CHAPITRE IV. — CULTURE ET AMÉNAGEMENT DES FORÊTS
SEcrTion 1°. — Des différentes espèces de bois et foréts.
$ I**. — Des forêts en général.
Nos forêts sont en général vre production de la nature à la création de laquelle Part m'a point contribué; il n'existe de /oréts plantées que dans les contrées de l'Europe où la sylviculture a fait des progrès. Sous ce rapport, l'Allemagne est au premier ran£, l'Angleterre est au second. On a fait aussi de fort belles plantations en France depuis quelques années. La plupart des forêts plantées n'étaut pas cultivées ne tardent pas à ressembler aux forêts naturelles; des espèces inférieures s’y introduisent ; elles dégénerent bientôt, mais la culture forestière, dont les produits sont bien supérieurs à ceux des forêts abandonnées à la nature, devant s’étendre graduellement. on pourra désormais diviser toutes les forêts en deux grandes classes; celles qui demeurent srcultes et celles qui sont cultivées.
$ II. —Destaillis.
Les tailhs sont des bois que l’on coupe ordinairement assez jeunes, soit pour les employer au chauffage, soit pour convertir les bûches en charbon, soit pour faire des échalas, des cercles, des pieux, etc. Le caractère distinctif des taillis est qu'ils repoussent de leurs souches, tandis que les futaies se repeuplent presque entièrement par Les semis.
Il n’y a point de taillis d'arbres résineux, car ces bois ne repoussent pas de leurs souches.
On divise ordinairement les bois taillis en trois classes :
Les Jeunes taillis sont ceux qui s'exploitent à l’âge de 7, 8 ou 9 ans; ils sont composés généralement de marsaults, de coudres, de châtaigniers et de bouleaux, qui soni employés à des usages divers, et surtout au chauffage des habitans de la campagne.
Les taillis moyens sont ceux que l’on ‘ex-
ploite à l’âge de 18 à 20 ans pour en tirer du charbon ou du petit bois de chauffaze.
, Les kauts-taillis s’exploilent à l'age de 25 à 40 ans et fournissent du bois de chauffage pour les villes, de petites pièces de charpente et de charronnage, et surtout du bois de fente pour la latie, les échalas, etc.
Il n’existe plus guère de taillis de 40 ans:
en général, depuis un demi-siècle, les coupes sont beaucoup plus fréquentes qu'autrefois.
. Nous en expliquerons la cause.
$ III. — Des futaies.
Les bois de futaie se divisent ordinairement en plusieurs classes, entre lesquelles il = :
n'y a point de différence bien caractérisée.
La jeune futaie est celle qui a de 40 à 50
ans. On l'appelle demi-futaie lorsqu'elle est | âgée de 50 à 60 années. Elle prend la déno-
mination de Aaute futaie lorsqu'elle a atteint l’âge de 100 ans.
Ces futaies forment des massifs qui, en France, s'exploitent presque tous suivant la méthode appelée Jardinage où furetage, qui consiste à choisir les arbres mürs ou dépérissans el à les extraire du massif pour les eruployer aux usages auxquels on les juge propres. C’est ainsi qu'on les exploite dans la najeure partie de l'Europe.
On vomme futaies sur taillis les baliveaux de tous les âges que l’on choisit dans les taillis. L’usage d'en réserver a commencé en France daus le moyen-âge et ne doit pas durer long-temps. Nous ferons connaitre les variations qu'il a subies avec leurs causes et leurs effets.
On donne quelquefois le nom de vieilles écorces aux arbres dont l'âge est plus que centenaire ( #g. 102, 103, 104, 105, 106).
Fig. 102. Fig. 103. Fig. 104.
Aucien de 4 âges.
Vieille écorce de 5 âges et au-dessus,
A l'avenir, on mettra plus de précision dans le langage forestier. A des dénominations vagues,on substituera l'expression, soit des dimensions exactes, soit de l'âge de larbre ou de la classe d'arbres dont on voudra parler.
$ IV. — Forêts d’arbres d’une seule espèce.
Il existe peu de foréts d'arbres d'une seule essence, mais le nombre des espèces est d'autant moins grand que Île bois a vieilli plus long-temps; les grandes espèces, comme les hêtres, les sapins et les chênes, survivent à toutes les autres.
Le nombre des essences diverses est ordinairement considérable dans les jeunes taillis ; car les arbres qui ont le moins de longévilé sont très-vivaces dans leur jeunesse et
croissent rapidement pendant les premières années de leur existence.
$ V.— Forêts mixtes.
La plupart des forêts sont composées d'especes mélangees ; en est un grand nombre qui disparaissent mème avant l'expiration de la période de l'aménagement; mais, pendant leur existence, elles oppriment les espèces du 1‘" ordre en dérobant à ces dernières l'esace qui leur est indispensable pour se déveosnet Ce dernier effet, qui se fait remarquer dans tous les taillis aménagés depuis long-temps suivant l’ancienne méthode, obligera d'abandonner le système actuel
SECTION 11. — De l'accroissement des arbres.
Avant d'indiquer le mode d'aménagement qui couvient le mieux pour chaque classe des furèts, il est indispensable de reconnaitre la loi de l'accroissement progressif des arbres et de leur décadence. Les idées à ce sujet sont encore très-vagues, nous entreprendrons de les fixer.
La règle générale posée par les anciens forestiers était celle-ci : coupez un taillis aussitôt qu’il donne des signes de dépérissement ; exploitez une futaie aussitôt qu’elle est parvenue à sa maturité.
Rien de plus vague et de plus inapplicable qu'un tel préceple ; car un tailiis présente à tout âge des brins dépérissans et des brins qui croissent avec force; ces derniers étouffent les autres. Si l’on voulait abattre un taillis aussitôt qu’une partie des brins dépérissent, il faudrait les couper avant l’âge de 10 ans; si l’on veut, au contraire, les conserver tant que les brins principaux prospéreronl, il n’est point de taiilis qu’on ne puisse élever en haute-futaie; car, dans les plus mauvais terrains, les arbres arrivent à de fortes dimensions lorsque le sol n’est jamais découvert et que l'humidité ne s’évapore pas. Nous aurons souvent occasion d'appliquer celte observation, qui est fondamentale et qui explique 1° comment il existe de belles forèts daus des espaces où la terre végétale n'a que 3 ou 4 po. d'épaisseur ; 2° comment ces forêts une fois détruites, il est impossible de les remplacer par d'autres qu'on n'ait préalablement trouvé le moyen de garnir le sol de quelques plantes qui en couvrent la surface.
La question de savoir à quelle époque à faut couper les arbres se complique de plusieurs élémens qui en déterminent la solution. Veut-on obteuir, dans un temps donné, la plus grande masse de bois possible, abslraction faite de toute autre considération ? veut-on avoir, dans un temps donné, le plus grand produit possible en argent? La solution ne sera pas la même dans les deux cas ; mais, quel que soil l'aspect sous lequel on envisage le problème, l’une des données essentielles est la connaissance exacte de la loi que suit l'accroissement des arbres.
Si les forêts continuaient à être exploitées comme elles le sont encore généralement, si leur croissance était entièrement abandon-
AGRICULT. FORESTIÈRE : CULT. KT AMÉNAGEMENT DES FORÉÊTS.
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née à la nature, il ne s’agirait que d'observer un grand nombre de forêts et d’étudier la loi que suit l’accroissement annuel, soit en maüière ligneuse, soit en valeur vénale. Mais la culture, les nettoiemens, les éclaircis.
ont singulièrement accéléré cet accroissemen!. Un arbre de 40 ans, qui croît sous l’influence de circonstances favorables, présente un volume aussi fort que celui d’un arbre de 80 ans qui est relégué au fond d’un massif inculle. Ainsi, nous présenterons des échelles d’accroissement qui diffèrent entre elles ,mais qui reposent sur des faits également observés dans des lieux divers.
17 Tableau de La croissance des bois.
Les massifs de taillis croëssent d'aprés une progression qui s'approche de celle des carrés des nombres naturels. La marche est plus rapide dans un bon sol bien garni de souches; elle Pest moins dans un sol médiocre. Il y a aussi des variations suivant que les espèces RE sont plus ou moins appropriées au sol.
Nous présenterons la progression suivante comme un terme moyen.
Age. Valeur à | Age. Valeur à Années. chaque âge, | Années, chaque âge.
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Ainsi, un taillis de 40 ans a 16 fois plus de valeur qu'un taillis de 10 ans; il en a 4 fois davantage qu’un taillis de 20 ans, et 2 fois davantage qu'un taillis de 28 ans.
2° Tableau de la croissance des bois.
Un arbre qui croît dans un bon sol et qui est entouré que de sous-bois, peu nuisible à sa croissance, augmente son volume suivant la progression ci-après :
| Circontérence moyenne.
Cubage de l'arbre écarri.
Hauteur.
l'arbre.
années. po. métr.
Age