CHAPITRE Ier. — DEs CAPITAUX
Les capitaux ont pour destination de faire la portion du capital d'exploitation destinée à les avances nécessaires pour l’organisation de | opérer des améliorations foncières, et nous tous les services d’une exploitation rurale et | traiterons dans le chapitre III ci-après des pour les mettre et les entretenir en activité. | principes économiques qui doivent diriger ce- Nous les étudierons particulièrement sous le | lui qui les entreprend. rapport de leur distribution entre les divers Le rapport entre les deux portions du capital services, de leur économie, des causes qui in- | foncier que nous venons d'indiquer peut varier fluent sur leur quotité, et enfin de leur éva- | à l'infini. Il dépend principalement 1° de l’éluation; mais ayant de nous occuper de ces | tat du fonds; 2° du système d'économie rurale divers sujets nous devons dire un mot sur le | qu’on se propose d’adopter et qe exige des
capital foncier. travaux plus ou moins considérables d'art, de défrichement, etc., ou des bâtimens plus ou SECTION Ire. — Du capital foncier. moins vastes ; 3° du système de culture qu’on
suivra et qui nécessitera des améliorations va- Nous savons déjà que le capital foncier est | riables avec le système ; 4° et enfin de circondestiné principalement à payer le prix d’ac- | stances locales qu’il sera facile d'apprécier, quisition du domaine et on a donné dans le | quand on aura étudié le fonds et le pays qui titre précédent des instructions détaillées pour | l’entoure. mettre un entrepreneur à même d’en faire un Dans quelque état que se trouve un fonds, emploi avantageux et de ne pas courir, par | les principes d’une bonne administration presune spéculation imprudente, le risque de le | crivent à celui qui veut l’exploiter de le porperdre. ter le plus promptement possible au plus haut de- Les avances qu’on est ainsi obligé de faire | gré d'amélioration foncière dont il soit susceppour acquérir la propriété d’un fonds sont, | tible. C’est le mode le plus rationnel qu'on toutes choses égales, d’ailleurs proportion | puisse adopter pour en tirer tous les fruits nelles à l'état d'amélioration dans lequel setrouve | qu’on est en droit d’en attendre par une exce fonds. Si le domaine a déjà reçu toutes les | ploitalion bien dirigée. L'application de ce prinaméliorations dont il est susceptible et qu'il | cipe exige donc impérieusement qu’on mesure n’y ait plus aucune avance à faire à cet égard, | ses forces, qu’on partage avec discernement le prix stipulé dans le contrat de vente re- | en 2 parties bien distinctes le capital qui deprésente à la fois la valeur intrinsèque du | vra recevoir une destination foncière, l’une fonds ainsi que celles de toutes les améliora- | pour le prix d’acquisition et les frais divers tions qui peuvent y avoir été opérées. Au con- | qui sont la suite du contrat, et l’autre pour traire, si le fonds esten friche, qu’il n’y ait ni | les améliorations foncières immédiates qui chemins, ni clôtures, ni bâtimens ruraux, la | doivent être faites avec l'étendue convenable somme payée au propriétaire ne représente | d'après un plan arrêté à l’avance et des devis alors que la valeur du fonds à l’état brut, et si | aussi exacts que possible. Cr l'acquéreur veut en tirer des fruits et l’ex- Une conséquence naturelle de ce principe ploiter convenablement, il est dans la néces- | c’est de ne pas acquérir un domaine trop vaste sité de faire de nouvelles avances pour opérer | pour les capitaux dont on dispose, ou bien les améliorations que réclame ce fonds. où les améliorations à faire exigeraient des Lorsque les améliorations nécessitent de | sommes bien supérieures à celles qu’on posgrands travaux immédiats qu’on entreprend | sède. C’est une erreur bien funeste que avant d'exploiter le fonds, comme la construc- | d'employer tout son capital foncier à l'acquisition de bâtimens d’exploitation, des travaux de | tion d'un domaine négligé; on se consume terrassement, de desséchement, etc., on y | alors en efforts impuissans et le fonds, qui consacre généralement des sommes qu’on a | n’a pu recevoir l'organisation suffisante pour dû.mettre en réserve pour cet objet et qui | étre exploité convenablement, ne donne que font en réalité partie du capital foncier. Mais | des fruits chétifs qui paient à peine les intélorsque le domaine est déjà sur un pied ex- | rêts du capital foncier. ploitable et qu'il ne s’agit que d’y opérer des améliorations légères et successives, les som- Secrion II. — Du capital d'exploitation. mes auxquelles on donne à diverses époques cette destination foncière sont assez souvent | $ Ier. — De la distribution du capital d’exploitation. prélevées sur le capital d'exploitation. « Nous parlerons dans ia section suivante de De même que dans tout autre genre d'in-
dustrie, il est indispensable en agriculture que l'entrepreneur puisse disposer, pour l’exploitation du fonds dont il a la jouissance, d'un capital auquel on a donné pour cette raison le nom de capital d'exploitation.
Le capital d’exploitation se divise naturellement en 2 et quelquefois en 3 portions qui ont une destination toute spéciale.
La 1° portion, dite capital fixé ou engagé, capital d'exploitation mobilier, capital de cheptel ou invenlaire, est destinée à l’achat des animaux de travail, des bêtes de rente et du mobilier. Ceite portion du capital d'exploitation est ordinairement, au moins dans le nord de la France, avancée par le fermier ; dans une grande partie du ,nidi c’est le propriétaire qui fait les avances pour le cheptel et le mobilier dont il garnit le domaine, avant d’y appeler un colon partiaire. Dans ce dernier cas la loi considère les valeurs capitales placées ainsi sur le fonds comme faisant partie du capital foncier.
La 2° portion du capital d’exploitation est employée à se procurer des semences, des engrais, des alimens pour les animaux de la ferme, dans la 1" année d'établissement, et le bétail d'engrais; à solder des frais de maind'œuvre, à acquitter les dépenses personnelles du fermier, de sa famille, le fermage, les assurances, les charges publiques, à réparer les détériorations du mobilier et à des dépenses diverses et imprévues, etc. Cette portion du capital que Tnaer appelle à juste titre la force motrice d'une entreprise agricole change continuellement de forme et est consommée à chaque instant dans le cours des opérations agricoles, mais elle renaît sans cesse dans le cours d’une année pour être avancée de nouveau el se renouveler encore; c’est cette circulation et ceroulement continuels qui luiont fait donner le nom de capital circulant ou de circulation, ou de capital de roulement. Ce capital appartient la plupart du temps au fermier ; dans le contrat de métayage seulement le propriétaire fournit les semences et les fumiers au colon et celui-ci apporte son travail et celui de sa famille.
Les sommes employées à acquitter le fermage, les charges publiques et les frais d’assurances, à réparer le dépérissement du cheptel vivant et des instrumens agricoles, à pourvoir à quelques dépenses locatives et d’entretien, à payer les intérêts du capital de circulation, celles que l’entrepreneut juge à propos d'économiser, soit pour accroître son capital fixe, soit même pour des améliorations, sont toutes prélevées sur le capital de circulation.
Parfois on établit dans lé capital d’exploitation une 3° division pour des sommes qu’on destine à des améliorations foncières sur le domaine.En France, les travaux de ce genre sont rarement à la charge du fermier et c’est le propriétaire qui les faitordinairement exécuter pour son compte. Maïs en Angleterre et dans quelques parties de la Belgique où les fermiers sont plus éclairés, plus riches et où les baux ont une plus longue durée, 1ls sont souvent entrepris par les fermiers eux-mêmes ; dans tous les cas, il y a bien peu de domaines en France où un fermier intelligent ne puisse trouver qu’il est avantageux pour lui d’entreprendre des travaux de ce genre, soit pour