‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre Bixio (volume 4)Chapitre 50 sur 595 · FORESTIERS INDIGÈNES · texte numérisé non relu

FORESTIERS INDIGÈNES

les, larges de 10 à 12 pouces, sont seulement inégalement dentées, mais non découpées en lobes distincts.

Toutes ces espèces ou variétés sont susceptibles de s'élever à une grande hauteur, à 80 et 100 pieds, et leur tronc peut acquérir avec les années une grosseur colossale.

Le platane d'Orient est aujourd’hui assez rare en France, surtout dans le nord; la cause qui a fait disparaitre dans cette partie de la France tous les platanes d'Orient, est une gelée tardive qui arriva il y a quelques années, et qui fit périr tous ces arbres. Depuis ce temps, on ne trouve plus à Paris et dans ses environs que le platane d’Occident et ses variétés P. acerifolia et P. cuneata. Dans le midi de la France même, le platane d'Orient est assez rare; celui d’Occident, au contraire, ne paraît pas craindre le froid, et nous engageons les propriétaires à planter ce bel arbre beaucoup plus qu’on ne l’a fait jusqu’à présent:sa croissance rapide et l'utilité de son bois ne peuvent que leur en rendre Ja plantation avantageuse.

Il faut aux platanes un terrain gras, un peu humide et qui ait beaucoup de fond; ils se plaisent surtout dans le voisinage des eaux et des rivières ; c’est là qu’ils acquièrent les plus belles dimensions.

Les platanes se multiplient de graines, de marcolites et de boutures. C’est à la fin de l'hiver ou au plus tard au commencement du printemps qu'il faut en semer les graines, dans une bonne terre bien meuble et amendée avec du terreau très-consommé. Le Jeune semis craint le froid, surtout pendant le 1°" hiver, et l’on doit le préserver des fortes gelées en le couvrant avec de la paille ou des feuilles sèches. Le platane venu de graine n’a que 6 pouces à un pied de hauteur à l’automne de sa 1'° année. et ce n’est, lorsqu'il a reçu les soins convenables en pépinière, qu’au bout de 6 à 7 ans qu’il est bon à être mis en place. La lenteur des semis fait qu'on préfère dans les pépinières multiplier les platanes par marcotltes, lesquelles en moilié moins de temps font des arbres bons à être transplantés partout où l’on veut les placer. Les boutures faites de petits rameaux reprennent facilement si on a soin de leur donner des arrosemens; mais elles croissent plus lentement que les marcottes.

Cependant la facilité avec laquelle reprennent les boutures ordinaires a fait essayer de planter des plançons ou plantards de platane de la grosseur dont on fait ordinairement ceux de saule et de peuplier. et ces plancons ont bien réussi toutes les fois qu'ils ont été placés sur le bord d’une rivière ou d’un fossé d'irrigation, et elles ont formé de beaux arbres en peu de temps.

L'usage le plus fréquent qu'on fasse des platanes, c’est de les planter en avenue, où ils doivent être espacés de 18 ou 20 pieds les uns des autres. Ces arbres produisent, par leur large et beau feuillage, un très-bon effet dans les promenades publiques, où ils donnent une ombre agréable. On peut les tailler au croissant, ainsi que l’on fait de l'orme et du tilleul. En bordures dans les prairies situées sur les bords des rivières, ils supportent d’être émondés tous les 4 à 5

38 AGRICULTURE FORESTIÈRE : ARBRES ET ARBUSTES FORESTIERS. Liv. v.

ans, et ils donnent alors de bons fagots pour le chauffage.

On a proposé de planter les platanes pour faire des taillis, et quelques essais ont prouvé l'avantage qu'on en pourrait tirer. Ces taillis poussent avec beaucoup de rapidité, lorsqu'ils ont été coupés; ils donnent, à l’automne de la 1'° année, des jets de 6 à 9 pieds de hauteur, et on peut en faire la coupe blanche tous les 5 à 6 ans.

La grosseur colossale que le tronc des platanes acquiert avec le temps l’a fait employer dans le Levant et dans l'Amérique septentrionale à faire des bateaux d’une seule pièce.

Le bois de platane est d’un tissu serré etil ressemble assez à celui du hêtre; il est comme lui d’une couleur rougeâtre claire, moucheté de petites laches plus foncées. Il passe pour être sujet à se fendre, et on lui reproche d’être facilement attaqué par les vers; mais il perd ces mauvaises qualités etacquiert une grande dureté lorsqu'avant de l’employer on a pris la précaution de le débiter en madriers et de le tenir submergé dans l’eau pendant quelque temps. Il est propre aux ouvrages de charronnage et de menuiserie. Les parties inférieures et renfiées du tronc sont surtout bonnes à faire des meubles; débitées en olanches, elles présentent souvent des mar- Bvdtes et des ronces d’un effet fort agréable. Comme bois de chauffage, les platanes brûlent en faisant une flamme vive et en donnant beaucoup de chaleur. Leurs cendres sont riches en potasse.

Au reste, les espèces de ce genre n’étant pas encore très-répandues, leur bois n’est pas non plustrès-commun dans le commerce; mais nous croyons que sous beaucoup de rapports il serait avantageux de multiplier davantage les plantations de ces arbres, en préférant le platane d'Orient dans le midi, et celui d'Occident dans le nord. Le 1° n’a pas besoin d’un terrain aussi humide que le second.

Page 1