‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 91 sur 295 · CONSERVATION DES LAINES · texte numérisé non relu

CONSERVATION DES LAINES

troué : l’eau qui s’en égoutte rentre dans le canal. Un ouvrier relève cette laine et la met dans une presse pour éliminer la plus grande partie de l’eau qu’elle retient, et qui s'écoule dans le canal. Cette presse se compose d’une caisse U percée d’ine multitude de trous, et sur laquelle, quand on l'a rempli de laine, on place un pilon qu’on abaisse au moyen d’un levier, et dont on augmente l’effet par un treuil V qui sert à en exprimer fortement tout le liquide.

Dans ce nouveau mode de lavage on opère d'une manière continue; un des ouvriers qui s'arrêterait un seul instant entrainerait la suspension de travail de tous les autres. Il faut 4 laveurs , un homme aubain de la laine, un 6° ouvrier à la presse, enfin un ouvrier pour les chaudières; en tout 7 hommes qui peuvent préparer 1500 kil. de laine par journée de travail. Si on agit sur de la laine grossière, on en prépare une plus grande quantité, par la raison qu’on l’agite moins long- Lemps avec le pilon. L’eau circule dans toute la longueur du canal, et traverse ainsi les cases trouées, sans que l’action du pilon, qui dans chaque case la relève à plus d’un pied, la rende trouble dans le bassin; au contraire, les matières dont la laine est chargée se précipitant au fond pour ne plus se relever. Les matières légères qui surnagent sont entrainées hors du lavoir. Les laines frappées perpendiculairement par le pilon ne sont ni nouées, ni cordées, cassées ou feutrées ; les filamens ou les mèches ont conservé leur position naturelle, et elles ressemblent à des laines lavées à dos. Il nese perd aucune portion delaine. Le savon à base de potasse et les sels qui recouvrent la laine se dissolvent et forment l’eau de suint, tandis que la matière grasse insoluble se rassemble à la surface et est expulsée hors du lavoir.

L'eau de suint, recueillie et enlevée par la pompe au milieu du réservoir, ne porte dans le reservoir supérieur qu’une eau savonneuse, douce, claire et pure, et très- propre à nettoyer la laine. Le lavage peut s’opérer à divers degrés de dessuintage, soit en retirant la laine dans la 1°°, la 2° ou la 3‘ case. On obüent une uniformité de nuance de la laine.

Cette opération est facile. et tout individu peut y concourir. Il y a économie de maind'œuvre et de combustible. Ce lavoir peut être placé dans toute position. Il n’exige qu’un emplacement d'environ 50 pieds de longueur et 20 de largeur. Un mètre à 1 mètre et demi cube d'eau suffit pour laver 1500 kil. de jaine. Enfin, les matières qui se précipitent dans le fond du lavoir peuvent être employées utilement conime engrais.

SECTION 1v. — Conservation des laines.

La laine doit être conservée dans un magasin à l'abri du soleil et de la chaleur qui diminue son poids, des dangers du feu, de l’humidité, et de la poussière. Elle se conserve mieux en suint et simplement lavée que dégraissée, On ne doit l’'emmagasiner que lorsqu’elle est bien sèche, l'humidité la gâterait très-promptement, et seulement après qu’elle a perdu la chaleur que lui a communiquée le soleil, et qui l’altèrerait dans les piles.

Le plus redoutable ennemi qu'on ait à craindre quand on conserve long-temps les laines en magasin, est l’insecte connu sous le nom de teigne des draps (Tirea sarcitella, Fab.),qui est un petit papillon d’un grisargenté avec un point blanc de chaque côté du thorax. C’est sous forme de larve ou chenille que la teigne fait ses ravages en dévorant la laine et en se formant un fourrean de soie ayant le plus souvent la forme d’un fuseau.

Ses excrémens ont la couleur de la laine qu'elle a rongée.

Ces insectes voltigent depuis le commencement d'avril jusqu’en octobre, et déposent sur la laine de petits œufs qui éclosent en octobre, novembre ou décembre, suivant la température. Les chenilles restent engourdies pendant l'hiver, mais au printemps elles grossissent et mettent une grande activité à dévorer la laine et à former leurs fourreaux qui ont 4 à 5 lignes de longueur. Lorsqu’elles ont pris tout leur accroissement, elles quittent la laine, se retirent dans les coins du magasin, se suspendent au plancher pour se transformer en chrysalide. Au bout de 3 semaines environ, elles percent leur enveloppe el sortent sous la figure d’un papillon.

I1 est difficile de se garantir entièrement des dommages causés par les teignes; mais on peut les éviter en partie. Faites enduire en blanc, dit DaugenTon, les murs et plafonner le plancher du magasin, afin de mieux apercevoir les papillons qui s'y reposeut.

Placez les laines sur des claies soutenues à 1 pied du carrelage, puis, avec un bâton terminé à son extrémilé par un bouton rembourré, frappez sur les laines pour en faire sortir les teignes qui s’envolent et vont se poser sur les murs ou le plafond où il est facile deles tuer,en appliquant sur elles l’extrémité du bâton rembourré. Un enfant suffit pendant les 3 mois de la ponie pour soigner un magasin.

On a aussi conseillé de placer dans les ma-

gasins de laines en suint quelques mauvaises toisons de laine lavées sur lesquelles les teignes feront leur ponte de préférence. On brüle ensuite ces toisons avant que les chenilles subissent leur métamorphose.

L’odeur du camphre et de l’essence de térébenthine ou de quelques autres substances d’une odeur très-pénétrante, paraissent éloigner ces insectes, mais ne préseivent pas enüèrement de leurs ravages. Les vapeurs sulfureuses très-concentrées les font périr; mais ce procédé n’est pas praticable dans un grand magasin, et, d’ailleurs, il fait contracter aux laines une odeur fort désagréable. On pourrait, comme les drapiers, conserver les laines dans des sacs d’une toile à tissu très-serré, ou dans des caisses calfeutrées avec soin, etc.; ces moyens sont dispendieux et n'offrent pas une entière sécurité, et il vaut mieux battre les laines dans les magasins et tuer les papillons. En Allemagne on emploie avec succès des fumigations ammoniacales que lesteignes paraissent redouter beaucoup, et quand la laine est empaquetée on eouvre les sacs d’une certaine quantité de tiges d’absinthe ou de mélilot en fleur.

Page 1