DES DÉFRICHEMENS
A l'exception des rochers, des crêtes de montagnes dépourvues de terre végétale, et des pentes trop escarpées, il n’est, à vraidire, aucun sol dont on ne puisse tirer parti; toutefois, les dépenses diverses qu’entrainerait daus bien des cas sa mise en culture, sont telles qu’il serait plus qu’imprudent de les faire avant d’avoir bien calculé préalablement toutela portée de l’opération et les résultats profitables qu’on est raisonablement eu droit d’en attendre, en égard non seulement à la zature de chaque terra, mais à la position topographique de chaque localité, et aux moyens d’exécution dont on peut disposer.
Lors même que les défrichemens doivent s'opérer dans le voisinage et pour ainsi dire à la suite d’une ancienne exploitation, à l’aide d’attelages, d'ouvriers, de tout un matériel enfin déjà existant, ce sont encore souvent des entreprises coûteuses, peu à la portée des petits cultivateurs si elles sont faites sur une certaine échelle, et qui ne peuvent devenir profitables qu'autant qu’elles sont convenablement dirigées. Ce serait un fort mauvais Calcul de croire qu’on pourra cultiver des étendues plus grandes, sans autres déboursés qu’un surcroit de main-d'œuvre.
A la vérité, sur des défriches de genèêts, d’a- Joncs ou de bruyères, à l’aide de simples brülis, presque sans engrais et souvent même sans engrais, on peut bien de loin en loin obtenir une ou deux chétives récoltes de seigle ou de sarrasin et de pommes-de-terre, qui paient tant bien que mal les frais de labours. A la vérité encore, sur l’emplacement de bois nouvellement déracinés, d’anciens marais desséchés , de vieilles prairies retournées, on peut quelque temps se fier à la fécondité surnaturelle du sol; mais, dans le premier cas, le terrain épuisé par une si faible production, se refuserait à en donner aucune autre sans une nouvelle jachère de 8 à 10 ans; dans le secoad, il ne faut voir
u'une exception momentanée à la règle; dans l’un et l’autre, on arriverait à coup sûr à la stérilité, sans le concours des engrais.
Dans les terres de médiocre qualité, les défrichemens qui auraient pour but d’ajouter à la quantité des terres assolées d'une ferme ou à plus forte raison d’en créer une nouvelle, seraient généralement de fort mauvaises opérations, si elles n'étaient exécutées partiellement ou par des personnes en état de faire grandement les avances nécessaires.
En pareil cas, bien souvent, les semis d’essences ligneuses, particulièrement ceux de Pins qui se montrent généralement si peu difficiles sur le choix des terrains, offrent le meilleur et le plus sûr moyen d’amélioration.
Pour les sols de meilleure qualité, \es chances de succès augmentent en raison inverse de la difficulté de maintenir leur fécondité ; mais, là encore, loin de säcrifier l’avenir au présent, il faut au contraire savoir ne demander à la terre que ce qu’elle peut produire sans épuisement, et songer, avant tout, à augmenter la masse des fourrages pour 0btenir plus d'engrais. Tel est en résumé le
(1) Des colonies agricoles et de leurs avantages,Un vol, in-8°, 1832, Chez Me Huzard.