LIV. Vii
l'achat ou l'éducation des bêtes de trait sont, toutes circonstances égales d’ailleurs, beaucoup plus élevées, jusqu’à 2 et même 3 fois davantage, pour un chevalque pour un bœuf, et cette différence déjà fort importante pour nos agriculteurs dont le capital d'exploitation est trop souveut très borné et généralement insuffisant , le devient encore plus par les intérêts deces sommes qui accroissent d'une manière permanente le prix du travail du 4er de ces animaux ; cependant, nous croyons utile de faire observer que les bœufs de trait ne sont à bon marché que parce que leur usage est peu répandu, et qu’aussitôt que les agriculteurs les demanderont en grand nombre dans uncanton, la concurrence portera bientôt leur valeur à un prix capable de balancer ou d'annuler peutêtre les avantages qu’on trouve dans leur emploi.
(ë) Fonds d'amortissement ou prime annuelle qui doit servir à rétablir le capital primitif d'achat quand les animaux auront péri ou seront hors de service. On peut supposer que le cheval commence à travailler à 4 ans, et qu'il est hors de service à 12, et établir par conséquent celte primeannuelle au 8° du capital ou environ 12 p. 0/0. Quant au bœuf qu’on fait travailler à 5 ans et qu'on réforme à 8 ou 10, 1 n’y a la plupart du temps rien à porter au prix de son travail pour cette prime, parce qu'on le revend au mêmetaux oùon l’achète ; souvent même ce taux étant supérieur, l’excédant vient encore en déduction du prix de son travail; mais c’est un désavantage d’être obligé tous les 4 à 5 ans de renouveler les bœufs de trait et de dresser des attelages.
(c) Prix d'assurance sur la vie des animaux. Cette prime, destinée à faire face aux sinistres, tels qu’épizooties , mort subite , maladies , blessures et accidents graves, est en général basée sur la valeur capitale des animaux et moindre pour le bœuf que pour le cheval. Le 1er, étant d'un tempérament plus rustique, est moins exposé aux maladies et au danger de périr, La prime d'assurance peut s'élever de 1/2 à 1 p. 0/0 du capital, quand ce sont des compagnies d’assurances qui prennent à leur charge tous les risques à 4 et à 5 p.0/0 pour le bœuf et 7 à 8 et plus pour le cheval quand il faut soi-même supporter les chances de cetteassurance.
(d) Frais de logement. Ces frais se composent, ainsi que nous l’avons déjà vu p. 346 et 412, du loyer des écuries, étables, magasins à fourrages et autres bätimens à l’usage des animaux , ainsi que de celui des hangars où sont déposés les instrumens et machines avec lesquels ils travaillent, Sous le rapport du logement, un bœuf de trait n'ayant besoin que de 56 pi. car., tandis qu’il en faut 75 pour un cheval, les frais de son logement sont moindres que pour ce. dernier. Ses équipages et instrumens occupent aussi moins de place.
(e) Intérêts à 5 p. 0/0 des sommes employées à l'acquisition des objets mobiliers à l’usage des bêtes de trait, tels que harnaïs et objets de sellerie, ustensiles d'écurie ou d'étable, et instrumens et machines avec lesquels les animaux opèrent. Les sommes mises ainsi en avant par tête d’animal, dans l’organisation d’une ferme, sort infiniment variables suivant la nature de l'exploitation , les travaux qu’on y exécute, le nombre de bêtes qu’on attelle à chaque machine , le mode d'attelage ou de harnachement des animaux, etc. Afin de denner une idée des calculs qu’il est nécessaire d’effectuer pour fixer le chiffre des intérêts qui figurent pour les objets désignés ci-dessus dans le prix du travail des bêtes de trait, nous allons présenter des exemples en supposant qu'il s’agit d'établir ce chiffre pour un cheval de labour et pour un bœuf de trait, pourvus de tout ce qui est nécessaire au service auquel ils sont des. tinés et dans un établissement où les travaux sont distribués avec régularité et économie et où on w’attelle
jamais plus de 2 bêtes,
4 Un cheval de labour exige les objets suivans, estimés à un prix moyen nécessairement variable pour chaque localité.
fr.
1 collier avec dossière el traitsenfer. «+ + 4 50 1 bride, chaïnette, mors, bridon et guides en cordeau. . . . + + + + + 16 1 sellette et avaloir à 18 fr. pour 2 chevaux: par cheval . + . + + + + 9 1 chariot à 2 bêtes, à essieu en fer et son attirail à 400 fr; par cheval. + + + 209 1 charrue de Roville avec bâtis et versoir en fonte, soc en acier et talon de rechange à 68 fr.; par cheval. . + + + + : 34 1 extirpateur à pieds fixes et socs en acier à 80 fr.; par cheval. . . + + + + 40 1 houe à cheval avec 4 pieds et regulateur à 48 fr.; parcheval . . . + » 24 1 herse à losange à dents de fer pour 2 bêtes, avec sa chaine et crochets à 46 fr.; par cheval. . . . + + + 23 1 Rouleau en pierre etsa limonière. . : 40 Objets divers de remise, tels que chèvre à graisser les roues, crics , sabot et chaine d'enrayage, etc.; par cheval. . «+ + - 8 Objets divers d’ecurie ; coffre à avoine , hache-paille, ustensiles de pansement, vans, Seaux, sacs, mesures à avOie ne, pelles, fourches, etc.; par cheval. . . , . 23 Objetsdivers pour magasin à fourrage, silos à racines, etc. . . . CLR 3 Total du prix des objets mobiliers — à l'usage d’un cheval. . CA au So 470 Intérêts de cette somme à 5 p. 0/ par an. : - : * 2 S ds 23,50
20 Un bœuf de trait travaillant toute l’année et employé à tous les travaux de la ferme a besoin des objets mobiliers suivans :
1 joug avec lous ses accessoires. . + + + 9 1 chariot avec essieu en fer à 400fr.; parbœuf. . A de liver, 200
par Mieuf. SU UE st vs
1 charrue à 68 fr.; 34 1extirpateur à 80 fr.; par bœuf. , . + . 40 1 houe à 48 fr; par bœuf. SHARE 24 Objets de remise, de magasin à fourra- à ge, de silos à racines, elc.; par bœuf. . . . . 8 Objets d’étable, eic. NES - 15 Total du prix des objets mobiliers à Pusage'd'an bœnf de trait... . . . . , . 33e Intérêts de cette somme à 5 p. 0/0. . . . 16,50
f) Prime pour dépérissement et renouvellement des objets mobiliers ci-dessus. Les frais d’entretien et de renouvellement, surtout des véhicules et des instrumens d'agriculture, sont variables suivant la qualité et la nature du sol, la viabilité des chemins et la bonne construction de ces objets. Dans les circonstances ordinaires, l'expérience a prouvé qu'on pouvait les évaluer à 25 p. 0/0 du capital, ce qui ferait, dans les exemples cités ci dessus , 417 fr. 50 c. pour les objets à l’usage d’un cheval, et 82 fr. 50 c. pour ceux à l’usage d’un bœuf. Dans les sols compactes, tenaces, remplis de pierres ou autres obstacles, et quand les objets sont mal construits, ces frais peuvent s’élever à 33 p. 0/0 et même davantage dans les établissemens où on n’établit pas un bon mode d'organisation de surveillance. Au reste, dans cette somme peut être comprise un prime de 1/4 à 1/2 pour 0/0 de la valeur desdits objets pour frais d'assurance contre l'incendie.
(g) Ferrure, soins du vétérinaire, médicamens. Les bœufsdont on veut tirer un travail constant et qu’on emploie à des charrois doivent être ferrés des 4 pieds. On peut évaluer, selon les circonstances , cette ferrure ainsi que les frais du vétérinaire et des médicamens, à
25 fr. environ pour un cheval et à 18 ou 20 fr. pour ua bœuf,
COMPOSITION DES ATTELAGES
(4) Éclairage des écuries ou élables, assærnissement de ces bâtimens et des objets mobiliers à l’usage des animaux, graisse ou vieux-oing pour les instrumens roulans , etc. Ces sommes sont à peu près les mêmes pour un cheval et pour un bœuf, et peuvent s’élever en moyenne à 5 et 6 fr. par an pour lun ou l’autre.
(?) Salaire, nourriture et entretien des serviteurs chargés du soin des animaux. Un aide uniquement chargé de soigner et panser les bêtes de trait, d’aller chercher, de hacher, cuire et distribuer leur nourriture , peut aisément gouverner ainsi 8 à 10 chevaux ou 42 à 15 bœufs de trait, nourris pendant toute l’année à l'écurie ou à l’étable. En supposant 8 des 1°" et 12 des seconds, et qu'un aide pour ce service revient à 420 fr. par an (voy. p. 400, on voit qu’il faudra porter au compte du prix de travail des animaux 52 fr. 80 c. pour un cheval, et 35 fr. pour un bœuf. On comprend que le mode d'alimentation, les soins plus ou moins attentifs qu’on donne aux bètes et le prix auquel re. vient le travail des aides, etc., apportent des modifications nombreuses dans le chiffre que nous venons de donner pour exemple.
(4) Nourriture et litiére. Le prix de la nourriture est l'objet qui, dans les frais qu'occasionne le travail d’un animal, apporte dans ceux-ci les différences les plus remarquables, Ce prix peut varier de cent manières diverses, suivant le régimequ’on fait suivre aux animaux et le mode d'alimentation auquel on les soumet, ainsi que suivant les localités et les circonstances. Le mode d'alimentation lui-même est aussi modifié dans un même lieu par suite de la mobilité des prix du marché, et suivant les saisons, les travaux et surtout l'économie que peut procurer telle ou telle combinaison. En effet, d’après les règles d’une bonneadministration, la nourriture des bêtes de trait doit être réglée de telle façon qu’elle revienne au prix le plus modéré possible, mais elle doit en même temps satisfaire à la condition d’être saine, abondante, substantielle et proportionnée à la quantité de travail qu'on exige des animaux. C’est une grave erreur de croire qu’en nourrissant les bêtes de trait avec parcimonie et avec des alimens peu riches en matière réparatrice on fasse une économie sur le prix de leur travail; loin de là, ce travail devient ainsi fort dispendieux. Ainsi , dans les fermes où l’on suit encore l’assolement triennal avec jachère complète, on regarde comme une économie de nourrir les bœufs de trait uniquement avec de la paille, et de les laisser dans l'inaction; mais ces animaux maigrissent peu à peu, s’affaiblissent et ne sont plus capables de grands efforts lors du retour de la saison des travaux, de sorte que cette nourriture peu substantielle et d'stribuée d’une main avare n’a donné cependant aucun profit à l’agriculteur puisqu’elle n’a produit ni travail, ni chair, ni graisse, et que le fumier qu'elle a procuré a été en petite quantité et de qualité très médiocre.
En général le bœuf est moins difficile que le cheval sur le choix des alimens , et sa nourritue peut très bien se composer de substances plus grossières et d’un prix moins élevé; mais si on veut entretenir sa santé et sa vigueur, et surtout si on se propose de le soumettre à des travaux extraordinaires où d’en obtenir la même quantité de travail que d’un cheval, il est nécessaire que cette nourriture devienne substantielle : il ne serait pas raisonnable d’exiger de bœufs nourris de paille ou d'herbe verte seulement autant de travail que de chevaux nourris de bon foin et d'avoine. Sous ce point de vue, la différence dans les frais qu'occasionne l'alimentation n'est pas aussi considérable pour les 2 espèces qu’on est généralement porté à le croire; toutefois, à force égale dans les animaux, cetie différence parait être constamment en faveur :'u bœuf.
Nous n'essaierons pas te calculer le prix du travail
des bètes de trait dans tous les modes possibles d’alimentation, parce qu'un pareil travail n'aurait qu’une médiocre utilité pratique; mais nous croyons qu’il est au moins essentiel de présenter un exemple de la manière d'opérer dans ce cas, parce que cet exemple nous servira plus loin à établir la mesure économique du 1ravail des animaux. Nous supposons ici que les bétesdetrait pour lesquelles il s’agit de calculer les frais de nourriture et de litière sont nourries constamment à l'écurie ou à l'étable, qu’on exige d'elles un travail soutenu et énergique pendant tout le cours de l’année, et que leur nourriture est suffisamment abondante et réparatrice pour entretenir leur santé et leur vigueur.
Exemple du calcul des frais de la nourriture etde la litière d’un cheval de taille moyenne, de 225 à 250 kil.
fr: € Foin, 10 kil. par jour, ou 36,50 quint.
ét. paran,aGf. lequint. . . . . . 219 Avoine, 6 lit. par jour ou 22 hect. par an, à 7 f. l'hect. POUR ANT tie 154 Paille hachée ou brute pour aliment, 5 kil. par jour ou 18,25 quint. mel. par an AU 65/C. Jerquint. NN UE 30 15 Son pour eau blanche, recoupetteÿtele 1/2 hect 00 - NN Eee 1 25 Fotal du prix dela nour. d'un cheval. 404,40 Paille pour litiere, 2 1/2kil. par jour, ou 9,12 quint. met. paran,à 1fr.65c. . . 15,10 Total du prix de lanourriture et de la litiére d’un cheval. . . Sr le 419,50
Exemple du calcul des frais de la nourriture et de la litière d’un bœuf'de 350 à 400 kil., et nourri toute l'année à l’étable.
Nourriture d'ete.
l'refle vert , 56 kil. par jour équivalents fr. c. a 14 kil. de trèfle sec; pendant 5 mois où 150 jours,21 quint.met.à 4 f.le quint. . . 84 Paille de froment, 2 1/2 kil. par jour, ou pour 150 jours, 3,75 quint. m.a1f.65. ,. . 6 20
Sel, 25 gramm, par jour, ou 3,75 kil.
pour 150 jours, à 35 c. le kil. . 1 30 Nourriture d'hiver.
Pommes de terre, ? kil. par jour. ou 42 quint. met. pour 215 jours, a2 fr. 50 c le: Gint EE 0 CC COPAINS 105 Paille de froment, de seigle ou d’avoine, 5 kil. par jour, ou 10,75 quint. met.
pour 215 jours, à 1 fr.65 c.le quint. , , 22 90 Foin,2 1/2 kil. par jour, ou 5,40 quint.
met. pour 215 jours, a 6 fr. le quint. . . . 32 40 Totai du prix de la nourr. d’un bœuf. , . 251 80 Paille pour litière, 3 kil. par jour, ou 11 quint. mel. par an, à 1 fr. 65 ©. . . . 18 Total du prix de la nourriture et de la litière d'un bœuf detrait. . 269 80
(2) Fumiers. Les bêtes de trait ne paient pas uniquement par du travail leur nourriture et les soins qu’on leur donne ; elles remboursent encore une partie des avances qu'on a fait pour cet objet par des fumiers qui ont une valeur importante pour l'agriculteur. La quantité de fumier que fournissent annuellement un cheval ou un bœuf de travail dépend de leur race, de leur taille, de la quantité ou poids et de la qualité des alimens qu’on leur fait consommer.
Dans un autre chapitre nous nous occuperons d'établir le rapport en poids du fumier produit aux alimens consommés ; il nous suflira de dire ici, pour l'objet que nousavonsen vue, que cerapportest terme moyen de2,3, c’est-à-dire que si on suppose qu’on ait fait consommer à un animal 4 kil. par exemple d’alimens, la quan-