‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 275 sur 595 · QUALITÉS PERSONNELLES DE L'ENTREPRENEUR · texte numérisé non relu

QUALITÉS PERSONNELLES DE L'ENTREPRENEUR

tation, condition qui nous parait nécessaire pour connaître à fond la partie mécanique du métier, pour l’enseigner aux autres et apprendre à les diriger. Enfin, les diverses branches de l’économie rurale n’y sont pas assez multipliées ou conduites sur une échelle suffisamment étendue pour faire acquérir aux élèves l'expérience nécessaire dans ces matières(voy. Tnaer, Principes raisonnés d'agriculture, 2° édit., t. Ier, p. 24et suiv.).

Les sciences accessoires qui éclairent les opérations de l’agriculture sont la chimie, la physique, la botanique, les sciences vétérinaires, les mathématiques et la mécanique usuelle, la technologie, l’économie politique et commerciale et le droit. La connaissance de ces sciences peut être puisée dans Ja lecture des ouvrages qui y sont consacrés ou dans les lecons orales d’un professeur; mais, dans tous les cas, leur étude ne doit pas avoir une trop grande extension et aller au-delà des applications rationnelles qu’on peut en faire aux opérations agricoles.

Quelques connaissances dans l’art du dessin,

c’est-à-dire un peu d’habitude dans le dessin des plantes, des animaux et des machines, seront très souvent avantageuses à un agriculteur.

Un cultivateur qui possède un bon fonds de connaissances agricoles, acquises par une des méthodes que nous venons de faire conpaitre, ne peut pas se borner à cette instruction ; il doit encore chercher continuellement à étendre et à compléter le cercle de ces connaissances et às’éclairer de plus en plus. Ainsi, il retirera d’utiles fruits de la lecture attentive et raisonnée des bons ouvrages et des publications périodiques qui traitent de la pratique et de la théorie de l’agriculture, de ses progrès ou de ses intérêts; des voyages, des excursions agronomiques dans son canton, ou dans des contrées ou des localités les plus renommées par leurs succès dans une ou plusieurs branches de l’économie rurale; porteront à sa connaissance des procédés qui ont pour eux la sanction du temps, et lui permettront de comparer les systèmes, les méthodes, les moyens d'exécution, et de faire l’essai de ceux qui lut paraitront promettre le succès le plus constant et les bénéfices les plus forts et les plus certains.En agriculture, plus que dans touteautre industrie, l faut beaucoup voir, puis réfléchiret méditer sur ce qu'on a vu. Une correspondance où des discussions raisonnées avec des savans, des agronomes instruits ou d’habiles praticiens, ou même des entretiens avec de simples serviteurs ou journaliers doués de perspicacité, porteront souvent à sa connaissance des faits très importans ou Jetteront tout-à-coup dans son esprit une vive lumière sur certains points intéressans de pratique. IL y aura toujours profit pour luià correspondre avec les sociétés d'agriculture, les membres des comices agricoles, les directeurs de fer. mes-modèles, etc., à se tenir au courant de toutes lessaméliorations et à assister aux réunions de cultivateurs, aux Concours de charrues, à ceux de bestiaux, de produits agricoles de toute espèce, enfin à fréquenter les halles, marchés et tous les lieux où l’on fait le commerce des denrées que crée l’agriculture.

SECTION JII. — Des dispositions personnelles de l'entrepreneur.

« L’instruction, toute importante qu’elle est, dit M. de DoMBaAs1E, qui nous a tracé un tableau parfait des qualités que doit posséder un entrepreneur, n’est pas la seule condition indispensable dans le sujet qui se place à la tête d'une entreprise agricole; il est aussi quelques dispositions morales, soit naturelles, soit acquises , qui doivent concourir avec une instruction appropriée pour mettre un homme en état de diriger avecquelque espoir de réussite une exploitation rurale. »

Passons en revue, avec le savant directeur de Roville, d’abord les dispositions d'esprit quicontribuent le plus efficacement à la bonne administration financière d’une exploitation agricole, puis les conditions qu’il appelle morales et qui embrassent un cercle fort étendu.

L'esprit d'ordre est, selon lui, une des conditions les plus indispensables de toute bonne administration; c’est cetle disposition d'esprit au moyen de laquelle un homme soumet aux règles qu’il s’est imposées l'emploi de son temps et de ses capitaux, et qui fait qu’il apporte des soins constans à rendre clairs a ses propres yeux tous les détails de ses travaux et les résultats de ses opérations, en les classant dans un ordre méthodique.

La connaissance des hommes contribue puissamment aussi à la bonne administration d’une exploitation rurale; le cultivateur, soit dans ses rapports journaliers avec les agens dont il est forcé de s’entourer comme chef d'établissement, soit dans les rapports avec les étrangers que lui donneni ses opérations meércantiles, ne pourra qu’à l’aide de cette connaissance se diriger dans le choix qu’il a à faire des uns ou dans les moyens par lesquels il peut les employer utilement dans ses transactions avec les autres, pour assurer la conservation de ses intérêts.

L'esprit des affaires, qui se lie intimement à la connaissance des hommes, est une qualité spéciale qui a pour caractère essentiel une ER ne à l’aide de laquelle un homme sait se prévaloir de tous les avantages que lui offrent les circonstances dans toutes les matières d'intérêts. L'esprit des affaires est un don de la nature; il se développe par l’habitude et l'expérience, qui peuvent jusqu’à un certain point y suppléer, mais jamais le remplacer complètement. L'esprit desaffaires dans une entreprise agricole est, plus que dans toute autre branche d'in dusirie, unecondition indispensable du succès.

On doit encore compter, parmi les conditions d’une parfaite administration, la disposition morale qui rend un homme apte à embrasser l'es de son affaire, afin d’en bien coordonner toutes les parties et d’en suivre tous les détails, en sorte qu'aucun d’eux ne soit négligé ou sacrifié à d’autres.

L'économie est peut-être encore plus nécessaire dans l’agriculture que dans toute autre branche de spéculation. Elle consiste dans une sage réserve à l’égard de toutes les dépenses relatives à des besoins ou à des jouissances personnelles, tandis que dans toutes cel-

LIVs VIX

les relatives à la spéculation , c'est-à-dire qui ont pour objet la production, elle consiste, non pas à dépenser le moins possible, mais à atteindre un but donné de la manière la plus parfaite avec le moins de dépenses.

La prudence de caractère et la patience sont deux dispositions personnelles de la plus | haute importance pour la bonne administration d’un domaine rural. L'agriculture présente rarement des bénéfices considérables ct | prompts, mais elle offre une chance presque | certaine d’aisance et souvent de fortune dans | l'avenir à l’homme qui dirige ses pas avec prudence dans cette carrière.

| Les conditions morales qui influent le plus , dans la direction des opérations d’unefentreprise d'exploitation rurale sont les suivantes :

L'activilé, qui fait que l’entrepreneur a constamment présentes à l'esprit toutes les branches de son affaire et toutes les branches de chacune d’elles, qu’il saisit à propos l’occasion favorable pour chaque opération, et qu'il en pousse l’exécution avec énergie, sans compromettre d’autres travaux, ou du moins en les subordonnant les uns aux autres dans l’ordre de leur importance relative. Dans l’esprit des praticiens expérimentés, l’activité sera loujours considérée comme une des qualités les plus importantes du cultivateur.

L'homme qui dirige une entreprise agricole doit être exempt de préjugés, non pas seulement ceux qui ont leur source dans l’ignorance, mais encore ceux que l’on puise dans les livres, dans des idées cénéralèment répandues sur l'amélioration de l’agriculture, et même quelquefois dans la pratique des pays où l’art est le plus avancé. Une prédilection pour certains genres d’amélioralions est un prejugé de ce genre; l’expérieuce est le meilleur préservatif contre ces préjugés.

| L'expérience est le fruit d’une disposition

particulière de l'individu, qu’on appelle esprit d'observation, et qui le porte à observer des faits et à distinguer les causes des résultats, non pas en les rattachant à des théories plus ou moins hasardées , mais en les comparant à d’autres faits analogues qui mettent l'homme judicieux sur la voie pour discerner l’enchainement des causes et des effets. Un jugement sain et droit, une disposition particulière de l'intelligence, sont les conditions de cette faculté, que des habitudes contractées perfectionnent par l’usage,

Enfin la condition morale la plus essentielle peut-être au succès d’une entreprise agricole , c’est l'application ou la ferme détermination | d'y consacrer ses soins et son temps et d’en

ordonner et surveiller tous les détails. La direction d’un domaine rural, lorsqu'on veut y irouver des bénéfices, n’est pas une opéraüon frivole qu’on peut abandonner ou reprendre selon le temps ou son caprice ; elle exige |au contraire une vocation décidée, un goût soutenu, des habitudes persévérantes et enfin une résidence constante sur les lieux, que tous les bons esprits s’accordent à regarder comme une condition de la plus grande importance pour le succès de toutes les entreprises d’améiiorations agricoles et du plus haut intérêt pour l’avenir de l’agriculture en France.

À ces qualités morales de lentrepreneur nous en ajouterons deux autres qui exercent

cnar. >. FONDS D'INSTRUMENS D’INDUSTRIE DE L'ENTREPRENEUR.

une influence bien marquée sur la réussite d’une entreprise agricole et surtout sur le bonheur et l’avenir de l’homme des champs.

La première est la probité, sans laquelle il ne peut guère y avoir de succès durable et qui facilite singulièrement toutes les transactions. Laseconde est la pureté des mœurs ; on conçoit en effet que, dans l’industrie agricole, où les bénéfices sont restreints et où une stricte économie doit présider à toutes les dépenses

personnelles, une conduite dissipée ou immorale ne tarde pas à conduire à une ruine certaine; en outre, celui qui dirige une expren est souvent le père d’une nom-

reuse famille, il commande à un grand nombre d’agens et de domestiques, il exerce sur eux une sorte de magistrature privée qui exige impérieusement qu'il leur en impose par l’austérité de ses mœurs et qu’il leur donne à tous l’exemple d'uneconduite irréprochable.

Page 1