuses.
C’est une coutume déjà fort ancienne sur divers pounts des bords du Rhône, et notamment aux environs de Bescenay, de semer des vesces où du sarrasin aussitôt après la récolte du froment et de les enterrer à la fin de septembre pour semer du seigle. — Après Ja récolte du seigle, la même culture recommence pour préparer la terre à recevoir du froment en octobre.
Suivant M. SuTiÈREs, la féve est le meilleur des engrais verts pour Le froment et les
LIVS UC
prés. Cette plante peut, avec le temps, ferüliser les terrains les plus médiocres. On la fauche pendant le cours de lafloraison ou peu de temps après, puis on l’enterre à la charrue au fond des sillons.
Les beaux chanvres du Bolonais sont dus à l’enfouissement du seigle en fleur, et les habitans de Turin utilisent la même céréale comme engrais, entre la culture du maïs et celle du froment.
Je ne chercherai pas à citer un plusgrand nombre d’exempies, parce que nous aurons nécessairement à nous occuper encore de la pratique des récoltes enfouies, en traitant avec détail des assolemens.
À mesure qu'on remonte du midi vers le nord, les avantages des engrais verts sont moins grands; aussi, malgré quelques expériences heureuses faites en Angleterre et en Irlande, les cultivateurs de ce pays ont-ils pour la plupart renoncé à ce mode de fumure, regardant comme beaucoup plus avantageux de convertir les récoltes vertes en fumier, en les faisant consommer par les bestiaux, que de les enterrer.
On ne trouve pas toujours et partout assez de temps, ou un temps assez favorable entre la moisson etles semailles, pour obtenir une récolte propre à être enfouie aux approches de cette seconde époque. En Pal cas, les cullures-engrais ne peuvent étre utilisées que sur jachère. Elles tiennentlieu d’une semence de printemps, mais elles préparent infiniment mieux le sol appauvri pour celle d’automne qu'une jachère d’été, lorsque celle-ci eût élé nécessaire, puisqu'elles équivalent à une fumure, et cela sans surcroît bien sensible de travail et de dépense, attendu que les labours ne sont guère plus et souvent pas plus nombreux,et qu'avec un peu de soin, il est toujours facile de se procurer, sur la propriété même, les graines nécessaires.
Il est des circonstances dans lesquelles l’en- Jouissement des plantes vertes précède les semis de mars. Cela arrive, assez rarement, lorsque dans des terrains de mauvaise quahté on enterre successivement plusieurs récoltes différentes dont la dernière ne peut se commencer qu'aux approches des froids, et lorsqu'on a intérêt à ne retourner qu’au printemps un vieux trèfle ou tonte autre prairie artificielle. — D'autres fois, après une ou plusieurs coupes pendant le cours de la belle saison, on en réserve une dernière pour être enterrée en automne. — Plus communément, on n’enterre que les racines; mais une pareille pratique sort du sujet qui nous occupe en ce moment.
Les végétaux herbacés ne sont pas les seuls qu'on utilise comme engrais verts. On emploie au méme usage des arbustes et même des arbrisseaux. Eors du défoncement des friches couvertes de genéts, d’ajoncs ou de bruyères, au lieu de brûler, ou tout en brüûlant une partie de ces végélaux sur le sol, on. enfouit quelquefois les rameaux au fond-de la jauge de labour pour en obtenir un engrais durable et un excellent amendement des terres fortes.
Il arrive aussi qu’on les réunit par bottes et qu’on les transporte dans les vignes épuisées par une longue production, pour leur
rendre la fécondité sans nuire à la qualité de leurs produits. En pareil cas, entre chaque rang de ceps, on creuse une rigole de 8 à 10 po.(0 m. 217 à 0 m.270) de large, sans trop craiudre de couper quelques chevelus, et, après l'avoir remplie de branchages, on recouvre au moyen de la terre enlevée de la rigole suivante. L'effet de cette opération, applicable surtout aux lerres un peu fortes. se fait sentir pendant un grand nombre d'annees.
Les engrais tirés du règne végétal ayant moins que ceux qui proviennent du règne animal l'inconvénient de changer la saveur des fruits, les rameaux d'if, les tontures de buis, etc., elc., sont recherchés presque partout pour ajouter à la vigueur des arbres fruitiers. — Divers cistes, des gnaphalium et autres plantes qui abondent dans les lieux les plus arides des contrées méridionales de l’Europe, sont soigneusement réunis en Toscane sous le nom de tégnamiche, et placés au pied des oliviers après avoir séjourné en Îas assez long-temps pour éprouver un commencement de fermentaton. J'ai vu cette méthode reproduite sur iles points des garrigues du département
e l'Hérault. — Du reste, toutes les tiges herbacées ou sous-ligneuses et toutes les
arties vertes des végétaux, lorsqu'on ne eur trouve pas un meilleur emploi, peuvent être transformées immédiatement en engrais.—Elles fermeutent d'autant plus promptement qu'elles contiennent davantage de substance parenchymateuse et moins de parties ligneuses, et que la décomposition de leur fibre est rendue plus facile par l’abondance des matières saccharines et mucilagineuses.
J'ai dit que es plantes enfouies comme engrais conviennent mieux aux climats chauds qu’aux autres. Par la même raison elles conviennent mieux aussi aux terres séches qu'aux terres humides. — L'eau qu’elles abandonnent progressivement en se décomposant produit une humidité égale et conslante on ne peut plus favorable au développement de toute végétation, lorsqu'elle est accompagnée de chaleur et qu’elle se trouve, comme dans le cas dont il s’agit, en contact avec des matières solubles.—Plus une plante sera riche en parties herbacées et charoues, mieux elle remplira donc son but comme engrais vert, non seulement par la raison que je viens de donner, mais parce qu'on peut induire du nombre et de l’épaisseur de ses feuilles qu'elle aura puisé dans l'atmosphère une plus grande quantité de principes nutritifs.
Pour les localités argileuses et humides, il faudrait au contraire choisir des tiges rameuses, coriaces et d’une lente décomposition, afin d'obtenir aussi un amendement.
Cette vérité n'est pas neuve; on a vu qu’elle était parfaitement connue des Romains.
Le meilleur moment d’enfoutr les récoltes vertes est celui de la floraison. Alors, surtout, elles sont gonflées de sucs sans avoir presque rien enlevé à la terre, car il a été démontré qu'elles ne commencent généralement à épuiser, ou, pour me servir de lexpression consacrée, à e/friter celle-ci, que
LA
DES DIFFÉRENS ENGRAIS
depuis le moment où les graines se forment jusqu’à celui de la maturation.
Les engrais verts sont loin d’être suffisamment appréciés parlout où ils pourraient être employés avec avantage.