TAV. VII
plus conformes au but de cet ouvrage, et susceptibles d’ailleurs de donner dans la pratique les résultats les plus certains, nous les avons adoptés en grande partie dans cet article.
Le système d’estimation des biens ruraux de cet auteur est basé, comme tous les autres, sur le produit net que peuvent rendre les différentes natures de biens immobiliers ou sur leur valeur d'utilité, et pour les biens mobiliers sur leur valeur courante au moment où on en fait J’acquisition. Ce système est parcel laire, c'est-à-dire qu’on y évalue séparément le produit de chaque espèce de biens qui.entrent dans l’économie de l’établissement rural qu’on veut estimer, et même celui de chaque parcelle ou sous-division des branches qui le composent.
Le système de M. KnreyssiG présente ceci de particulier, qu'il n’est pas nécessaire, comme dans tous ceux qui ont été proposés Jusqu'ici, de se livrer à des calculs longs et pénibles et souvent sujets à erreur, ou bien à une enquête minutieuse pour établir la quantité de semence nécessaire sur le fonds qu’on veut estimer, ses récoltes moyennes pendant un grand nombre d’années, ses frais de culture, son système antérieur d'aménagement, etc. Tous ces objets sont évalués ici au moyen de formules simples et basées sur l’expérience, qui donnent sans tätonnement des résultats certains. Le seul travail de l’administrateur ou de l'expert, quel que soit le canton où il veut faire une estimation, consiste uniquemeni :
1° À se procurer le plan ou la carte topographique qui lui fait connaître l’étendue du domaine, ainsi que celle des différentes parties ou natures de biens qui le composent ;
2° À reconnaitre les caractères agronomiques de chaque nature de terre qui se rencontrent sur le domaine, et à déterminer la classe à laquelle elles appartiennent ;
30 À établir le prix du travail des hommes et des animaux dans le pays;
49 À déterminer le prix moyen des denrées sur les marchés les plus rapprochés pendant une certaine période de temps ;
5° Enfin, à faire une estimation séparée des bâtimens ruraux, ainsi que du matériel et des animaux, quand ces objets font partie du fermage ou de la vente.
Ces élémens suffisent ensuite pour établir dans un pays quelconque le produit net d'un bien rural, puis sa valeur vénale ou locative, ou même le produit d’une des branches quelconqgues de.son économie. Il y a donc à la fois célérité, simplicité et certitude dans ce mode d'estimation. Wa
Nous partagerons cet article en 3 divisions.
Dans la première nous chercherons à évaluer le produit net des diverses branches de revenu sur un établissement rural comme base de sa valeur vénale ou locative ; dans la 2° nous donnerons quelques règles pour lestimation de la valeur vénale des bâtimens et des objets mobiliers qui garnissent parfois un fonds; et dans la 3° nous présenterons un exemple détaillé de l'estimation d’un domaine.
(2) Instruction sur les principes naturels de l’évaluation des produits et de l’estimation des biens ruraux, par
M. W. A. KneyssiG. Prague, 1835,
+ ne HAP. 2°.
Davisron Ir. — De l'évaluation du produit net des diverses branches de revenu d’un établissement rural.
Cette division se partage en 3 sections; dans l’une on traite de la production végétale et des frais qui sont à sa charge; dans la 2e de la production animale; dans la 3e des fabriques agricoles.
Secrion Ir. — De la production végétale.
Cette section comprend la classification et l'évaluation du produit : 1° des terres arables ; 2° des prairies on prés; 3° des pâturages; 4° des vergers ou jardins potagers. Ces subdivisions n'embrassent pas sans doute tous les genres de biens ruraux consacrés à la production végétale, mais il est bon de se rappeler
wun de nos savans collaborateurs à traité, dns ce même tome ( p. 151 ), avec autant d’étendue que d’habileté, de l'estimation des forêts, et que dans la plupart des cultures industrielles (t. II), on est entré dans des détails sur les produits et les frais de chacune, qui nous paraissent suffisans pour les estimations de ces sortes de biens.
6 Ier. — De l'évaluation du produit des terres arables.
1° De l'appréciation pratique de la fécondité des terres.
La terre n’a de valeur pour l’agriculteur qu'autant qu’elle est apte à produire des plantes utiles et auxquelles les autres hommes attachent un certain prix, parce qu’elles sont propres à satisfaire leurs besoins.
Cette valeur qu'on attache à la terre est généralement d'autant plus élevée que celleci, toutes les circonstances étrangères étant écartées, est plus propre à nourrir des végétaux plus précieux et à les produire en plus grande abondance.
Cette faculté de produire abondamment des végétaux utiles a été désignée sous le nom de fécondité. Ainsi, plus une terre est féconde et plus elle doit avoir une valeur relative élevÉé:
On mesure en général la porn d’une terre par le volume ou le poids et la qualité des fruits qu’elle est susceptible de donner sur une surface déterminée; c’est ce qu’on nomme le produit d'une terre. Une terre est donc d'autant plus féconde et a par conséquent une valeur d'autant plus élevée qu’elle donne des produits plus abondans, plus recherchés et d’un plus haut prix.
La fécondité des lerres, ainsi que nous l’avons déjà dit (t. I, p. 51 }, est la résultante ou le produit de 2 forces distinctes ; l’une qui a été désignée sous les noms de force, puissance ou activité du sol et qui paraît résulter de sa composition intime, de l'heureuse combinaison des matières qui le constituent et de toutes ses propriétés naturelles ou acquises dans leurs rapports avec les circonstances du climat, de la situation, etc., et l’autre qu’on a appelée richesse et qui est due en grande partie aux matières organiques en état de décomposition que le sol renferme naturellement ou
ESTIMATION DES DOMAINES RURAUX
qu'on y dépose par les engrais et qui contiennent la majeure partie des matériaux nécessaires à la nutrition des plantes.
La mesure séparée des 2 forces qui constituent la fécondité est un des problèmes les plus intéressans de l’agriculture, et peut-être servira-t-elle un jour, lorsque les méthodes qu'on applique pour cela seront devenues usuelles, de base solide à l'estimation des terres ; mais, dans l’état actuel dela scieace, ces méthodes, qui supposent toujours la connaissance parfaite de faits antérieurs relatifs à la production de la terre, souvent difficiles à se procurer, ont encore trop peu de rigueur et de certitude pour qu'on puisse les appliquer dans la pratique à la détermination de la valeur des terres.
Dans les applications usuelles pour l’estimation du produit des terres, il nes’agit que d’évaluer la somme de ces 2 forces ou la fécondité du sol, et pour y parvenir sans se servir des faits traditionnels, c’est-à-dire de la connaissance du produit dans les années antérieures et snccessives, on a recours à certains caractères physiques proprez à tomber sous les sens ei faciles en général à reconnaitre. L'expérience des temps ayant appris que, lorsque ces caractères se présentent, les terres étaient plus ou moins aptes à produire tels genres de plantes et en telle ou telle quantité, on s’en sert pour déterminer par analogie l'espèce, la quantité et la qualité du produit qu’une terre quelconque est susceptible de donner.
Les caractères auxquels on a eu recours jusqu'ici pour évaluer par analogie la fécondité des terres sont de ? sories: les uns sont relatifs à ja constitution intime du sol, et les autres sont empruntés à certaines propriétés acquises ou naturelles que les sens peuvent aisément discerner. Nous nommons les 1°" caractères chimiques, et les auires caractères agronomiques.
La connaissance exacte des parties constituantes élémentaires d’un sol, c'est-à-dire des différens matériaux qui entrent dans sa composition et le rapport de quantité de ces matériaux entre eux, ne s’acquiert pas à la vue simple; on distingue bien quelquefois à l'œil, au toucher, au soût ou à l’odorat la présence d’une ou plusieurs deces parties, mais il est presque impossible de déterminer leur rapport avec les autres, et presque toujours celles qui sont en petile quantité ne peuvent être découvertes ou appréciées par ce moyen. L'analyse chimique seule peut faire connaitre avec quelque précision les matières qui entrent dans sa composition. Mais une analyse, même grossière, est une opération scientifique qui offre des difficultés si on veut qu’elle soit faite avec la précision qui doit la rendre utile, et en outre elle exige des appareils coûteux et une habitude des manipulations de ce genre; d'ailleurs tout le monde convient qu'elle ne fournit aucune lumière sur la bonté du sol, parce
ue la fécondité propre d’une terre, indépen- Aura d'un grand nombre de circonstances que ja chimie ne saurait apprécier, est due la plupart du temps à un rapport entre les parties constituantes tout particulier au terrain analysé. Ainsi, dans un terrain voisin, l’une de ces parties en remplace une autre et cette substitution est tantôt nuisible et tantôt
avantageuse à la fécondité sans qu'on puisse se rendre compte de ce changement dans des conditions qui paraissent absolument identiques. Enfin, le rapport de ces parties entre elles est si peu fixe dans une même pièce de terre que les analyses chimiques les plus nombreuses pourraient à peine donner une idée des variations infinies et souvent fort importantes que peut offrir ainsi un domaine qui embrasse une certaine superficie.
Dans l'examen et l'étude des caractères agronomiques, on ne renonce pas entièrement à la connaissance des parties constituantes du sol, mais on se borne seulement à reconnaitre celles qui entrent en grande quantité dans sa composition, qui peuvent être appréciées par les sens où par une analyse mécanique et grossière , et Jui impriment un caractère général; telles sont: la surabondance de l'argile, celle du sable, du carbonate de chaux ou de l’humus; nous ajouterons même que ce sont les parties constituàantes qui dominent ainsi dans le sol qui, jointes à certaines propriélés empruntées à l’ordre physique, qui servent à établir ce que nous désignons ici sous le nom de caractères agronomiques.
Ces caractères pourraient être très multipliés si on voulait s’attacher à faire un exa- . men approfondi de toutes les causes qui dans un terrain concourent à la production, l’accroissent où la diminuent; mais dans la pratique on peut se restreindre aux suivans que nous nous contenterons même d'indiquer brièvement, en renvoyant pour les détails aux autres parties de cet ouvrage.
19 La ténacité, cohésion ou consistance du sol, qu'on peut constater par les procédés indiqués dans le tome 1°r, page 40. Cette ténacité, due à la surabondance de l’argile, se manifesie au reste par des signes extérieurs que l'expérience apprend facilement à distinguer, tant dans les sols à l’état humide ou sec que dans ceux qui se trouvent dans un état moyen d’humidité ou de sécheresse ;
2° L’ameublissement , qui peut être le résultat d’une quantité plus ou moins considérable de sable ajouté à l'argile du sol, ou bien d'humus ou de carbonate de chaux. Chacun connait les caractères qu'offre un sol plus ou moins meuble (t. Ier, p. 55);
30 La froideur du sol, qui dépend de sa faculté d’absorber et de retenir la chaleur (t. Ier, p. 46), de son exposition, de sa composition, de sa densité, de la réaction des parties qui le composent, de la quantité d’humidité qui le pénètre et y séjourne habituellement, et enfin du climat;
40 La chaleur du sol, qui est due à des causes contraires à celles qui le rendent froid et en particulier à sa richesse en humus et en parties calcaires, à sa position et à sa faculté absorbante pour la chaleur et pour retenir le calorique, au climat, etc. ;
50 L'état de sécheresse et d'humidité du sol, la propriété dont il jouit d’absorber plus ou moins l'humidité atmosphérique (t. Ier, p.45), sa perméabilité lors des pluies, son état de fraicheur à quelque profondeur audessous de la surface pendant les temps secs, etc., caractères faciles à étudier et à constater ;
6° La quantité d'humus contenue dans le sol qui constitue le principal aliment des végétaux etqu'on reconnait à la couleur du sol ainsi qu'à une odeur particulière;
7° La nature du sous-sol, qui peut être perméable ou imperméable, riche en humus ou formé d’une roche ou d’un sable stérile, etc, (1, Ier, p. 47);