‹ Maison rustique, pour servir a l'éducation de la jeunesse (volume 2)Chapitre 1 sur 33 · IT · texte numérisé non relu

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schisteux ;, ni graniteux,- ceux-là sont trop mouvans et, trop perme'ables. La meilleure terre à froment est sans contredit la plus avantageuse pour les prairies , puisque l'herbe doit tirer du sol et des pluies , ou des irrigations, toute sa nourriture et sa croissance.

Les plantes qu'il faut choisir pour les prairies naturelles sont les gramine'es et les trèfles 5 toutes les autres sont parasites^ et dès lors nuisibles.

Les plantes gramine'es sont parfaitement décrites par Linne'e et Tournefort ,• mais elles ont toutes des noms difïerens d'un canton à un autre, ce qui fait que la multitude aura bien de la peine à les reconnoître aux noms francises qu'on leur donne; néanmoins on comprend dans cette nomenclature la Jlouve odorante graminée y dont J'epi est lâche et d'un pouce , ou un peu plus ; elle est commune , plaît aux bestiaux, et donne aux foins une odeur agréable. Le choin de marais, le choin noirâïre , le choin blanc, le choin compiimé , le choin maritime ; ces choins étant assez rares en Europe, on en trouve peu dans les prés. Le souche t long , le souchet comestible, le souchet jaunâtre et le souchet brun; celles-ci sont remarquables par leurs épillcts aplatis- les Ijalles, sans corolles , ont des écailles en recouvrement sur deux côtés opposés , et les semences sont nues. Le scripe en épingle et le scripe du gazon; les épillets semblables à ceux du souchet , les écailles assez uniformes de tous

les côtes ; la semence est iilchëe dans un faisceau de poils. Le vidpln des champs et le vulpin des prés ; leurs fleurs sont disposées en e'pis cylindriques, garnis de barbe assez longue. Le Jlèaa des prés et le jléau. noueux sont remarquables par leurs épis serrés ;, ordinairement cylindriques et un peu ronds j la dernière est commune dans les prés un peu liumides. Le phalaris phléoïde et le phalaris à vessie ; la première se trouve dans les prés secs et sur le bord des bois ; la seconde dans des prés liumides. Le stype empenné et le stjpe joncier ; la première croît dans les pays pierreux et montagneux, la seconde dans les pays méridionaux. Le foin élevé et le foin de montagne ; les fleurs de la première sont très-nombreuses et disposées sur un panicule de liuit à dix pouces; c'est une des meilleures plantes pour les prés secs et liumides , et surtout pour les premiers j la seconde croît dans les prairies des pays très-élevés. La mélique penchée et la mélique bleue ; ces plantes sont remarquables , parce que leurs balles contiennent des fleurs entre lesquelles on observe un corpuscule particulier qui paroît être l'élément d'un troisième : elles croissent dans les prés ombragés. Le pâturier des prés et le pâturier a feuilles étroites; la première croît dans les meilleures prairies , et la seconde dans les prairies sèches. La fétusque élevée, la fétusque des troupeaux et la fétusque flattante : ces plantes ne différent des

pâturiers que par la forme oblongue, pointue et presque cylindrique de leurs e'pillets. La brome gigantesque et la brome rude; la première donne beaucoup de paille et est recherclie'e par le be'lail ; la seconde fournit des semences bonnes pour la nourriture des volailles j ses épillets sont ovales , assez gros et composés de sept à huit fleurs. L'avoine élei^e'e , V avoine Jaunâtre et l'avoine des prés ; la première est la base de nos meilleures prairies ; la seconde croît dans les pre's secs, et la troisième dans les prés des contrées méridionales. La cjnosuce en crête et la cynosuce bleue ; la première croît dans les prés secSj et la seconde dans les prairies humides des pays montagneux. L'ivraie vivace ; ses tiges sont hautes d'un pied et demi , et ses feuilles larges au plus d'une ligne et demie. L'orge-seigle; ses tiges sont très-grcles , peu garnies de feuilles, s'élèvent jusqu'à deux pieds et quelquefois davantage ; l'épi est même long d'un pouce et demi, et garni de barbes courtes et très-fines : elle croît dans les prés secs. La hougue laineuse; ses feuilles sont remarquables par le duvet cotonneux dont leur graine est chargée, elle croît dans les prés secs. Le caret dioïque et le caret printanier ; ces plantes sont hermaphrodites, c'est-à-dire qu'elles portent sur le même pied des fleurs mâles et femelles ; elles sont communes dans les prés humides. Quant aux trèfles qui peuvent être conservés dans les prés , ce sont le grand trèfle

rouge, vulgairement appelé trèfle de Piémont, le trèfle des prés à fleur purpuriîie, le trèfle à fleur blanche, et le trèfle des montagnes; loales les plantes de ce genre fournissent une bonne nourriture aux animaux de basse-cour j une grande partie croît spontane'ment avec les autres herbes des prairies, particulièrement des prairies sèches • mais toutes ne sont pas e'galement utiles; quelques espèces sont annuelles, d'autres ont leurs feuilles tellement couche'es sur terre et leurs tiges si peu élevées qu'elles glissent sous la faux.

Après avoir indiqué et décrit toutes les plantes utiles , il faut en faire autant pour les plantes parasites. Par ce mot on entend toutes les plantes qui sont inutiles ou nuisibles au succès d'une bonne prairie : dans ce genre sont l'arréte-bœuf , ia bardane, la bétoine , la herse , le bluet ou barbeau , le boucage, brunelle , bugle, caille-laiL blanc et jaune, les difterentes espèces de carottes, la petite centaurée , toutes les espèces de chardons, les ciguës grandes et petites, coquelicots, consoude, cuscute, eufraise, les fougères et toutes les espèces de plantes de cette famille; les jacées, les jacobées, l'herbe à épervier, l'herbe à coton, toutes les espèces de genêts, le laiteron, la linaire, le hn sauvage, toutes les espèces de liserons, les lotiers, les mousses, l'œil-de-bœuf, l'oncaute , toutes les espèces d'oseilles , pâquerettes ou petites marguerites, patience ou

parelle^ pëdiculaire , piniprenelle , pissenlit, t tous les plantins , les prèles , la ptarmiquc , la quinte-feuille^ les ronces , surtout les renoncules , dans les prairies humides ; la renoue'e ou traînasse, les scabieuses, la tormentille , toutes les espèces de tithymales et autres plantes lactifères de cetle famille ; la velvotte , la violette, les verveines et la vipe'rine.

L'exposition d'une prairie n'est pas indifférente j celle qui jouit des premiers rayons du soleil levant et un peu du midi est la meilleure ; après vient l'exposition du midi plein, qui est moins favorable j l'exposition du coucliant est encore inférieure ; mais la prairie expose'e au nord est la jdIus mauvaise. Les prairies de la plaine , toutes circonstances e'gales, donneront plus d'herbes que celles des coteaux j mais le fourrage en sera d'une qualité' bien inférieure. L'herbe courte et fine des montagnes produit moins et nourrit mieux ; la qualité et la quantité du fourrage dépendent donc, i° de l'exposition • 2° du sol ; 3° du genre d'irrigation ; 4*^ de l'espèce ou des espèces d'herbes qui font la base de la prairie. Aussi les rations qu'on donne aux animaux, quoique égales eu poids , produisent souvent des efïêts bien différens : toile ration de fourrage est quelquefois surabondante pour la nourriture d'un animal , tandis que telle autre ration du mémo poids est insuffisante; la cause tient aux dilfërens sols qui les ont produits.

Les arbres sont nuisibles dans les prairies, surtout clans celles qui sont susceptibles d'irrigation; leur ombre nuit àTlierbe, la rend courte , aii^re et de mauvaise qualité'. Quelques espèces d'arbres, à la yérite', y prospèrent, mais ce n'est jamais qu'aux de'pens de la prairie : ainsi donc un proprie'taire intelligent détruira tous les arbres, et ne conservera que ceux qui , par exemple, sont place's le long du cliemin , aux bords des rivières et des ruisseaux j dans cette situation , loin de nuire au sol , ils le conservent, par l'entrelacement de leurs racines, qui forment une digue contre l'impétuosité des eaux courantes.

L'irrigation est l'arrosement par le moyen d'une eau courante ; mais jjour cela il faut avoir la facilité de se procurer de l'eau et une pente sur l'endroit qui doit être arrosé. Le choix des eaux, quand on peut le faire, n'est pas indifférent • l'eau des ruisseaux et des rivières est, à peu de chose près, à la température de l'atmosphère , et on peut l'employer telle qu'elle est ; il n'en est pas de même des eaux de source ou de puits, qui ordinairement pendant l'été sont de dix, douze , et même quatorze degrés au-dessous de la chaleur atmosfjhérique; cette différence considérable nuit singulièrement à la végétation des plantes. Il faut donc , lorsqu'on est forcé d'avoir recours à ces eaux pour l'irrigation , avoir des retenues où on les fait séjourner assez long - temps pour

s'ëcliauffer , parce qu'à mesure qu'on les vide on les remplit de nouvelle eau.

C'est le climat qui doit être le régulateur des irrigations ; mais il ne faut y avoir recours que lorsque les gelées blanches ou tardives ne sont plus à craindre : on doit les donner une heure ou deux avant le lever du soleil ; quand il fait plus chaud , la bonne irrigation est celle qui commence après le soleil couché. Si on arrose pendant la journée, au fort de la chaleur, on court risque de voir l'herbe rouiliée , et par conséquent très-défectueuse.

Lorsque la masse totale de l'herbe commence à fleurir on doit cesser l'irrigation jusqu'à ce que la fleur soit passée, et même jusqu'à la coupe des foins, dans les contrées du Nord.

Voyons ce qu'on entend par prairies artificielles : ce sont celles qui ne sont semées que pour un temps plus ou moins long , suivant la qualité des plantes et les effets qu'elles doivent produire- telle est la luzerne , le grand trèfle et le sainfoin ou csparcette ; les" plantes de second ordre sont les raves , les raiforts ou turneps , les cal-ottes , les betteraves rouges ou jaunes , les choux-chèvres , les choux - navets ou choux de Sibérie, les pois , les vesces, la spargule, les r^wes , etc, ; enfui toutes les herbes que l'on sème pour en retirer pendant un temps la nourriture du bétail, et dont on enfouit ensuite les feuilles, les tiges et les racines ^

telle est en gëne'ral la base de toute prairie artificielle.

Les racines de toutes ces plantes e'tant pivotantes , elles ont besoin cVun sol profond. D'ailleurs, destine'es à alterner la culture des champs , elles re'ussissent parfaitement dans les terres à blé , et leur rendent plus de principes qu'elles n'en ont reçu. Cependant le trèfle et la luzerne exigent un sol plus riche que l'esparcette, qui est le ve'ritable sainfoin ; celle-ci se cultive comme la luzerne, et subsiste dans sa force pendant six ans. Dès quelle commence à déchoir, on la renverse en automne , et on donne un second labour au printemps pour semer du grain.

Enfin , d'après toutes les expériences qui ont été faites , il paroît que les herbages artificiels réussissent très-bien presque partout, qu'ils donnent un excellent fourrage et en quantité, qu'ils réparent la déperdition des sucs de la terre, lorsqu'après les premières récoltes on les enfouit, et que cette méthode de cultiver , à tous égards, est celle qu'on doit préférer, 1° parce que la terre ne repose jamais j i^ parce qu'on rend à la culture des blés une portion immense de terrain destiné à la nourriture des })esliaux.

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