LIV. Val
Depuis environ 40 années l'éducation des bêtes à laine a fait, dans la majeure partie de l’Europe, d'immenses progrès et pris un très grand développement, sans qu’il soit toutefois eucore permis de célerminer d’une manière aussi précise que pour les races de gros bétailles avantages qu’on peut recueillir en élevant des troupeaux de moutons de tel ou tel degré de finesse ; c’est un sujet dans la discussion duquel nous ne devons pas entrer et pour lequel nous renvoyons aux nombreux ouvrages où les plus habiles agriculteurs de tous les pays ont consignés les fruits de leur expérience dans ce genre de spéculation. Ici nous nous contenterons d’un coup d'œil rapide sur les produits que donnent les troupeaux de moutons et sur les conditions générales qui paraissent les plus nécessaires pour les faire prospérer et en tirer le produit le plus élevé.
Un troupeau demoutons fournit de la laine, des élèves et des bêtes de boucherie; 11 procure en outre des engrais, et dans plusieurs contrées on entire du lait.
La laine est le produit qu’on a le plus généralement en vue quand on se livre à l’éducation des moutons; c’est une denrée qu'on ne recueille qu’une fois chaque année ; qui a ses marchés, ses voies d'écoulement et ses courtiers spéciaux et dont la valeur, sans cesse flottante, varie souvent en peu de temps dans des limites fort étendues. Ces variations paraissent dues en général à la multiplicalion des troupeaux d’une certaine race, au-delà des besoins du pays, aux spéculations des marchands ou des courtiers de cette denrée, aux importations de l'étranger, à l’activité des industries manufacturières ou autres qni consomment la laine, enfin à des changemens dans le goût ou les habitudes des consommateurs, toutes circonstances qui peuvent déjouer toutes les prévisions, rendre erronés tous les calculs de l'administrateur, lui causer des pertes et apporter de graves perturbations dans l’économie d’un établissement rural. La laine est d’une conservation assez difficile, et elle ne trouve pas un marché constamment ouvert où on puisse l’écouler à vo- Jonté; elle peut être transportée au loin et offre même ceci de désavantageux qu’elle peut être importée de toutes les parties du globe, et qu'il est des pays où on peut la produire à si bon compte que l’agriculture française, malgré des droits protecteurs, a peine à soutenir la concurrence avec certains producteurs étrangers.
Il existe et on peut créer des troupeaux dont les laines diffèrent les unes des autres par la finesse, l'égalité du brin, l’élasticité, le moelleux, la souplesse, la longueur, le nerf, l'éclat, la couleur et le geure de fabrication auquelelles sont propres. C’est parmi ce nombreinfini de variétés qu’un administrateur doit faive un choix; mais il ne doit pas s’en laisser imposer par leprix élevé des laines de 1"° qualité, parce qu’il est possible que des troupeaux couverts des toisons les plus fines et dont les bêtes ne fournissent la plupart du temps qu’une quantité de laine peu considérabie et qui réclament en général des soins bien plus attentifs soient en définitive d’un-produit moins avantageux que des moutons à laine plus grossière, à Loisons Inieux fouruies, d’une
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santé plus robuste et d’un prix plus élevé comme bêtes de boucherie.
La vente des élèves dans l’éducation des bétes à laine fine ou dans la formation de races nouvelles a présenté, depuis un certain nombre d'années, des profits fort élevés, mais c’est le genre de spéculation qui, aussi, a exigé les plus fortes avances capitales, les connaissances théoriques les plus étendues et la pratique la plus éclairée. Aujourd’hui qu'il s’est formé dans presque tous les pays de nombreux troupeaux, dont la laine offre tous les degrés de finesse et toutes les qualités que réclame l’industrie manufacturière, la vente des élèves est devenue de moins en moins lucrative et semble devoir rentrer dans les rangs des spéculations ordinaires de l’agriculture.
Les bêtes grasses ou de boucherie; c’est une spéculation à laquelle on peut se livrer avec profit dans toutes les localités ; la viande du mouton étant d’un usage général et son suif et sa peau fort employés dans les arts. D’ailleurs, les animaux gras peuvent être transportés à de grandes distances et on les fait voyager à plus de 100 lieues pour l’approvisionnement de Paris.
Le lait des brebis est un produit sans importance et qui n’a quelque valeur que dans les races communes, qu’on soumet quelquefois à la mulsion, soit pour la consommation du ménage, soit pour en fabriquer des fromages où il entre seul, comme ceux qu’on fabrique aux environs de Montpellier, soit mélangé à celui de vache ou de chèvre, ainsi que cela se pratique pour les fromages de Sassenage et de Roquefort. ë
Les bêtes à laine donnent un fumier plus sec, plus solide que celui des bêtes à cornes et qui ne contient, indépendamment des urines qui sont moindres, suivant M. BLock, que 66 p. 0/0 de parties aqueuses ; ce qui fait qu'il se mêle moins bien avec la litière et supporte moins de celle-ci; mais aussi il est plus concentré, possède sous un même volume plus de matière fertilisante, est plus actif, moins durable et rembourse par conséquent plus promptement les avances qu’il a fallu faire pour ie produire. Il convient surtout aux sols froids etcompactes, quoiqu’on puisse, quandil est convenablement travaillé, l’employer sur tous les terrains. On a cru remarquer aussi qu’il n’est pas propre à toutes les cultures et qu'il donne, par exemple, un orge qui convient peu pour les brasseries, un froment qu’on ne pent employer dans la boulangerie fine ou la pâtisserie, et des betteraves qui contiennent une moins grande proportion de sucre.
L'éducation des bêtes à laine réussit le mieux dans les pays élevés ou montagneux, sur des sols légers, secs, maigres et même arides et dans un climat exempt d'humidité. On les voit prospérer là où l'herbe est courte, peu chargée de parties aqueuses et se contenter même des pâturages maigres des forêts de bouleaux, de chênes et d’arbres résineux. En général, les prairies basses et humides leur sont nuisibles et leur occasionnent des maladies mortelles. Moins robustes que les bêtes à cornes, elles s’accomodent aussi moins bien que celles-ci de lastabulation permanente, et ont besoin de plus d’air et d'exercice et d’une nour-