‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 450 sur 595 · DES VENTES ET ACHATS · texte numérisé non relu

DES VENTES ET ACHATS

RER EEE

| créés qui ne peuvent être consommés par le maitre, les serviteurs, les bêtes de trait ou de rente, ou les fabriques industrielles, il devient indispensable de proposer ce surplus à d'autres consommateurs. Or, on ne peut abandonner à ceux-ci la jouissance ou l’usage de ces produits que s'ils consentent à donner en échange un autre produit qui convienne à l’entrepreneur. C'est cet échange de produits qu'on nomme vente et achat.

Un produit n’a de valeur échangeable qu'autant qu'il a de l'utilité aux yeux de celui qui veut acquérir; l'échange sert donc à constater la valeur d'utitié des choses. Pour comparer et évaluer l'utilité des choses on se sert ordinairement d’un certain nombre de pièces de monnaïe, parce que la monnaie est un produit dont la valeur, c’est-à-dire la quantité de chose qu’un nombre déterminé de pièces de monnaie peut acquérir, étant généralement connue, parail sous ce rapport éminement propre à ces sortes d'évaluations.

La valeur d'échange des choses est de sa nature perpétuellement variable; elle change avec les lieux ou d’an moment à l’autre, et rien ne peut la fixer définitivement parce qu'elle est fondée sur des besoins el sur des moyens de production qui peuvent varier à chaque instant, et suivant des circonstances infiniment multipliées.

Une des eauses principales qui tendent surtout à faire varier la valeur des produits dans une localité, c’est la facilité des débouchés, où moyens d'effectuer l'échange réciproque des produits créés. Les débouchés sont d’autant plus vastes, plus faciles et plus variés que les producteurs dans un pays sont plus nombreux, plus actifs, plus riches, et les objets échangeables plus variés; que la civilisation fait éprouver à la population des besoins qu’elle est par son industrie en état de satisfaire ; que les objets sont produits à moius de frais ; que les moyens de-transports y sont plus étendus, plus variés, plus sûrs et moins dispendieux; que des mesures administratives n’y entravent pas la production, la libre circulation, et la consommation des produits, etc.

$ IL. — Du prix courant et des marchés.

La quantité de monnaie pour laquelle on trouve communément à acheter ou vendre un produit quelconque constilue son prix courant. Le prix courant d’une marchandise suppose toujours, dans les transactions du commerce, une quantité fixe de cette mar— chandise et une qualité déterminée. Ainsi, quand on dit que le froment était, en février 1835, à 26 fr. sur le marché de Paris, cela signifie qu'un hect. de froment de 4r€ qualité s’échangeait contre cette somme à celle époque à la halle aux blés de Paris.

Le prix originaire d’un produit est d’abord basé sur les frais de production, et, quand ces frais de production ont déterminé le taux le. plus bas auquel la création de ce produit peut étre entreprise el poursuivie avantageusement, ce laux, combiné avec Putilité propre du produit ainsi qu'avec le nombre, la richesse, les besoins des consommateurs, détermine la quantité de ce produit que le public demande el par conséquent la quantité qu'on peut créer avec profit.

Quand un produit est cher, c'est-à-dire quand il ne peut être créé qu'avec de gros frais de production, là demande qu'on en fait est moindre, puisqu'il n'y a qu'un nombre limité de consommateurs qui peuvent le payer, et réciproquement lorsque, par des moyens perfectionnés de production, les produits barssent de prix, leur consommation s'accroit dans une proportion bien plus rapide que la diminution des prix.

Plus un produit est demandé, plus les services qu’on consomme pour sa production deviennent d'a-

bord rares et chers; aussi une demande subite plus étendue a-t-elle presque constamment pour résultat de faire élever les prix courans. Par une raison semblable, le prix d'un produit baisse généralement d'autant plus qu'il est plus offert par le producteur et mo'ns demandé par le consommateur, où que les services dont il est le résultat sont plus offerts et moins demandés.

Très souvent le prix courant des denrées agricoles éprouve d’autres influences que celle des frais de production; des circonstances politiques, l'apparence des récoltes prochaines, la crainte d’une mauvaise année ou l'espérance d’une bonne, la direction des besoins des consommateurs, la formation d'industries nouvelles, la concurrence entre les acheteurs combinée avec celle qui s'établit entre les vendeurs, la mode et l’engouement qui exercent aussi leur empire sur les denrées agricoles, etc., influent sur les quantités offertes et demandées, et par conséquent sur le rapport de l’une à l’autre qui est l'expression du prix courant. Dans tous les cas, les frais de production d’un côté et les besoins de l’autre tendent sans cesse à ramener ce rapport à son lLaux naturel.

Les économistes ont donné le nom de mar:hé à tous les endroits où l’on trouve l’écoulement ou la vente des produits dont on veut se défaire; c’est, à proprement parler, l'étendue physique de terrain sur lequel on trouve des consommateurs de ces produits : ainsi, nos départemens maritimes sont un marché actif pour la vente des chanvres, celui du Bas-Rhin pour celle de la garance, celui de la Seine pour les denrées agricoles de toute espèce, etc.

Un marché, dans le sens général de ce mot, est d’autant plus considérable ou plus étendu que l'importance et les moyens de vente ÿ sont plus considérables, plus faciles et plus multipliés. Un pays populeux et riche offre, pour tous les produits qu’on peut y vendre, un marché plus étendu qu'un pays pauvre et dépeuplé, et les grandes villes présentent partout un marché considérable pour la vente des denrés agricoles.

Des moyens de transport faciles et peu coûteux, qui permettent de faire voyager plus au loin les denrées agricoles, un service d’attelages bien organisé, etc., augmentent l'étendue du marché sur lequel on peut vendre des denrées. De mauvaises routes, l'absence de canaux de navigation, de chemins de fer, des mesures fiscales onéreuses, des attelages mal montés, l’ignorance des besoins des populations et du prix courant dans les localités environnantes, l’indolence du plus grand nombre des cultivateurs, Papathie des populations, sont autant-de causes qui tendent au contraire à restreindre l’étendue du marché.

Le poids des denrées, combiné avec leur valeur échangeable ou leur prix courant. concourt à accroitre ou à restreindre l'étendue du marché, Par exemple, une marchandise précieuse où qui a une haute valeur peut, quel que soit son poids, être transportée à une grande distance; les frais de transport ne seront toujours qu'une petite fraction de sa valeur qui se trouvera fort peu augmentée par ce déplacement. Il n’en est pas de même de la plupart des denrées agricoles, qui ont en général un grand poids et un volume souvent considérable avec une faible valeur. Il n’est pas possible, si ce n’est par les moyens les plus économiques que présentent la navigation de la mer, des rivières ou des canaux, el les chemins de fer, de les transporier à une grande distance sans augmenter d’une maniére notable leurs frais de production que les prix du transport viennent encore grossir ; leur marché est donc toujours borné à une étendue de pays assez limitée par suite de la difficulté ou du prix des transports.

Dans un sens plus restreint, on désigne par le mot

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