‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 427 sur 595 · CONSIDÈRATION SUR LE CHOIX D'UN PLAN DE CULTURE · texte numérisé non relu

CONSIDÈRATION SUR LE CHOIX D'UN PLAN DE CULTURE

ces caractères, et que des hommes, des agimaux, des | sur ce sujet pourraient entrainer à des conséq ; ÿ

usines, des manufactures, des fabriques, des commerçans qui trafiquent avec les pays étrangers, y consomment plus de denrées et une plus grande variélé de produits agricoles.

Sovs le point de vue commercial, il importe encore que les plantes qui entrent dans la rotation donnent, soit brutes, soit apres les transformations qu’elles ont subies entre les mains de l’agriculteur, le plus gros profit net; qu’elles soient d’une vente constante, certaine, d’un prix généralement ferme, ou quioscille dans d’étroites limites, et qu'elles puissent être vendues, la plupart du temps, aux individus les plus solvables du pays.

Enfin, certaines considérations sur l’état économique et administratif du pays peuventmotverdesaltérations dans un plan de culture, toujours néanmoins sous le point de vue commercial. Ainsi, des voies de communicalion peu nombreuses, mal entretenues, en mauvais état ; des marchés mal placés, trop éloignés, mal fréquentés; des mesures fiscales onéreuses pour certains produits, elc., peuvent tantôt faire ctablir un plan de culture où domine la production animale, tantôt ramener au contraire à la production végétale, ou faire établir entre elles un certain équilibre ou un rapport qui peut varier de bien des manières différentes ; enfin, sous ce rapport, le plan de culture doit être tel que la terre bien préparée en toute saison, soit propre à recevoir, soit des végétaux du commerce, soit des plantes destinées à la nourriture des hommes ou des animaux, et toujours disposée à se prêter dans un court délai à toutes les modifications dans le plan que nécessitent des besoins, des goûts où des habitudes nouvelles dans la population, ou des débouchés nouveaux.

6 IV. — Du mode d'aménagement.

Il ne nous resterait plus, pour compléter ce que nous avons jugé indispensable de dire sur le choix d’un système d'exploitation, qu’à parler du mode d'aménagement qu’on doit suivre dans les divers systèmes ou plans de culture qu’on se propose d’adopter. Sous ce titre, nous comprenons les divers modes ou procédés pratiques dont on peut faire choix pour conduire et diriger certaines opérations agricoles qui se présentent naturellement quand on veut mettre à exécution un plan quelconque de culture ; telles sont la détermination de l’é poque et de la manière dont on distribuera les amendemens et les engrais ; l’état dans lequel ces derniers devront se trouver au moment où on les distribuera sur les terres, leur répartition, leur enfouissage, etc. ; l’espèce de labour qu’on donnera, leur profondeur et leur nombre ; le mode et le nombre de hersages et roulages ; les diverses façons qu’on donnera aux cultures binées ou sarclées et leur nombre; l’époque où Von commencera les récoltes et les procédés employés pour les faire, etc. Mais tous ces objets appartenant plutèt à l'art agricole qu’à l'administration proprement dite , nous renverrons aux chapitres de cet ouvrage où ils ont élé traités, en rappelant loutefois qu’ils doivent tous tendre constamment vers le but unique de multiplier et de perfectionner les produits, ou d’accroitre le produit net du domaine.

SECTION II. — Considérations sur le choix d'un plan de culture.

Le choix d’un système ou d’un plan de culture peut donner lieu à des considérations si étendues, etd’unsi hautintérêt. et deserreurs

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quencessigraves,quenous regarderions Com me trop incomplets les détails qui précèdent, si nous n’y ajoutions des réflexions pleines de justesse et de prudence, que nous empruntons aux ouvrages de l’ua de nos plus célèbres agronomes, et en particulier à l'excellent mémoireque le savant directeur de Roville, après 10 années de pratique, d'expérience et d’observations, a consigné dans le 8° vol. des Annales de cet établissement, et qui est intitulé : Du succès ou des revers dans les entreprises agricoles; mémoire que nous avons déja eu plus d’une fois l’occasion de citer avec fruit.

« Ilest impossible, dit d’abord M. de Domsasze, d'avoir la prétention chimérique de tracer d'emblée, pour des terres et une localité dont on n’a pas une connaissance approfondie, un plan dans lequel on ne se permettra plus de rien modifier. On doit sans doute travailler d'après un plan arrété, et par conséquent s’en tracer un en débutant; mais la convenance de telle culture, de tel assolement, de tel procédé est liée à des considérations si variées, prises dans les propriétés du sol, dans les débouchés ou dans d’autres circonstances locales, que c’est seulement d’après des observations recueillies pendant un grand nombre d'années que l'on peut être assuré d’avoir attribué la part convenable à chacune de ces considérations. Jusque-là, le plan qu’on avait adopté ne peut être considéré que comme un canevas destiné à recevoir de nouvelles combinaisons, dont l'expérience et les observations de chaque jour font reconnaitre l'utilité. On peut même dire que plus l’art fait de progrès, plus on voit s’accroitre le nombre des combinaisons que peut admettre la pratique ; et plus aussi il faut d’études et d’observations pour appliquer à chaque localité la combinaison qui lui convient le mieux.

« C'est presque toujours des débuts que dépend le succès dans une entreprise d'agriculture, pirce que, s’ils ont entrainé des pertes considérables, il n’arrivera presque jamais que l’homme, qui les a éprouvées, persiste à vouloir utiliser du moins l’expérience qu’il a acquise si chèrement, en supposant même que ces pertes ne l'aient pas placé dans l'impossibilité de chercher une meilleure route. Il serait donc bien important que chacun püt trouver un système de culture, non pas le meilleur possible, mais néanmoins applicable aux circonstances dans lesquelles il se trouve placé, et d'ailleurs simple, d’une exécution facile, exigeant peu d'avances et par conséquent ne pouvant entrainer que des pertes peu importantes. On s’attacherait pendant quelque temps à ce mode de culture ; l’homme auquel manquent les con naissances du métier pourrait les acquérir sans ‘le grands risques pour lui, pourvu qu'il veuilles'apphiquer sérieusement à observer et étudier les faits. En dirigeant ses opérations , il apprendra à connaître sa terre, les hommes à qui il a à faire, et les diverses circonstances qui doivent le déterminer dans le choix des modifications qu’il lui conviendra d'apporter à sa culture. Et même,pour un homme déjà expérimenté dans les pratiques agricoles, il est tant de considérations diverses qui doivent influer sur les déterminations qu’il prendra pour l'amélioration de son système agricole, qu’il risque de confmettre des fautes fort graves, s'il veut adopter définitivement un plan avant d’avoir étudié pendant un temps assez long les circonstances spéciales sous l’influence desquelles il doit travailler. Ainsi, pour lui aussi, le mode de culture simple et économique dont on vient de parler serait fort utile comme point de départ et comme moyen propre à étudier ces circons{an ces, sans courir le danger de compromettre par des

perles prématurées le succès des améliorations qu'on médite.

« Mais où pourra-t-on trouver, pour chaque circonslance, ce système de culture économique et simple adapté à la localité? Il ne faut pour cela ni grands efforts, ni des recherches savantes. Le système agricole communément usilé dans chag::e canton est précisément ce que nous cherchons Il n’est pas le meilleur possible, il est même souvent mauvais; mais enfin il est tel qu’on peut le suivre sans se ruiner. et même avec des bénéfices lorsqu'on s’y prend bien. D’ailleurs, tout ne sera pas mauvais sans doute dans le détail des pratiques diverses dont l’ensemble compose ce système; la routine est aveugle, mais quelquefois, en cherchant à tâtons , elle a trouvé le bon chemin de certaines opérations ; et il serait aussi peu rationnel üe proscrire un procédé, parce qu'il est celui des routiniers, que d'en condamner un autre d’avance, parce qu'il est irusité dans la localité. Mais ce n’est qu'après avoir appris par l’expérience à reconnaitre les avantages ou les inconvéniens des diverses praliques, qu'on pourra prendre une sage détermination pour abandonner, conserver ou modifier chacune d'elles.

« Je n’hésite donc pas à dire que , pour l’homme encore novice dans la pratique de l'agriculture, et souvent aussi pour celui qui n'est pas étranger à cet art, le système agricole ordinaire du canton où l'on projette d’introduire une culiure perfectionnée doit former le pornt de départ, et la route à laquelle on doit s’assujettir pendant un temps plus où moins long. Au total , si un propriélaire fait valoir pendant queiques années son domaine selon les méthodes ordinaires du pays , les pertes dont il court risque ne dépassent pas la limite des sacrifices qu'il peut consentir à faire pour acquérir dans les pratiques du métier les connaissances qui lui sont indispensables pour s’élever ensuite à des procédés moins imparfaits; tandis que les pertes réellement graves qui compromettent la fortune d'un agriculteur sont celles qui frappent sur les capitaux, et auxquelles on s'expose loutes les fois qu'on met dehors des sommes considérables avant d’avoir acquis les connaissances de pratique nécessaires pour en diriger utilement l’emploi.

« Si un propriétaire se détermine à faire valoir son domaine avec l’inteution de procéder aux améliorations avec sagesse et lenteur , et en commençant par suivre lesméthodes du canton qu'il habite , son attention devra se diriger dés le début, et pendant plusieurs années, sur quelques points fort essentiels parmi lesquels il est nécessaire d'indiquer les plus importans.

« La production des engrais es le 1** objet qui doit fixer l’attention de l'homme qui songe à une culture améliorée ; car presque partout c’est le défaut d'engrais qui forme Île principal obstacle à toute amélioration. En suivant la méthode du pays , on ne pourra augmenter la masse des engrais que dans des limites très restreintes; cependant on pourra mieux placer et soigner le tas de fumier , éviter la perte des urines ainsi que du purin qui s'écoule du tas , recueillir avec plus de soin les substances qui peuvent être ajoutées au fumier, et obtenir par le seul effet de ces soins une augmentation d’une certaine importance dans la masse des engrais ; mais c'est de l’augmentation dans le nombre des bestiaux ,et surtout de l’accroissement dans la quantité de fourrages, quel’on doit seulementattendre de grandes améliorations sous ce rapport. Presque partout il est impossible d’atteindre ce but sans s’écarter de la méthode ordinaire de culture, mais le propriétaire doit prévoir dés le début que c’est vers ce point qu’il devra diriger ses {res améliorations, et faire ses dispositions de manière à l’atteindre avec certitude. En conséquence, il sera convenable qu’il cherche à s'assurer, par des erpériences faites sur une très petite échelle,

du degré de réussite qu’il peut espérer de la culture de diverses plantes à fourrage sur le sol qu’il cultive, et sur les différentes natures de terrains qui peuvent le composer. Ces expériences sont peu coûteuses lorsqu'on les borne à la semaille de quelques livres, ou même de quelques onces de graines, et, en variant le mode de culture , les époques de l’ensemencement, on arrivera dans un petit nombre d’années à connaitre avec certitude si l’on peut cultiver avec succès, dans chaque espèce de terrain, le trèfle, le sainfoin , la luzerne , les vesces, les betteraves, les pommes de terre, les navets, etc. »

« Lorsqu'on se sera assuré par des moyens de ce genre de la production d'un supplément de fourrage, un des points qui doivent attirer la plus sérieuse attention de la part du cultivateur, est le choix du genre de bétail par lequel il fera consommer ses fourrages. et qui preduira le fumier dont i! a besoin, Chaque genre de besüaux peut donner lieu à des spéculations fort diverses; mais en général ce n'est que dans un avenir éloigné qu'un cultivateur débutant doit s'oceuper de faire un choix entre toutes les combinaisons qui peuvent présenter des chances de bénéfices. Il est bon qu’il y pense souvent . qu’il recherche avec soin toutes les données qui peuvent l'éclairer sur ce choix ; mais pendant plusieurs années il fera bien de s’attacher à la spéculation qui est considérée comme la plus profitable dans le canton. Dès qu'il aura un supplément en fourrage arüficiel, il pourra agrandir le cercle de cette spéculation, en augmentant le nombrede ses bestiaux. ou seulement en nourrissant mieux ceux qu'il entretient ; et, dans un cas comme dans l’autre, augmenter également la masse de ses fumiers ; il pourra aussi supprimer progressivement l’usage de la pâture à mesure qu'il obtiendra des fourrages pour nourrir son bétail à l'étable, et il accroîtra par là dans une proportion très considérable la production du fumier.

« Il est bien entendu qu’en s’occupant de créer des prairies artificielles, on ne négligera pas les améliorations souvent très simples et très peu coûteuses qu’on peut apporter avx prairies naturelles, souvent si négligées.

« En même temps qu’on s’occupe du soin d'accroitre la masse des fumiers, on porte son atlention vers un point bien important: la destruction, dans les terres arables, des plantes nuisibles, qui, partout où la culture est négligée les infestent au point de diminuer les récoltes dans une lorte proportion. De tous les moyens de nettoiement du sol, la jachère étant le plus efficace, le plus énergique, et, dans beaucoup de cas, le pius économique , il sera utile d’y soumettre à leur tour toutes les terres qui, par leur état de malpropreté excessive, en indiquent le besoin. Dans tous les cas, les jachères devront être très soignées, tant pour lenombre des labours que pour leur bonne exécution ; et c’est là un des points par lesquels il sera bon de commencer à s’éioigner des pratiques vicieuses et des habitudes de négligence du pays. »

« Lorsqu'un propriétairese sera assuré parles moyens indiqués l'accroissement de la masse de ses fumiers par l’augmentation du fourrage et du bétail, s’il s’est aussi livré pendant quelques années à des expériences en petit sur le succès qu’il peut attendre dans lesdiverses natures de terres qui composent son domaine de quelques autres récoltes dont la culture peutlui assurer des : avantages dans la localité, comme les plantes oléagineuses les plus communes, les racines destinées au bé-. tail, etc., il sera en mesure de créer un assolement ; c'est-à-dire, de combiner l’ordre dans lequel il doit placer alternativement les récoltes des céréales ou autres destinées à la vente, et celles dont il a besoin pour nourrir le nombre de têtes de hétail nécessaire pour lui four:

nir la quantité de fumier que réclame cet assolement. C’est une chose fort grave que le choix d’un assolement, car de toutes les combinaisons qui se présentent dans les opérations d’exploitation rurale, c’est certainement celle qui doit exercer par la suite le plus d’influence sur les succès que l’on y obtiendra. C’est par la combipaison des diverses conditions que doit remplir un assolement qu'on obtiendra dans un terrain donné, et à l'aide de l'assolement qui lui convient , le produit net le plus élevé possible; mais on conçoit qu'on ne doit espérer à trouver cette combinaison qu'au moyen de connaissances pratiques assez étendues, etd’observations faites sur le terrain même pendant un espace de temps plus ou moins long. Lorsqu'un homme, doué de quelque esprit d’observation, aura cultivé un domaime pendant quelques années ; qu'il se sera attaché à observer et à étudier toutes les circonstances qui peuvent l’éclairer sur les divers points dont il vient d’être question, son

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