FORETS ARTIFICIELLES ; SEMIS
élevée ni trop aride. Les semences mürissent sur la fin d'octobre, ce qui s'aperçoit à la couleur jaune et à la sécheresse de leurs membranes. Si on veut différer l'ensemencement, on nelloiera la semence et on la conservera dans du sable frais. Il faut par hectare 45 kilog. de graines non épluckées.
Semis d'érable. Les variétés d'érable, ainsi que le charme, conviennent mieux pour les laillis que pour les futaies; ils préfèrent un terrain doux, noir et de bonne qualité; mais l’érable plane vient bien dans un terrain sec et léger. La semence mürit en octobre. Quand on veut différer les semis au printemps, on conserve la semence en la stratifiant dans du sable frais. L’érable commun et l’érable plane paraissent dès le printemps : la plupart ne se montrent qu'aux seconde et troisième années. Il faut 30 kilog. de semence d'érable par h:ctare, lorsqu'on l’emploie avec ses ailes. Les grandes chaleurs et les gelées tardives nuisent beaucoup aux jeunes plants; c’est pourquoi il faut leur procurer de l’ombre et des abris dans leur première enfance. On enterre suffisamment les graines en traînant sur le terrain un fagot d’épines. Semis de bouleau. C’est un des bois les plus utiles et qui s’'accommodent le plus de toute espèce de terrains. Parmi les bouleaux américains, il y en a qui sont éminemment dignes de nos soins, comme le bouleau merisier ( Betula lenta) et le bouleau à”canot (betula papyracea) (vor. tome IV, pag. 54, 55). Les semis du bouleau présentent de grands avantages dans plusieurs circonstances : 1° oa l'élève en futaies avec d’autres espèces de bois. parmi lesqrels il se distingue par un très-grand rapport; 2° on le cultive sur les landes arides, où le chêne et le hêtre ne peuvent végéler, et où seul il forme des futaies qui se maintiennent en bon état au moyen des ensemencemens naturels et de quelques soins: 3° dans les Aauts tarllis il offre à la fois des arbres de réserve et des perches; 4° on le cultive encore dans les petits taillis
situés en bons terrains, pour en avoir des
produits rapides; 5° enfin cet arbre est cullivé avec grand avantage sur les terrains légers et impropres à la culture de toute autre espèce, et peut servir à peupler ez futare les ensablemens qui présentent le front à l’est et au nord, dès qu’on est parvenu à les fixer.
Il y à deux espèces de bouleau commun, l'une hâtive; dont la semence mürit au mois de juillet, et l’autre tardive, qui mürit au mois de septembre. Cette maturité se reconnait à la fermeté et à la couleur brune des graines renfermées dans les pelits cônes verts, d’où elles s’échappent très facilement. Elles s’échauffent très-promptement si on les met en tas étant encore fraiches. Les semis faits dès l’automne, ou en hiver sur la neige, ouau printemps suivant, sontégalement bons.
Plus tard, ils ne réussissent jamais aussi bien. On doit labourer la terre, mais sans la rendre trop meuble. On emploie par hectare 35 kilog. de cônes broyés, ce qui lait 2 kilog. de semence mêlée de 33 kilog. d’écailles.
Cette quantité suffit, vu la petilesse extraordinaire de la graine. On choisit pour faire le semis un temps calme et pluvieux. Du reste, ou ne doit pas du tout le recouvrir. Les plants
de bouleau se plaisent mieux dans les endroits découverts que dans ceux trop ombragés,
B. Bois résineux.
Cinq especes de bois résineux concourent suriout aujourd’hui à la formation des forêts. Ce sont le pin sauvage, le sapin blanc argenté, l’épicéa, le mélèze, et, dans les départemens plus méridionaux, le pin maritime.
Semis du pin sauvage. Il s'opère de deux manières , soit avec des cônes entiers, soit avec la semence épluchée et débarrassée de ses membranes. Le pin sauvage se contente des plus mauvais sables, pourvu qu'ils soient fixes; mais il croît d'autant mieux que leterrain n’est pas exposé à la sécheresse, qu'il est mêlé d’un peu de glaise, et que sa surface est recouverte de terre végétale. On prépare dès l’automne, par un labour, le terrain destiné à recevoir les semences. Quant aux sables fixes, on se contente d'y passer la herse, si toutefois on ne craint pas, par là, de leur rendre trop de mobilité. Il faut éviter soigneusement de diriger les sillons de haut en bas, parce que les eaux inonderaient et entraineraient les semences ou les jeunes plants. La semence du pin müûrit ordinairement vers le commencement d'octobre, et s'envole au printemps lorsque le temps est chaud. La récolte peut douce se fixer de la fir d'octobre jusqu'au mois d'avril. -
Semis de cônes entiers. Ils conviennent surtout pour les endroits nus et sans abris contre le soleil, ainsi que pour les plaines sablonneuses et les amas de sable restés à découvert. Il faut, par hectare de terrain absolument nu, 24 hectolitres de cônes. On peut répandre les cônes à la main dans des sillons tracés à la charrue ou à la houe. Ils s'ouvrent d'eux-mêmes et laissent échapper leurs graines, mais seulement par la surface qui touche à la terre et immédiatement autour du cône, el non par la partie supérieure. Pour rendre l’ensemencement égal, il faut, quand les cônes sont parfaitement mûrs, faire passer dessus une £erse de branchages.
Les cônes, en roulant, répandent la semence qu'ils contiennent encore, et on abandonne ensuite le succès du semis aux hasards de la température.
Semis de graines de pins épluchées. Is sont très-avantageux dans certains Cas : 1° pour remplacer, après un léger labour, les coupes dans lesquelles il ne reste pas assez de portegraines pour fournir un ensemencement suffisant ; 2° pour réensemencer, après les avoir hersés, les vides qui se trouvent dans les seuis déjà avancés en àge; 3° pour semer les endroits ensablés qui sont recouverts de broussailles, et où il est impossible de remuer les cônes qu'on y répandrait. Dans ces différens cas, on sème à la main, en se servant de trois doigts, et on emploie environ 15 kilogrammes par hectare, Mais si on sème par rayon tracé à la charrue ou à la houe, il ne faut que 5 à 6 kilog. de graines. Les semis de pins ne veulent nullement être recouverts, il faut que la semence reste à nu sur le sol.
Semis de sapins. Les semis de sapins, soit en plaine, soit sur les montagnes, réussissent trés-bien dans les terrains de bonne qualité,
LIV, V
fermes, frais, pierreux, couverts de terre végétale, exposés au nord et dans une situation fraiche et ombragée. La semence de ces arbres est contenue dans des cônes dirigés vers le ciel; elle mürit et on doit la récolter en septembre. Les écailles des cônes s’ouvrent très-facilement, et laissent tomber leurs graines ; on doit en débarrasser la graine en la passant au crible, et faire promptement cette opération, parce que cettesemence, contenant beaucoup de parties huileuses et aqueuses, ne conserve guère sa faculté germinative au-delà du printemps suivant.
Comme elle est beaucoup plus grosse que celle du pin sauvage, il en faut au moins une fois autant que de celle-là, c’est-à-dire 31 kilog. par hectare. On se contente de gratter la surface du terrain, et de répandre la semence sans l’enterrer
.Semis d'épicéa. L'épicéa n’exige pas un terrain aussi bon que le sapin argenté. Cependant il vient mal dans un terrain sec et sablonneux; il lui faut une exposition froide et élevée. Sa semence mürit vers la fin d’octobre, et il faut récolter les cônes depuis le mois de novembre jusqu’au mois de mars.
Les semis doivent toujours se faire avec de la semence épluchée, elle a l'avantage de se conserver plusieurs années. Il faut 15 kilog. de graine pure par hectare. Elle ne doit pas étre couverte.
Semis de méleze. Cet arbre, le premier des bois résineux, prospère dans les lieux élevés, froids, tempérés, ainsi que dansles plaines où il y a de la fraicheur. Les cônes se récoltent après le mois de novembre jusqu’en mars; on ne doit pas cueillir ceux qui sont vieux et vides. Il est très-difficile de les éplucher, et ceux qui en font métier détruisent souvent les germes en placant les cônes dans un four trop chaud. On répand la semence dans des sillons pratiqués à la charrue, ou dans des rayons pratiqués à la houe. Dans le dernier cas, on n’emploie que 5 à 6 kilog. de graine pure par hectare. Mais les semis de cette sorte éprouvent tant de chances contraires,
w'ilest très-préférable de planter plutôt que de semer les terrains sur lesquels on veut établir des bois de mélèze.
ART. 11. — Des plantations.
$ I°".—Des différentes sortes de plants, enlèvement, habillage.
Avant de déterminer une plantation, il faut examiner avec soin {a nature et la profondeur du sol à planter, afin de pouvoir choisir avec discernement, parmi les essences de bois qui lui conviennent, celle dont le produit deviendra le plus avantageux.
Il y a des essences qui crotssent beaucoup mieux mélangées ensemble que quand elles sont de la même espèce. Le chêne aime à être entreméêlé avec le frêne, et se plait même mieux avec les bois blancs. Telles espèces enfoncent perpendiculairement leurs racines, d’autres les étendent à la surface.
Celles-ci s’accommodent des lieux secs et élevés ; celles-là préfèrent les situations basses et humides.
Les plantations se font en Jeunes plants
élevés dans les pépinières, où arrachés dans des foréts; ou bien en jeures arbres ayant acquis en pépinière une certaine force.
Les plants élevés en pépinière sont infiniment préférables; la reprise en sera plus assurée, dans beaucoup de cas, si, après avoir été conservés un an ou deux à la place où le semis a été fait, ils ont été repiqués en lignes, où ils auront pu former un bon chevelu.
Les plants arrachés dans les bois valent encore moins qu'ils ne coûtent. Ils n’ont en général qu’un pivot ou des racines peu chevelues qui se sont fait Jour avec peine entre les racines serrées des autres arbres dans un terrain envahi et épuisé. Leur tige est maigre et étiolée, leur bois est dur et rabougri, et l'habitude qu'ils ont de vivre à l'ombre, dans la mousse et sous de grands arbres, les rend extrémement sensibles à l’action du soleil, du hâle et des vents, dans les positions ouvertes. :
Quelque espèce de plant qu’on se détermine à employer, suivant les facilités qu’on peut avoir et les convenances dont on veut profiter, l'enlèvement du plant et sa mise en place définitivesontassujettis à des précautions qui ont pour but d’en assurer la reprise et l’entier succès. l
On peut planter depuis la chute des feuilles jusqu'à leur renouvellement. Le choix de l'époque précise dépend de la nature des terrains, de l'espèce des arbres, du caractère habituel que la différence de climat et d’ex-
osition peut imprimer aux saisons, qui aCCéèrent dans un lieu le phénomène de la végétation et les retardent dans un autre.
Les arbres qui poussent de bonne heure au printemps, ou qu'on destine à des sols légers, secs et chauds, doivent être plantés en automne; ceux qui craignent les gelées, ou qu’attendent des terrains argileux et humides, réussissent mieux au prirtemps.
Il faut éviter d’arracher et de planter par un temps de gelée, ou quand l'air est sec et froid. Les racines ne doivent rester exposées à l'air que le moins possible. On retranche celies qui ont été mutilées ou froissées.
L'habillage des plants doit se borner là; il y a des ouvriers qui, par un retranchement exagéré duchevelu,remettent les plants presqu'a l’état de boutures. C’est une grande faute, et il vaudrait infiniment mieux tomber dans l’excès contraire. On aura donc grand soin de ménager la partie ligneuse des racines. Il y a des espèces d'arbres aux racines desquels on ne touche généralement point, tels que les arbres verts. Lorsqu'on doit transporter le plant à quelque distance de la pépinière, il faut veiller à ce que les racines ne se dessèchent pas en route : et si un emballage est nécessaire, on prendra des précautions pour qu'elles ne s'échauffent pas, ce qui arrive ordinairement par la trop
grande humidité de l'intérieur des ballots.
Les plants s’échauffent quelquefois alors, jusqu’à être complètement brûlés et perdus.
Le danger est encore plus grand, dans le cas du transport des arbres verts, dont les feuillages persistans contractent et conservent une plus grande humidité.