SAULE (lat. Sa/ix; angl. Willow; all
W'eide; ïital. Salice).— Les bolanistes comptent plus de cent espèces de saules; mais dans ce grand nombre nous ne devons nous occuper 1ci que de celles qui nous offrent de l'intérêt sous le rapport de leurs usages et de leurs propriétés. Il nous suffira de dire que ce genre comprend les extrêmes de la végétation, de grands arbres qui s’élèvent à 50 ou 60 pieds, et d’humbles arbustes dont les tiges basses et rampantes n’ont que quelques pouces de longueur; tels sont : le Saule herbacé ($. herbacea, Lin.); le S. à feuilles de serpolet(S. serpyllifolia, Willd.); le S. émoussé (S. retusa, Lin.), qui croissent sur les sommets des Alpes.
Les saules font partie de la grande famille des Æmentacées; ce sont des arbres ou des
arbustes, à feuilles alternes, entières, dont:
les fleurs, disposées sur des chatons axillaires, sont toutes mâles ou toutes femelles sur des individus différens. Ces chatons, plus ou moins alongés, sont composés de fleurs nombreuses. Leur fruit est une capsulé ovaleoblongue, à une seule loge renfermant plusieurs graines entourées à leur base par une aigrette de poils. Les espèces de ce genre croissent en général sur les bords des eaux
et dans les lieux humides des bois et des montagnes; le plus grand nombre appartient aux climats tempérés ou seplentrionaux de l’'Europe.
I. Espèces dont Les feuilles sont en général lancéolées, et les fleurs femelles à ovaires glabres.
SAULE blanc ($S. alba, Lin.). Cet arbre s’é- Fig. 63.
lève à 30 et 40 pieds ou plus, et il acquiert 6 à8 pieds de circonférence.Sesjeunes rameaux sout rougeâtres,garnis de feuilles lancéolées, soyeuses et blanchâtres des deux côtés, principalement dans leur jeunesse. Les fleurs se développent en même temps que les feuilles, le long de rameaux d’un an; les écailles des chatons sont pubescentes, et l’axe qui les porte est velu. Cette espèce se trouve le long des rivières et dans les prés humides.
SAULE osier ou Oster jaune (S. vitellina, Lin.). Cette espèce diffère de la précédente par ses rameaux d’un jaune plus ou moins foncé, et par ses feuilles plus étroites, glabres. On la trouve dans les mêmes lieux, mais elle forme un arbre moins élevé, et le plus souvent elle n’est cultivée que comme osier.
SauLE fragile ($. fragilis, Lin.). Quant au port et à la hauteur, cet arbre a beaucoup de rapports avec le saule blanc; ce qui lui est particulier, c’est que ses rameaux cassent en offrant très-peu de résistance à l’endroit de leur insertion sur les branches; ses feuilles sont d’ailleurs lancéolées, glabres et dentées. Il est en général plus commun que les deux 1'‘* espèces. :
SauLE à feuilles d'amandier(S.amygdalina, Lin.). Lorsqu'on laisse croître cet arbre en liberté, il s'élève au moins autant que le saule blanc; ses rameaux sont rougeâtres, garnis de feuilles oblongues-lancéolées, glabres et d’un beau vert en dessus, glauques en dessous, bordées de nombreuses dents. Cette espèce est moins répandue que les trois qui précèdent.
cHAP. 2.
est principalement le saule blanc et le saule fragile qu’on plante sur le bord des prairies et des pâturages dont le fond est plus ou moins humide, ou qui sont situées sur les rives des eaux courantes. Ces arbres pourraient se multiplier de graines; mais, comme ce moyen serait trop long, on nen fait jamais usage ; on n’emploie que les grosses boutures, nommées plançons, que l’on fait avec des branches de 4 à 5 ans, etayant 6 à 7 pouces de tour par le bas; on taille cette partie inférieure en bec de flûte, et on l'enfonce de 15 à 20 pouces eu terre, dans des trous faits seulement avec un gros pieu dont le bout est ariné de fer. Avec le même pieu on presse assez laterre autour du plançon, en l'enfonçant à 2 ou 3 reprises et à quelques pouces à côté, de mauière à l'empêcher de vaciller dans son trou ; enfin on le butte au pied, à la hauteur de 10 à 12 pouces, avec de la terre prise auxenvirons, et, sans autre précaution, la presque totalité de ces plançons s'enracite facilement et fait AP cuent de beaux arbres. Lorsqu'on veut élever les saules à haute tige, il faut avoir la précaution de planter les branches entières sans en retrancher le sommet: on les coupe, au contraire, à 6 ou 7 pieds quand on veut en faire des tétards.
Les émondes que l’on retire des saules sont d’un usage jourualier dans les campagnes
our le chauffage. et ce sont principalement es menues branches qui y sont employées.
Elles ne donnent en brülant qu’une médiocre chaleur ; labraise qu’elles fournissent se couvre promptement de cendres, ce qui lui fait
erdre promptement son ardeur.On fail avec es plus grosses des gaules qui servent pour palissades, échalas, etc. C’est des saules tétards qu’on retiré les plus belles. Les arbres à haute tige ne fournissent guère que de menus brins bons à brûler; mais quand ils ont une certaine grosseur, comme 3 à 4 pieds de circonférencé à hauteur d'homme, on peut les abattre pour faire du bois de travail. Le tronc des têtards, au contraire, est presque toujours pourri dans le cœur, et n’est bon à rien, si ce n’est à brûler.
Le bois du saule blanc et du saule fragile est rougeâtre ou roussâtre ; il a le grain assez fin et uni; il se travaille bien, soit à la varlope, soit au tour; on en fait principalement des sabots ; les charpentiers des campagnes s’en servent quelquefois pour solives ; les menuisiers l’emploient rarement, si ce n’est pour des ouvrages communs. Ce bois est très-léger ; il ne pése que 27 à 28 livres par pied cube. L'écorce de ces arbres est amère et astringente; on l’a quelquefois employée comme fébrifuge, à défaut de quinquina. Les chimistes modernes y ont découvertun principe particulier auquel ils ont donné le nom de salicine. Dans quelques cantons on se sert de celte écorce pour le tannage des cuirs. Au printemps, les abeilles font une abondante moisson de cire et de miel sur les fleurs de ces arbres et des autres espèces congénères.
Les vaches et les autres bestiaux aiment les feuilles des saules et les broutent avec avi-
dité. On a essayé saus succès de fabriquer des étoffes avec le duvet qui est à la base des
graines;ilést trop court pour pouvoir étrefilé.
SAULE à feuilles aiguës(sS. acutifolia, Wild).
Cet arbre est originaire des environs de la mer Caspienne; il s'élève à 20 ou 25 pieds de hauteur, et est remarquable par ses jeunes rameaux d’un violet noirâtre, à la surface desque ls se trouve une poussière ou sorte de fleur à peu près comme sur certaines prunes. Ses feuilles sont étroites, lancéolées, aiguës, dentées et glanduleuses en leurs bords. Ce saule est encore très-peu répandu; il mériterait d’être multiplié, surtout dans les oseraies, à cause de la flexibilité et de la ténacité de ses jeunes rameaux.
Sauce précoce (S. præcox, Willd.). Arbre de 30 à 40 pieds de haut, dont les jeunes ra-
meaux, d’un rouge assez foncé, paraissent
d’une couleur cendrée à cause de la poussière qui les recouvre, ainsi que dans l'espèce précedente. Ses feuilles sont lancéolées, dentées, munies d’une nervure très-prononcée; elles ne viennent qu'après les fleurs, qui sont disposées en chatons serrés et tres-velus. Ce saule croît sur le bord des eaux. dans plusieurs parties de la France, en Italie, en Allemagne, etc. Ses jeunes rameaux ont toutes les qualités propres à faire de bon osier; le bois du tronc est blanchätre, assez dur pour ce genre : il serait propre à la menuiserie.
SauLE de Babylone où pleureur (S. babylonica, Lin.). Ce saule est facile à reconnaitre: ses branches horizontales, divisées en longs rameaux grêles et pendans, lui donnent un aspect tout particulier; ses feuilles sont étroites-lancéolées, glabrés, d’un vert tendre; et ses fleurs sont disposées en chatons sréles et jaunâires. Cette espèce est originaire du Levant; on la cultive dans presque tous les jardins paysagers, à cause de l'effet pittoresque qu’elle produit.
II. Espéces dont les feuilles sontovales ou lancéolées, et les fleurs femelles à ovaires tou- Jours velus.
SAULE marceau, vulgairement arsault ou Malsault (S.capræa, Lin.). Arbre de 25 à 40
Fig. 64.
pieds, dont les rameaux sont grisatres, garnis de feuilles ovales ou arrondies, quelquefois ovales-oblongues, glabres en dessus, cotonneuses et blanchâtres en dessous. Ses fleurs, qui naissent avant les feuilles, ont les écailles de leurs chatons très-velues. Le marceau est commun dans les bois frais et hunides de la France et de la plus grande partie de l’Europe.
Cet arbre croît avec beaucoup de rapidité, surtout quand il repousse sur sa souche; il n’est pas rare alors de le voir faire, dès la 1° année, des jets de 10 à 12 pieds de haut, ce quile rend très-propre à former des taillis qu'on peut exploiter avec avantage tous les 6à 7 ans.
Le bois qu’on retire du marceau cultivé en taillis est propre à faire des échalas, des cercles, des lattes pour les vaniers, des fourches, des perches, etc.; enfin les menus brins font des bourrées qui servent dans les campagnes pour chauffer les foyers, les fours, et pour cuire la brique, la chaux, le plâtre, etc. Ce bois produit un feu clair qui n’est pas de durée et ne donne pas beaucoup de chaleur, si on le compare aux bois durs, mais d’ailleurs préférable à celai de la plupart des autres bois blancs. Comme bois de travail, celui du marceau est d'un blanc tirant au rougeûtre; il a le grain fin, serré, et est facile à travailler; il est propre à faire des sabots, des planches pour la menuiserie; on peut aussi l’employer pour les pièces de charpente intérieure, quand on en rencontre d’assez gros pour ce genre de travaux. Taillé en télard, comme le sauie blanc et le saule fragile, 1l peut de même être émondé tous les 3 à 4ans.
Il prend facilement de boutures, quand on fait celles-ci dans un lieu frais et humide : nous l’avens même planté en gros plançons de 16 à 18 pieds de longueur et de 12 pouces de tour par le bas, etila très-bien repris. Planté en petites boutures grosses comme le pouce, il est très-propre à regarnir avec économie les parties d’un taillis qui sont dépourvues de bois : il est encore bon à former des haies de clôture.
Tousles bestiaux, et surtout les chèvres, aimentles feuilles du marceau, et dans quelques cantons on lecultive exprès pour en donner la dépouille à ces animaux ; sous ce rapport, les haies de cette espèce peuvent être tondues 9 à 3 fois dans la belle saison. Enfin son écorce, amère et astringente, a été employée en médecine comme succédanée du quinquina, et dans quelques contrées on s’en serl pour le tannage des cuirs.
Le Sauce à oreillettes (S. aurita, Lin.), et le SauLE acuminé (S. acuminata, Smith), ont beaucoup de rapports avec le marceau; ils se trouvent comme lui dans les bois frais et humides; mais ils poussent avec moins de rapidité, et s'élèvent moins haut, ce qui les rend moins recommandables sous le rapport de leurs usages.
Le SAULE à feuilles soyeuses(S. holosericea, Willd.), qui se distingue du marceau par ses feuilles lancéolées, acuminées, revêtues en dessous d’un duvet très-soyeux, nous parait pouvoir rivaliser pour les produits avec ce dernier. Cette espece est d’ailleurs peu répandue,