‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 3)Chapitre 85 sur 357 · LIV, I · texte numérisé non relu

LIV, I

goût désagréable qu’elle leur communique.

Un autre motif d’infériorité résulte encore des variations inévitables dans la nature des diverses cendres qu’on peut se procurer :

ainsi, les cendres des divers bois diffèrent entre elles suivant que ceux-ci ont été brûlés neufs ou flottés, et suivant encore que l’incinération a été poussée plus ou moins loin.

Les mêmes causes produisent des effets plus marqués encore dans les résidus de la combustion des tourbes plus ou moins terreuses, et des houilles dont la composition est extrêémement variable. Ces dernières présentent toujours d’ailleurs une multitude de petits grains en scories, en partie vitrifiés, très-rudes et peu propres à être mis en contact avec les racines des plantes.

Il arrivera donc rarement que ces diverses cendres, plus ou moinschargées des matières animales, pourront améliorer le fond du sol, etsurtout offrir assez d'avantage aux agriculteurs pour être tfansportées à de grandes distances. Cependant, dans certaines terres fortes que la plupart des cendres peuvent amender, on trouvera presque toujours du profit à les mélanger avec des déjections animales qu’elles rendront plus faciles à répandre.

La dose de cendres le plus animalisées, employée comme engrais, pourra être de 25 à 30 hectolitres par hectare : il conviendra d'éviter de les mettre en contact immédiat avec les graines ou les racines des plantes repiquées. On devra en conséquence les répandre à la surface du champ, après avoir recouvert la semence par le rouleau ou la herse , ou encore enterrer préalablement eet engrais à l’aide d’un hersage avant de semer, ou enfin les répandre entre les rangées des jeunes plantes sarclées, ou près des touffes, sans être en contact avec les tiges.

Tourbe animalisée. — La tourbe non incinérée, mêlée avec un tiers où un quart de son poids de matière fécale, a élé essayée comme engrais. Il est probable que dans les localités où on l’obtiendrait à très-bas prix el presque sans frais de transport, elle serait utilement employée, répandue sur les terres, comme les fumiers d’étable(Foy. plus loin); elle pourrait cependant trop alléger certains sols : pour éviler cet inconvérient, on devrait la mélanger avec un engrais plus riche qui permit de diminuer le volume total employé : nous ne pouvons d’ailleurs avoir de certitude à cet égard avant que l'expérience en grand soit venue vérifier ces conjectures.

Cendres noires, poussiers de charbon, fraziers de forge.—Vlusieurs autrés imitations des résidus de raffineries ou du noir animalisé peuvent être considérées comme de véritables falsifications. C’est ainsi que des spéculateurs se sont proposé d'augmenter la quantité de ces engrais, par des mélanges de matières semblablesen apparence, mais d’une bien moindre valeur, et ne contenant ni. le sang ni les autres matières animales qui font la base de la principale action de ces deux engrais à l’état de pureté.

il importe beaucoup aux agriculleurs de reconnaitre ces mélanges frauduleux, et rien

|n'esi plus facile, surtout relativement à la

terre noire de Picardie (1), qui est le plus généralement employée dans ces falsifications, et que l’on transporte à cet effet par foris chargemens dans la Bretagne.

Pour constater cette fraude, 1] suffit d’étendre une pincée de l'engrais à essayer sur une pelle, et de le chauffer au rouge pendant quelques minutes, puis de le laisser refroidir.

Alors, si l’engrais était pur, la cendre restée sur la pelle formerait une poudre fine offrant une couleur grisätre uniforme, S'il contenait de la terre notre, la cendre serait graveleuse et présenterait des parties rougetres ou couleur de rouille d'autant plus nombreuses que la quantité de terre noire mélangée aurait été plus grande. Nous ne saurions trop engager les agriculteurs à faire cet essai si facile, ou à le confier à un pharmacien de la localité.

On falsifie encore les mémes engrais, en y mélangeant du frazier de forge et des poussiers terreux qu'on trouve au fond des magasins de charbon de bois et de houille:

en général, ces divers mélanges se décèlent à la simple inspection; ils présentent des parties inégalement nuancées de couleur brune, jaunâtre ou blanchâtre, surtout dans la plupart des grains les plus volumineux que l’on écrase. Enfin, serres entre les doigts, ils sont plus ou moins graveleux ou rudes au toucher, et grenus, tandis que les résidus deraffineries et le noir animalisé exempts de ces mélanges, sont d’une nuance brune, foncée, très-régulière et d’une grande finesse ; rressés entre les doigts, ils ne présentent aucune partiegrossièrement pulvérisée, à moins qu'il ne s’en soil joint quelques-unes accidentellement; mais alors elles doivent être en très-petit nombre.

Résidus de bleu de Prusse. — On nomme ainsi le résidu épuisé, grisätre, pulvérulent, de la fabrication du bleu de Prusse ; il ne contient aucune trace de matière organique, et ne pourrait être utilement employé que comme amendement capable d’alléger la terre et de stimuler les forces végétatives par suite de la faible proportion de carbonate et de sels de polasse qu'il retient. Sous ce rapport, l'emploi des résidus précités serait utile, si leur transport était peu dispendieux et leur prix d'achat presque nul.

Il n’en a pas été souvent ainsi : cette substance, évidemment inerte comme engrais, a élé mélangée frauduleusement avec les charbons de raffineries et le noir animalisé.

Voici es moyens de reconnaître cette fraude : d'abord une ténuité en général moindre, etune moindre proportion de substances organiques rendent le mélange plus rude au toucher; quelquefois même on y aperçoit des grumeaux charbonneux, durs, qui ne se rencontrent pas dans les deux engrais non altérés.

DES DIFFÉRENS ENGRAIS

Si l’on fait brûler, sur une pelle rouge, ce mélange, la cendre obtenue, délayée dans l’eau et jetée sur un fltre (Foy. ci-devant, p.42, fig. 32), donne unliquidesalé,assez fortement alcalin. Enfin, en calcinant dans une cornue (page 59, fg. 44) le même mélange, et recevant, dans l'acide sulfurique étendu, les gaz dégagés, on obtient moins d'ammoniaque dans la proportion de 30 à 50 et même 80 pour cent. Ce dernier moyen, que nous avons indiqué ci-devant plus en détail, serait applicable à déceler tous les genres de fraude qui précèdent; mais les procédés plus simples décrits ci-dessus suffisent pour ceux-ci.

Noir en grains. — Depuis quelques années seulement on emploie dans les raffineries une sorte de charbon animal grenu comme de la poudre de guerre, et sur lequel le sirop clarifié filtre aisément sans addition de sang ; on le nomme xoëir en grains : il ne retient pas de sang ni d’autres matières organiques azotées, mais seulement des traces de sucre. Ce n’est donc point un engrais, et son mélange avec les résidus de raffineries ordinaires est ure véritable sophistication; heureusement il est très-facile de le reconnaitre à la grosseur de ses grains: il suffit de le faire glisser entre les doigts.

Nous dirons en terminant que le plus sûr moyen de se mettre à l’abri de toute fraude, consiste à recevoir directement des fabriques ou entrepôts garantis le noir animalisé comme les résidus de raffineries.

ART. II. — Des engrais mixtes, plus particulièrement désignés sous la dénomination de FUMIERS.

Nous avons vu combien est préjudiciable la méthode ancienne des engrais consommés, relativement aux débris des animaux et à la matière fécale, si l’on compare cette méthode avec l'emploi des mêmes débris sans déperdition. Nous allons voir que les mêmes données s’appliquent aux divers fumiers, et nous montrerons que l'on confond à tort, pour ceux-ci, une fermentation préalable toujours nuisible par le dégagement de gaz qui eussent été asshunlables, avec une macération quelquefois utile.

C’est généralement à une désagrégation des parties solides que se borne l'utilité des réactions préalables dans les fumiers et composts mis en tas et abandonnés à dessein pendant un temps plus ou moins long.

Ici, la r2acération spontanée produit un des effets précités de la chaux, en favorisant la dissolution des matières organiques; mais presque toujours la déperdition des substances les plus altérables, dans ces mélanges, est loin d’être compensée par l'effet obtenu ainsi des parties résistantes.

Nous allons démontrer encore cette asser-

(1) Cette matière, désignée aussi sous les noms de cendres noires ou de cendres pyriteuses, se rencontre très-abondamment en plusicurs localités, notamment dans le département de l'Aisne; elle se compose d’argile, de sulfure de fer, de sulfate de fer et d’alumine, de substances organiques charbonnées et bitumineuses : délayée dans l’eau, elle donne une solution acide rougissant fortement le papier

de tournesol.

Nous avons indiqué plus haut l'application qu’on en peut faire en agriculture,

non comme engrais,

mais bien comme stimulant propre à utiliser le carbonate de chaux et les restes des fumures an-

siennes. ( 7. ci-devant, page 75.

tion par des faits dans l’apptication la plus générale. Si l’on opère un mélange aussi régulier que possible des fumiers frais d’écuries et d'élables, réunis en une masse de 10 voitures, ou environ 12,000 kil.; que l’on répande et qu’on recouvre immédiatement par un léger labour et le rouleau, la Z du tas ou 6,000 kil. sur 10 ares (1,000 mèt.) de terre meuble, le plus possible épuisée d'engrais et de débris organiques; que, d’un autre côté, on laisse en tas à l'air les 6,000 kil. restans pendant 4 mois, puis qu'on les répande sur une surface moitié moindre (500 mèt. ou 5 ares) d'un même sol; qu’enfin, on cullive comparativement par bandes des céréales et diverses plantes sarclées et repiquées sur les deux terrains ainsi fumés, en rendant le plus possible toutes les circonstances égales d’ailleurs; d’après les faits nombreux recueillis en opérant de cette manière, les récoltes mesurées, puis estimées par leur équivalent en poids de la substance sèche contenue, seront à peu près égales. L'effet utile du fumier frais aura donc évidemment été double.

Elle pourra être plus que triple de celle du fumier mis en las, si les alternatives d’une haute température el d’une humidité suffisante ont, pour ce dernier, favorisé l’action de l'air, la fermentation et le dégagement des produits gazeux.

Sur certaines cultures dont l’allégement de la terre favorise le développement des produits, comme cela se remarque surtout dans la production des tubercules de la pomme-de-terre, l'effet réel pourra étre quadruplé.

Il paraîtra peut-être également bien démontré qu'en faisant le plus promptement

ossible usage des fumiers, on aura souvent ’occasion de mieux distribuer le travail des champs; de réserver aux fumiers des étables toute leur utilité, non seulement comme engrais, mais encore comme agens physiques de division; de ménager ainsi aux engrais pulvérulens leur maximum d’effets complémentaires; enfin de permettre leurs transports à de plus grandes distances, par suite des produits mieux assurés et plus économiques de leur application (1).

$ I".— Mode général d'emploi de tous les fumiers frais et de tous les engrais infects ou rapidement décomposables.

Les engrais les plus actifs, qui par un contact immédiat nuiraient aux graines et aux racines des plantes, peuvent tous, sans exception, être directement appliqués à l’agriculture, pourvu qu'une masse suffisante de terre les sépare des graines et des extrémités spongieuses des racines, pendant les premiers temps de la végétation; les gaz pro-

LIV. 1°, duits rapidement peuvent alors être dissémines et en grande partie retenus dans les interstices du sol, puis fournis plus lentement ensuite à la végétation,

Un exemple remarquable de cette méthode a élé donné dans les environs d’une grande boyauderie à Grenelle, il y a près de 20 ans.On ouvrit une tranchée de 18 pouces de profondeur, dans loute la largeur d’une pièce deterre, puis on y déposasur toute lasurface du sol une couche de 3 pouces d'épaisseur d’intestins en putréfaction; ceux-ci Fans immédiatement recouverls de 6 à 8 pouces de terre:

le lendemain on acheva de creuser en avant une 2° tranchée égale et parallèle, dont on rejeta la terre sur la 1", puis on déposa comme la veille, des intestins surtout le fond de la tranchée ouverte. En continuant chaque jour de la même manière, on obtint en définitive une fumure sous-jacente au fond de toutes les tranchées et sous toute la surface du champ (2. 60), où les parties om-

brées indiquent la place de l’engrais putride, et les lignes ponctuées la terre relevée chaque jour par dessus).Des blés, semés sur cette terre, y prirent un développement énorme, et donnèrent une quantité de grain quadruple de celle récoltée, à surface égale, sur la même terre contenant les proportions usuelles de fumiers d’étable. La même fumure prolongea, à l’aide de labours superficiels, son action durant 8 années pour des cultures en blé, seigle, choux, etc.; les deux dernières, en racines pivotantes et tuberculeuses (betteraves et pommes-de-terre), offrirent des résultats non moins remarquables, et profitèrent encore de la couche inférieure de l’engrais consommé.

Les laboursen ados ou billons (2), quise pratiquent avec tant d'avantage aux Etats-Unis et en Angleterre, pour les navets, rutabagas, choux, maïs, betteraves et toutes les plantes sarclées, permettent de donner aux racines le double de profondeur en terre meuble, et de maintenir sous cette couche épaisse la totalité de la fumure. On ne saurait douter qu’à l’aide de cette méthode il ne fût trèsavantageux d'employer directement les engrais les plus aclifs, et cela sans leur faire éprouver aucune déperdition préalable.

$ II. — Des fumiers d’étable ou litières.

On peut diviser en deux classes tous les fumiers : 1° les fumiers chauds ; ?° les fumiers

frais. Ces derniers résultent surtout de la

(1) Diverses communications accueillies et vérifiées par les Sociétés d'agriculture de Paris et des départemens, ainsi que les récentes publications dues à plusieurs de nos notabilités agricoles, et notamment à MM. BELLA, de Grignon, DAILLY, le général BuGEaup, le comte DE RAINEVILLE; entic, les faits nombreux constatés par MM. DE SILVESTRE, BIi0T, BECQUEREL, DUMAS, DUTROCHET, membres de l’Institut, et par MM. BRIAUNE, le colonel BURGRAFF, le vicomte Emmanuel p’Har- COURT, MONTGOLFIER, DELAVILLE-LEROUX , CAMILLE BEAUVAIS, le comte D’ANGEVIELE, le comte DE MONTLOSIER, HUZARD fils, DELAMARRE, DE LA CHAUVINIÈRE, DUTFOY, DEBY, etc., ne laissent plus

aucun doute à cet égard.

(2) On trouve dans le dernier numéro ( avril 1834) du Cultivateur, un excellent article de M. DE VAL- COURT sur les moyens les plus économiques de pratiquer ces labours.

Cnap. 4.

nourriture aqueuse, consommée abondamment par les vaches. En effet, même après la saison des herbages, on donne à ces animaux des betteraves ou leur pulpe provenant des fabriques de sucre indigène, des pommes-deterre ou les marcs de ces tubercules dans les féculeries. Les excrémens contiennent par suiteune grande proportion d'eau qui les distendet les rend plus spongieux, plus capables de retenir l'humidité ambiante et d’entretenir ainsi la fraîcheur près des racines.

La plupart des autres fumiers résultant d’une alimentation en fourrages où grains secs, et notamment ceux des chevaux, poules, dindons,etc., sont considérés comme fumiers chauds : ils se dessèchent plus rapidement et absorbent moins d’eau sous les mêmes inflüences atmosphériques que les fumiers frais.

Il est facile de comprendre que les fumiers chauds conviennent mieux aux terres zumides et froides, et que les fumiers frais sont préférables pour les sols secs, sableux et chauds.

Comme engrais, ils peuvent d’ailleurs, les uns et les autres, être utilisés dans tous les sois, sauf l'addition préalable des amendemens spéciaux. Ils se trouvent souvent mélangésen proportions variables,etles moyens de les conserver et d’en faire usage sont les mêmes.

On peut encore diviser les fumiers en deux espèces très-distinctes et dont les usages ne sont pas les mêmes : les fumiers longs, qui n'ont éprouvé qu'un léger commencement de fermentation, quioccupent beaucoup d’es- Ho font beaucoup de volume et durent ong-temps; les fumiers courts où gras, dont la décomposition est très-avancée, qui sont très-lourds, se coupent souvent à la béche, et dont l’action est instantanée, mais de peu de durée. Les premiers conviennent particulièrement aux terres grasses, tenaces, argileuses et froides ; les seconds,aux sols maigres, légers, sablonneux, chauds; pour obtenir ceux-ci, il a fallu que les pailles éprouvassent dans la fosse une décomposition presque complète, et en arrivant à cet état, l’engrais a perdu une grande partie de ses gaz nourriciers; afin d’en tirer des résultats prompts et plus grands, on renonce à des effets durables, et on sacrifie une grande partie des sucs que la lente décomposition des fumiers longs dans le sol lui-même, y dépose successivement au profit de plusieurs récolles. En résumé, et c’est l'avis des plus savans auteurs de chimie agricole, l'emploi des fumiers longs est en général préférable; mais, pour qu’il soit adopté dans tous les cas où le fumier est acheté, il faudrait que la fourniture en fût faite au poids et non à la mesure.

Récolte et conservation des fumiers des tables. — En général, les fumiers d’étable sont réunis au milieu de la cour de la ferme, enceinte par les bâtimens d'habilation, les granges el les écuries, et quelquefois ombragée par des ormes élevés on des müriers qui maintiennent une température uniforme, et relardent la dessiccation et l’évaporation du fumier.

Cette cour est creuse, l’eau des toits s’y réunit, et le fumierest constamment mouille.

ILest bien que l’eau qui le baigne ne puisse

DES DIFFÉRENS ENGRAIS

s’en échapper, le fumier étant dans un fond de terre alumineuse ou garni d’une couche de glaise qui empêche les infiltrations et la perte des substances organiques solubles.

Le fumier est ainsi tenu à l'ombre la plus grande partie de la journée,toujours humide, sans être lavé dans les temps de pluie, mais, du reste, ilest jeté sans soin : les LATE ds qui le piétinent, les poules et les pigeons qui le grattent, occasionent une plus forte déperdition en multipliant Îes surfaces en contact avec l’air et suspendant la macération.

Sous le point de vue de la salubrité, cette pratique paraît essentiellement vicieuse.L'eau du fumier arrive souvent jusqu'aux portes de l'habitation et des écuries; elle attire, en été, un grand nombre d’insectes qui tourmentent les bestiaux; l’atmosphère est humide et remplie de gaz mallaisans ou du moins fort incommodes, qui s’en dégagent, quelque lente que soit la putréfaction.

Afin d’éviter les inconvéniens précités, il faudrait creuser derrière les écuries de chaqué ferme de larges fosses, à l'ombre et au nord, où ils seraient rangés avec soin et tenus en contact avec les liquides écoulés des étables et même les urines des habitans.

Alors on pourrait même séparer en des cases particulières les fumiers frais et les fumiers chauds, ou même ceux de porc, de vache ou de bœuf, de cheval, de moutons, etc., et ne plus les confondre, comme la plupart des cultivateurs en ont à tort l'habitude.

Cette séparation des fumiers est au reste moins nécessaire dans certaines localités où, comme en Flandre, les chevaux et les vaches ont la même nourriture la plus grande partie de l’année, c’est-à-dire du trèfle et de l'orge en vert en élé, et en hiver de la paille hachée, de la drèche ou résidu lavé de l’orge et autres céréales germées des brasseries. Il résulte de ce système de nourriture des bestiaux, que le fumier de vache est moins /rais, et celui des chevaux moins chaud que dans les pays où la nourriture des vaches et des chevaux est très-diflérente,

Cependant, en général les déjections animales, mêélées aux litières et aux débris de la nourriture des bestiaux, ou les fumiers de basse-cour, ont des propriétés différentes :

le fumier de porc estle moins chaud etle moins concentré ; vient ensuite celui des vaches et des bœufs : il convient donc de les employer spécialement dans les sols maigres, légers et secs. Le degré de force des fumiers place ensuite celui composé des déjections «des chevaux, puis celui des moutons, et enfin des volailles et colombiers, dont nous parlerons tout-à-l’heure.

Le mode le plus général d'emploi des fumiers consiste à les porter sur les champs à l’aide de voitures. Celles-ci sont vidées en 4 ou 6 tas, que des hommes étalent ensuite à la fourche en une couche continue et régulière; un labour sert ensuite à recouvrir le fumier de terre, puis le rouleau el la herse à diviser celle-ci convenablement.

En Flandre, les fumiers ne sont conduits sur Les champs que le jour même où la terre est labourée ; ainsi, en un jour, on transporte le fumier, on le répand sur la terre et on le recouvre par le labourage. Quand la pièce

gamins à

est grande, on la divise en plusieurs parties, et on exécute en un jour sur chacune un travail complet. Les cullivateurs de ce pays pensent, avec raison, que le fumier perd la plus grande partie de sa valeur lorsqu’il est exposé quelque temps à la pluie et surtout au soleil, et lorsqu'il est employé long-temps avant les semailles. Aussi ensemencent-ils la terre le jour même qu’elle est fumée.

On pourrait, au reste, différer l’ensemencement de quelques jours, pourvu toutefois que l’engrais fût, immédiatement après qu'il est répandu, recouvert de terre, qu’on doit même tasser plus ou moins à l’aide du rouleau : en opérant ainsi, onretiendrait dans le sol la plus grande partie des gaz et des liquides utiles, dont la végétation profiterait ultérieurement; enfin on retarderait la décomposition par l’interposition des substances terreuses. A. PAYEN.

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