‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 242 sur 295 · CHAPITRE XXIII. — DE L'ART DE LA MEUNERIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII. — DE L'ART DE LA MEUNERIE

SÉcrion Ir. — But de l’art de la meunerie.

De tous les arts qui prennent leur source immédiate dans l’agriculture, l’art de la meuverie est sans contredit celui qui lui est le plus intimement lié. Il importe en effet nonseulement de faire produire à la terre le plus

ossible de ces grains précieux, qui sont la

ase de Ja nourriture de l’homme, mais encore de tirer de ces grains: 1° toute la farine qu'ils contiennent ; 2° de n’altérer ni la qualité, ni la pureté, ni la blancheur, ri la faculté panifiable de cette substance; 3° de la séparer ie plus exactement possible du son, qui n’est autre chose que l'écorce du grain; 4° enfin d'appliquer à ces diverses opérations les moyens les plus prompts et les plus économiques. Telest le but de l’art complexe de la meunerie.

Les arts les plus utiles à l’homme sont sauveut ceux qu’il néglige le plus. Ainsi la charrue est restée pendant des siècles un instrument informe ; ainsi les moulins ont été longtemps grossièrement construits. Quand le moulin était féodal et que la mouture appartenait exclusivement au seigneur, les progrès étaient impossibles ; c'était toujours assez bien pour des vassaux. La liberté commerciale est venue détruire cet état stationnaire et donner aux arts agricoles une impulsion à laquelle l’art de la meunerie ne pouvait rester étranger.

SEcTION II. — Des moulins en général.

On nomme en général moulins les divers mécanismes qui servent à broyer ou à écraser des objets quelconques; mais cette dénomination désigne plus particulièrement la machine au moyen de laquelle on convertit en farine les différens grains propres à la fabrication du pain. Parmi ces grains le froment tient le premier rang; c’est donc des moulins destinés à ce genre de mouture que nous devrons principalement nous occuper.

Les moulins peuvent être mis en mouvement par une force quelconque, proportionnée au travail que l’on veut obtenir. L'eau, la vapeur, le vent, la traction des animaux. les bras de l’homme sont des moteurs que l’on peut leur appliquer, et c’est de la nature particulière de ces différens moteurs queles moulins ont tiré les dénominations d’après lesquelles

on les distingue, savoir :

Les moulins à eau.

Les moulins à vapeur.

Les moulins à vent.

Les moulins à manége.

Les moulins à bras.

Les moulins à bras ne peuvent guère servir que pour le concassement des grains destinés à la nourriture des animaux.

Les moulins à manëge, doués d’une puissance plus forte, peuvent recevoir une application plus utile à la mouture des grains; mais leur action n’est jamais ni assez énergique ni assez régulière pour moudre avec la perfection désirable. Ce moteur est d’ailleurs presque toujours trop dispendieux.

Le vent est un moteur économique puissant, mais d’une irrégularité fàâcheuse ; aussi, depuis que l’art de moudre s’est perfectionné, les moulir ; à vent ne peuvent plus soutenir la concurrence et s’emploient à d’autres usages. Il ne faut excepter que certaines localités éloignées des cours d’eau (1) et des moyens de se procurer le charbon de terre où l'usage des moulins à vent soit encore conservé et où la mouture est conséquemment restée dans l'enfance.

Plus tard nous reviendrons sur chacun de ces moulins, en faisant connaître dans quelles circonstances il peut être avantageux de s’en servir.

Avec la vapeur d’eau on peut obtenir autant de puissance que l’on veut ; il ne faut que proportionner la solidité et l'ampleur de la machine à la force dont on a besoin. La régularité de ce moteur rendrait son emploi très convenable à la mouture des grains, si en général dans la plupart de nos localités le charbon de terre, grace à l’élat incomplet de la viabilité de nos routes, ne revenait à des prix trop élevés pour soutenir la concurrence avec l’eau. Ce n’est donc que comme exception et dans des conditions particulières que l’on a pu jusqu'ici en France appliquer la vapeur comme moteur des moulins à farine. Les organes de lamouture, ou pièces qui fabriquent la farine, etc., étant d’ailleurs les mêmes dans un moulin à vapeur que dans un moulin à eau et la différence n’existant que sur le moteur même, nous n’aurons rien de particulier à dire des moulins à vapeur, tout ce qui est relatif à la mouture dans les moulins à eau étant commun à tous les autres (2).

(1) Les environs de Lille sont couverts d’un grand nombre de moulins à vent, presque exclusivement occu-

pés à la fabrication des huiles.

(2) C'était un préjugé qui peut-être n'est pas encore déraciné parmi beaucoup de boulangers et de meuniers, que d'attribuer des défauts particuliers à la farine confectionnée dans des moulins à vapeur. On supposait qu’elle était prédisposée davantage à s’échauffer dans le moment des chaleurs. Rien ne peut justifier une telle opinion ,

car. 23e.

Les machines à vapeur applicables aux moulins à farine ne diffèrent nullement de celles qui s’emploient à communiquer le mouvement à tout autre espèce de mécanisme; il n’est donc pas nécessaire d’en parler ici. Nous renvoyons nos lecteurs aux ouvrages qui traitent spécialement de ces machines et des différens perfectionnemens que la science y a introduits, tant sous le rapport de la force motrice que sous le rapport de la solidité des appareils et de l'économie du combustible.

L'eau est de tous les moteurs celui quien France a présenté jusqu'ici le plus d'avantage. Il est peu de nos provinces qui ne possèdent des chutes d’eau nombreuses et bien réparties. La sécheresse est rarement assez forte et assez longue pour diminuer le volume de ces eaux d’une manière fâcheuse,même dans nos provinces les plus méridionales, et l'hiver n'est ni assez rigoureux ni assez prolongé dans nos départemens du Nord pour que les glaces soient un obstacle long et sérieux.Toutefois, il faut reconnaitre qu'un temps viendra où les moyens de transport étant perfectionnés, les machines encore plus simples et plus économiques, il sera possible d'appliquer généralement la vapeur à la mouture des grains et de placer ainsi les moulins au centre des grandes consommations. La conséquence de cette révolution sera de rendre, soit à la navigation, soit à l'irrigation une grande quantité d’eau qu’on ne peut, dans l’état actuel des choses, consacrer à ces précieux usages.

SECTION III. — Des pièces principales qui composent les moulins etablis sur les cours d’eau.

Les moulins à eau diffèrent entre eux:

1° Par la forme et la capacité de leurs récepteurs ou roues hydrauliques, qui reçoivent leur mouvement de l’action immédiate de l’eau ;

2° Par la dimension et la disposition de leurs organes, ou pièces qui effectuent le travail de la mouture à différens degrés, comme meules, blutterie, nettoyages, eic.;

3° Par les pièces intermédiaires, dont les seules fonctions sont de communiquer aux différens organes l’action de larouehydraulique et de la distribuer à chacun d’eux selon le degré de vitesse qui leur est nécessaire.

SecrTioN IV. — Des roues hydrauliques.

La science de l’hydraulique a, depuis quelques années, fait d'immenses progrès, dont l’application, réservée d’abord pour les grandes usines, filatures, fabriques, etc., s’est bientôt étendue aux moulins à farine. Ces progrès datent à peu pres de 1820. A cette époque il n’y avait guère chez nous que les charpentiers qui s'occupassent de Ja construction des moulins; aussi tout y était-il antique et grossièrement ajusté.

Il importe au plus haut degré aux proprié-

DES ROUES HYDRAULIQUES

taires qui veulent construire des moulins ou en changer le mécanisme d’avoir une estimation bien exacte de la force d’eau dont ils peuvent disposer, et de consulter à cet égard des hommes habiles, consciencieux et expérimentés.

Une fois la force d’eau bien constatée (et on doit la calculer sur les eaux les plus basses ), il est aussi de la plus grande importance d’y appliquer le moteur hydraulique qui lui convient le mieux. La dimension et la force qu’il faut donner aux roues hydrauliques n’est pas chose indifférente pour atteindre le maærimum de l'effet auquel ces moteurs puissent arriver.

Il ne peut y avoir à cet égard de système absolu; l’ingénieur-mécanicien que l’on consulte peut jeter une grande lumière sur le système qu’il convient le mieux d’adopter par rapport à la chute etau volume moyen de l'eau, et par rapport aussi à la vitesse nécessaire aux organes de la mouture.

Nous nous bornerons donc ici à parler des différens genres de roues hydrauliques en usage, laissant aux gens de l’art le soin d’en faire telle ou telle application suivant les circonstances.

Voici ces diverses espèces de roues hydrauliques :

Les roues horizontales, dites à cuvettes, ou turbines, mues par percussion ;

Les roues verticales pendantes, mues parle courant de l’eau ;

Les roues verticales en dessous, mues par impulsion sur une chute quelconque ;

Les roues verticales dites à la PoNCELET et mues par pression et percussion tout à la fois;

Les roues verticales de côté, mues par la gravité ou le poids de l’eau;

Les roues verticales en dessus, mues également par la gravité de l’eau.

L'eau, comme nous venons de le dire, agit sur les divers systèmes de roues, ou par împulsion où par pression, ou par percussion et impulsion tout à la fois.

Quelle est en général la meilleure manière P quel est de ces trois modes d’action celui qui permet à l’eau de communiquer la plus grande portion du mouvement qu’elle recèle ?

On a cru long-temps, et ce préjugé existe encore, que l’eau avait une grande intensité de puissance mécanique lorsqu'elle arrivait sur l’aube avec fracas, tandis que l’imagination ne voyait qu'une action faible et languissante dans la tranquille pression de l'eau.

Grace aux observations de nos savans, il est aujourd'hui démontré que c’est précisément cette violence d’action qui anéantit une bonne

artie du mouvement moteur, tandis que par a pression on ne perd en pratique qUuRe très petite quantité de la force. Il faut donc, pour tirer tout le parti possible de la puissance mécanique de Pet , la faire agir par pression. L'action par percussion devrait être bannie de toute espèce de moteur hydraulique.

et on pourrait, au contraire, prétendre que la farine fabriquée dans un moulin à vapeur a plus de qualité, attendu que le mouvement des meules peut étre plus facilement régularisé. Ce qu'il y a de plus vrai, c’est que, de bon établissement à la vapeur, à bon établissement à l’eau, et aussi à qualité de grains égale, et à mouture également bien dirigée et soignée, il ne peut y avoir dans la farine de différence sensible.

6 Ier. — Des roues horizontales à cuvette, dites T'urbines.

La roue hydraulique d’un moulin à cuvette

est horizontale et recoit l’action de la percussion de l’eau. L'arbre de cette roue est ainsi vertical et sert de gros fer à la meule courante, laquelle est adaptée à son sommet. L’extrémité inférieure de cet arbre pivote dans une crapaudine posée sur une sorte de palier.

L'eau est lancée contre le dessus de la roue dans unedirection tangente à sa circonférence. Les fig. 451 et 452 représentent en élévation et en plan une roue à :

Te dont l'arbre HE le est appliqué à donner le mouvement à une meule. La roue tourne dans une cuve en bois analogue à l’archure d’une meule de moulin, et qui s'élève assez au - dessus de cette roue pour empêcher l’eau de s’en échapper et la forcer à tournoyer de ma- nière à ce qu’elle entraine les aubes. Les aubes sont disposées obliquement,afinque l’eau puisse les rencontrer à angle droit.

Aussitôt après le choc, l’eau s’échappe de tous côtés sous la roue , comme on le voit dans la figure.

Les avantages des roues àcuvette sont ceuxci : leur extrême simplicité, le peu d’entretien qu’elles coûtent, puisqu'elles donnent directement l'impulsion à la meule et qu’on n’a ni dents ni fuseaux à réparer; leur peu de frottement.

Leurs inconvéniens sont les suivans : l’eau n’agit pas contreelles avecavantage, parce que, en général, pour donner aux meules la vitesse convenable, on est obligé de faire ces roues si petites que les aubes en occupent le tiers du diamètre. L’eau agit avec moins de puissance que contre les roues en dessous , parce que, étant moins enfermée lorsqu'elle frappe une roue à cuvette, la perte causée par sa non élasticité se réalise entièrement. Il faut une grande quantité d’eau pour les faire agir avec la puissance nécessaire; aussi ne les voit-on ordinairement employées que sur des grandes rivières et particulièrement dans le midi de la France.

Une considération importante et qui doit aussi empêcher qu’on ne donne la préférence aux roues horizontales, c’est qu'il est assez difficile de monter et surtout de maintenir avec justesse l'arbre vertical sur la crapaudine et dans le collet supérieur qui doit le contenir exactement dans la verticale, condition essentielle pour que la mouture s’opère régulièrement et avec profit.

$ IL. — Des roues verticales pendantes et des moulins pendans.

On désigne sous le nom de moulins pendans

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