‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 354 sur 595 · RÈGLES PRATIQUES SUR LA CONSTRUCTION DES BATIMENS · texte numérisé non relu

RÈGLES PRATIQUES SUR LA CONSTRUCTION DES BATIMENS

ferme pour soutenir sans céder le poids des constructions. Plus un bâtiment aura d'élévatior ou plus la charge qui pèsera sur ses murs sera considérable, et plus aussi il faudra observer cette règle à la rigueur ; c’est faute d'y avoir égard qu’on voit si souvent des ouvrages encore neufs tomber en ruine ou éprouver des accidens fâcheux, au grand détriment des propriétaires, des locataires ou des entrepreneurs.

Quand un terrain, à une certaine profondeur, n’offre pas la résistance nécessaire , on cherche à y suppléer, soit en y battant des pilots, soit en y plaçant des grillages en bois, ou des assises de pierres plates de grande dimension qui supportent le poids des constructions.

Il est indispensable de prendre pour les fondations, une largeur plus grande que celle du mur afin d'obtenir plus de stabilité. Cette largeur peut dépasser de 5 à 6 cent. celle du mur, mais en général elle doit être proportionnelle à la hauteur ou le poids de ce mur, c’est-à-dire que plus un mur à de hauteur et plus il pèse sur les fondations, plus celles-ci auront d'empâtement. "Il est aussi nécessaire de donner à un mur en fondation une épaisseur en rapport avec la résistance du terrain et celle des matériaux qui le composent , et de se rappeler que des murs souterrains qui suppor- Lent des berceaux de caves, ou soutiennent des Lerres, exigent une force plus considérable pour résister à la poussée des terres et à celle des voûtes qui tendent à les renverser.

Les murs d'un bâtiment doivent étre élevés d'aplomb et toutes leurs parties liées et cimentées avec soin. L’éparsseur qu’il convient de leur donner varie avec leur élévation , leur largeur, la nature des matériaux ou la charge, soit en planchers ou en toiture , soit en denrées qu'ils devront supporter. Un mur à charge égale devra être d’autant plus épais que les moellons ou les pierres qui servent à le construire seront plus tendres. La forme de ces moellons influe également sur l’épaisseur ; plus ceux-ci approcheront de la forme d'un parallélipipède, et moins il sera nécessaire de donner d’épaisseur; c'est ainsi qu’on voit les murs en briques plus minces que les autres. Les qualités du mortier, contribuant aussi beaucoup à la solidité des murs, font aussi varier l'épaisseur; dans les pays où la chaux est d'excellente qualité, les murs peuvent avoir 1/5° et même 1/4 d'épaisseur de moins que dans ceux où elle est de qualité médiocre.

Roxperer a établi ainsi qu’il suit les limites entre lesquelles sont comprises les épaisseurs qu’il convient de donner aux bâtimens en maçonnerie à plusieurs étages des particuliers, savoir : pour les murs de face, 15 à 24 po.; pour les murs mitoyens, 146 à 20 po., et pour les murs de refend, 12 à 48 po.

Dans les pays humides, pour les murs en fondation, ceux des celliers et des caves, et la partie inférieure des murailles, on doit faire usage de morliers ou cimens hydrauliques au. moins pour les enduits, tant pour la conservation des constructions que pour rendre celles-ci plus saines et plus propres.

Dans la construction des murs en maçonnerie de moellons bruts, les pierres qui forment les paremens exigent des soins particuliers tant pour le choix que pour la pose ; celles qui se placent à l’intérieur demandent un peu moins d’attention.

Les murs en moellons sont plus destructibles que ceux en pierre de taille la moins dure. Un mur en moellons de 2 pi. d'épaisseur peut n’équivaloir sous le rapport de la solidité qu'à un mur en pierre de 4 pi.; mais aussi il peut coûter 4 fois moins.

Plus des bâtimens sont spacieux, plus ils doivent aussi avoir d’élévation, et dans un édifice à plusieurs

| étages ceux-ci doivent être d'autant plus élevés qu'ils

sont placés plus inférieurement; les élages supérieurs n'ont pas besoin proportionnellement d'une aussi grande élévation que les inférieurs.

Dans un édifice à plusieurs étages il est prudent de ne pas élever ceux-ct avec trop de rapidité ; le poids des parties supérieures pourrait nuire aux fondations ou aux parties inférieures, si dans celles-ci les mortiers n'avaient pas eu le temps de se durcir et de se consolider. Le temps qu'il faut laisser reposer ainsi des constructions dépend de la saison ou de la qualité des chaux; 20 à 30 jours pour chaque étage paraissent plus que suffisans.

C’est une bonne méthode, quand les toits des bâtimens d’exploitation sont couverts en chaume, d’élever de distance en distance les murs de refend au-dessus de ces toits, pour empêcher, en cas d’incendie, la commuuication du feu à toutes les parties de la ferme.

La charpente des planchers se pose ordinairement au fur et à mesure qu'on élève les murs; celie des combles, après que ceux-ci ont atteint leur hauteur totale,

Les bois employés aux constructions rurales peuvent résister de 2 manières principales aux poids qui les chargent ; savoir : verticalement et horizontalement.

Les pièces de bois de chène placées debout ou verticalement, el qui ont pour longueur moins de 12 fois leur diamètre, résistent à la pression à raison de 40 livres par ligne cariée de section horizontale; mais l'expérience a démontré que dans les constructions il était dangereux d’employer de cette façon des bois qui aient plus de 10 fois leur diamètre pour longueur, et de les chargerde plus du dixième de larésistance qu'ils peuvent supporter. Le chätaignier, le frène, le hètre et l'orme résistent à peu près autant que le chène. Les autres bois de 1/5° à 1/3 de moins.

La résistance des pièces de bois placées horizontalement est en raison directe de la largeur, et du carré de la hauteur des pieces et en raison inverse de leur longueur; ce qui démontre qu'il est plus avantageux de chercher la résistance des solives dans leur hauteur verticale que dans leur largeur.

On doit chercher à employer les diverses espèces de Lois aux services auxquelles elles sont le plus propres. Le sapin, par exemple, est préférable pour les pièces de longue portée loutes les fois qu’on craint de charger les murs, et le chène quand les pièces reçoivent des assemblages compliqués et résistans, Les gites des planchers qui reposent sur terre doivent être toujours en chène.

Il faut éviter les bâtimens trop larges qui exigent des charpentes trop longu:s, compliquées, difficiles à exécuter et dispendieuses ; 40 à 12 mèt. sont des limites au-delà desquelles on éprouve des difficultés pour se procurer des bois, et, dans les constructions rurales, il faut autant que possible adopter des plans qui n’exigent que l'emploi de bois de petit échantillon , qui sont les plus communs , à meilleur marché, et qui permettent l'emploi de bois moins résistans.

1! importe pour la solidité des bätimens que les solives principales des planchers et les fermes des toitures, portent sur les pleins des murs &\ non pas sur les vides, où elles ne trouvent pas de points d'appui suffisans.

Les toitures élevées et en pente raide sont nécessaires dans les climats pluvieux et dans ceux où la neige tombe en grande quantité et séjourne long-temps sur lesbätimens ; elles nécessitent des boisde plus fort échantillon, tant par leur plus grande étendue que pour résister aux vents qui ont sur elles plus de prise. Un tiers de la distance qui sépare les murs d'appui ou les faces opposées d'un bätiment parait eire la moindre hauteur qu’on puisse donner, dans les départemens du

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nord de la France, aux toits en tuiles et en ardoises; la moitié de cette distance est nécessaire pour l'écoulement des eaux, quand ces toits sont en chaume ou en roseaux.

La disposiuon et la construction des foyers et des tuyaux ou conduits de cheminées, exigent des soins particuliers, autant pour la solidité des bâtimens que pour prévenir les accidens du feu. En général, tous les bois doivent être assez éloignés du feu pour qu'ils ne reçoivent qu’une faible chaleur, mème par un feu continuel et soutenu. On doit éviter aussi de faire passer les tuyaux qui conduisent au dehors les produits de la combustion à travers des pièces ou greniers qui contiennent des récoltes ou des matières sèches et inflammables; si ces tuyaux traversent des toits en chaume, il est bon de les isoler de Ja paille, par des enduits épais en terre, ou mieux de couvrir aulour d’eux, un certain espace en pierres, luiles ou ardoises.

Dans tous les travaux de construction, il faut donner beaucoupd'altention a la mise en œuvre des matériaux, qui est fort importante. Des matériaux excellens et d’un prix élevé peuvent, sous la maïn d’un ouvrier inhabile, négligent ou peu délicat, ne donner que des constructions médiocres, d'une chétive apparence et d’un mauvais service, tandis qu'on peut souvent tirer un fort bon parti de matériaux inférieurs, mis en œuvre avec soin et intelligence.

En résumé, les causes combinées de la durée des bétimens sont : 1° la résistance du terrain; 2° celle des matériaux ; 5° les soins apportés à la mise en œuvre de ceux-ci; 4° enfin l'observation de loutes les conditions d'équilibre de ces matériaux, telles que les prescrivent les lois de la mécanique.

Pour la bonne et rapide exécution des travaux de construction, il est indispensable de prendre des mesures d'ordre bien entendues; ainsi, on veillera à ce que les matériaux arrivent en temps opportun à pied d'œuvre, à ce qu'ils soient déposés sur les chantiers où ils doivent recevoir des façons ultérieures , que ceux-ci soientassez spacieux pour que les travaux puissent s’exécuter sans encombre; à ce que le nombre des travailleurs soit suffisant, les travaux distribués avec assez de régularité et d'ensemble pour qu'ils ne soient pas entravésles uns par les autres, mais marchent tous avec la célérité désirable, et enfin à ce qu’il ÿ ait un bon système de surveillance qui oblige les ouvriers à mettre tous les matériaux en œuvre avec le soin et l’attention convenables, etc.

Nous terminerons ici ce que nous avons cru qu'il était utile de rappeler sur un sujet qui intéresse à un si baut point l'administrateur et en engageant les lecteurs qui désireraient avoir des notions plus étendues, à consulter les ouvrages où il a été traité avec l'étendue qu’il comporte.

4° Des citernes.

C’est une chose d’un très grand intérét dans une ferme, que de se procurer de l’eau en assez grande abondance pour tous les besoins du service, et ceux qui ont de bonnes eaux à leur disposition ne peuvent se former une idée des embarras qu'on éprouve lorsqu’on en manque; on a vu, après des sécheresses, les animaux périr de soif dans les pays où l’on ne sait pas se procurer ce précieux liquide, et quand la nature ne l'offre pas spontanément à l’agriculteur. Lorsqu'on est à proximité de courans d’eau quelconques, on doit en rapprocher autant que possible la maison de ferme; mais HFQUER est privé de cet avantage, il faut chercher par d’autres

moyens à se procurer cette ean si nécessaire à la santé et à la vie des bestiaux et pour tous les usages domestiques. Ces moyens sont les suivans :

a. Les sources naturelles qu'on recherche et dont on recueille les eaux. Quand ces eaux sont suffisamment abondantes elles procurent la plupart du temps une boisson salubre et un liquide applicable à tous les usages domestiques et agricoles; quelques constructions bien simples suffisent ordinairement pour utiliser ivs eaux sourcillantes.

b. Les étangs, mares, réservoirs, abreuvoirs artificiels placés, soil près des bâtimens, soit dans les enclos et les pâturages; nous en avons fait connaître la construction aux p. 1484 et 205.

c. Les puits, soit simples, soit artésiens. Les 1°" doivent ètre creusés assez profondément pour qu'ils ne soient pas à sec dans la saison de l’année où l’on en a le plus urgent besoin. Quant aux seconds, il ne faut en entreprendre le percement que lorsqu'on aura la certitude d'après des expériences faites antérieurement dans le pays ou d’après des connaissances géologiques précises du terrain à forer, qu’on pourra se procurer, sans des frais trop considérables, des eaux jaillissantes el que ces eaux seront propres aux divers usages agri— coles. Le sondage, par le procédé chinois ou par percussion, introduit avec succès en France par M. Sec- LIGUE, paraissant être plus économique, mérilera dans ce cas la préférence.

d, Les citernes. Ce sont des lieux souterrains et voûtés, construils pour servir de réservoirs aux eaux de pluie qui tombent sur les toitures. Ces eaux sont recueillies à mesure qu’elles coulent des toits dans des gouuieres qui règnent à l’entour des bâtimens et qui les conduisent dans la citerne. Ces goultières ont l’avantage de préserver le pied des bâtimens des dégradations que leur causent toujours les eaux qui dégoultent des toitures.

Chaque pays où les citernes sont en usage a une méthode différente pour les construire ; dans les uns on les bâtit en béton, dans d'autres en maçonnerie ordinaire, en briques, en cendrée de Tournai, etc. Le meilleur mode de construction est la maçonnerie en pierres de construction ordinaire, de bonne qualité, cimentée avec du mortier de chaux hydraulique ou enduite de mastic bitumineux ou de ciment durcissant et faisant corps dans l'eau.

Une citerne doit étre placée dans un lieu à l’abri des rayons du soleil ; si ce sont des arbres qui l’abritent il faut les éloigner suffisamment pour que les feuilles ne puissent tomber dans ses eaux; les bords en seront assez élevés au-dessus du sol pour que les animaux ne puissent ÿ tomber; son entrée ou son ouverture sera tournée du côté du nord; elle sera souterraine pour que les rigueurs de l'hiver n’y gèlent pas l’eau et que les chaleurs de l’été ne causent pas la corruption de ce liquide ou une évaporation considérable.

Pour construire une citerne de forme ronde ou rectangulaire, on creuse d’abord le sol à la profondeur voulue, on l'affermi! en le battant, on y établit une couche de sable, puis une bonne couche de glaise bien corroyée, on pave ensuite ou l'on dalle à mortier de chaux hydraulique ou au ciment ; on élève ensuite les murs à la hauteur déterminée, puis on construit la vole en ménageant les ouvertures nécessaires pour puiser l'eau et descendre dans la citerne quand on veut l’inspecter, la nettoyer ou donner l'air nécessaire pour que l'eau ne s’altère pas. Lorsque les murs sont élevés, on les glaise en dehors et enfin on bat la terre qui recouvre le tout.

Ordinairement l’eau qui découle des toitures est

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