‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 330 sur 595 · LIV. VII · texte numérisé non relu

LIV. VII

assainir et améliorer le fonds ou disposer les lieux à sa convenance, soit pour faciliter l’exploitation des terres ou pour accroître la puissance productive du sol.

Nous traiterons ailleurs des profits du capital d'exploitation, de son dépérissement et de son renouvellement; nous nous bornerons à dire ici que la portion de ce capital employée enaméliorations foncières et qui n’est souvent productive que d’utilité est La plus périssable de toutes pour un fermier, et quesi, par suite de stipulations précises, le propriétaire ne l’indemnise pas des avances qu'il a faites ainsi, il faut nécessairement qu'il retire des bénéfices assez considérables du fonds pour amortir annuellement le capital mis ainsi dehors et pour en opérer le remboursement complet à la fin de sa jouissance.

$ IT. — De l’économie du capital d’exploitation.

Un administrateur éclairé doit savoir qu'il serait fort imprudent, quand on organise les services d’un fonds quelconque et qu’on les met en activité, de dépenser ainsi la totalité du capital d'exploitation dontil peut disposer ;

uelques mots sur les principes qui doivent

iriger dans l’économie du capital d’exploitation ne seront donc pas ici hors de propos.

Dans tout établissement agricole la production est soumise à l'empire des circonstances. Celles-ci sont extrêmement variables et peuvent être dues les unes à des causes naturelles ou accidentelles, les autres à des combinaisons sociales ou politiques qu’il est souvent impossible de prévoir ou de conjurer. Les règles de la prudence prescrivent de se mettre, autant qu’on le peut, en garde contre celles qui ont une influence fâcheuse ou de réparer avec célérité et activité les désordres qu’elles auraient pu causer dans votre établissement. Or, comment pourra-t-on réparer les dommages causés par des sinistres ou des cas fortuits, comment arrêtera-t-on un malqui menace d’étendreau loinses ravages, comment parviendra-t-on à rétablir un serviee qui aura souffert, etc., si on a épuisé toutes ses ressources , Si On n’a pas fenu en réserve une certaine portion de son capital pour l'appliquer à rétablir l'harmonie dans les services, à réparer les pertes, et atténuer les effets d’événemens qui menacent de paralyser votre industrie et vos efforts! Ainsi, d’une part, s’il est d’une bonne administration de chercher à profiter de toutes les ressources que présente un capital d'exploitation, de l’autre, la prudence exige qu'une portion de ce capital reste toujours disponible pour faire face aux cas 1mprévus si on ne vent pas étre contraint d’avoir recours à un crédit onéreux et qui, dans ce cas, peut consommer votre ruine. ;

Les sommes qu’il convient d’avoir constamment à sa disposition pour cet objet ne peuvent guère être fixées avec quelque exactitude ; elles dépendront de la prudence de l’entrepreneur, de ses connaissances, souvent de la localité, et seront d’antant moindres qw’il aura la précaution de faire assurer les bâtimens, les bestiaux et les récoltes, etc.

Avec quelque soin qu'un domaine ait éte organisé, avec quelqne sagacité qu'il soil exploité, le temps et les progrès de l’art finissent

cHaAP. À.

toujours par rendre indispensables de salutaires modifications ou des améliorations importantes,Les sommes qu'il faut avancer pour opérer ces modifications ou améliorations se prélèvent ordinairement sur le capital d’exploitation , et celui-ci ne devant dans aucun cas être réduit au-dessous des besoins de l’exploitation , ne peut suffire à ces avances que s’il a déjà été grossi par des bénéfices antérieurs ou si, dés l’origine, il a été fixé à un chiffre assez élevé pour faire face à ces dépenses; un administrateur sage aura donc dans l'évaluation de ce capital égard à cette circonstance et comptera plutôt sous ce rapport sur les sommes dont il dispose en commençant, que sur des bénéfices éventuels.

Il est à peu près impossible au début d’une entreprise agricole de déterminer d’une manière invariable le système de culture qu’on devra suivre définitivement pour tirer du fonds les plus gros bénéfices qu’il soit susceptible de procurer. On emploie souvent beaucoup de temps et de capitaux à des essais infructueux ou à des tentatives peu satisfaisantes jusqu’au moment où, mieux éclairé par une étude approfondie du climat, du sol et des circonstances locales, on peut donner à l’exploitation une marche déterminée, régulière et lucrative. On se trouverait donc arrêté au moment où on va recueillir le fruit de ses sacrifices et deses efforts, si, dès le début, on n'avait prévu les pertes de capitaux auxquelles il a fallu se résoudre, et si on n'avait pas à la somme indispensable pour faire rouler l’établissement, ajouté un fonds destiné à couvrir les frais de ces essais ainsi que les pertes et les non-valeurs auxquelles ils donnent lieu.

« C’est une chose d’une haute importance, dit un économiste distingué (M. Say), que l'évaluation des capitaux dont on a besoin pour conduire une opération industrielle. On est en général peu disposé à les économiser. Au moment où l’on commence une entreprise on est moins parcimonieux qu'à une autre époque ; on à de l’argent devant soi et on se flaite que dans un avenir plus ou moins éloigné il se présentera des chances heureuses qui rembourseront toutes les avances auxquelles on s’est laissé entraîner ; le moment du départ est celui des espérances, car on ne commencerait pas une entreprise si on ne la jugeait pas bonne. C'est alors, au contraire, qu'il convient de marcher avec prudence, le succès n’est encore fondé que sur des présomptions ; attendez qu'il soit fondé sur l’expérience pour disposer à votre aise de ce succès qui peut encore vous échapper. Alors du moins; si vous hasardez des avances, vous savezavec quelles valeurs nouvelles vous en serez. dédommagé. »

Ÿ LIL. — Des causes qui influent sur la quotité du capital d'exploitation,

Les causes qui peuvent influer sur la quotité du capital dont on a besoin dans une exploitation rurale administrée d'après une méthode raisounée sont très nombreuses, et nous nous contenterons de rappeler les principales :

Le climat.—Dans une localité où celui-ciest très variable ou peu favorable à la végétation,

DES CAPITAUX

et où par conséquent ies récoltes sont d’une réussite incertaine, il faut, pour un domaine de même étendue, plus de capitaux disponibles pour réparer les chances désavantageuses que dans les pays où les cultures prospèrent et où les récoltes, arrivant généralement à bien, remboursent avec certitude chaque année des avances qu’elles ont exigées.

La situation du fonds. — Partout où on se procure des engrais à bou compte sans être obligé pour cela d'acheter et d’entretenir de nombreux troupeaux, on n’a pas besoin d’un capital aussi fort que là où l’on ne rencontre pas cet avantage. Il en est de même dans les localités où les bestiaux, les bêtes de trait, les objets mobiliers et de consommation sont d’un prix peu élevé, où les salaires qui forment une des plus grosses charges du capital de roulement sont modiques, où les transports sont faciles et peu coûteux, où les mœurs, les habitudes, les préjugés du pays ne présentent aucun obstacle. Quoiqu'on doive en effet céder le moins possible à des préjugés absurdes ou se soumettre à des pratiques agricoles qu'on regarde comme vicieuses, 1] n’est pas toujours possible et on ne doit pas même espérer, surtout au début d’une entreprise, de vaincre toutes les résistances, de faire fléchir toutes les volontés, et de changer des habitudes enracinées chez une population; il faut donc sous ce rapport se déierminer souvent à faire quelques sacrifices pécuniaires qui grossissent le chiffreauquelon aurait pu, sans ces circonstances, fixer le capital d'exploitation.

La nature et l’état du fonds.— Un terrain tenace, compacte, naturellement humide ou situé à une grande élévation sur des pentes abruptes,et d’un difficileaccès, exige des attelages plus forts et plus nombreux, des instrumens plus puissans, des façons plus multipliées, des travaux plus pénibles et plus coûteux que celui qui ne présente pas ces obstacles naturels; quant à l’état du fonds, il est clair qu’un domaine mal organisé ou qui aura été négligé et où le sol sera peu productif, par suite d’un système défectueux de culture, exigera, pour être amélioré dans toutes les parties, des capitaux plus considérables que celui qui est déjà pourvu de bâtimens convenables et où la terre a été entretenue dans un bon état d’ameublissement, de sécheresse, de fertilité et de propreté. Un fermier, un usufruitier qui ne veulent faire aucune amélioration foncière n’ont pas besoin d'un capital aussi fort que le propriétaire qui se propose d’accroitre successivement la valeur de son domaine.

L'étendue du domaine.—Toutes circonstances étant égales, un domaine qui s’étend sur une grande surface exige un capital d'exploitation plus considérable que celui qui est renfermé dans de plus étroites limites; mais ce capilal ne s’accroit pas proportionnellement à la surface cultivée du fonds, et l'expérience a démontré que plus un établissement rural était petit, plus aussi il falläit pour une même surface, grossir le chiffre du capital d'exploitation. Tout le monde sait que la petite culture, telle qu'on la pratique en Belgique, dans la Flandre française, en A lsace,en Toscaneet aux environs des villes, emploie un capital d'exploitation beaucoup plus fort que celui qu’on y consacre

à surface égale et dans les mêmes conditions agricoles dans les pays de grande culture (1). Il ne faudrait pas croire néanmoins que cet avantage que présentent les grandes exploitations, d’exiger un capital moins considérable, soit un motif suffisant pour leur donner la référence; un entrepreneur prudent ne se aissera pas séduire par une semblable considération, même quand il serait habitué à manier de grandes affaires ; il prendra un établissement dont l'étendue et l’état seront en rapport avec ses connaissances, sa capacité et surtout avec ses moyens pécuniaires. Le but d’une entreprise agricole bien conduite n’est pas d’exploiter une grande surface, mais de tiver, sans épuiser la terre et avec les capitaux qu’on peut consacrer à la production, les plus gros bénéfices possibles d’une certaine surface.

Le système d'économie rurale, au moyen duquel le fonds est mis en valeur. — Il est des biens ruraux, tels que les bois et forêts, les prairies, les pâturages, les étangs, etc., qu’on

eut prendre à bail et dont on peut recueillir es fruits avec une avance de capitaux généralement bien moindre que celle qui serait nécessaire pour affermer et mettre en valeur un fonds du mème prix ou de même étendue qui consisterait en terres arables ou en vignes.

Le système de culture joue un rôle important dans l'évaluation du capital, et personne n’ignore que le système triennal avec jachère complèle, tel qu'il est pratiqué encore dans une grande partie de la France, exige un capital moins considérable que la culture alterne ou avec prairies artificielles, et que celle-ci à son tour nécessite bien plus d’avances quand on fait entrer dans la rotalion les plantes sarclées et très épuisantes, telles que la garance, le tabac, etc.

En général, plus un établissement rural sera organisé avec soin dans ses divers services, plus il sera administré et dirigé d’après de bons principes économiques et agricoles, plus aussi, pour une même surface, il exigera de capitaux pour l’exploiter. Mais d’un autre côté, plus ce capital sera employé avec intelligence et discernement, plus aussi seront gros les bénéfices qu’il procurera à l’entrepreueur.

La nature et Les clauses du bail. — Un fermier qui prend à bail un fonds de bestiaux ou une ferme garnie d’un cheptel n’a pas besoin de faire d’avances pour l’organisation de ce service. Il en est de même de celui quientre dans une ferme où son contrat lui assure, sans indemnité, la jouissance des pailles et fumiers laissés par son prédécesseur. Au contraire, celui que les clauses de son bail obligent à acquitter une partie des charges publiques qui grèvent la propriété, à faire assurer les bâtimens ruraux où à des réparations foncières, qu’elles contraignent à payer les 1°* termes du

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