‹ Maison rustique, pour servir a l'éducation de la jeunesse (volume 2)Chapitre 2 sur 33 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la culture des plantes propres aux teintures et aux manufactures*

On distingue parmi les plantes pour les teinturiers, la garance, le pastel , le safran, le carthame, la gaude, etc. ^ et parmi celles propres aux manufactures, le chardon-bonnetier, le kali ou soude , et le varech.

La garance est une des plantes les plus recherche'es pour les teintures.

Gomme ïqs racines de la garance sont pivotantes , traçantes et fibreuses , elles exigent une terre le'gère, douce, bien nourrie, légèrement humide , et qui ait du fond j sans cela , les racines prendroient peu d'accroissement.

La garance se sème à la volée et en pe'pinière : la première méthode est préférable dans les pays tempérés ou septentrionaux ; la seconde est indispensable dans les contrées méridionales , à moins qu'on n'ait la faculté d'arroser la garance par irrigation. On sème encore à la main en suivant les sillons ^ cette dernière méthode facilite singulièrement la culture , en ce qu'il est plus facile au printemps et en été de sarcler les rangées sans nuire aux bonnes plantes. On évalue à dix livres au plus la quantité de semences pour quatre cents toises carrées j il faut que chaque pied soit espacé de cinq à six pouces j tout

autre conseil est conlradicloire avec le travail de la plante, dont le succès le plus avantageux est qu'elle puisse pivoter à l'aise , et s'approprier les sucs nécessaires au développement des racines. C'est dix-huit mois après l'époque des semailles que se fait la récolte en Flandre. Malgré cet usage , il est infiniment plus profitable de ne récolter qu'à la fin de la troisième année , parce qu'alors les racines sont plus fortes et plus imprégnées des parties colorantes.

L'opération qui doit suivre la récolte des racines est celle de la dessiccation, qui s'opère en déposant ces racines sur des claies , sous un hangar , à couvert du soleil et de la pluie , et exposées au courant d'air ; on les y laisse plusieurs jours , jusqu'à ce qu'elles soient devenues molles comme des ficelles ;, et qu'en les tordant on ne fasse plus sortir de jus. C'est là, dit Dambournay dans son mémoire, imprimé en 1771 , le point à saisir pour brusquer la dessiccation ^ soit au soleil, soit dans des fours dont on vient de retirer le pain, et dont on laisse l'étoupais entr'ouvert , afin que les vapeurs aient une libre issue. Il faut ordinairement qu'elles y passent deux fois de suite • et lorsqu'elles sont cassantes et sonnantes presque comme des filets de verre , on les porte sur l'aire d'une grange , où on les bat légèrement avec le fléau : ainsi brisées , on les vanne pour en séparer la terre et la surpeau grise ou l'épiderme. On les jette à la pelle sur un crible d'osier

très-incliné , pour en assortir à peu près la grosseur • enfin , elles sont en e'tat de passer au moulin.

On fait quelquefois le choix des plus belles racines^ parce que c'est d'elles qu'on obtient la plus belle poudre jaune , et on les fait moudre se'pare'ment.

Pastel ou giiede. — Isatis.

Cette plante croît naturellement dans plusieurs contrées de l'Europe , et principalement sur le bord de la mer Baltique. Elle ne craint point les plus fortes gele'es.

Autrefois on cultivoit plus abondamment le pastel qu'aujourd'hui. Avant la de'couverte de l'Ame'rique elle e'toît la seule plante dont on pût obtenir une teinture bleue solide; l'introduction de l'indigo dans nos fabriques l'en a presque expulse'e ; je dis presque , parce qu'on y a reconnu que son union avec l'indigo augmentoit la fixité et l'intensité de la couleur que cette dernière fécule donne aux laines , et qu'en conséquence on l'y emploie toujours , mais en petite quantité.

La cause qui a fait préférer l'indigo au pastel , vulgairement appelé ^7/è^e on guesde, vouede , malgré son infériorité , c'est qu'il est bien plus riche en parties colorantes , et que quoique venant de lein , et produit par des mains esclaves , c'est-à-dire étant beaucoup plus cher^ il est cependant d'un usage plus économique.

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Quoi qu'il en soit , cette plante ne me'rite pas moins toute l'attention des cultivateurs français . non-seulement sous le rapport cité plus haut , mais encore comme propre à nourrir les bestiaux pendant tout l'e'té , et même pendant tout l'hiver ; c'est-à-dire à une époque où les alimens verts leur sont le plus nécessaires.

C'est dans les environs de Toulouse, dans ceux d'Avignon , non loin de Caen et de Yalenciennes , qu'on cultive le plus le pastel : celui des contrées énumérées les premières est plus recherché, comme contenant davantage de parties colorantes, avantage qu'il doit uniquement à la chaleur du climat.

Une terre substantielle et profonde est celle qui convient exclusivement au pastel destiné à la teinture , parce que plus ses feuilles sont grandes et nombreuses , et plus il y a de bénéfice à en tirer ; il faut de plus qu elle ne soit pas trop argileuse ni trop humide ^ parce que , dans le premier cas , les racines ne pénétreroient pas assez facilement, et que, dans le second , les feuilles pourriroient. Celui qu'on sème dans l'intention d'en nourrir les bestiaux doit l'être dans la plus médiocre , car il y auroit de la perte à faire autrement. En Angleterre on lui consacre toujours, au rapport d'Arthur Young, de vieux prés qu'on veut rompre , et dont les cultivateurs voyageurs , ce sont ses expressions , paient par an , pour deux ans , une rente triple de la rente ordinaire 5 ce qui démon-

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tre suffisamment les avantages de la culture.

Il j a deux varie'te's de pastel : l'une plus

petite ; plus velue , à graine jaune ^ l'autre

f)lus grande , presque glabre et à graine vioette. C'est cette dernière qui me'rite la préfe'rence , non-seulement à raison de sa grandeur , mais encore parce que la poussière est moins retenue par les feuilles ^ et que la pâte qu'on en fabrique est moins impure.

On doit , par un ou deux labours profonds faits avant et pendant l'hiver , préluder à celui qui pre'cède immédiatement les semailles.

Si l'on veut tirer tout le parti possible de la culture du pastel , il ne faut pas épargner le fumier , et le fumier bien consommé avant le dernier labour.

Il est bon de diviser le terrain en planches bombées, de trois à quatre pieds de large, et de donner par des rigoles convenablement disposées de l'écoulement aux eaux, si on a lieu de craindre leur abondance.

C'est au mois de février qu'on sème ordinairement le pastel. Sa graine doit être répandue très-clair , car chaque pied occupe beaucoup d'espace ( dix-huit à vingt pouces de diamètre ). Dans quelques endroits on le sème en rayons , et cette pratique est dans le cas d'être recommandée.

Lorsque le pastel est levé , et qu'il a déjà acquis une certaine force , c'est-à-dire vers le mois d'avril, plus tôt ou plus tard, selon le climat , il convient de le débarrasser des

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piods qui sont foibles et trop rapproches des autres , et de lui donner un binage.

Les feuilles du pastel commencent à mûrir en juin , elles sont bonnes à cueillir lorsqu'elles ne peuvent plus se soutenir droites et qu'elles jaunissent. Il est très-important de faire cette ope'ration par un temps sec, non-seulement pour qu'elle s'exécute plus facilement , et que les feuilles soient moins chargées de terre , mais encore par une autre raison qui sera de'veloppée plus bas.

La re'colte du pastel se fait de deux manières : on le coupe avec une faucille ou avec une faux ; ces deux manières ont des avantages et des inconve'niens , qui probablement se compensent. Il me semble que si, comme l'assurent les cultivateurs, et comme la the'orie l'indique , la maturité' est ne'cesv saire pour obtenir une abondante et bonne fécule , il faudroit n'ôter que les feuilles qui se sont affaissées sous leur propre poids, qui ont commencé à jaunir, c'est-à-dire les plus basses , et laisser celles du centre jusqu'à ce qu'elles soient à leur tour parvenues à maturité ; il est possible que ce soit à cette vicieuse pratique que soit duc la mauvaise nature et la petite quantité de fécule que donnent nos pâtes de pastel. Je hasarde cette idée en faisant des vœux pour qu'on prouve, par des expériences positives, sa justesse ou sa fausseté j car, quoique j'aie vu des cultures de pastel , je manque de données positives sur beaucoup de cas qui les concernent.

On fait aussi pendant l'été trois et quelquefois quatre coupes de pastel , suivant que le sol est plus fertile et la saison plus favorable.

Les pieds de pastel destine's à donner de la graine ne sont de'pouille's que deux fois de leurs feuilles ; mais j'observe qu'il vaudroit beaucoup mieux ne pas les en de'pouiller du tout , d'après le principe que les graines sont d'autant meilleures que les pieds qui les fournissent sont plus vigoureux , et que les pieds qui résultent de cette graine sont d'autant plus vigoureux qu'elle est meilleure , c'est-à-dire plus grosse^ mieux nourrie, comme disent les jardiniers.

La première récolte est la meilleure , soit pour la quantité , soit pour la qualité • on devroit en mettre à part les produits. Les suivantes vont toujours en se détériorant.

Entre chaque récolte il seroit bon de donner un binage , mais on se contente ordinairement d'un simple sarclage.

Gojïime les feuilles de pastel sont trèsaqueuses , il est difficile de les garder en masse pendant plusieurs jours , surtout s'il fait chaud , sans qu'elles s'altèrent ; aussi eston dans l'usage de les porter de suite au moulin , c'est-à-dire un ou deux jours après leur récolte • car il est bon qu'elles aient perdu un peu de leur eau de végétation , et qu'elles soient fanées. Pendant ce temps on les étend sur une terre nue , ou mieux sur une pelouse , et on les retourne souvent.

Le moulin dont il vient d'être parle' est im raoïdin à huile. On triture sous sa meule les feuilles de pastel , de manière à les réduire en une pâte homogène. Ce sont les cultivateurs qui font aussi faire cette opération.

Lorsque toutes les feuilles de la récolte sont réduites en pâte , on compose de celte pâte, bien pressée avec les pieds et les mains, sous un hangar , et quelquefois , mais à tort, à l'air libre, des piles plus ou moins grosses, et dont on unit la surface le mieux possible. Là , elle fermente , la fécule bleue se développe , il se forme à la surface une croûte noire très-dure , qui empêche les élemens gazeux de s'évaporer trop rapidement , et qui , en conséquence , lorsqu'elle se fendille , ce qui arrive toujours , est rétablie sans retard avec de la pâte prise dans un autre petit tas réservé à cet effet.

Il faut ordinairement quinze jours ( deux ou trois , plus ou moins , selon la chaleur de la saison ) pour que la pâte ait produit tout son effet ; on reconnoît qu'elle a cessé de fermenter à la diminution de son odeur ammoniacale d'hydrogène phosphore , qui , dans les premiers jours, affecte si péniblement l'odorat et les yeux. Alors on brise la pile , on mélange la croûte avec la pâte , et on forme du tout , à force d'en comprimer des portions avec les mains , des boules du poids d'une livre , auxquelles on donne ensuite une forme allongée dans un moule. C'est dans cet état

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