DOMMAGES CAUSÉS PAR L'HOMME
fâcheuses ; tels sont le renversement des marques de coupes, la destruction des haies, fossés, treillages, palis, murs ou clôtures quelconques, ce qui facilite les vols ; le renversement des tuteurs des jeunes arbres, le bouleversement ou la destruction des routes forestières ou des chemins, des ponts, du lit des rivières flottables, des ports de débardement; la destruction des greffes, l'enlèvement d’anneaux d’écorce aux arbres, ou les blessures graves qu’on peut leur faire, le renversement des cordes ou piles de bois et plusieurs autres délits, presque tous prévus et punis par les réglemens forestiers. Les agens préposés doivent tenir rigoureusement la-main à l'observation de ces réglemens, et s'opposer à ce qu’on s’introduise dans les forêts avec des scies, haches, serpes, coignées et autres insitrumens de cette nature; à ce ges pratique dans une saison ce qui est
éfendu à cette époque ; à ce qu’on ne donne pas lieu, par négligence ou autrement, à des incendies, etc.
L'homme peut allumer un incendie dans les forêts, soit avec préméditation, soit par négligence ou par imprudence. C’est un fléau qu'il faut prévenir avec soin, parce qu'il cause souvent les plus prompts et les plus affreux ravages. Un incendie peut se déclarer dans une forêt quand des bûcherons ou des charbonniers allument sans précaution du feu dans des lieux où il peut courir, ou quand les fourneaux de ces derniers sont établis et conduits avec négligence. Dans les sécheresses, une étincelle échappée de la pipe d’un fumeur, la bourre enflammée d’un fusil, une légère flammèche quele vent apporte d’un feu voisin, sont la plupart du temps la cause des embrasemens. Nos réglemens forestiers contiennent un grand nombre de dispositions qui ont pour objet de prévenir cet événement, et des peines graves contre ceux qui tendraient à les enfreindre. C’est aux personnes préposées à Ja garde des forêts à les connaître et à les faire observer rigoureusement.
Quand l'iércendie est déclaré, il faut employer les moyens les 08 pour arrêter les progrès du feu: 1° faire annoncer le feu dans tout le voisinage par le son des cloches ou tout autre moyen. et inviter les habitans à se rendre sur le lieu de l'incendie, armés de haches, hoyaux, pelles ou bêches ; 2° à placer les travailleurs à mesure qu'ils arrivent, les uns pour faire des abattis sous le vent, les autres pour peler la superficie de la terre dans une largeur de 6 à 7 mètres, en reJetant les herbages secs et les gazons du côté opposé au feu; 3° à pratiquer, quand la circonstance l'exige, des tranchées à une certaine distance du feu ; 4° à se servir d’eau et de pompes quand on peut s'en procurer; 5° à faire fouiller la terre quand le feu a pris dans les bruyères ou des matières sèches, et à la jeter sur ces matières enflammées, ou même sans attendre qu’elles le soient. La terre étouffe le feu et la tranchée arrête la communicalion. é
Quand on est parvenu, n'importe par quel moyen, à éteindre un incendie, on fait veiller sur les lieux pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, surtout si on aperçoit encore ça
et là des matières enflammées, et on fait parcourir aux hommes préposés à cette garde, non seulement les endroits incendiés,mais encore ceux des environs qui se trouveraient sous le vent, afin d’étouffer, avec de la terre ou autrement, le: feuqui se rallumerait, ou les flanrmèches qui auraient été emportées dans les cantons voisins.
$ 11. — Attaques médiates contre les forêts.
L'homme nuit médiatement aux forêts uand il cherche à en tirer, dans un temps onné, plus de produits qu’elles ne peuvent
en fournir; quand ilen néglige la culture et en dirige mal l’aménagement. Il diminue aussi leur produit lorsqu'il tolère les abus qui se glissent la plupart du temps dans la Jouissance des servitudes ou des droits d'usage.
Un propriétaire nuit à ses foréts quand il N coupe plus de bois que ne le comporte une bonne période d'aménagement. Il diminue Jeur produit quand il déracine, sur partie ou Lotalité du sol, des arbres dont les souches auraient donné de bons recrus, ou défriche imprudemment et emploie le sol à d’autres usages économiques; lorsqu'il pratique des coupes extraordinaires, règle d’une manière préjudiciable à sa propriéte l’âge de ses coupes, de manière que la quantité de bois diminue annuellement ; lorsque ses arbres, abandonnés trop long-temps sans être exploités, dépérissent et se pourrissent; lorsqu'il adopte un mode vicieux de culture forestière, opère ses coupes à contre - saison, néglige de faire le nettoiement des taillis et les éclaircies nécessaires, ou bien enlève trop de bois en les pratiquant, et agit, dans ce cas, avec peu de brudence et sans discernement; enfin, quand 1l néglige le repeuplement en bonnes essences appropriées au sol, ou d’après les règles d’un bon assolement forestier. Il n’y a d’autre moyen, pour éviler les dévastations qu’on peut causer ainsi aux forêts el leur dépérissement, qu'à les diriger suivant les principes que nous avons posés dans ce livre, ou d'en confier l’administralion à des forestiers instruits et honnêtes.
Les droits d'usage qui pèsent encore sur les forêts donnent lieu, quelle que soit l’activité des gardes et malgré les lois qui en règlent et déterminent la jouissance, à des abus si graves et si nombreux, que c'est une des causes les plus actives du dépérissement de la propriété forestière. Ces droits d'usage se divisent en grands et petils usages. Les grands usages Sont : 1° l’affouage, où droit de prendre dans une forêt le bois de chauffagenécessaire aux usagers; 2° le marronnage, où le droit de se faire délivrer des arbres pour la construction et ies réparations des bâtimens; 3° le pdturage où pacage, où droit de faire paître le bétail; 4° le parage, la glandée ou la paisson, qui consiste dans Ja faculté de mener les pores dans une forêt pour s’y nourrir de glands et faines.—Les petits usages consistent principalement à enlever les branches sèches, les bois morts et les morts-bois, c’est-à-dire certaines espèces de peu de valeur,telles que saules. marsaults, épines, sureaux, aunes, genêts, genévriers et ronces.
AGRIC. FORESTIERE : CONSERVATION ET DÉFENSE DES FORETS. Liv. v.
Relativement aux droits d’affouage et de marronnage, l'usager ne pouvant exercer son droit sans une délivrance préalable du propriélaire où de l’administration forestière, et les arbres en délivrance étant préalablement marqués, on parvient avec de la surveillance à prévenir les abus. D'ailleurs, on peut fixer le jour auquel on enlèvera ces bois; ne pas permettre que les usagers vendent ou permutent leurs lots; surveiller leur transport, et s'assurer que ces bois ne reçoivent pas une autre destination que celle pour laquelle ils sont délivrés. On peut aussi discuter et soumettre à la révision les titres des usagers , faire procéder à une évaluation de leurs droits, et racheter ces droits par une indemnité ou par l'affectation d'un cantonnement ; enfin, on peut atténuer l'effet des abus qu’entraine leur jouissance par l’observation r goureuse des lois forestières, que nous ferons connaitre dans notre partie législative.
Le péturage et le panage sont bien plus préjudiciables aux forêts que l’affouage, tant sous le rapport du dommage que les animaux font dans les bois, que par les nombreux délits et les abus auxquels donne lieu la jouissance de ce droit. En effet, les vaches et les bœufs recherchent les feuilles et les bourgeons, leurs pieds battent le terrain et étouffent les germes el les jeunes plantes ; les chevaux et les ânes mangent des branches de l’épaisseur du doigt, rongent l’écorce des arbres, et en se roulant font un dégât énorme; les chèvres et les moutons, dont l’introduction est sévèrement prohibée dans les bois de l'Etat et des communes, causent dans les forêts de bien plus grands dommages encore en broutant les bourgeons des jeunes coupes, et en privant ainsi les cépées de leurs feuilles et de leurs moyens naturels de végéter; les pores mangent les glands et les faines, fouiilent la terre, déracinent les cé-
ées, culbutent les semis et causent un dou- Be dommage en détruisant le bois et en s’opposant au repeuplement.
Les meilleurs réglemens sur le pâturage et le panage dans les forêts ne suffiront Jamais pour en faire cesser les abus, et tous les forestiersinstruits, tant français qu’étrangers, s'accordent à en réclamer la suppression.
On peut employer contre les abus auxquels ce droit donne lieu, ainsi que contre les petits usages, quelques-uns des moyens indiqués
pour se préserver des inconvéniens de l’af-
fouage, tels que la surveillance active, le rachatmoyenunantindemnité et l'observation rigoureuse des dispositions réglementaires et législatives qui fixent l'exercice de ce droit, tant dans les forêts de :' Etat que dans celles des particuliers.
$ 1IL.— Dommages résultant de l’abus ou de l’ignorance.
L'exploitation des bois, c'est-à-dire l’abattage, le transport et le travail en forêts peuvent donner lieu à plusieurs pratiques vicieuses et à des abus très-funestes, qui exigent qu'on les prévienne, les arrête ou les réprime avec sévérité. Ces pratiques, relative: