LIV. VI
de détails et de pratiques de tous les instans qui constituent le métier. »
L'agriculteur instruit est donc celui qui réunit à la connaissance pratique du métier toutes les connaissances relalives à l’art; lui seul sera en état d'obtenir, d’une manière constante et sans essais ruineux, d’un fonds de terre quelconque, tous les fruits que l’industrie humaine est capable d’en tirer, et les plus forts profits que notre état social et nos connaissances agricoles permettent d’y recueillir.
On ne doit dédaigner à aucun âge d’acquérirv des connaissances agricoles par toutes les voies qui sont à la portée de nos moyens ou
: par des études proportionnées à notre capa-
cité et à notre intelligence; lexpérience a même prouvé que des hommes, entrés dans
| un âge avancé dans la vie agricole ou dans la
carrière des améliorations, et après avoir long temps exercé des professions étrangères à cet art, ont obtenu des succès dus à la maturité de leur jugement, à une bonne méthode d'observation et en grande partie à nne étude raisonnée des principales connaissances agricoles ; mais l’âge qui paraît le plus favorable pour l’éducation agricole est La jeunesse, au moment où toutes nos facultés physiques et intellectuelles, en se développant simultanément, font contracter des habitudes permanentes et rendent les impressions plus faciles et plus durables.
On a proposé divers plans d'éducation agricole pour la jeunesse. Tantôt le jeune sujet ques destine à recevoir une éducation très développée en ce genre est d’abord exercé pendant quelques années à la pratique du mélier, qu’ilabandonne ensuite pendant un certain temps pour l’étude des principes raisonnés de l’art et des sciences accessoires, pour
| revenir plus tard aux applications. Tantôt, au
contraire, le jeune homme débute par l’étude de ces principes et passe ensuite aux applications pratiques. Tantôt, enfin, on cherche à faire marcher de front la pratique et l’étude de l’art et des sciences agricoles.
En commençant l’éducation du jeune agriculteur par l'étude de l’art et des sciences accessoires avant qu'aucune pratique ne lui ait donné une idée des travaux agricoles, on ne tarde pas à s’apercevoir qu'il est une foule de choses qu’en dépit de tous les efforts on ne peut parvenir à lui faire comprendre ou dont il ne peut saisir les motifs, les rapports ou les applications immédiates. En outre, les jupes gens qui débutent de cette manière dans la carrière contractent trop souvent, dans les villes, des habitudes de nonchalance, le goût des plaisirs et de la dissipation qu’ils portent ensuite dans la vie champêtre et qui devienvent autant d’obstacles invincibles au succès de leurs spéculations agricoles; souvent aussi ils dédaignent les enseignemens de la pratique, ou Dien se déterminent avec peine à entreprendre des travaux pénibles etsoutenus on à descendre dans certains détails qui toutefois ont fréquemment une influence décisive sur la réussite des opérations.
Le plan qui consiste à placer d'abord le jeune élève chez un agriculleur exercé, sous la direction duquel il apprend toui le mécanisme des opérations agricoles, nous parait préférable au précédent. Ici, non-seulement le jeu-
ne homme peut contracter des mœurs et des habitudes agricoles, qui ne s’effacent plus avec l’âge, mais, en outre, il comprend infiniment mieux des opérations, auxquelles il a déjà pris part, et dont l’art ou la science viennent ensuite lui démontrer la nécessité, justifier la marche et offrir une explication raisonnée propre à satisfaire l’esprit. Ce plan, qui n’exige pour être mis à exécution qu'une éducation primaire donnée ayec soin, est très propre à former des agriculteurs habiles.
Le meilleur plan est celui dans lequel le jeune homme, après avoir appris par une bonne éducation primaire, les élémens des sciences qu'illuiimported’abord de connaître, est placé, à l’âge de 16 à 17 ans, chez un cultivateur qui n'est pas seulement un ouvrier habile, mais
ui possède les connaissances les plus étendité dans la pratique de l’art et dans les principes de la science, auxquels il initie le jeune élève en faisant marcher de front le métier, l’art et la science. C’est ce plan qu’on suit assez généralement en Allemagne et en Angleterre. Dans ce dernier pays on pousse même l'attention jusqu’à envoyer l’élève dans un canton particulier, où le système de culture qu’il doit embrasser un jour dans sa localité est porté à son plus haut point de perfection, ou bien on lui fait parcourir successivement, de deux ans en deux ans, les districts qui se font remarquer par l'excellence de leurs procédés dans la culture des céréales ou des plantes fourragères dans des sols et des climats de natures diverses, dans l'éducation du bétail suivant des systèmes variés, dans l'irrigation des prairies, le desséchement des terres imprégnées d’eau, ou par l’état parfait d'entretien des chemins vicinaux et ruraux ou l’habileté avec laquelle les fermiers y administrent leur établissement, etc.
Ce système excellent d'éducation, qu’il est facile de mettre à exécution dans un pays qui, comme l’Angleterre, possède des fermiers habiles et instruits sur toute la surface de son territoire, n’est pas encore praticable en France, où nous comptons encore un trop petit nombre de propriétaires éclairés, de fermiers instruits et d'exploitations qui puissent servir de modèle.
On a cherché dans divers pays à réunir, dans des établissemens spéciaux, l’enseignement théorique à la démonstration pratique des faits, et cette idée a donné naissance aux écoles ou institutions d'agriculture et aux fermes-modèles, dont THAER paraît avoir été le fondateur en Allemagne, où ils sesont multipliés, et que M. de DompaAsLe a si heureusement importés en France. Ces établissemens, qui commencent à se répandre ont déjà, de-
uis leur fondation, rendu des services signaés à notre agriculture et formé des propriétaires ou des fermiers habiles qui ont porté la lumière sur divers points de notre territoire; mais ces écoles, en France, au moins, exigent encore, pour qu'on puisse profiter de l’enseignement qu'elles offrent, des sacrifices pécuniaires au-dessus de la portée de la majorité des cultivateurs. Les élèves en trop grand nombre sur un domaine resserré et de petite . étendue ne peuvent yêtre exercés, pendantun certain temps, aux travaux manuels et souteaus, comme les aides agricoles d’une exploi-