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de retarder ia décomposition du sang sec ainsi obtenu, et de l’assimiler presque, sous ce rapport, à la chair musculaire traitée de même à 100°, puis desséchée et mise en poudre. k prof
Le sang et la chair musculaire ainsi obtenus à l’état sec suivent donc mieux et plus graduellement, dans leur altération spontanée, les progrès de la végétation, et sont bien préférables, comme engrais, au sang qui, desséché à une température plus basse, a conservé sa dissolubilité dans l’eau. Ce dernier mode de dessiccation doit donc étre rejeté, quoique plus économique quelquefois, à moins que l’on ne destine le sang sec à la clarification des sirops de betteraves, de cannes, de fécule, etc.
L'expérience, en effet, a démontré que pour funer un hectare de terre en culture, si l’on emploie 850 kilog. de sang sec soluble, c’est-à-dire desséché à l’air où à basse température, 750 de sang coagulé insoluble, ou seulement 650 kilog. de chair musculaire suffiront encore; ces deux derniers agens fourniront plus aux derniers développemens des plantes qu'il importe le plus de favoriser, c’est-à-dire aux époques de la floraison et de la fructification, et permettront d'obtenir la plus forte proportion des produits qui ont le plus de valeur.
Une autre circonstance propre à retarder la décomposition des substances animales, molles ou liquides, et à augmenter considérablement ainsi leur effet réalisable comme engrais, résulte de leur mélange avec des charbons poreux en poudre. Nous donnerons dans le $ VIII quelques détails sur cet important phénomène.
$ VI. — Fabrication et emploi de la poudrette.
Parmi les substances liquides on molles que l’on peut réduire par l’évaporation à un volume et un poids moindres, on doit compler la matière fécale, base de l’engrais flamand dont nous avons parlé. Voici comment on opére sa dessiccation depuis un temps fort reculé près des grandes villes : on construit daps un local voisin de la ville, et assez distant toutefois des habitations pour éviter d'y porter une trop forte odeur, des bassins d’une grande étendue et de peu de profondeur, soit en maçonnerie, soit en terre glaisée. Leur capacité totale doit pouvoir contenir la vidange de 6 mois au moins; ils doivent être au nombre de 4 ou 5 et disposés par élage, de manière à pouvoir être vidés les uns dans les autres sans frais de main-d'œuvre. Le bassin le plus élevé reçoit chaque nuit toutes les vidanges opérées, et lorsqu'il est rempli jusque près des bords, on lève une vanne qui fait écouler dans le deuxième bassin la partie la plus liquide surnageante. Plusieurs décantations ont lieu de même successivement, et le liquide écoulé laisse déposer dans ce deuxième bassin une partie de la matière solide très-divisée qu'il tenait en suspension. Lorsque ce bassin est rempli, on décante de même le liquide surnageant à laide d’une vanne, dans le troisième bassin, où un nouveau dépôt et une nouvelle décantation s’opèrent encore de la même manière.
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Enfin, à l’issue du quatrième ou du cinquième bassin, le liquide surnageant s’écoule au fur et à mesure que les nouvelles matières arrivent, et va se perdre, soit dans un cours d’eau, soit dans des puisards, ou, comme on l'a pratiqué dernièrement, dans des puits artésiens.
Lorsque le dépôt est assez abondant dans le bassin supérieur, on le laisse égoutter le plus possible en abaïissant la vanne, et pendant ce temps les vidanges journalières sont versées dans une série de bassins disposés comme nous venons de le dire et latéralement aux premiers.La matière égouttée garde fort long-temps une consistance pâteuse; on
l'extrait en cet état, à l’aide de dragues, de
louchets ou d’écopes en fer, et on l’étend sur un terrain battu, disposé en pente comme une chaussée bombée, de manière à ce que les eaux pluviales ne puissent s’y accumuler. De temps à autre, on retourne cette matière, à l’aide de pelles, afin de changer la surface en contact avec l’air et de hâter la dessiccalion. On continue cette manœuvre jusqu’au moment où la matière fécale a perdu assez d’eau par cette évaporation spontanée pour être devenue pulvérulente : c’est en cet état qu’on l’expédie sous le nom de poudreite.
On la conserve autant que possible sous des hangars à l’abri de la pluie, oùu du moins on la relève en tas d’une forme pyramidale et bien battue, en sorte que les eaux pluviales pénètrent peu et s’écoulent rapidement.
L'opération que nous venons de décrire est fort simple, mais elle entraîne de graves inconvéniens : la dessiccation, irrégulièrement opérée, dure de 4 à 6 années, suivant que les circonstances atmosphériques sont plus ou moins favorables; pendant un temps aussi long, le contact de l'air et l'humidité entretiennent une fermentation constante qui développe les émanations les plus infectes jusqu'à près d’une lieue de distance. Outre le dégoût profond que de telles émanations répandent aux alentours, elles ont encore le mauvais effet d’entrainer, en pure perte pour l’agriculture, la plus grande partie des gaz qui auraient dû concourir à la nutrition des plantes.
L'emploi de la poudrette er agriculture ne présente d’ailleurs aucune difficulté; elle est répandue sur les terres au moment des labours, dans la proportion de 20 à 30 hectolitres par hectare : cette fumure active puissamment les premiers progrès de la végétation et développe beaucoup les parties vertes des plantes; mais, trop rapidement épuisée, on lui reproche de manquer au moment de la floraison et de la fructification des céréales.
Répandue sur les prairies, dans la proportion de 18 à 24 hectolitres par hectare, elle ranime souvent d’une manière remarquable leur végétation, mais occasione un goût désavantageux à la vente des produits de la récolte, ainsi que plusieurs autres engrais infects dont nous allons parler.
Urate.—On a dônaé ce nom à des mélanges d'urine avec du plâtre en poudre ou quelquefois de la craie, de la marne séchées. L’engrais pulvérulent qui en résultait pouvait offrir une certaine activité, mais tellement
passagère, que l'effet produit ne pouvait indemniser des moindres frais de transport. Il ne pouvait en être autrement, car l'urine employée ne contenait guère plus de 3 à 4 centièmes de matière sèche réellement active, les 96 à 97 oentièmes restant n'élant que de l’eau; or, celte urine mêlée à la substance en poudre ne constituait que 40 à 50 centièmes au plus du mélange dit urate; ainsi donc, le produit ne contenait que 1, 5 à 2 p.°/, de matière utile, et quelquefois même moins lorsque l’action de l'air et de l’eau pluviale l'avaient encore appauvri. On ex-
plique clairement ainsi le discrédit dans le-
quel est bientôt tombé l’urate chez les agriculteurs ; toutefois, la démonstration précédente aurait pu prévenir même l'essai en grand d’un engrais aussi peu chargé de principes organiques.
$ VII. — Inconvéniens des engrais infects.
(Sang putréfié, urine, poudrette, marcs de colle, larves de ver-a-soie, boues des villes.)
Dans les engrais liquides usités, Za matière utile agit en sens inverse des progrès de la végétation, puisque, rapidement décomposée, ses émanations diminuent au fur et à mesure que les surfaces absorbantes des végétaux s'étendent de plus en plus. La forme, le poids et l’inaltérabilité de ces engrais liquides rendant leur transport pénible, ils restent généralement en excès inutile au point même de leur production.
Enfin, l'abondance de leurs produits gazeux ou solubles en contact à la fois avec toutes lessurfaces absorbantes des végétaux, peut être telle que ces produits y restent en
artie interposés, sans décomposition , avec eurs propriétés et notamment leur odeur spéciale repoussante. Parmi les faits nombreux qui depuis long-temps ont démontré ces phénomènes, nous choisirons trois exem-
les :
4 Si l’on dépose trois ou quatre fois pendant la végétation, près de diverses plantes sarclées, de la matière fécale délayée dans de l'eau ou de l’uriue (engrais flamand), le suc de ces plantes sera fortement imprégné de l'odeur infecte particulière à cet engrais.
La saveur dégoütante due à la famure en question, est encore transmise par les boues des villes, \e sang putréfié, et elle est d’autant plus sensible que les parties vertes des diverses plantes comestibles sont plus développées.
Sil'on essaie desoutenir la végétation d’une prairie à l’aide de la poudrette, le fourrage obtenu pourra contracter une odeur désagréable, et par suite être déprécié, comparativement avec le produit des prairies voisines.
On observerait sans doute des effets analogues dans l’emploi des marcs de colle-forte et des larves de vers-a-soie, dont la putréfaction rapide développe l’odeur la plus repoussante. Toutefois, chacun de ces engrais donne lieu à une végétation active, en les divisant, par leur mélange avec leur volume de terre du champ, et les répandant avant les premiers labours.
Nous verrons dans le paragraphe suivant combien il est facile ba d'éviter les graves inconvéniens précités, en employant
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même les matièresle plus fortement putrides. $ VIIL. — Du noir animal et du noir animalisé.
J'avais observé depuis 1820et fait connaître en 1822, dans un Mémoire sur les charbons, que fut couronné par la Société de pharmacie
e Paris, les effels remarquables d’un mélange (résidu des raffineries) dans lequel le sang coagulé formait au plus 0,10 à 0,15 du poids total. Cependant la putréfaction n’avait préalablement rien enlevé à ce produit dont j'avais essayé l’emploi comme engrais :
la présence même de 0,85 à 0,90 de produits inorganiques carbonisés retardait encore avec énergie la décomposition de la substance azotée.
Par suite de la publication de ce fait nouveau, tous les résidus des raffineries, qui étaient alors jetés aux décharges publiques, furent peu-à-peu entièrement utilisés; bientôt après, tirés de toutes nos usines, importés même de diverses contrées européennes, ils ont ajouté annuellement la masse énorme de 20 millions de kilogrammes du nouvel engrais aux moyens de fertilisation de nos terres. Il constitue aujourd’hui avec le noir animalisé la plus grande masse des engrais transportables.
Ce sont surtout es départemens de l'Ouest, approvisionnés de Nantes par mer et en suivant le cours de la Loire, qui, manquant d’ailleurs le plus d’engrais, ont consommé la plus forte quantité de charbon ou noir animal. Des sols naguère en jachère une année sur deux et même deux années sur trois, par suite de son emploi, sont emblavés tous les ans, et ont doublé et triplé la valeur de leurs produits nets.
La mesure de l’énergie acquise à ce mélange offre ce résultat étonnant au 1°" abord, mais constaté expérimentalement dans de grandes cultures : les 15 parties de sang sec qu'il renferme agissent comme engrais d’une manière plus utile que 400 parties liquides, représentant environ 100 parties de sang à l'état sec.
Ainsi, la matière organique réunie au charbon agit six fois plus qu'employée seule; ce fait explique la consommation énorme des résidus de raffineries, et leur prix bien plus élevé que celui de leur équivalent en sang desséché. On le répand d’ailleurs avec la plus grande facilité et une économie de maind'œuvre très-remarquable; car il suffit de le semer après la graine, et de le recouvrir avec elle par la herse.
Son action fertilisante est constante sous les conditions favorables ordinaires. -
Cependant j'ai reconnu directement que le charbon ne perd rien de son poids, soumis pendant 3 mois aux mêmes influences atmosphériques, à l’action de l’eau distiilée et des racines des plantes, lors même que le développement de ces dernières était à dessein favorisé par des émanations gazeuses de substances azotées en putréfaction.
Une autre anomalie apparente curieuse s’est bientôt offerte à nos méditations; on verra qu’elle présente une preuve nouvelle à appui de la théorie générale que nous avons exposée. Des résidus de raffineries contenant des proportions variables entre 5 et 15centie-
mes de sang sec ont eu plusieurs fois une influence défavorable sur la végétation, et cependant ils augmentèrentsans addition d’engrais les produits d’une récolte suivante. Ces observalions ontdéterminé quelques agriculteurs à laisser une 1'®° fermentation s'établir dans ces résidus avant de les répandre sur leurs terres. En cherchant quels pouvaient être les effets de cette 1"° réaction spontanée pour ceux de ces résidus que l’on disait être trop chauds, j'y reconnus la présence de 5 à 10 centièmes de sucre altéré, qui donnait lieu à une abondante production d'alcool et d’acide carbonique, puis d'acide acétique et hydrosulfurique; à ces 1‘ produits succédèrent, bien plus lentement dégagés, du carbonate, de l'acétated’ammoniaque,ettouslesrésultats de ia décomposition des substances azotées :
à dater de cette époque, l'influence de l’engrais dans diverses expériences a constamment été évidemment très-favorable sur la végétation. Dès-lors il me parut probable que les altérations du sucre pouvaient seules exercer l'influence défavorable observée. En effet, dans une série de faits spéciaux, tous les mélanges, en diverses proportions, d’alcool et d'acide acétique avec le charbon, ont toujours élé nuisibles aux progrès de la végétation, et d'autant plus que la proportion d'acide fut plus forte. Voulant savoir si ces phénomènes étaient indépendans de linfluence du charbon, et s'ils auraient lieu en présence des produits liquides azotés comme des débris solides des animaux, j'abandonnai en vase clos el en vases ouverts des mélanges de sucre : 1° jusqu’à saturation dans de l’albumine battue ; 2° dans l’albumine étendue de parties égales d’eau ; 3° dans des œufs divisés, sans en rien séparer, tels qu’on les emploie dans les clarifications ; 4° dans du suc exprimé de Ja chair musculaire, et enfin dans le même liquide contenant des lambeaux de chair.—Tous ces mélanges, pendant 2 ans, éprouvèrent plus ou moins lentement des réactions qui produisirent de l'alcool, de l'acide carbonique, puis de l'acide acétique et des traces d'hydrogène sulfuré. Les morceaux de chair bien lavés n'avaient sensiblement rien perdu de leurs principes constituans ni de leurs propriétés. Il était donc évident que la présence du sucre dans les résidus employés avait occasioné les réactions défavorables; que celles - ci devaient avoir lieu en quelque état que fût la substance azotée, et qu’il était utile d'éliminer le sucre, soit par des lavages, soit par une légère fermentation, en ne laissant ainsi au sang coagulé interposé dans la matière charbonneuse que son action utile ; qu'enfin un essai prélimipaire très-facile, consistant dans un simple lavage du noir sur un petit filtre, permettrait de reconnaitre la présence dusucre, et en conséquence l'utilité des précautions précitées, ou enfin l'inopportunité de cellesci lorsque les lavages ont été convenablement opérés daos les raffineries (1).
D’autres essais démontrent que & charbon peut étre utile non seulement pour faire durer plus long-temps et augmenter ainsi l'effet
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du sang, mais encore qu'il peut servir d'agent intermédiaire en absorbant les gaz et la chaleur, et lestransmettant ensuite aux plantes. En effet, si l’on fait germer et végéter plusieurs plantes, comparativement, dans deux vases contenant du charbon en poudre épuré, arrosé chaque jour avec de l’eau pure, que l’on ajoute à l’un tous les jours 1/100 de ce charbon, et à l’autre autant du même charbon imprégné des gaz qui se dégagent par la fermentation spontanée des matières animales; dans ce dernier vase la végétation sera très-belle, tandis que dans l’autre elle restera faible et languissante.
$IX.— Fabrication des engrais désinfectés.
Une des découvertes les plus importantes dans les annales industrielles offrit alors à l’agriculture, à la salubrité publique, de nouveaux faits à enregistrer, vint affermir le système des engrais non altérés, et ajouter une démonstration directe de l’utilité de la désinfection, au lieu de la putréfaction préalable.
Le résidu charbonneux, sorti des raffineries, ne suffisait déjà plus aux besoins de l’agriculture, lorsque M. SALMoN imagina de fabriquer de toutes pièces un engrais analogue plus efficace encore, et surtout plus constant dans ses effets. Il y parvint en mélangeant divers détritus organiques azotés, dans un grand état de division, avec une terre rendue éminemment poreuse,charbonneuse et absorbante, par une calcination en vase clos.
Pour faire bien apprécier l’immense avantage de conserver ainsi, par ce moyen breveté, aux détritus organiques employés comme engrais, toutes leurs parties altérables, loin d’en laisser préalablement dissiper la plus grande parlie dans l’atmosphère, il suffira de faire remarquer que le nouvel engrais, connu sous le nom de oër animalisé, représente un effet utile au moins décuple de celui que l’on obtiendrait d’une masse égale de matière fécale, par exemple, lentement desséchée selon les procédés usuels.
Les résultats discutés d’une fabrication journalière d'environ 300 hectolitres près de Paris, et les données recueillies par nos agronomes les plus distingués sur de vastes étendues de terres en culture, ne peuvent laisser aucun doute à cet égard; déjà des traités conclus dans des villes populeuses assurent l’extension de cette production d’engrais non consommés. l ;
Nous avons vu que la dessiccation de la matière fécale donne lieu depuis des temps reculés à de grandes exploitations près des villes; que cette dessiccation s’effectue par intervalles irréguliers entre les saisons pluvieuses ou humides. La poudretle obtenue en définitive est donc le résidu d’une altération de plusieurs années, durant lesquelles la plus grande partie des principes assimilables exhalés dans l’atmoasphère, ont laissé en excès toutes les matières £erreuses inertes et celles qui sont le moins altérables.
(1) M. DUTROCHET a observé que le sucre même dissous dans l’eau, mis en contact avec les spongioles des racines, fait périr les plantes très-promptement.
À ce procédé genéralement usité encore aujourd hui, et qui répand au loin l'infection, succède déjà peu-à-peu le mode bien plus rationnel que nous avons indiqué ci-dessus.
Cette application importante promet d’assainir par degrés tous les centres de fortes
opulations ; applicable d’ailleurs à convertir immédiatement en engrais tous les fluides suffisamment chargés de matière organique azotée et tous les débris des animaux convenablement divisés, il constitue le procédé le plus général de la fertilisation des terres, et doit graduellement suppléer partout à l’insuffisance des fumiers.
Ce procédé consiste à mélanger le plus intimement possible les parties molles, divisées ou fluides des animaux, fraiches ou même déjà putréfiées, avec environ la moitié de leur poids d'une substance poreuse, charbonnée, réduite en poudre fine absorbante, et présentant à peu près sous ce rapport les propriétés du charbon d'os fin.
A l'instant où le mélange est opéré, a décomposition spontanée est dés-lors pour tou- Jours ralentie, presque au même degré que dans les substances dures, les os, la corne, mises en poudre. L’acide hydro-sulfurique qui se dégageait, uni avec J’ammoniaque avant l'opération, est si rapidement absorbé, qu'une lame d'argent plongée dans le produit, même encore très-humide, conserve sa couleur et son éclat métallique, tandis que, dans la matière organique employée, elle serait en quelques secondes irisée ou noircie sur toule sa surface.
Effets et modes d'emploi du noir animalisé.
— La fabrication de l’engrais nouveau, le noir animalisé, est alors finie; il réunit toutes les conditions utiles de la division et d’une décomposition lente. On peut immédiatement en faire usage, le mettre en contact avec les graines ensemencées, les radicules, les plumules, les tiges et les feuilles les plus délicates ; il ne cède que très-lentement, aux influences atmosphériques et à l’action des extrémités spongieuses des racines, les produits gazeux ou solubles assimilables qu'il renferme. Il fournit graduellement ainsi, sans être même complètement épuisé, à tous les développemens des plantes annuelles.
L'un des effets les plus utiles et les plus remarquables de cette décomposition lente et progressive, que l'accroissement de la températureet de l'humidité accélère comme la végétation, est signalé dans un développement plus soutenu des céréales à l'époque de la floraison, et dans une production de grain plus abondante que sous l'influence d'engrais contenant une proportion double de matière organique, mais qui , trop rapidement décomposée, exhale en pure perte des gaz dont l'excès, nuisible d'ailleurs, est décelé par wme odeur plus ou moins forte et repoussante.
L’engrais nouveau, employé même en
rand excès, ze change en rien la saveur agréable la plus légère des racines, des feuilles ni des fruils comestibles, et contribue, au contraire, par une assimilation complète, au développement de tous les principes aro- .matiques.
DES DIFFÉRENS ENGRAIS
Les prairies naturelles ou artificielles dont on a ranimé la végélation en y semant (autant que possible, par un temps humide ou lors d’une 1'° pluie du printemps) 12 à 15 hectolitres de cet engrais bien émotté, donnent des produits plus abondans et d’un goût plus agréable. Ces faits sont constans aujourd’hui pour les nombreux agriculteurs qui continuent l'usage de cet engrais.
Quoique 15 hect. suffisent à la fumure d’un hectare de terre, on en a quelquefois employé des proportions décuples dans les jardins, et toujours avec succès, notamment pour aider à la reprise des jeunes arbres à fruits, ranimer les orangers transplantés, remplacer le terreau sur tous les massifs, activer la végélation des pelouses ensemencées vers l’arrière-saison.
On doit émotter à la pelle le noir animalisé au moment de l’employer; quelquefois même, afin de le mieux diviser et de le répartir plus également, on le mêle avec son volume de terre du champ.
On le séme sur la terre après la graine et avant le hersage pour les blés, orges, avoines, betteraves, rabettes, navets, colzas, maïs, le chanvre, \e lin, etc.
On le dépose par petites poignées dans les fossettes ou les sillons avec les pommes-deterre, les haricots, les pors, les feves.
Pour les divers plants repiqués, un enfant, suivant le planteur, le dépose dans le trou du plantoir sur la racine, que l’on recouvre immédiatement de terre. On opère de même pour les boutures, les marcottes et les plants provignés.
Un ou deux hectolitres sur les plates-bandes d’un jardin remplacent un tombereau de terreau ordinaire. Mélangé avec dix fois son volume d'un terreau épuisé, il ranime son action d’une manière très-remarquable. Ce mélange est très-utile pour alléger et fumer à la fois les terres des jardins.
Le noir mélangé avec la terre des trous, dans la proportion d’un à deux litres pour chaque arbre transplanté, assure la reprise et soutient la végétation de la manière la plus graduée ; 1/2 à 1/4 de litre employés de même pour les ceps de vigne, les touffes de dahlias, les rosters, les müriers, et diverses autres plantes, activent constamment la végétation sans altérer le goût des fruits, ni des feuilles, n1 la coloration des fleurs.
On en répand une couche de 4 à 6 lignes d'épaisseur à la surface des fosses d’asperges : il hâte la pousse en échauffant le sol, el augmente le volume en alimentant la plante.
Dans toutes ces applications, on n’a jamais éprouvé ces accidens que déterminent tous les engrais trop actifs, ceux-la même qui renferment à peine 0,1 des principes utiles contenus dans le noir animalise.
Il est d’ailleurs évident : 1° qu’on ne pourrait craindre dans l’emploi de cet agent les inconvéniens de ces myriades d'insectes parasites importés avec les fumiers, les engrais végétaux et le Lerreau ordinaire ; et 2° que la présence et le mélange intime du charbon offrent, en outre, un obstacle aux attaques des petits animaux qui, parfois, ont dévasté les champs fumés avec le sang et la chair musculaire.
Entre autres exemples curieux de ce dernier genre de danger, dans l'usage des débris animaux purs, nous citerons ce qui est arrivé lors d’un 1‘ essai du sang sec aux colonies : un champ de cannes à sucre venait de recevoir, au pied de chacune des touffes, une petite poignée de l’engrais pulvérulent déposé à la surface du sol; des milliers de rats arrivèrent de toutes parts, et fouillant entre les racines, afin d’y rechercher le sang sec, ils détruisirent toute espérance de récolte pour cette fois.
L'un des moyens de multiplier les bons ef- {ets de la poudre charbonneuse, base du noir animalisé, consisterait à l’expédier pour être employée partout où se rencontrent abondamment des détritus riches en matières animales, et dont on perd la plus grande partie de l’action trop vive, en même temps que l'on altère le goût des produits de la culture et que l’on infecte l'air des alentours. C’est ainsi qu'un simple mélange, en proportion suffisante pour désinfecter ces matières (et qui varierait entre un dixième el un quart de leur volume), pourrait tripler au moins et souvent sextupler leur effet utile, en faisant disparaitre tous les inconvéniens inséparables de la putridité. Enfin, ne fût-ce que pour éviter que les engrais de chair musculaire el de sang desséchés ne fussent enleves par les rats et divers petits animaux, il conviendrait même, pour ces derniers engrais riches, d’avoir recours au mélange avec 10 à 15 p. 0/0 de poudre charbonneuse.
$ X. — Imitations diverses et falsifications du noir animalisé ; moyens de les reconnaître.
( Cendres animalisées, tourbe arnimalisée , cendres noires, poussiers de charbon et de houille, fraziers de forge, résidus de bleus de Prusse, noir en grains.)
Depuis que lPusage du noir animalisé s’est tellement répandu en France que l’on s’occupe d’en établir des centres de fabrication dans les principales villes du royaume, on a cherché les moyens d’imiter ce produit par des mélanges moins coûteux, qui eussent une action analogue ; nous dirons un mot des résultats auxquels on est ainsi parvenu en animalisant les cendres et la tourbe.
Cendres animalisées. — En substituant des cendres, résidus de la combustion des bois, houille, tourbe, à la substance charbonneuse calcinée exprès en vases clos, on conçoit qu'il a été facile de réaliser une économie notable, mais qu'aussi l’on a perdu les avantages qui permettent de faire supporter au noir animalisé, comme aux auires engrais riches, des frais de transport à une assez grande distance.
En effet, la propriété désinfectante des cendres étant considérablement moindre que celle dela substance charbonneuse dontnousavons parlé, on n’y peut mélanger qu'une proportion bien moindre de matière animale putrescible; etencore, celle-ci, trop rapidement décomposée, agit-elle moins long-temps et moins utilement, puisqu'elle devance, dans sa décomposition, le développement des plantes. Elle peut même nuire par Île