DU DESSÉCHEMENT DES ÉTANGS
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le conseil général de l'Ain, appelé à énoncer son avis sur ce sujet, a demandé à l’'admimstration une enquête sur la matière. Une commission a élé nommée, qui a exploré le pays et appelé, pour avoir leur avis et répondre aux questions proposées, les principaux habitants et propriétaires; elle a donc pu recueillir une masse importante de faits sur la question des étangs et de leur desséchement. On lui avait demandé un rapport et son avis sur ce sujet ; elle a résumé les faits de l'enquête et ceux qu’elle avait personnellement recueillis, puis elle a émis une opinion motivée sur la question. Ce rapport renferme des documents importants sur le pays inondé et complete beaucoup de points que nous traitons ici ; nous en avons élé le rédacteur, mais il a été entièrement discuté par la commission , en sorte qu'il exprime toute sa pensée, qui a presque toujours élé unanime ; nous renverrons done, pour la section de notre travail qui devait traiter du desséchement , au rapport lui-même !, à
Ce rapport donne des détails étendus sur la conversion des étangs desséchés en terres labourables ou en prairies ; mais il w’arrive pas toujours qu’on soit en position de convertir les étangs desséchés en terres labourables ou en prairies. Lorsque le sol des étangs est d’une nature teaace et argileuse, la culture en labour offre beaucoup de difficultés; celle en élangs n’est pas avantageuse, et la charrue, à moins de chaulages tres abondants, n’en tirerait pas un parti beaucoup plus profitable. Cette nature de sol, le plus souvent, peut produire de bons bois, denrée qui n’exige pas des avances considérables, et dont le prix s’est partout élevé de manière à donner un revenu supérieur à celui de ces mauvais étangs. Ainsi, dans une propriété qui contient douze élangs, nous en avons fait planter dix, et déjà le sol, jadis en eau, commence à verdir sous le feuillage des plantations; à la place qu’occupaient naguère ces réservoirs d’eau insalubre , tristes à voir et d’un mince produit, la verdure vive et variée des différentes espèces d'arbres résineux commence à se nuancer pendant toutes les saisons.
Toutefois, remarquons bien ici qu'il ne suffit pas d’assainir la surface du fonds de l'étang ; ces fonds sout souvent entourés de fossés qui recueillent et conservent les caux des terrains environnants; ces eaux s'infilirent dans l'étang placé au-dessous d'elles, entre le sol labourable et le sous-sol, et nuisent aux plantations comme à toute culture ; il est donc essentiel, dans l’un et l’autre cas, de saigner ces fossés et d'évacuer toutes leurs eaux par des rigoles qui les conduisent dans le bief de l'étang.
Ici se présente encore la question importante du béton dont nous avons parlé précédemment,
Pour planter un soi en bois, on se dispensera d'un défoncement général, parce que la dépense serait trop considérable ; mais il est absolument necessaire, dans les creux où l’on plante, de défoncer dans toute l'épaisseur de la couche tassée, ce qui se juge assez bien avec la bèche qu'on y emploie et qui éprouve moins de résise tance pour pénétrer le sol lorsque l'effet du tassement ne se fait plus sentir. Si on ne prend pas cette précaution, il arrive souvent que le jeune sujet, tout en reprenant, languit et craint beaucoup la gelée. Cependant s il résiste quelque temps, il vient à bout, suivant l'espèce à laquelle il appartient, de percer la couche tassée, et alors son succes est assuré. Le bouleau et le pin du Nord sont les essences qui sont le moins exigeantes sur ce point ; mais le mélèse et le chène ne font que languir lorsque la plantation repose sur le béton. Le pin Sylvestre, l'épicéa et le pin maritime craignent moins ce sous-sol imperméable ; ce dernier d’ailleurs ne peut vivre dans nos elimats : depuis dix ans trois hivers lui ont èté funestes et nous en ont détruit plus de cent mille individus. En outre, dans les gelées sans neige sur ce sol compacte, tassé et pénétré d’eau, lorsqu'il n'est point défoncé, les plantations reprises de plusieurs années, les produits mêmes des semis naturels ou artificiels, alors encore qu'ils datent de plusieurs années, s'arrachent par les gelées suc-
(1) Ce rapport fait partie de l'ouvrage ayant pour titre Manuel du proprietaire d'etangs, par Puvis, 1 vol.; à la librairie agricole de la Maïson rustique,
cessives. Cet accident arrive même dans les creux défoncés lorsqu'on plante par un temps trop humide. Nous avons en 1831 planté trois fois les mêmes sujets ; une partie cependant a bien repris, malgré les alternatives de gelées et de bises sèches qu’avaient essuyées leurs racines arrachées et exposées à l’air dans les intervalles de temps qui ont séparé leur replantation. Les racines des acacias ont été presque les seules dont la gelée ait détruit la vitalité. Ces accidents n'ont pas été particuliers aux sols d’étangs, ils se sont encore montrés sur des terres de mème nature en pâturage que nous avions aussi plantées.
Malgré ces inconvénients, qui sont loin d'arriver tous les ans, la plantation en bois est ce qu’il y a de mieux à faire dans ce sol, où d’ailleurs les étangs n’ont qu'un très médiocre succès. Après qu'une ou deux générations d’arbres ou mème de bois-taillis y auront passé, la terre soulevée par les racines des grands végétaux se sera ameublie, sera plus productive et moins difficile à travailler. Alors si les circonstances de position le font juger avantageux, on pourra défricher avec succès, car dans ces parties argileuses, comme ailleurs, les étangs occupent encore souvent le meilleur sol du pays; et l’on sait que le sol argileux, ameubli et bien cultivé, est celui qui donne les récoltes les plus abondantes.
En attendant cette destination, sur 120 hectares d'étangs, s'élèvent maintenant des bois de toute essence, et se résout le grand problème de la culture et du produit des essences résineuses sur le sol argilo-siliceux du grand plateau de Bresse et Dombes, problème dont la solution intéresse tous les sols de même nature qui sont si étendus en France. L'un des grands obstacles que nous éprouvions consiste dans le tassement du sol. Les essences résineuses ont presque toutes besoin d’un terrain meuble, celui qu'elles trouvent dans leur patrie native. Ces plantations craignent aussi beaucoup le sol gazonné, parce que les racines du gazon luttent pendant l'été avec celles des jeunes essences transplantées, leur enlévent l'humidité et l'aliment nécessaires à leur reprise, et les font ainsi périr en les affamant. Les jeunes plants qu’on veut établir sur une place gazonnée doivent donc être placés au milieu d’un creux de 50 à 60 centimètres de diamètre et séparés ainsi du gazon environnant par 30 centimètres de terre défrichée ; d’ailleurs là où les essences résineuses ne réussissent pas, si des bouleaux sont voisins, la graine qu'ils envoient a bientôt garni le sol ; et déjà chaque année, dans les lieux où nous n’en avons ni semé ni planté, nous sommes obligés de défendre contre eux les jeunes mélèses et surtout les épicéas dont la jeunesse est si longue.
Dans tout le cours de ce travail nous nous sommes occupé d’une manière générale de la question des étangs. Cependant nous en avons fait des applications plus spéciales à notre pays qui nous élait mieux Connu ; mais nos principes et nos remarques s'appliquent à tous les pays d’étangs en France, parce que les étangs, en général, à l'exception de quelques-uns sur le sol calcaire, sont tous placés sur un sol de même formation et de même qualité, le sol argilo-siliceux plus ou moins compacte; ce sol est dû partout à une même et dernière formation ; il est partout composé des mêmes principes , a les mêmes défauts, les mêmes qualités et peut se féconder de la même manière. Ainsi dans tous les pays, sur ce sol en étangs comme sur celui qui les environne, les amendements calcaires peuvent porter la fécondité ainsi que la salubrité. Dans toutes les contrées où on les emploiera, ils feront rendre au sol labourable un plus grand produit net ; leur emploi amènera donc naturellement le desséchement des étangs qui, partout, occupent le meilleur sol et la place des prairies ; il faut donc partout faire connaître leur effet, encourager leur emploi, et partout on arrivera au même but, à la salubrité et à la prospérité du pays. Mais là comme ici, le desséchement doit être amené par la conviction ; si cette marche pour arriver au bien est lente, elle en sera par là même plus sûre et plus durable.
Dans le midi de la France, et particulièrement sur les bords de la Méditerranée, se trouve un grand nombre d’étangs d’eau salée où saumâtre qui sont le fléau du pays
HV V.
par leur insalubrité, ne donnent presque point de produits et couvrent une surface très étendue de sol de bonne qualité ; leur fonds est presque partout au-dessous du niveau de la mer, ce qui, jusqu'ici, a empéché qu’on ne songeât à les dessécher. Les Hollandais nous ont appris le parti qu'il fallait en tirer; ils ont desséché les leurs, et ces terrains sont maintenant le sol le plus productif du pays. Mais ils ne s’arrètent point dans la carrière qu’ils ont entreprise; ils desséchent maintenant la mer de Harlem, grand lac d’eau de mer qui communique avec la marée haute ; ils ont attribué à cette opération 16 millions de francs. Avant d'entreprendre leur travail, ils ont sondé dans toutes ses parties la profondeur du lac et se sont assurés qu'elle n'était guère en moyenne que de 4 mètres. Ce qui les a décidés à ce grand travail, c’est que le lac s’accroit tous les jours. On connait l’époque de sa première formalion au treizième siècle ; depuis il grandit d’une manière extraordinaire ; ainsi, en 1542, il avait environ 3500 hectares et maintenant il en a 10,000. Il est sans doute très difficile d'expliquer comment ce creusement a pu avoir lieu, et de deviner ce qu’est devenu le sol qui manque en ce point, On serait tenté d'attribuer cette immense faille de terrain à un affaissement ; cependant, comme son premier effet est dû à une tempête, on admet plus généralement qu'il est le résultat de l’action des eaux. C’est autant lintérèt de la ville d'Amsterdam, voisine de cette mer, que le désir d'acquérir 10,000 hectares de bon sol, qui ont fait décider ce desséchement dès longtemps en projet; cette grande cité a craint que ce chancre, qui chaque jour s’agrandit, ne vint envahir le terrain sur lequel elle est bàue. Les machines à vapeur, inconnues à l'époque des premiers projets de desséchement, ajouteront beaucoup de facilité à cette opération ; la plupart des desséchements anciens se sont exéculés au moven des moulins à vent ; mais 1ls seraient insuffisants pour faige la première vidange de cette immense quantité d’eau. Quatre machines, chacune de la force de 300 chevaux, en soulèveront à la fois une masse qui représente celle de quatre rivières qui s’écouleront à la mer. La première opération faite, 1l ne faudra plus, pour évacuer les eaux de pluie et d'infiltration, qu’une force vingt fois, trente fois moindre peut-être, qu’on demandera au vent moteur qui ne coûte rien, plutôt
| qu’à la houille. Mais les grandes machines seront toujours
prètes pour débarrasser le sol des eaux que les tempêtes de ces mers orageuses pourront encore pousser par-dessus les digues qui assureront la nouvelle conquête.
Ce projet est sans doute d’une difficile exécution; mais les Hollandais sont un peuple patient, laborieux, actif et intelligent, qui réussit à tout cé qui est possible. Les capitaux ne lui manquent point parce qu'il sait les gagner, les ménagèr et les employer à propos. Il y a quelques siècles, leur pays était en grande partie sous les eaux de la mer haute; ils en ont fait sortir par leur industrie, et l'en défendent par des digues et une surveillance de tous les instants... 11 leur restait de grands espaces dont le sol était au-dessous des marées basses; ils en ont encore évacué les eaux et y recueillent les plus abondants produits ; imitons-les donc dans leurs travaux, leur patience, leur volonté ferme. Placons comme eux sur nos étangs maritimes, dont le fond est au-dessous de la marée haute, des moulins à vent, et, s'il le faut, des machines à vapeur pour élever les eaux dans des canaux qui les envoient à la mer, et nous aurons comme eux des polders féconds qui produiront sans engrais d’abondantes moissons pendant des siècles. Dès longtemps, s'ils étaient à eux, nos marais, nos étangs des bords de la mer, seraient desséchés; car chez eux tous les sols de cette nature sont mis en valeur. Voisins de nos côtes de l’Océan, ils nous ont déjà desséché des marais considérables; appelons-les encore, s'il le faut, sur celles de la Méditerranée, et ils nous produiront d’aussi bons résultats. Sans doute la France ne manque pas d'hommes industrieux, mais la pratique de l’art des desséchements nous manque. Adressons-nous donc à ceux qui ont créé cet art, qui l'exercent tous les
| jours , et qui vivent sur un sol artificiel que la mer recou.
vrirait sans les soins de tous les instants qu'ils v donnent
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