‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 279 sur 595 · CHAPITRE Ie. DE LA RECHERCHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ie. DE LA RECHERCHE

La recherche et le choix du fonds productif sur lequel on se propose d'employer ses capitaux et d'exercer son industrie est d’une haute importance pour un entrepreneur, et exige de sa part les considérations les plus sérieuses et les plus attentives. Les conséquences d’un bon ou d’un mauvais choix réagissent sans cesse et d’une manière permanente sur la production, pendant toute la période de temps où on exploite ce fonds ; une erreur à cet égard peut mettre pour long-temps vos intérêtsen péril, et souvent toute votre activité, des efforts soutenus et des sacrifices ne sauraient vous soustraire à l'empire des circonstances fâcheuses sous lesquelles un peu de négligence, un préjugé ou votre ignorance vous ont placé.

Les circonstances qui déterminent un entrepreneur d'industrie agricole à faire l’acquisilion ou à prendre à location un domaine rural sont la plupart du temps teliement propresàl'individu, et dépendent à tel point de ses goûts, de ses habitudes, deses mœurs, deses préjugés, de ses affections, deson instruction ou de ses capitaux, qu'ilserait impossible et à peu près superflu de les analyser ou de les discuter toutes en particulier. Nous envisagerons la question sous un point de vue plus général et nous supposerons qu'un entrepreneur douéd'intelligenceet

vues, puis en déterminer la valeur vénale ou locative, et enfin procéder à son acquisition ou à sa location, en suivant les formalités nécessaires en pareil cas. Ce sont là autant de sujets divers qui vont être développés dans les chapitres suivans.

ET DU CHOIX D'UN DOMAINE RURAL

muni des connaissances agricoles nécessaires pour exploiter avec succès sous divers climats une propriété quelconque, et quiest en même temps libre de tout préjugé local, indifférent sur le lieu de sa résidence et enfin pourvu de capitaux nécessaires, cherche au loin un fonds de terre capable de lui procurer, par un système raisonné de culture, la plus grande somme possible d'avantages individuels et de bénéfices.

Pour nous guider dans une question aussi compliquée et pour soumettre à un contrôle d’une application à peu près générale toutes les conditions que nous allons passer en revue et qui doivent nous fixer dans ie choix d'un domaine, nous poserons le principe économiquesuivant, qui d’ailleurs trouvera d’utiles applications dans d’autres branches de l’administration rurale.

Toutes les causes naturelles, locales ou accidentelles, toutes les circonstances politi-

ues, administratives, économiques ou in-

ustrielles qui tendent à favoriser la production, accroitre la faculté productive du sol, perfectionner la qualité des produits, diminuer les frais de production, augmenter la consommation ou l'étendue du marché, favoriser l'accumulation des capitaux et augmenter la sécurité des personnes et des proprië-

tes, donnent une plus haute valeur vénale ou locative à un fonds et doivent en faire rechercher la jouissance.

Tout ce qui tend au contraire vers un but opposé a pour résultat d’abaisser cette valeur et de diminuer le prix de ce fonds aux yeux d'un entrepreneur éclairé.

L'influence des causes et des circonstances variées dont il vient d’être question sur les frais de production doit , autant que cela est praticable, être appréciée numériquement, tant pour fixer la valeur d'acquisition ou de Jouissance du fonds, que pour établir la probabilité et l’étendue des bénéfices qu’on peut espérer de recueillir sur ce fonds. C’est sur la combinaison des divers élémens fournis ainsi par l’observation et le calcul; c’est sur la possibilité d’écarter sans trop de sacrifices ceux qui forment des obstacles et d’accroitre la puissance de ceux qui paraissent avantageux ; c’est en balançant ceux qui sont défavorables par ceux qui offrent des chances de succès ; c’est enfin en prenant en considération sa situation personnelle, que l'entrepreneur peut asseoir son jugement, motiver son choix et se déterminer à donner la préférence à tel domaine sur tous les autres.

Ceprincipe une fois posé, nous allons passer à l'analyse de toutes les conditions auxquelles il faut avoir égard dans la recherche d’un domaine. Ces conditions peuvent être divisées en générales et en particulières qui vont faire l’objet de deux sections distinctes.

Avant d'entrer dans l’examen détaillé d’un fonds il est indispensable d’avoir un cahier de papier ou registre divisé en autant de sections et de paragraphes qu’il y en a dans ce chapitre ; c’est sur ce cahier qu’on inscrit tous les documens, chiffres, notes et observations que l’on juge utile de recueillir et qui servent ensuite à établir des calculs d'estimation du fonds, des évaluations et des formules diverses.

Secrion Ir. — Des conditions générales dans la recherche d'un domaine.

Nous donnons ici lenom de générales à toutes les conditions auxquelles doit satisfaire le pays au sein duquel le domaine est situé, elqui exercent sur le succès de son exploitation ou les avantages qu’on peut en recueillir une influence directe ou indirecte. Ces conditions peuvent être étudiées sous cinq points de vue différens: sous celui de l’état physique et naturel du pays, et sous ceux de son élat politique, administratif, économique et industriel. C’est dans cet ordre que nous allons procéder rapidement à leur étude dans les paragraphes sulvans.

$ Ier. —— État physique et naturel du pays.

Dans le chapitre I: du livre I: de cet ouvrage nous avons fait connaitre quelle est l'influence du climat en agriculture, ainsi que celle que les phénomènes atmosphériques exercent sur la végétation; nous avons en même temps indiqué les moyens divers dont on se sert pour constater l’état physique et climatérique d’un pays, soit par l'inspection seule des végétaux qui croissentspontanément sur le sol, soit avecle secours des instrumens ;

LIV, Vh.

nous sommes donc dispensés de revenir sur ce sujet.

La première chose qu’il faut faire pour se livrer à l'examen d’unelocalité, c’est de recoinaitre le caractère général de son climat. Ce caractère est déterminé principalement par sa latitude géographique, son élévation audessus du niveau des mers, sa position relative, le voisinage de la mer, des lacs, des étangs, des marais, des cours d’eau ou des forêts , la direction générale des vents, l’étendue des terres desséchées, boisées ou en culture, par la nature du sol et du sous-sol, leur perméabilité, leur capacité pour absorber la chaleur solaire, par la période de temps pendant laquelle le soleil est au-dessus de l'horizon ou y brille sans nuages, etc.

Ce caractère une fois appréciéet déterminé,on chercheà connaitre les températuresmoyennes et extrêmes de l'année, la régularité, lamarche et la durée de chaque saison, qui servent de base à l’organisation de la ferme ouau choix d’unsystème de culture et forment un élément essentiel dans la distribution des travaux de l’année agricole; puis on s’informe du degré d'humidité. qui est d’une importancesi majeure pour la végétation, mais dont la surabondance est puisible ; de la quantité mosenne de pluie et sa répartition dans diverses périodes de l’année: de l'abondance de la rosée, qui supplée souvent aux pluies et ranime les végétaux pendant les sécheresses; de la fréquence, de la direction, des effets ou de la violence des autres phénomènes atmosphériques naturels, tels que les orages, les ouragans, les bourrasques, la grêle, le givre, la gelée blanche ou les gelées hors de saison, les brouillards, la foudre, etc., qui détruisent souvent en un instant toutesles espérances du cultivateur; des vents dominans qui peuvent être chauds, froïds, desséchans, humides, violens, chargés de particules sableuses, terreuses, salées où d’émanations insalubres, etc., et qui sous ces divers caractè-

res affectent différemment les corps organi-

sés, etc., tous phénomènes qui ont une action directe ou indirecte sur la nature des végétaux qu’on peut cultiver, sur leurs dimensions, leurs propriétés alimentaires, leur richesse en certains produits immédiats, leur réussite, aussi bien quesurlataille, lavigueur et les produits des bêtes de trait et de rente.

Ces notions une fois acquises, l’administrateur jettera un coup d'œil d'ensemble sur l’aspect physique du pays. Il examinera le relief général du terrain, les accidens, les ondulations, l’inclinaison des pentes, la direction des vallées, l'étendue des plaines: un pays plat offre plus de facilité à la culture et les charrois y sont moins pénibles et moins coûteux que dans les localités où le terrain est fortement ondulé ou dans les pays de montagnes; en outre ces montagnes, suivant leur position, leur élévation , leur forme, leurs pentes, peuvent élever où abaisser la température du pays, le mettre à l’abri des orages et des vents, ou rendre ces météores plus fréquens et plus dangereux ; elles peuvent donner naissance à des eaux torrentielles, à des éboulemens , des avalanches de neige ou de sable, etc., qui détruisent au loinles cultures.

Les eaux méritent aussi une attention toute

particulière, et on examinera la direction,

la longueur, le volume et la pente de leurs différens cours; si ceux-ci sont navigables ou flottables, si leurs eaux débordent à certaipes époques de l’année ou si elles sont taries par les sécheresses. On reconnaîtra avec soin les eaux stagnantes, leurabondance, l’étendue delasurface qu’elles recouvrent et le rap-

ort des terres inondées ou imprégnées d’eau à celles qui sont sèches; enfin on appréciera l'influence qu’elles exercent sur le climat et la végétation, sur les hommes et les animaux.

La constitution géologique du pays, qui donne souvent un caractère particulier aux végétaux et détermine le degré d'humidité, de chaleur, de rayonnement ou d'absorption du sol, fixera aussi l'attention de l’agriculteur instruit. L'examen de la nature des terrains à la surface du sol lui fournira des documens utiles, tant sous le rapport des cultures qu’on pourra introduire avec le plus de succès que sous celui de la possibilité de se procurer à peu de frais, si cela était nécessaire, des eaux jaillissantes.

Les richesses minérales d’un pays ne sont pas d’un moindre intérêt pour l’agriculteur et il est indispensable pour lui d’être informé si on y trouve et exploite des gisemens d'argile, de sable, de marne, de craie, de plâtre ou de pierre calcaire, ou bien des granits, des schistes, des grès, des laves pour les constructions, des schistes bitumineux, des cendres pyriteuses, de la tangue ou vase de mer, du sel gemme, de la houille ou de la tourbe, etc.

Les richesses végétales du sol, soit naturelles, soit artificielles, comme l'abondance des plantes aromatiques: industrielles ou médicinales, et les foréts fixeront aussi ses regards. Il examinera sous un point de vue général ces dernières qui,augmentant beaucoup l’humidité du terrain, surtout dans les fonds,empêchent souvent l’asséchement du pays, servent de repaire aux malfaiteurs ou aux animaux nuisibles, mais qui, d'un autre côté, . s'opposent souvent aussi à la violence des

vents, à l’évaporation trop rapide du sol cultivé, à son refroidissement, etc.

Les animaux à l’état sauvage, qui attaquent les bestiaux ou dévorent les récoltes, doivent, sous le rapport de leur nombre, de l'étendue de leurs ravages et de leur facile destruction, entrer aussi dans celte enquête générale.

Enfin, il sera nécessaire d'acquérir des notions précises sur l’état sanitaire général du pays, tant relativement aux hommes et aux animaux que sous le rapport des affections organiques qui attaquent le plus communément les végétaux utiles.

$ IL. — État politique et administratif du pays.

En général l’agriculture, comme les autres industries, prospère mieux à l'ombre de la liberté politique et chez les nations où l’on consulte les intérêts généraux. Sous ce rapport la France n’a rien à envier aux autres nations ; mais si un agriculteur voulait fonder un établissement dans un pays étranger, il serait indispensable de prendre en considération son état politique et administratif, qui n'offre pas ana ps les mêmes garanties.Ainsi, avant d'y former cet établissement, il aurait

CHOIX D'UN DOMAINE RURAL

à examiner le degré de liberté politique dont on jouit, la liberté de conscience, les charges publiques, leur répartition, l’état financier du trésor, l'indépendance des juges et des magistrats, la célérité des formes judiciaires, les restrictions ou les entraves apportées à l’industrie, etc., et une foule d’autres causes qui exercent une action marquée sur les profits de l’agriculteur et réagissent sur son bien-être ou le développement de son industrie et de ses facultés.

Quoique, à proprement parler, l’agriculture ne doive rien attendre que de ses propres efforts, il est toutefois très avantageux pour elle que le gouvernement, les autorités locales, les conseils généraux soient éclairés sur ses véritables besoins et prennent des dispositions pour favoriser son développement, pour la soutenir et l’encourager dans ses tentatives d'améliorations, pour lui prêter au besoin secours et assistance, pour fonder des établissemens qui lui sont utiles et faire exécuter des travaux économiques ou administratifs qui soient pour elle d'un intérêt genéral.

Ainsi, avant de s'établir dans un pays, il importe de connaître si l’autorité a provoqué ou favorisé l'établissement de banques agricoles, de caisses d’épargnes, de sociétés d’assurances, de sociétés d'agriculture, de comices agricoles, de chaires d'agriculture, comme on en voit en Allemagne, de fermesmodèles ou expérimentales, d'institutions ou autres établissemens propres à propager les connaissances et les bonnes méthodes agricoles ; si, par des mesures législatives, elle cherche à accroître les garanties de la propriété, assurer plus efficacement les stipulations des contrats pour louage d'industrie ou de fonds de terre, à encourager les baux à longs termes, à faire disparaître d'anciens abus, tels que la vaine pâture, le parcours, le glanage, le grapillage, lachasse, etc.; sielle veille avec ur soin paternel à l’administration des propriétés communales et des établissemens de bienfaisance, à l’entretien et à la réparation des routes, chemins vicinaux, canaux, ponts, digues, barrages, ou à l’établissement de nouvelles voies de communication, de halles, de marchés, etc.; enfin si elle protége et propage l’enseignement primaire et industriel.

L'autorité rend encore des services signalés à l’agriculture quand elle fait faire des dénombremens ou des tableaux du mouvement de la population et des travaux statistiques, dresser des cartes géographiques, topographiques, géologiques ou agronomiques du pays, et établit des enquêtes sur des matières qui intéressent l’agriculture et le commerce; quand elle cherche à donner aux moyens de communication plus de rapidité, d'aisance et de sécurité, à favoriser les associations rurales entre cultivateurs pour l'exploitation d'une des grandes branches de l’industrie agricole et provoque des réunions d'agriculteurs, des expositions de denrées et de bestiaux, l'introduction et la propagation d'instrumens perfectionnés, de procédés nouveaux ou de belles races de bestiaux, et décerne avec sagesse et mesure des récompenses et des encouragemens.Ce sont là autant de points qu'il est utile d’éclaircir.

Quoique nos lois rurales, quenous avons fait connaître dans le livre précédent, soient, avec les réglemens administratifs, suffisantes pour guider les autorités locales dans la police générale des campagnes, néanmoins il est nécessaire de s'informer si ces autorités s’acquittent avec vigilance et activité des devoirs qui leur sont imposés et si l’agriculteur peutse reposer sur elles du soin de le garantir de toute attaque contre sa personne ou ses biens.

Bien que notre pacte fondamental politique ait ordonné une répartition égale des charges publiques en France, il est néanmoins des départemens où l’impôl foncier est plus lourd que dans d’autres, des cantons mal cadastrés ou qui ne le sont pas du tout, où il est réparti d’une manière inégale et presque arbitraire; enfin, il est des communes où les charges communales sont plus pesantes que dans d’autres, par suite de circonstances locales et accidentelles. C’est à l'administrateur à s’enquérir de ces inconvéniens et à décider si le préjudice qu'ils peuvent lui causer n’est pas balancé par dattes avantages réels. Enfin il doit prendre en considération les impôts indirects, leur assiette etleur mode de perception, et mettre en ligne de compte les vexations fiscales auxquelles donne lieu cette perception et qui peuvent entraver son industrie en s’exercant avec plus ou moins de rigueur suivant les localités.

Enfin, sous le rapport politique et administratif, il est d’un très grand intérêt, avant de se fixer dans une localité, d’y connaître la législation des douanes, où au moins les dispositions particulières à la localité auxquelles sont soumis les produits agricoles, et desavoir ceux dont l'introduction est prohibée, ceux qui sont admis après l’acquittement de droits protecteurs de l’industrie nationale,enfin ceux qui reçoivent des primes à l’exportation. On comprend assez, en effet, combien est délicate, en agriculture surtout, pour un département frontière, la question de savoir si on doit créer des denrées agricoles dont la production n’est avantageuse qu’à l'abri de prohibitions ou de droits que des combinaisons politiques peuvent tout à coup lever ou abaisser.

Un département frontière est aussi plus sujet au logement des soldats ainsi qu’aux envahissemens et aux maux que la guerre entraine après elle. Cependant, plusieurs de ces départemens, en France (Nord, Haut et Bas- Rhin, etc.), sont plus industrieux, plus riches et populeux que beaucoup d’autres à l’intérieur qui n’ont jamais éprouvé les chances désastreuses de ce genre, et souvent on trouvera plus d'avantages à former un établissement au sein de ces riches contrées plutôt que d’aller végéter dans une localité pauvre et sans industrie.

$ III. — État économique du pays.

Sous le rapport économique, le pays dans lequel on se propose dese fixer doit être étudie dans ses voies de communication, sa population, ses institutions d'utilité publique et ses capitaux.

1° Les voies de communication sont les canaux par lesquels s’écoulent les produits que l'agriculture destine à la consommation pu-

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