DE L’'ÊTENDUE DES FONDS RURAUX
| pins d'avantage à donner del’étendue au fonds et à chercher un accroissement de produit plutôt dans l'extension donnée à la surface exploitée que dans un accroissement de maind'œuvre sur une surface circonscrite; c’est le contraire dans les pays où le sol est cher et le travail à bon marché. — Dans un pays où le sol est naturellement fécond et le climat très favorable à la végétation, et où la production végétale exige peu de travaux, on peut exploiter un domaine plus considérable que dans les contrées eù ces conditions ne se rencontrent pas.—Quand le climat d’un pays est très variable et ne laisse que quelques jours pour certaines opérations importantes de l’agriculture , on franchit plus aisément ces périodes critiques en appliquant aux travaux toutes les forces disponibles d’une grande ferme. — Dans les pays montueux et coupés, quand un domaine est placé sur le flanc des collines ou des montagnes, il n’y a guère qu'un petit exploitant qui puisse se livrer avec succès aux travaux longs et pénibles que ces fonds nécessitent. Il en est demême pour ceux dont la surface est composée d’une roche dénudée qu'il faut briser à bras et pulvériser pour-en faire un sol meuble; au contraire, dans les pays de plaine où la surface est unie, les transports faciles , et les travaux par machines aisément praticables, les fermes peuvent avoir une plus grande étendue. — Dans certains pays irès peuplés, dans ceux où la propriété est très divisée, tels que la Flandre, la Belgique. l’Alsace, la Toscane, et une grande parte de la France, il serait souvent très difficile de trouver, de former ou d’expioiter avec profit un grand domaine, tandis que dans d’autres, comme l'Espagne, l’Angleterre et la plusgrande partie de l'Allemagne, où les biens fouds sont concentrés dans les mains d’un petit nombre de propriétaires, on trouverait difficilement une petite ferme, et il y aurait souvent peu de profit à l’exploiter. Enfin, dans d’autres, comme dans l’ancien Berry ou le Gatinais, où on ne rencontre le plus communémeni que des fermes moyennes, les fermes grandes ou petites exploitées par le mode usité dans le pays seraient sans doute peu avantageuses. — Près des grandes villes, où l’agriculture ressemble à une culture jardinière et se compose d’une multitude de petits travaux de détail et où les capitaux sont abondansles petites ou moyennes exploitations sont ordinairement celles qui sont les plus productives. — Les pays où la majeure partie de la population habite les villes et s’adonne aux arts et aux travaux des manufactures permettent l'exploitation de domaines d'une plus grande étendue que ceux où elle est répandue dans les campagnes et s'occupe exclusivement de travaux agricoles, etc.
20 Causes relatives à l'entrepreneur. Tout le succès des entreprises agricoles dépend, comme neus l'avons dit déjà, du fonds industriel de l’entrepreneur et des capitaux qu’il possède; tel homme qui dispose de gros capitaux, et a un bon fonds de connaissances agricoles ainsiquetoutesles qualités requises,exploitera avantageusement une fermed'une très grande étendue, tandis qu’un autre qui ne réunira pas ces conditions, où seulement à qui l’une d'entre elles manquera , échouera dans l'admiuis-
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tration d’un fonds rural même d’une étendue bornée.
En général, tous les cultivateurs sont disposés, quandils ont fait quelques économies, à acheter des parcelles de terres pour les ajouter à leur héritage plutôt que de chercher à accroître la faculté productive de celui-ci par des améliorations bien entendues. Les entrepreneurs qui prennent à loyer les fonds des propriétaires sont tourmentés aussi par une maladie analogue que J. Sixcarr et beaucoup d’autres agronomes ont signalée depuis longtemps.
« Les fermiers, dit le premier de ces auteurs, sont toujours disposés à entreprendre l'exploitation de fermes trop considérables pour le capital dont ils disposent. C’est une grave erreur; il en résulte que bien des gens restent pauvres sur une grande ferme, tandis qu'ils auraient pu vivre avec aisance et faire de bonnes affaires sur une ferme de moindre étendue. Un fermier ne peut se livrer à son entreprise avec sécurité s’il n’est pas en état de payer non-seulement les dépenses ordinaires de son établissement, mais aussi de faire face aux circonstances imprévues. Lorsqu'un fermier, au contraire, prend une exploitation inférieure à son capital, il se met en état de profiter de toutes les circonstances favorables pour acheter lorsque les prix sont bas, et attendre, pour vendre, l’augmentation des prix. »
En Angleterre les fermiers en général ne prennent guère d’établissemens agricoles audessus de leurs moyens; c’est le contraire dans la plus grande partie dela France , et une des causes auxquelles onaattribué avec raison l'infériorité de notre agriculture.
3° Causes relatives à la nature et au mode d’exploitation du domaine.Il est bien plus facile d’exploiter un grand domaine qui consiste en bois, prairies, pâturages , étangs, etc., et il faut la plupart du temps pour cela bien moins de capitaux que pour un établissement en terres arables de même étendue. Une ferme à pâturage en pays de montagne peut avoir 1000 à 1200 hect. sans exiger autant de capitaux de roulement qu’une ferme à grains en pays de plaine de 100 à 120 hect.; au contraire, la culture des vignes, des plantes potagères ou industrielles qui exigent une main-d'œuvre considérable, sont plus avantageuses sur une petite échelle, Une dimension modérée est celle qui convient le mieux aux fermes à laiterie et où l’on entretient du gros bétail, tandis que l’éducation des moutons n’est au contraire bien dirigée que daus les exploitations de grande culturesrelc
L’'étendue qu’il convient de donner à une ex-
loitation doit donc être celle dans laquelle ‘entrepreneur, au milieu des circonstances locales qui l'entourent, avec les capitaux dont il dispose, la somme de ses connaissances et son fonds industriel, parviendra, par l'emploi le plus judicieux des uns et des autres, à réaliser les plus gros profits qu’on puisse faire dans des conditions pareilles.
SECTION II. — Des améliorations foncières en général.
Les améliorations foncières qu’on peut en-