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Mais quelles portions d’organes faut-il retrancher? A quelle place faut-il faire l’incision ? Avec quelle circonstance pour chacun des sexes et pour chacune des espèces qu'on voudrait ainsi traiter? Il y a là des procédés tout entiers à apprendre, mais qui ne seraient pas bien longs, bien dificiles à fixer. Toutes nos ménagères en Bresse les pratiquent sans danger pour leurs volailles ; autant en serait en Dombes pour les poissons. D'ailleurs nous avons vu que pour les carpes c'est un art déjà connu; nous provoquons donc sur ce point dans notre pays des expériences qui. devront être faites par des hommes auxquels leurs connaissances et leurs habitudes peuvent donner plus de facilité. La Société royale de l'Ain pourrait faire de la castration et de l’engrais des poissous le sujet de prix qui donneraient pour le pays d’utiles résultats.
D'ailleurs ces expériences n'y sont pas sans précédents : M. Bachet, médecin à Trévoux, qui, pendant une longue vie, s’est beaucoup occupé de choses utiles, avait fait plusieurs essais de castration de carpes dont une partie avait réussi; malheureusement la mort l’a enlevé avant qu'il fit connaître ce que lui avait appris sa pratique. Ces experiences se font aussi ailleurs avec soin. Un homme honorable que la Société de l'Ain s’est empressée d'adopter pendant le court espace de temps qu’il a séjourné dans notre pays, M. Brochier, maintenant receveur général des finances à Nimes, connu par ses améliorations si remarquables dans sa propriété de Gap, a fait faire dans ses viviers des expériences sur le retranchement des deux sexes dans les carpes, qui, à ce qu’il paraît, ont réussi ; nous espérons qu'il nous fera profiter des résultats qu’il a obtenus.
Mais au moment où nous énoncons l'opinion que le desséchement des étangs serait une mesure éminemment salutaire au pays, est-il nécessaire, nous dira-t-on, de chercher à augmenter leurs produits. Nous répondrons, qu'alors même que la conviction générale des propriétaires aurait amené ce desséchement, quelques fonds resteraient toujours assolés en eau, en raison de leur position et de leur produit. Et puis l’industrie que nous cherchons à faire naître s'applique aux poissons de rivieres comme à ceux d’étangs, et par conséquent elle peut recevoir une utile application aux poissons pêchés dans les rivières comme à ceux pêchés dans les étangs.
Lorsque cette industrie serait une fois établie, le Dombiste arriverait sur les marchés de Lyon avec ses carpes et ses tanches engraissées, comme le Bressan arrive sur les nôtres avec ses volailles. Plus souvent encore le pourvoyeur irait les lui prendre dans ses viviers, comme il vient aussi chercher nos chapons et nos poulardes. Le Bressan quadruple par l'engrais la valeur de ses volailles, le Dombiste pourrait au moins doubler celle de ses poissons,
Il nous reste une conséquence importante à lirer des extraits des ouvrages chinois de M. Stanislas Jullien. Au milieu des incertitudes sur les espèces de poissons et sur celles des végétaux qui servent à les nourrir, en faisant même la part des exagérations où se sont laissé entrainer les écrivains du Céleste-Empire, il reste plusieurs faits d’une incontestable évidence; c’est que les Chinois placent un très grand nombre de poissons dans de petits espaces, que ces poissons y prennent en peu de temps un grand développement dû à le nourriture qu'ils leur donnent, et enfin qu'ils s’y engraissent au moyen de grains, de végétaux , de débris animaux qu’ils sèment, plantent répandent sur le sol de leurs étangs; on en doit canclure qu'ils n’ont point de grands étangs, mais seulement des réservoirs multipliés autour des maisons des cultivateurs; ils auraient donc amené l'élève du poisson à devenir en quelque sorte domestique, comme ils y ant amené l'élève de leurs vers à soie, et nous nos chevaux
nos bœufs, nos pores, nos gallinacés, et tous les animaux
enfin qui peuplent nos étables et nos basses-cours.
Cet élève leur est très profitable , et comme ils w’ont pas de grands étangs, le pays n’est point affligé de l'insalubrité qui en résulte toujours. Les subsistances et le sol sont rares et précieux en Chine, en raison de la nombreuse population; cependant l'emploi qu'on y fait de petites portions de sol pour l'élève et l’engrais du poisson
cap. 9°.
y est très productif, puisqu'il est presque général. Chez nous le produit relatif serait beaucoup plus considérable, parce que le sol est encore à bon marché et que les subsistances sont abondantes.
Pourquoi ne tenterions-nous donc pas d’imiter l’exemple des Chinois? Nous élevons et engraissons nos animaux domestiques dans de grands pâlurages, mäis nous les engraissons aussi et plus promptement dans nos étables ; nous élèverions et engraisserions de même des poissons dans nos viviers. L'élève des bœufs et des chevaux de Buénos-Ayres se fait dans d'immenses savannes, dans des pampas sans fin, abandonnés aux forces naturelles ; nos étables étroites, nos prés et nos pâturages exigus d'Europe les voient au moins aussi bien réussir avec cent fois moins peut-être de surface de sol. De même nos élangs sont de petits lacs où nous abandonnons nos poissons aux forces naturelles avec un assez mince succes, puisque notre sol en étangs nous produit dix fois moins peut-être de poisson que celui des cours d’eau naturels «des rivières. Faisons done comme les Chinois ; que nos diverses espèces de poissons deviennent de nouvelles races d'animaux domestiques que nous gouvernerons comme eux avec notre intelligence, el nous recueillerons l’immense avantage de créer une industrie rurale nouyelle et productive, et de remplacer nos grands étangs essentiellement insalubres par de petits réservoirs qui rempliraient beaucoup mieux le même objet, et dont la petite étendue et les bords abrupts et non marécageux ne produiraient aucun résultat fâcheux sur la grande masse d'air environnant. Le poisson des grands étangs ne pourrait pas plus lutter avec celui de l'éducation domestique que la volaille et le bœuf maigres ne peuvent lutter avec la volaille et le bœuf engraissés.
L'élève des poissons aurait lieu comme en Chine dans une partie des réservoirs, et leur engraissement dans ceux mieux placés sous la main. Tous recevraient de la nourriture, mais on en donnerait plus abondamment à ceux qu’on voudrait engraisser. D'ailleurs, nous le répétons, ces animaux ne sont pas grands consommateurs, et les substances qui leur profitent sont souvent le rebut et les déjections des autres animaux domestiques. On pourrait mèler certaines espèces, la tanche avec la carpe ; mais il serait nécessaire que les poissons de même espèce fussent à peu près de même grosseur, parce qu'autrement les plus gros opprimeraient les plus faibles, Et puis rien ne s'opposerait à ce qu’on employât eucore ici la méthode de la séparation des sexes, méthode qui, à ce qu’il semble, est inconnue en Chine.
Ajoutons encore que cette industrie, par les excellents engrais que produirait le curage des réservoirs, viendrait puissamment au secours des terres en labour, et compenserait avec usure ce qu’auraient pu faire perdre en engrais les débris de toute espèce donnés au poisson 1.
Remarquons bien que toutes ces probabilités que nous énumérons ici, que tous ces succes et produits que nous faisons espérer ne sont pas établis sur de simples conjectures. Les procédés que nous indiquons sont des méthodes populaires dans un pays dix fois plus étendu et plus peuplé que la France, et dans des contrées plus chaudes comme dans d'autres plus froides que les nôtres.
Section XIX. — Du dessèchement des étangs.
Nous arrivons à la grande question du desséchement ;
(1) La végétation et la production d’animalcules sont incessantes dans ces réservoirs; leurs débris, ceux des aliments, et surtout les déjections des poissons, doivent produire une masse d’engrais d’une grande énergie, et qui serait en rapport avec le nombre des poissons nourris. Or, nous pensons que l'étendue du réservoir d'engrais doit être à peine le trentième ou le quarantième de celle des étings qu’il remplace. L’engrais sorti du réservoir semblerait done pouvoir suffire à toute l'étendue en terre de l’éting, puisque les déjections des poissons y suffisaient pour produire une bonne récolte d'avoine. Les détritus des aliments et la plus-value des déjeetions des poissons mieux nourris, compeuseraent, à ce qu’il semble, l’engrais fourni parle dépôt des eaux de l'étang, vingt à quarante fois plus considérables que celles du réservoir,