LIV. VII
| de frais de production. Il en scra de même si, par une
administration sage et habile, on diminue les déchets, les rebuts, les avaries, les vols, etc.; si on fait choix de travailleurs plus laborieux et plus actifs et intelligens ; si on réduit au strict nécessaire les capitaux fixés dans des objets qui ne sont productifs que d’agrément, tels que meubles somptueux , habillemens recherchés ; si on établit une rigoureuse économie dans les dépenses du ménage, elc.
D'un autre côté, si, tout en dépensant une méme valeur en services industriels, ou pour les mêmes frais de production, on parvient à créer une plus grande quantité de produits d’une même valeur que précédemment, ou des produits d’une plus haute valeur, on aura encore produit plus avantageusement, puisqu'on donnera moins pour obtenir plus, ce qui est une meilleure affaire et un marché plus profitable, C’est ainsi qu’on peut considérer comme un progrès qui équivaut à une diminution de frais de production la suppression des jachères, l’adoption d’un bon sysième d'assolement, l'éducation des races fécondes et productives de bestaux, l’amélioration et l’accroissement successit de la fertilité du sol, qui donne alors des récoltes plus abondantes qui ne coûtent pas plus de travail, etc.
Tous les efforts d’un entrepreneur doivent donc tendre sans cesse, par tous les moyens que lui suggèrent ses connaissances , sa capacilé et sa pratique, et les progrès des arts agricoles, à diminuer ses frais de production , soit en faisant une économie sur le prix des services productifs, soit, avec la même quantité de service et les mêmes frais, en obtenant des produits plus abondans et d’une plus haute valeur.
C’est l'entrepreneur qui profite d’abord de la diminution dans les frais de production qu'il parvieut à obtenir, soit par des bénéfices plus considérables , soit par un écoulement plus prompt et plus assuré de ses produits.
Si cette diminution est due à une méthode perfectionnée, à un instrument plus parfait, à un mode aiminuistratif mieux entendu, toutes choses qui peuvent avoir des imitateurs, laconcurrence, comme nous l'avons déjà äit, ne tarde pas à ramener les bénéfices au prix courant dans le pays. Mais si cette diminution est entierement due aux qualités personnelles de l'entrepreneur ; si elle réside dans sa sagacité , dans ses vastes connaissances et son expérience consommée; si elle est due à une habileté peu commune pour juger par le tact et la vue des qualités du bétail, à une aptitude toute parüculière pour l'achat et la vente des animaux, à une activité extrême et toute personnelle à l'individu, il est clair alors que l'entrepreneur peut espérer jouir long-temps de l'accroissement de bénéfices qu'il se procure ainsi par la diminution de ses frais de production.
Le calcul des frais de production est indispensable à établir toutes les fois qu’on a créé un produit et qu’on veut le porter sur le marché, afin de comparer les prix qu'on en offre aux frais qu'il a coûtés, ou pour s'assurer de la réalité et de l'étendue des profits que donne une opéralion agricole quelconque. Ce calcul suppose d'abord une connaissance parfaite de tous les élémens qui doivent y figurer, et que nous venons de faire connaitre, el ensuite une comptabilité très régulière où l'on puisse puiser ces élémens avec facilité et avec la certitude qu'ils ont toute l'exactitude nécessaire pour qu'on puisse compter sur les résultats rigoureux des calculs. Nous donncrons quelques exemples de ces calculs dans l’article qui traitera de la comptabilité et qui terminera ce litre,
CHAFr. d°.
Secriox III. — Des ventes et achats.
6 Ex. — Des principes des ventes et achats.
Un agriculteur qui produit pour son propre compte n’est pas seulement un entrepreneur d'industrie, c’est encore un marchand de denrées agricoles. qui souvent ne se contente pas de vendre ses propres denrées, mais spécule en outre sur les denrées créées par d'autres et cherche ainsi à réaliser des bénéfices en dehors de la production par des combinaisons plus ou moins heureuses suivant sa sagacité et son intelligence.
L'agriculteur doit donc, indépendamment deses connaissances dans l’indusirie qu’ilexerce, avoir l’habileté du négociant et l'expérience du marchand ; et, à ces divers litres , il imporle que celui qut administre un domaine connaisse les phénomènes sociaux qui se manifestent dans la vente et l’achat des produits de toute espèce.
La vente des produis du domaine est une des fonctions dévolues à l'administrateur. C'est Ia conclusion de toutes les opérations azricoles , celle qui complète le cercle de la production, démontre si on a conduit avec habileté ces opérations , révèle souvent les vices d’une méthode ou d’un mode d'administration, fait rentrer annuellement le capital de roulement augmenté des bénéfices industriels de l’entrepreneur, et constate enfin d’une manière préremptoire l'étendue de ces bénéfices. Mais il ne faut pas échouer au port, et, après avoir conduit toules ses opéralions avec prudence et sagacité, perdre par négligence ou par l'ignorance des premiers principes du commerce les fruiisde son travail et de son industrie. La vente des produits d’un domaine est donc une opération dans laquelle on ne saurait apporter trop de sagacité, de prudence et d’activité.
Témoins des chutes multipliées et des revers qui ont été la conséquence de spéculations entreprises par des fermiers, beaucoup d’agronomes ont fait observer que l'agriculieur prudentne devrait jamais se faire spéculateur en denrées agricoles ; que les chances dans ce genre d'industrie, qui en réalité est en dehors de L’agriculture proprement dite, étaient trop incertaines ct trop variables pour ne pas porter la perturbation dans un établissement ; queles risques qu'on court, comme toutes les choses qui présentent quelque apparence aléatoire ou d’un jeu, finissent par dominer l'esprit de celui quis'y abandorne ; que, dans cet état, un agriculteur tout entier adonné au soin de ses spéculations ne pouvait plus apporter la même activité ni la mème attention à l'exploitation de son domaine; enfin, qu’il devenait plutôt un marchand de denrées qu’un agriculteur, Ces observations nous paraissent exactes, et nous pensons aussi qu'un administrateur prudent se bornera simplement à spéculer sur les produits qu'il a créés lui-même ; celle sorte de spéculation offre déjà des chances assez multipliées sans les grossir par des achats et des ventes sur des produits autres que ceux du domaine, et sans s'exposer aux innombrables mécomptes que présentent les prix courans et les mercuriales, et la solvabilité ou la mauvaise foi des autres spéculateurs. C’est bien assez d’ailleurs que toutes les opérations de l’agriculture ne soient, pour ainsi dire, qu'une sorte de spéculation , où on achète des services productifs qu'on paie les uns en argent et les autres en nourriture, en entretien, en logement , et en soins divers ; car toute opération agricole n'est, en définitive, qu'une spéculation dont tout le secret est de donner le moins pour recevoir le plus.
Puisque dans la plupart des établissemens agricoles il y a toujours une quantité considérable de produits