LIV. Y
hêtres, érables et frênes, et il arrive souvent que les taillis de 2 à 6 ans sont entièrement écorcés par ce rongeur. On le voit aussi se nourrir, en cas de besoin, de racines tendres et des bourgeons de presque tous les jeunes plants, qu’il déchausse en outre en soulevant la terre pour creuser ses galeries. La souris cause moins de dégâts que le mulot, parce qu’elle est plus faible et moins vorace, mais elle est nuisible par sa grande fécondité.
8° La taupe (talpa Europea, L.) bouleverse les semis el coupe les racines des jeunes arbres. Les forestiers connaissent aujourd’hui les moyens qu'on emploie ordinairement pour se délivrer de cet animal.
La plupart des forestiers sont d’avis qu’il n’est pas possible de conserver de beaux bois avec des bêtes fauves, et qu’il vaudrait mieux les bannir entièrement que de les multiplier. Néanmoins, comme ces animaux, malgré leurs ravages dans les forêts, ont encore un but d'utilité, soit comme produit, soit pour les plaisirs de la chasse, etc. il convient peut-être d’en conserver un certain nombre. Sous ce point de vue, la science du forestier consiste donc à fixer ce nombre d'une manière telle que les inconvéniens qui résultent de leur présence soient compensés par les avantages qu’on peut en tirer. Ainsi, on doit accroitre ou diminuer ce nombre Jusqu'à ce qu'on soit arrivé au point où, avec des bêtes fauves, le repeuplement de la forêt n'éprouve pas de difficulté sensible, et où les arbres prennent librement tout le développement qui correspond à leur âge.Arrivés à cette limite, il faut pourvoir à la nourriture de ces animaux, si on veut encore diminuer leurs ravages. On y parvient en favorisant, au printemps et en été, dans les clairières et les lieux dégarnis, la croissance des végétaux et des plantes qu’ils préfèrent, et, en automne, en abaltant quelques arbres dont les feuilles el les jeunes tiges leur servent principalement d’alimens, tels que les trembles, peupliers, tilleuls, etc., et en les laissant avec leurs feuilles et branchages sur le terrain tant que les animaux y trouvent de quoi se nourrir, Les clôtures sont aussi un moyen fort efficace pour garantir les jeunes arbres, semis et plantations de la dent des bêtes fauves. Une hauteur de 5 pieds est suffisante pour cet objet; seulement, ces clôtures doivent être éta-
lies le plus économiquement possible. A ce sujet, on doit encore observer, pour garantir les forêts contre les dégâts des bêtes fauves,
que, suivant les localités et les essences, cer- :
taines espèces sont plus nuisibles que d'autres. On s’attachera donc à diminuer nombre des premières, ou à les detruire entièrement, et à favoriser la multiplication des autres. Enfin, on doit s’appliquer constamment, au moyen d’une surveillance active, à éloigner certaines espèces des endroits où elles pourraient causer le plus de ravages.
La chasse de ces animaux cause aussi des dévastations considérables dans les forêts; c’est au forestier habile à donner les indicas tions nécessaires pour la diriger de la manière la moins désastreuse aux végétaux qui peuplent les bois confiés à ses soins.
La quantité de bétes fauves qu'il faut conserver sur un espace donné dépend des loca-
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eaucoup le M”
cHaP. 7°.
lités, de l'essence des arbres qui y croissent , - du mode de culture et d'aménagement, de « l'espèce d'animaux qu'on veut y entretenir et - des moyens artificiels dont on peut disposer
pour les nourrir. En Allemagne on calcule,
| en ayant égard à toutes ces considérations, * qu'on peut placer un cerf et une biche sur * 4 hectares de superficie ; une paire de daims - sur ? hect. 1,2; et une paire de chevreuils sur - environ 3 hectares. Quant au sanglier, on doit autant que possible le bannir entière- . ment.
+ Lorsquel’écureuilse propage en trop grand smnombre, ün lui fait une chasse active et on provoque le zèle des habitans du voisinage en accordant une prime à ceux qui l’attaquent et le détruisent.
On emploie divers moyens pour se garantir des ravages des mulots et des souris, et | pour amener leur destruction.
1° On favorise la multiplication des animaux qui dévorent ces petits quadrupèdes.
#“ Parmi les mammifères, les plus dangereux ennemis des rats et des souris sont les chats, les renards, le blaireau, le putois, le hérisson, les martes, les belettes, etc. Les chiens les chassent aussi avec fureur et en tuent beaucoup. Il serait facile de les dresser à cette chasse.
Au nombre des oiseaux, on compte tous ceux qui sont nocturnes, le milan commun, le tiercelet, l'énouchet, l’orfraie, la buse, le faucon, la bondrée, la corneille, le corbeau, la cigogne, etc. Ces animaux détruisent une quantité considérable de souris ; quelquesuus, ilest vrai, nuisent à la propagation du menu gibier, mais, au moins, on n’a pas à craindre de les voir se multiplier au-delà des bornes nécessaires, parce que-la plupart émigrent quand ils ne trouvent plus une nourriture suffisante dans les lieux qu’ils habitent, où bien se font mutuellement la chasse.
2° On introduit des porcs dans les foréts infestées. Ceux-ci fouillent la terre, vont chercher les mulots et souris jusque dans leur retraite et les dévorent.
3° On pratique des fossés sur la limite des champs et des forêts. Les mulots se répandent dans les champs pendant le printemps jusqu’à l’automne, époque à laquelle ils relournent davs les forêts, où ils trouvent des zlands, des faines, des noisettes et autres lruits dont ils font provision pour l'hiver.
Pendant l'été on creuse au bord dés forêts “des fossés de 3 pieds de profondeur, à parois “wrerticales et bien unies, et on place de dis- “lance en distance des pois à demi remplis ” d'eau, de telle facon he l'animal, quine peut es éviter, tombe dedans et se noie. Les au- «res moyens proposés pour détruire ces ani- mauxne paraissent pas praticables en grand.
$ IT. — Les oiseaux.
… Les dégâts que causent les oiseaux dans “es forêts sont peu considérables, à moins > “qu'ils ne multiplient au-delà des limites raià vyonnables. Ils se bornent, en général, à re- *-hercher et à dévorer les graines, soit sur * “es arbres, soit dans le sol, ce qui les rend
“huisiblesaux semis. Quelquefois ils becquet- » . ent les bourgeons, principalement ceux des
ANIMAUX NUISIBLES AUX FORÊTS
conifères et des bouleaux, et quelques-uns d’entre eux se nourrissent même de jeunes tiges.
Au nombre des oiseaux les plus nuisibles aux forêts, on compte le coq de bruyère, le pelit Létras ou coq de bouleau, qui est trèsrare en France, la gélinotte ou poule des coudriers, le pigeon ramier, le faisan, l'oie et le canard sauvages; d’autres le sont beaucoup moins, tels sont : le pinçon ordinaire, les becs-croisés, le verdier, le loriot, etc.
Les mesures à prendre contre Les oiseaux sont d'empêcher à multiplication de ceux qui font le plus de dégâts dans les forêts, et par la vigilance, d'écarter simplement les autres pendant quelque temps du lieu où l’on a fait des semis.
$ III.—Les insectes.
Voici les ennemis les plus dangereux des forêts, ceux qui se multiplient à l'excès quand on n'arrête pas leur propagation , et qui exigent la plus grande surveillance et l’activité la plus infaligable de la part des agens forestiers pour prévenir leurs dégâts et arrêter leurs ravages.
L'ignorance où l’on est encore sur les mœurs de la plupart des insectes à l’état de larve, fait qu'on ne connaît pas encore tous ceux qui peuvent nuire aux foréts , et la nature des dégâts qu’ils y font. Nous ne pouvons donc mentionner ici que ceux dont les attaques ont élé bien constatées par les observations des forestiers et des naturalistes, en les rangeant dans l’ordre adopté par ces derniers.
Les ravages causés par les insectes sont de différentes espéces ; les uns percent le bois des arbres abattus ou vivans, les autres se nourrissent de leurs fruits, et un grand nombre en dévorent ou en sucent les feuilles. Plusieurs, tels que la plupart des coléoptères, des hémiptères et des hyménoptères, vivent séparés el n’attaquent guère qu’individuellement les végétaux des forêis; d’autres, au contraire, comme plusieurs lépidoptères, sont réuuis en société et dévastent en commun, à l’état de chenilles, nos bois et nos vergers, où ils causent des perles incalculables si on ne s’empresse d’anéantir leurs voraces peuplades.
A. Coleoptères.
Voici l’'énumération des insectes de cet ordre, que le forestier doit redouter :
1° Le hanneton commun (scarabæus melolontha, \..), insecte connu de tout le monde, qui se montre aux mois d'avril et de mai, et dévore les fleurs et les feuilles des chênes et des hêtres. Ses larves, connues sous les noms vulgaires de vers blancs, mans, tures, etc., rongent les racines des arbres et les font languir ou périr. A l’état parfait on peut recueillir les hannetons en secouant les arbres, les insectes engourdis tombent ; on les écrase ou bien on les brûle en tas. À eelui de larve, on les trouve en remuant la terre et on les fait dévorer par des oiseaux de basse-cour ou des porcs. Quelques quadrupèdes, les oiseaux de proie diurnes et nocturnes, les pies-
grièches, les gallinacées, les freux, les pies,
les corbeaux, leur font une chasse active et
en détruisent beaucoup.
Te hanneton foulon S. fullo, L.) (fig. 166 ), Jong d’un pouce et demi, brun ou noiràtre , tacheté de blanc en dessus. On le rencontre particulièrement sur les côtes el dans les dunes. Il parait en juillet et attaque les tilleuls, les peupliers et surtout les chênes qu’il dépouille de leurs feuilles. On peut lui faire la guerre comme au précédent.
2 Le bostriche typographe (bostrichus typographus, FA8.), dermeste typographe de LinNé ,et scolyte typographe d'OLivier et de
Fig. 167. LATREILLE (/g. 167); brun, velu, à élytres striés, tronqués et dentés à l'extrémité, long de 2 lignes 1/2.
C'est à l’état de larve, depuis avril jusqu’en octobre, que cet insecte attaque divers arbres, et devient un véritable fléau pour les
forèts de sapins et d’épicéas, en s’insinuant entre l'écorce et le bois, et en y traçant une multitude de galeries qui arrêtent la circulation de la sève. [l exerce de préférence ses ravages sur les arbres malades ou mutilés et les bois gisans, mais il se Jette aussi sur les arbres sains, et détruit en peu d'années de vastes forêts. Pour se garantir du typogra phe, on favorise la multiplication de ses ennemis, tels que les oiseaux de nuit, les campagnols, les pics, les mésanges, les pinçons el plusieurs autres espèces de passereaux; On enlève promptement, et en toute SalsOn, les arbres
| malades, avariés ou abattus, ou au moins on écorce ces derniers; on extirpe aussitôt Jes souches après l'abattage, ou on les dépouille le plus tôt possible de leur écorce; on garantit les bois d’arbres résineux de Faction violente des vents et de la chaleur, qui OcCasionent l’état languissant des arbres que le bostriche attaque de préférence. Enfin,on recherche avec attention les arbres attaques par l'insecte, qu'on reconnait à leur flèche desséchée et à la couleur jaune de leurs aiguilles, et on les abat et les écorce sans délai. On parvient à détruire le typographe par des procédés analogues, et en brülant l'écorce des arbres infectés, ou en lui offrant pour appt quelques arbres gisans où il se réfugie, et qu’on livre aux flammes au bout de trois à quatre semaines..Un lait épais de chaux vive, appliqué au pinceau sur les parties décortiquées des arbres attaqués, a donné, dit-on, de bons résultats. £ 4 3 Bostriche du pin sylvestre (B. ptrastri, Becusr), bostriche capucin de GEOFFROY, OLrvier et LATREILLE (fg. 168); long de 4 à 5 lig., brun marron avec les étuis et l'abdomen rou- ges.Il attaque, comme le précédent, les pins