‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 44 sur 595 · ROBINIER (lat. Robinia) (fig. 53).—11 y · texte numérisé non relu

ROBINIER (lat. Robinia) (fig. 53).—11 y

Fig. 53.

a environ 230 ans que le ROBINIER faux-acacia (R. pseudo-acacia, Lin.) a été introduit en France, où il est parfaitement acclimaté. Il appartient à la famille des Zégumineuses, et il est le type d’un genre nombreux en espèces, dont plusieurs sont cultivées dans les jardins d'agrément. Le robinier faux- acacia est lui-même un des plus beaux arbres qu’on puisse employer pour l’ornement des jarcs et des jardins paysagers, el les bonnes qualités de son bois le rendent recommandable comme arbre forestier. Il s'élève à 60 ou 80 pi. dehaut, sur un tronc qui peut en acquérir 8 à 12 de circonférence dans sa partie inférieure. Ses rameaux sont armés de fortes épines ; ses feuilles sont alternes, ailées, composées de 15 à 25 folioles ovales, d’un vert très-agréable. Les fleurs, qui paraissent en juin, sont papilionacées, blanches, d’une odeur suave, et disposées en belles grappes pendantes; il leur succède des gousses aplaties, renfermant plusieurs graines en forme de rein, et un peu comprimées.

Le faux-acacia se multiplie de graines et de drageons qui poussent autour des arbres d'un certain âge; mais les semis donnant dès la 1'°année des jets de 5 à 6 ae de hauteur, ce dernier moyen de multiplication est presque le seul généralement employé, parce qu'il est plus prompt et plus facile. Les graines se sèment, à la fin de l’hiver ou au comrmençcement du printemps, dans une terre

cHap. 2°.

légère et ombragée. On les arrose de temps en temps si la saison est sèche, et on les débarrasse des mauvaises herbes. À 2 ou 3 ans au plus, si on a laissé le semis en place, en ne faisant que l’éclaircir, les plus beaux sujets sont bons à être plantés à demeure. Cet arbre réussit bien dans les terres sableuses, plus sèches qu'humides : il rest pas nécessaire que le sol ait beaucoup de fond ; il suffit seulement que la superficie soit de bonne terre, parce que les racines ne pivotent pas, mais s'étendent beaucoup en tracant.

Le robinier croît bien plus rapidement que tous les bois durs qu’on pourrait lui comparer ; il n’est pas rare d’en voir qui, ayant crû dans un terrain convenable, ont 2 pieds : de circonférence à hauteur d'homme à l’âge de 15 ans le plus souvent, cependant, il faut 20 années pour les voir de cette grosseur.

Cet arbre a l'inconvénient d’être sujet à être assez souvent éclaté par les vents. On doit éviter, d’ailleurs, dele planter sur la lisière des champs cultivés, parce que ses racines traçantes nuisent aux récoltes.

Malgré la croissance rapide du robinier, son boës est fort dur et pesant ; il est jaune, avec des veines uu peu plus foncées; il a le grain fin, serré, se coupe bien au rabot, et est susceptible de prendre un beau poli, ce qui le rend propre à être employé par les menuisiers et les ébénistes. Il est aussi très-bon pour divers ouvrages de tour. Comme l'arbre devient gros, il pourrait aussi sans doute êtreemployé comme bois de charpente. Dans les Etats-Unis, ons’ensert fréquemment pour diverses parties des constructions navales.

Comme c’est un des bois qui résistent le plus à la pourriture, on l’'emploie beaucoup dans ce pays à faire des pieux et des palissades de clôtures qui durent 30 à 40 ans, exposées à toutes les alternatives de la sécheresse et de l'humidité. On peut aussi en faire des pilotis. C’est un bon bois de chauffage.

Cultivé en taillis, il est bon à couper tous les 4 à 5 ans pour faire des échalas, des cercles, et il peut donner ainsi des produits abondans et avantageux; seulement les épines qui garnissent ses tiges et ses rameaux le rendent plus difficile à exploiter. Il y a 20 et quelques années qu’on a obtenu de cette espèce une variété dépourvue d’aiguillons,qui fut nommée À. nor il serait à désirer qu'on püt la multiplier assez par marcottes pour la substituer dans les taillis à l'espèce épineuse.

Les haies et les clôtures qu'on peut faire avec cette dernière ont l'avantage d’être promptement de défense; mais elles ne valent jamais celles d’aubépine. Comme on a beaucou» semé cette espèce, on en a obtenu un assez grand nombre de variétés qui sont cultivées dans les jardins d'agrément.

Les fleurs du faux-acacia sont, dit-on, antispasmodiques; on en a préparé un sirop. On est parvenu, par une préparation particulière, à en retirer, ainsi que du bois luimême, une teinture jaune. L’écorce des tiges et des branches est émétique. Les bestiaux broutent volonters les feuilles fraiches; en les recueillant et en les faisant sécher, on peut les conserver, et les leur donner pendant l'hiver comme fourrage sec.

21. SORBIER (lat. Sorbus)— Les sorbiers sont des arbres de la famille des Rosacées, dont les fleurs ont un calice à 5 divisions, adhérant dans sa partie inférieure avec l’ovaire, 5 pétales arrondis, 20 étamines ou plus attachées sur le calice et un ovaire turbiné ou globuleux, qui devient une petite pomme globuieuse ou pyriforme à 5 loges, dans chacune desquelles se trouvent une ou deux graines. Ce genre ne renferme que 4 espèces, dont deux sont indigènes de nos forêts.

SoRBiErR des oiseaux, où Cochesne (lat. S.

aucuparia, Lin.; angl. Mountain -ash; all.

Eberesche ; ital. Sorbo).—Cette espèce ne s’élève qu’à 20 ou 30 pieds; ses feuilles sont grandes, ailées, composées de 13 à 17 folioles oblongues, dentées, légèrement pubescentes dans leur jeunesse; ses fleurs, qui se développent au mois de mai, sont blanches, nombreuses, légèrement odorantes, disposées au sommet des rameaux en un large corymbe; il leur succède des fruits arrondis de la grosseur d’une petite cerise et presque de la même couleur. Cet arbre est plutôt d’agrément que de valeur; on le plante communément dans les jardins paysagers, dont il fait l’ornement. Beaucoup d'oiseaux, comme les grives, les merles, les poules, etc., recherchent ses fruits pour s’en nourrir, et plusieurs bestiaux paraissent aussi les manger avec plaisir. Dans quelques contrées du nord on les récolte, on les met fermenter avec de l’eau, et on en compose une boisson qui n’est pas désagréable, et de laquelle on peutmème retirer de l’eau-de-vie par la distillation.

Le bois du sorbier des oiseaux est assez dur, blanchâtre; il a le grain fin, serré, se travaille facilement et se polil bien. Les tourneurs s’en servent pour divers ouvrages ; on en fait aussi des montures d'outils; mais comme il est moins commun et qu'il ne devient jamais très-gros, on lui préfère le sorbier domestique, qui réunit ces deux avantages. Il se æultiplie facilement de graines; mais le plus ordinairement fes pépiniéristes préfèrent le greffer sur l’alizier, bépine ou le néflier. Il n’est d’ailleurs pas délicat, et il vient partout où le terrain n’est pas lrop aride ou trop humide.

SorBier domestique, Vulgairement Cormie- (S. domestica, Lin.) (fig. 54).—Cette espèce s'élève à 40 ou 50 pieds; ses feuilles sont formées d’environ 15 folioles ovales-oblongues, verles en-dessus, blanchätres et velues en-dessous ; ses fleurs, petites, blanchâtres, paraissent en mai. et sont disposées, un grand nombre ensemble, sur des pédoncules rameux, et forment un corymbe terminal. Il leur succède des fruits d’abord verts, puis jaunâtres ou rougeâtres dans la parfaite maturité, ayant la forme d’une petite poire, et connus sous le nom de sorbes ou de cormes. Cet arbre eroît naturellement , en France et dans plusieurs autres contrées de l’Europe, dans les forèts ; on le cultive dans les campagnes, mais pas aussi abondamment qu’il le mériterait.

On multiplie quelquefois le cormier en le greffant sur le poirier ou sur l’'aubépine, mais les arbres venus de graines sont toujours plus beaux; il faut semer celles-ci aussilôt la parfaite maturité des fruits, ou les stratifier dans le sable jusqu’au moment où l’on fait

les semis, à la fin de l’hiver. Le cormier croît lentement; venu de pépin et élevé avec soin en pépinière, il ne sera pas propre à planter à demeure avant l’âge de 9 à 10 ans. Il n’est pas difficile sur la nature du terrain. Son bois est d’une couleur fauve ou rougeâtre, peu ou point veiné, très-dur, très-compacte et d’une grande solidité ; son grain est fin, trèsserré, et il peut recevoir un beau poli; il pése sec, le pet cube, 63 livres 12 onces. il est très-recherché des armuriers, des ébénistes, des menuisiers, des mécaniciens et des tourneurs, et est estimé pour tous les ouvrages qui supportent de grands frottemens : on en fait principalement des alluchons, des dents de roues pour les moulins, des montures de rabots et varlopes, des vis de pressoir, etc. À défaut du buis, c’est un des meilleurs bois indigènes dont on puisse se servir pour la gravure.

Fig. 54.

Avant leur parfaite maturité, les fruits du

cormier sont d’une saveur âpre et acerbe in- |

supportable, et ne sont bons à manger que lorsqu'ils ont passé quelque temps sur la paille er sont devenus blets; mais, en général, on n’en fait guère usage, si ce n’est dans les campagnes. En les mettant fermenter avec une cerlaine quantité d’eau, on eu prépare une sorte de cidre qui possède à peu près les mêmes qualités que celui fait avec des poires. Dans plusieurs cantons de l'Allemagne, on dislille ce cidre pour en retirer de l’eaude-vie.

22. SUREAU (lat. Sambucus). — De toutes les espèces connues de ce genre, une seule doit trouver place ici, c’est le Sureau noir ou le Sureau commun (S. nigra, Lin.; angl. £ldertree ; all. Schwarzer-hollunder; ital. Sambuco) (fig. 55), grand arbrisseau de la famille des Caprifohacées,dont les feuilles sont opposées, ailées, composées de 5 à 7 folioles lancéolées, dentées, d’un vert assez foncé, et dont les fleurs sont petites, très-nombreuses, blanches, disposées à l'extrémité des rameaux en un large corymbe ombelliforme , d’un

AGRICULTURE FORESTIÈRE : ARBRES ET ARDUSTES FORESTIÈRS. iv. v.

aspect très-agréable. Le fruit est une baie noirâtre , globuleuse, à une seule loge contenant trois graines. Le sureau croît naturellement en France, dans une grande partie de l’Europe et plusieurs contrées de l'Asie.

Il a produit par la culture plusieurs variétés qui sont le sureau à feuilles découpées ou de persil; le sureau à feuilles panachées de blanc

ou de jaune;et le sureau à fruits blancs où

verts. Ces variétés sont seulement cultivées dans les jardins d'agrément.

Fig. 55.

Cet arbrisseau vient assez bien partout, pourvu que le terrain ne soit pas naturellement marécageux ou trop sec. La facilité avec laquelle il reprend de boutures fait qu’on néglige le plus souvent de le multiplier par les semis ; la nature seule se charge de ce soin On le plante assez communément pour faire des haïes qui ont l’avantage de venir rapidement et de craindre peu la dent des bestiaux, ses feuilles n’étant guère de leur goût. Ses baies donnent par la fermentation et la distillation une sorte d’eau-de-vie de qualité inférieure; par une préparation plus simple

on en retire une couleur violette pour la.

teinture. Par l’infusion des fleurs de sureau dans le vin blanc ordinaire, on lui communique, dit-on, un goût de vin muscat.

On trouve rarement des sureaux ayant de grandes dimensions, parce qu’on ne les laisse guère croître qu’en buisson ou en haie; cependant quand on les élève en arbres, ils

euvent acquérir 4 à 6 pieds de circonférence à hauteur d'homme et s'élever à 20 ou 25 pieds. Le bois de sureau, quand il a un certain âge, devient assez dur, et il est bon pour le tour. Il a la couleur du buis, ce qui le fait employer à la place de ce bois pour de menus ouvrages qui n’ont pas besoin d’une grande solidité. Avec les tiges de 4 à 5 ans on fait des échalas qui durent assez longtemps. L'emploi le plus fréquent qu’on fasse

cab. 2°.

des branches de sureau dans les campagnes, c’est de les couper tous les 3 à 4 ans pour le chauffage des fours ou des foyers.

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