‹ Maison rustique, pour servir a l'éducation de la jeunesse (volume 2)Chapitre 18 sur 33 · NOUVELLE MAISON RUSTIQVE. II · texte numérisé non relu

NOUVELLE MAISON RUSTIQVE. II

Des semis.

Il convient de choisir les plus beaux citrons, les plus belles oranges ;, ou mieux des bigarrades, de les laisser pourrir , et d'en séparer ensuite les pépins. L'iionnnc a regardé comme de son domaine toutes les espèces de fruits- mais la nature en a originairement destine la cliair , ou la pulpe ^ pour la perfection de la semence : c'est donc un petit sacrifice à faire lorsqu'on de'sire avec une graine parfaite.

Aussitôt après avoir séparé la semence de la pulpe ^ on la confie a la terre; si elle est sèche et maintenue telle, la semence ne germera pas, elle se conservera pendant l'hiver ,et ne développera sa radicule qu'au printemps.

Les semences mises en terre dans le cours de l'été donnent et produisent les rudimens de petits arbustes si tendres et si délicats qu'ils passent diflicilement l'hiver, même dans les bonnes orangeries. Il est donc avantageux d'avoir des graines prêtes à germer au printemps , telles que celles que l'on met en terre et que l'on y conserve pendant l'hiver. La terre ou le sable empêche que la semence ne se dessèche et ne se haie par Timpression de l'air, et sa germination est beaucoup plus prompte que celle qui n'a pas été conservée par ce moyeu.

Ou sème, en général, trop épais les graines f elles doivent être placées en échiquier, et au moins à quatre pouces de distance les

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unes des autres : on en verra bientôt la raison. La terre destine'e au semis doit être compose'e, moitié de terreau de vieilles couches bien consomme' , et moitié d'une bonne terre franche. Au défaut de ce terreau , peu commun ailleurs que dans la capitale, on en préparera un avec des feuilles que Ion fera ponrrir, celles du noyer exceptées. La terre noire que l'on trouve dans les troncs des vieux saules, des vieux peupliers, etc., est excellente. Le point essentiel est de se procurer une terre très- douce, légère et très-substantielle.

La semence entenée , et recouverte à la hauteur d'un pouce, exige de petits arrosemens au besoin, d'être débarrassée de loute herbe parasite; et lorsque la tige commence à s'élever, de serfouir la terre de temps à autre, comme dans les provinces du midi', où la chaleur et surtout l'évaporation sont très-fortes; il est bon de couvrir la superficie de la caisse ou du pot avec de la paille hachée, et encore mieux avec du crottin ^de cheval.

La coutume généralement suivie est de lever à la fin de l'année chaque pied , et de le replanter daas un pot.

A la fin de la première année, et lorsque Ton sort les caisses ou. pots de l'orangerie , on gratte la superficie de la terre qu'ils contiennent, on la fait tomber afin de la remplacer par une terre nouvelle et bien préparée.

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Des houtures.

Ou choisit une branche jeune , saine ^ droite, de la longueur d'un pied environ, que l'on enfonce à trois ou quatre pouces dans une terre préparée ainsi qu'il a été dit- on tient le pot ou la caisse à l'ombre, et dans un lieu chaud ^ jusqu'à ce que l'on s'aperçoive que la bouture ait poussé des racines j alors on la retire de ce lieu, et on l'expose peu à peu à l'ardeur du soleil.

Des marcottes et des provins.

Lorsque la tête d'un oranger ou d'un citronnier est élevée^ il n'est pas aisé de les marcotter, il faut avoir recours à l'art. On choisit sur cette tête une jeune branche , et l'endroit où il convient de la marcotter; on fait ligature avec une ficelle qui presse et serre un peu l'écorce. Cette ligature donne naissance à un bourrelet.

La ligature laite, on prend un pot partagé en deux parties sur sa hauteur , et percé d'un trou dans le bas, par lequel on fait passer la branche. Les deux parties du pot étant rapprochées l'une contre l'autre, on les tient resserrées par un lien de lil-de-fer, soit en haut , soit en bas ; enfin on remplit ce pot de terre : afin de maintenir et supporter ce poids ajouté à la branche, pour qu'elle ne soit point exposée à être cassée^

on assujettit le pot contre deux piquets Ibrlemeut fixes en terre • et avec ce secours la branche est enracinée j on la coupe audessous du pot , on la dépote et on lui donne une caisse ou un autre pot convenable à son volume.

Si on ne se sert pas de ligature^ on coupe un peu l'écorce dans quelques points de la circonférence , et il se forme des bourrelets à la base de chaque partie coupe'e. Celte me'thode est minutieuse , casuelle , et ne me'rite d'être employée que lorsque l'on veut se procurer des espèces rares ^ les provins sont plus sûrs, et l'on travaille sur un plus grand nombre de sujets à la fois, &i la greffe a été' placée près des racines.

On coupe le tronc de l'arbre à cinq ou six pouces au-dessus de la greffe, et on lui laisse tous les nouveaux jets qu'il pousse j lorsqu'après la première, ou encore mieux après la seconde année, les jets ont de la consistance , on forme tout autour un encaissement dont la hauteur excède de cinq à six pouces la partie supérieure du tronc qu'on a laissé j on le remplit de terre à mesure que l'on couche les branches , et on provigne le lout^ enfin on remplit de terre tout l'encaissement. La petite ligature dont on a parlé facilite la sortie des racines.

S'il ne s'agit que de se procurer des sujets non greffés, on coupe le tronc presqu'à fleur de terre , et il sort du collet des xacines une miUtilude de jets.

Des quatre maniiTCs de niullipllerles orangers et les citrouiiicis ;, celle àa seinis est à préférer.

De quelque manière qu'on se soit procuré (les sujets, si on veut avoir des pieds éleve's on ne doit pas se hâter de supprimer les branches inférieures.

Les graines, de citron poussent plus rapidement que celles de l'orange, et les pieds que fournissent les premières sont plus tôt formés pour la grosseur et pour la hauteur, et par conséquent plus tôt susceptibles de recevoir la greffe.

De la greffe.

On peut placer la greffe à trois endroits différens : ou à quelques pouces au-dessus du collet des racines, ou à deux ou trois pieds \ ou enfin à cinq ou six pieds au-dessus , lorsqu'on se propose d'avoir de grands arbres pour l'orangerie. Il est cependant aisé , en plaçant la greffe au-dessus des racines , de conserver son jet, et de l'élever en haute tige; mais cette manière de greffer est sujette à des inconvéniens lorsque l'on désire avoir des troncs élevés : pendant la première et la seconde année, le jet ftjrmé par la greffe est tendre, peu ligneux, et il est par conséquent sujet à être cassé ou surpris par les premières gelées , ou enfin à souffrir et à so dessécher dans l'orangerie. Le- tronc alors 113 reste plus droit, mais il forme un coude iv. II

dans la partie d'où part la nouvelle tige , et k beauté du tronc dépend de sa régularité- il vaut beaucoup mieux placer les greffes à la hauteur de Ja tige que l'on désire consener. D'ailleurs, en greffant près des racines, on ne doit placer qu'une seule greffe; et si elle ne reprend pas, c'est une année perdue, et il est à craindre qu'à la seconde l'écorce ne soit dure. Au contraire, les jeunes branches de la tête de l'arbre permettent de placer plusieurs greffes qui reprennent plus facilement, et leur nombre supplée celles qui ne prennent pas ; d'ailleurs la greffe placée près des racines produit rarement une tige belle , haute et nette.

L'époque de greffer dépend de la chaleur du pays que l'on habite.

L'oranger se greffe encore par approche, en fente et à l'anglaise. Cette dernière sorte s'emploie principalement lorsqu'on veut faire porter des fleurs , et même des fruits, à des orangers de deux ans.

On choisit sur un oranger un rameau bien formé et à fleurir , de grosseur semblable à celle du sujet, qui , je le répète , peut n'avoir que deux ans , mais est préférable à trois ; on les entaille l'un et l'autre en biseau de la même longueur , d'environ un pouce de long , et on les réunit de manière que les écorces se rapportent bien ■ exactement. On lie ensuite ces deux parties avec de la laine, et on les entoure d'une poupée ordinaire. Cette opération se fait sur des sujets

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très en sève ; dès qu'elle est terminée , on place le pot sur une couche à châssis, et on le garantit du soleil. Les feuilles de la grefie se fanent un peu ; mais au bout de deux ou trois jours elles se relèvent , les fleurs s'épanouissent à l'e'poque où elles l'auroient fait sur l'arbre d'où elles ont e'te tire'es, ou peu après; quelquefois même elles se nouent, et on peut conserver un ou deux fruits qui parviennent à maturité'. Il ne faut ôter les poupées qu'au bout d'un an; car la consolidation de la greffe est lente.

De la conduite de l'oranger et de la plantation.

Lorsqu'on ne veut pas prendre la peine de semer, de marcotter, etc., on achète ou on fait venir d'Italie ou de Provence des arbres tout forme's, et dont la hauteur et la grosseur du tronc sont conformes à la demande qu'on en a faite. Si , à l'arrive'e de ces arbres, les feuilles sont molles, flasques , si elles se plient sans se casser, c'est une preuve que les arljres ont souffert eu route. Le seul cxpe'dient pour ranimer leur fraîcheur est de les déballer, d'enlever la mousse qui recouvre les racines, de les plonger ensuite pendant quelques heures dans une eau dont la chaleur soit de douze à Vingt degrés , suivant le thermomètre de Réaumur : on les plante îiprès cela dans de grands pots de terre vernissée ou dans des caisses.

Lorsque l'on donne aux Ge'nois ou aux Provençaux la commission d'envoyer des arbres, on doit stipuler qu'on ne paiera que les pieds auxquels on aura laisse' toutes les racines garnies de tout leur chevelu. Ces racines doivent être , après les avoir sépare'es de la terre qui les environnoit, mollement rangées entre des lits de mousse fraîche, et encaisse'es avec soin. Lorsqu'on les sort de la caisse, on retranche les racines chancies, cassées ou gâte'es, et rien de plus, quoi qu'en disent les jardiniers. *

De la pj'éparation de la terre pour' les

caisses.

Quelques personnes n'emploient que le terreau des vieilles couches , uni par moitié avec la terre ordinaire.

Par un système tout opposé , d'autres n'emploient que l'argile ou quelque autre terre qui approche de la ténacité et de la compacité de ses molécules. Cette terre , il est vrai , n'a pas besoin d'autant d'arroseinens que l'autre , mais les racines et leurs chevelus ont la plus grande peine à s'étendre : on a beau passer et repasser au crible cette terre , l'unir avec un fumier quelconque, ce n'est que très à la longue et avec beaucoup de peine qu'on parvient à la mélanger.

La terre dos taupinières a son mérite , lorsque l'animal travaille dans un sol depuis

long-temps en prairie , et surtout si elle est sujette à être couverte par des inondations qui charrient et de'posent beaucoup de limon. Le limon scroit par lui-même trop compact ; cependant les débris annuels des végétaux et des animaux lui donnent de la souplesse et aucrmentent Ist masse de l'humus ou terre végétale. Mais la terre des tanpinieres duii champ ordinaire n'a pas plus d'efficacité que celle de ce même champ.

Quelquefois on fait mélange de parties égales de fumier de cheval , de fiente de vache , de crottin de mouton et de bonne terre : on mêle le tout ensemble, on le laisse amonceler pendant un an ou deux , et de temps à autre on le passe à la claie, afin de le bien combiner. Cette préparatiom n'est pas mauvaise ; j'aimerois cependant mieux qu'il y eût moitié de bonne terre franche.

Les balayures des rues , les matières de voirie, et même les excrémens humains, unis à une bonne tprre , et lorsqu'on a laissé le tout fermenter ensemble pendant deux à trois ans, fournissent un mélange bien substantiel. On ne sauroit trop le laisser vieillir , ni le passer trop souvent à la claie après la première année , afin que la combinaison devienne parfaite.

Le grand point est de rassembler sous un petit volume beaucoup de matières propres à nourrir l'oranger, afin que la qualité compense la quantité^ puisqu'une caisse doit tou-

jours être la plus petite possible relativement à la grosseur de l'arbre qui doit y être pJace'.

Voici la meilleure composition qu'on puisse employer et le mode de sa fabrication.

A une terre franclie, c'est-à-dire composée à peu près d'un tiers d'argile, d'un tiers de sable et d'un tiers d'bumus, et depuis long-temps mise en tas, on me'lange partie égale en bauteur de fumier de vacbe à moitié consommé. L'année suivante , on travaille de nouveau cette terre en la cban~ géant de place deux fois. L'année d'après , on la mélange avec à peu près moitié de terreau d'une coucbe de fumier de clieval. On la laisse encore un an en tas que l'on cbange de place deux ou trois fois, en perfectionnant autant que possible le mélange. Pendant l'iiiver de l'année où on doit employer cette terre , on y mêle encore un douzième de crottin de mouton , un vingtième de fiente de pigeons et un quarantième de poudrette ( excrémens bumains dessécbés ) -, le tout est de nouveau bien mélangé à deux reprises différentes. Ainsi on met trois ans et demi à composer cette terre, qui pendant ce temps reste exposée en plein air, d'abord en tas alongés, ensuite alternativement en cônes très-éievés et à dos d'âne circulaire. Plus elle est maniée souvent, et plus elle a de qualité : si on l'emploj oit au moment de sa fabrication , l'excès de carl^onc qu'elle contient alors

ferolt përir les arbres, brùleroit leurs racines, comme disent les jardiniers- cette terre est coûteuse sans doute, mais il ne faut pas penser à avoir une orangerie si on ne veut pas faire les dépenses nécessaires pour l'entretenir en bon état. . ^

il/ ; De l'encaissement. ' , ,

On a imaginé, pour le service des grandes orangeries, un expédient bien commode lorsqu'il s'agit d'encaisser ou de décaisser les orangers. Qu'on se figure une échelle double, assez élevée pour surmonter de plusieurs pieds le sommet des branches de l'arbre, et formant un triangle assez évasé parle haut pour que ces mêmes branches ne touchent point le montant de l'échelle. Quatre perches réunies par le haut et assez élevées produisent le même eflet, et sont plus maniables que les échelles ; on attache fortement au sommet une poulie dans laquelle passe une corde, dont le bout est terminé par un nœud coulant. On commence par ouvrir le nœud assez; pour le faire passer tout autour des branches, et on le descend ensuite sur le tronc; là , on le serre , mais auparavant on a soin de faire glisser la corde entre les branches, de la fixer le plus qu'il est possible sur la perpendiculaire, afin de garnir avec de vieux: chiffons la partie du tronc que le nœud doit embrasser. Des hommes prennent l'autre extrémité de la corde passée par la pouhe ,

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la tirent, et ils soulèvent l'arbre de manière que la base des racines soit au-dessus de la partie supérieure de la caisse. Par ce moyen, l'arbre reste suspendu; l'on peut, fort à son aise, supprimer les racines superflues et replacer la motte dans le milieu de la caisse. >.

Si on trouve ce mojen trop embarrassant , on peut décaisser un oranger avec un levier semblable à celui dont on se sert pour soulever les voitures lorsqu'il s'agit de graisser les roues.

Lorsque l'on est prive' du secours de l'une , de ces machines , la ne'cessite' oblige de cas-

• ser le pot ou de couper la caisse, et. de tirer l'arbre en dehors à force de bras; mais comme la circonférence de la tête des orangers est ordinairement du double ou du triple, et même du quadruple de celle de la caisse , il arrive presque toujours que les branches froisse'es contre le sol sont endommage'es ou cassées; d'ailleurs, il est très-dif-

• lîcile de tourner l'arbre dans tous les sens. Lorsqu'il s'agit de retrancher les racines su«

• perflues, pour le rencaisser, c'est encore ua . nouvel embarras, il faut multiplier les bras; on augmente la de'pense et les accidens, lorsque tous les travailleurs ne sont pas in- "' telligens ; au lieu qu'avec le secours des machines, l'arbre se place de lui-même dans le milieu de la caisse et sur la ligne la plus perpendiculaire.

Plusieurs jardiniers placent dans le fond

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du pot OU de la caisse dos graviers ou des décombres à la hauteur d'un pouce oïl deux, dans la vue de donner issue aux eaux superflues des arrosemens, et par là d empêcher la pourriture des racines.

Il y a deux manières de disposer la terre dans la caisse; dans la première on bat la terre, on la serre le plus que l'on peut, jusc[u'à la hauteur sur laquelle doit reposer la motte de l'arbre. L'oranger mis en place, on ajoute de la terre tout autour, on la serre et on la bat de nouveau, jusc|u'à ce que Ion soit parvenu à remplir le pot ou la caisse. Le but de cette ope'ration est d'empêcher 1° que l'eau des arroscmeus ne pénètre trop promptcment la terre, ne la délave, et n entraîne avec elle la graisse de la terre, l'humus ou terre végétale soluble dans l'eau ^ 2*^ que le tronc de l'arbre ne soit couché d'un coté ou d'un autre par les coups de vent.

Dans la seconde méthode , on ne foule point la terre ,• mais on connoît jusqu'à quel point elle doit se tasser; alors on dispose la motte de manière que le collet des racines excède d'autant la superficie de la caisse; et à mesure que la terre se tasse,, l'arbre s'enfonce; mais comme il reste un grand nombre •de racines à découvert, on a le soin de garnir tout le pourtour de la caisse ou du pot avec de petits morceaux de planches, ou avec des briques ou des tuiles plates et minces, d ou résulte un encaissement que l'on remplit déterre. Au premier arrosemeut, la terre

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se plombe et l'arbre descend ^ enfin ^ après quelques jours, il est aussi enfoncé qu'il doit l'être j alors on débarrasse la superficie de la caisse de la masse de terre qui est devenue inutile. Cette seconde me'tliode est, à tous égards, préférable à la première de la suppression des racines. La végétation de l'oranger et du citronnier est rapide, soit pour les branches, soit pour les racines; et ces dernières remplissent tellement la caisse la plus grande qu'à la fin de la seconde année elJes tapissent leurs parois intérieures ainsi que le fond; les jardiniers donnent le nom de perruques à ces chevelus, parce qu'ils sont tellement entrelacés et placés si près les uns des autres, qu'ils semblent former un tissu de cheveux : cette surabondance de chevelus nécessite leur suppression à la fin de la seconde année.

De l'aiTOsemeiit.

Il vaut beaucoup mieux donner chaque jour, suivant le besoin ou le climat, de petits arrosemens capables de maintenir une légère humidité dans la terre, et rien de plus; mais dans les pays méridionaux l'oranger demande de larges et fréquentes irrigations.

On a coutume, dans presque tous les pays, de donner à chaque pied d'oranger, immédiatement après l'encaissement , ce qu'on nomme une lessive. Cette préparation varie; et suivant le système de chaque jardinier elle est plus ou moins surchargée. Elle consiste

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en gênerai dans un mélange de crottin de cheval , de celui de mouton ;, de fiente de vache, de lie de vin, de salpêtre, etc., et de toute espèce d'assemblage ridicule qu'on imagine. Les plus sages se contentent d'avoir du fumier vieux, bien consommé, qui ne soit point éventé, d'en jeter une quantité proportionnée au besoin dans un bassin, dans un creux, etc., de remplir d'eau, et de laisser le tout ainsi pendant plusieurs jours.

La plupart de nos jardiniers taillent les orangers immédiatement après la fleur. Cette métliode a ses avantages et ses inconvéniens.

Si l'on trouve qu'un oranger a poussé plus d'un coté que de l'autre, ou qu'il paroisse vouloir s'y jeter, on laisse au côté fougueux beaucoup de branches et de bourgeons, dusseni-ih Jaire un peu confusion; au contraire, on soulage amplement le côté foible.

De Vébourgeonnement.

Les orangers font ordinairement éclore trois ou quatre bourgeons ensemble- ce sont les plus droits, les mieux nourris, les mieux placés qu'il faut conserver j on les visitera une fois le mois ; et vers le solstice d'été tous les quinze jours.

Dans le fort de la pousse des orangers, au commencement de juillet, surtout lorsque les années sont humides, il paroît une multitude de petits faux bourgeons maigres, tendres, et d'un vert pâle naissant. Ces bran-

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elles folles^ qui poussent fréquemment des aisselles des gourmands, peuvent se couper dès leur naissance avec l'ongle du pouce. Ce qui embarrasse le plus dans nos orangers, comme dans nos autres arbres fruitiers, ce sont les gourmands et les demi-gourmands. Il est des moyens sûrs d'en tirer de grands avantages et d'e'viter les maux qu'ils peuvent occasionner. Ils deviennent très-pre'cicux toutes les lois qu'ils sont place's avantageusement, c'està-dire qu'ils n'ont autour d'eux que du bois mesquin et des pousses clietives, ce qui les met en ëtat de renouveler cette partie de l'arbre où ils ont pris naissance. Il y a pour lors deux moyens d'en faire usage; le premier est de ne point trop laisser grandir ces gourmands, mais de les arrêter de bonne lieui^e pour leur faire pousser des drageons capables de garnir la place. On les coupe à cet efïet à moitié au-dessus d'un œil, d'où il arrive que plusieurs yeux du bas s'ouvrent et font éclore des bourgeons. On les ravale ensuite sur l'un d'eux, et même sur le dernier : celui-ci s'alonge et a encore le temps de s'aoûter, et l'année suivante on taille dessus. Le second moyen est de supprimer ce bois frêle, quand le gourmand est en état de le suppléer, ce qui est du ressort de la taille.

Faire une tête aux orangers n'est pas l'ouvrage d'une seule taille , ni d'un seul ébourgeonnement. Il faut , durant plusieurs années^ les redresser et les corriger^ leur don-

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liant l'essor du coté où ils poussent trop, et les tenant court du coté foible, puis rabattant liors de la pousse la partie trop forte, et serrant fort près du liaut, pour leur procurer une figure ronde et régulière également partout • de même leur beauté consiste à être un peu haut montés, et à avoir ime taille élégante j ce qu'ils acquièrent lorsque, d'année en année, on élague tantôt une branche et tantôt une autre ou plusieurs.

Le grenadier. ( Punica. )

Il y en a de plusieurs espèces. Il y a lieu de croire, d'après le nom latin de cet arbre , qu'il a été apporté des environs de Cartilage par les Romains. Les grenadiers craignent le froid- ils ont à cet égard des irrégularités singulières , dont la cause est encore inconnue. Par exemple, à Paris, le grenadier résiste quelquefois en pleine terre, dans une bonne exposition , à des hivers très-rigoureux, tandis que la plus petite gelée le fait périr aux environs de Lyon.

Les grenadiers tenus dans des caisses demandent beaucoup plus de soins que ceux qui sont en pleine terre j il faut que les caisses, proportionnées à leur grandeur, soient remplies d'une terre surabondamment chargée de principes végétaux ^ leurs têtes doivent être taillées très-court. On ne doit les sortir de l'orangerie que lorsqu'l n'y a plus de gelées à craindre , et les rentrer de bonne

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heure : on doit leur donner un demi-change tous les deux ans^ c'est-à-dire leur donner dé la nouvelle terre sans les de'caisser, et un change complet tous les quatre ans. Du reste, arroseniens abondans et fre'quens en e'te', et rares et foibles pendant l'hiver. Ces arbres vivent très-long-temps^ on croit que quelques-uns de ceux de l'orangerie de Versailles ont deux ou trois cents ans. On multiplie le grenadier par toutes les voies possibles.

Du mûrier. ( Mo rus. )

Le point essentiel, dans la culture de cet arbre, est de lui faire produire beaucoup de feuilles, et de bonnes feuilles. Par bonnes feuilles je n'entends pas les plus larges, ni les plus succulentes, mais celles dont les sucs nourriciers ont les qualite's convenables à l'éducation du ver et à la beauté' de la soie.

Les terrains aigres, ferrugineux, et tous ceux de ce genre, qui ne permettent que difficilement l'extension des racines , ne sont pas propres aux plantations des mûriers j cependant la feuille en seroit très-bonne, mais en trop petite quantité.

Les coteaux de nature calcaire , les rochers qui se délitent d'eux-mêmes, et dont le grain est ' facilement converti en terre, sont les endroits à préférer pour la supériorité de la qualité de la feuille.

Les terres à seigle sont, sans contredit , celles qui conviennent le mieux aux mû-

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riersj le sacrifice est d'ailleurs bien moindre que dans celles à froment.

Quand on ne veut pas cultiver inutilement le mûrier, qui ne produit que peu les premières anne'es , l'on peut semer sur le champ et avec choix, alin de ne pas nuire à l'arbrej par exemple^ la première anne'e', des pommes -de -terre, après avoir fume le champ j ce qui est avantageux à l'arbre, qui tire sa portion de l'engrais : l'on arrache en octobre ces pommes- de- terre , dont la re'colte paie au-delà des frais de culture. L'anne'e suivante on peut y semer de la vesce.

Cueillette des feuilles.

Il n'y a, à proprement parler, point d'âge fixe. La première cueillette dépend de la force de l'arbre- si sa tète n'est pas de'jà bien formée, il est clair qu'en ramassant la feuille on détruira un grand nombre d'jeux ou boutons qui auroient, dans l'année ou dans les suivantes, fourni les bourgeons nécessaires à la forme de la tète. Il est donc plus prudent de ne pas accélérer une jouissance qui devient préjudiciable; la troisième ou la quatrième année après la plantation sont en général les époques auxquelles on commence à cueillir.

De la manière de cueillir la feuille dépend la conservation de la télé et la prospérité de l'arbre. L'on doit prendre la petite blanche d'une main , et glisser l'autre de bas en haut ; si, au contraire , on prend de haut

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en has j l'efForl de la main fait sauter les yeux aux boulons^ et souvent leur rupture entraîne vaie partie de l'écorce , de manière que l'on voit sur la branclie plaie sur plaie.

Si y pour avoir plus tôt fait , on arrache le petit bouquet de feuilles qui se pre'sente ;, on de'truit entièrement les bourgeons à venir.

Le cueilleur doit prendre feuille à feuille ^ et même laisser les deux les plus ëleve'es du bouquet , afin que celles-ci aient le prolongement de l'œil en bourgeons.

Les cueilleurs de feuilles ont ordinairement un bâton de quatre à six pieds de longueur, armé d'un petit crochet de fer dans le bout. Il est inconcevable à combien de cueilleurs ce malheureux instrument a coûté la vie. A peine en équilibre sur une branche , ils veulent avoir les feuilles d'une branche supérieure ; ils la tirent avec leur crochet ; si elle est d'un certain volume , il faut de la force pour l'emmener ', souvent celle do l'ouvrier n'est pas suffisante , l'éiasticité de la brandie entraîne l'ouvrier, il perd l'équilibre et tombe. Si la branche cède , elle se casse , et la tête de l'arbre est défigurçe. Tout cela tient à la négligence et à la paresse de l'ouvrier , qui , pour ne pas avoir la peine de descendre de l'arbre , et de changer son échelle de place , abîme un arbre , et court le risque de perdre la vie en tombant. Il est donc i^idisperisable , pour bien opérer , d'avoir des échelles proportionnées à la hauteur de l'arbre.

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A mesure qne la cueillcur cfTeuille un arbre , il doit séparer les mûres , et les jeter de côte' : ce point est essentiel.

Aussitôt que les charges des feuilles sont arrivées au logis , on doit \idcr les sacs , les étendre dans un lieu bien aéré , finir de séparer rigoureusement les fruits, qu'on jette dans la basse-cour , pour la nourriture^ de la volaille. Si les feuilles restent amoncelées, pressées, serrées , elles s'échauffent, fermentent , et causent aux vers des maladies dangereuses.

Lorsque l'on fait tant que de cueillir la feuille , il faut en dépouiller l'arbre complètement • si on en laisse par-ci par - là , ou. des branches sans les cueillir , la sève suit sans peine son cours ordinaire • elle se porte tout de ce côté , et ne nourrit plus qu'imparfaitement ïa partie effeuillée. C'est un des points les plus essentiels dans la cueillette de la feuille.

Emondage.

Ernonder n'est pas tailler; mais c'est, après la cueillette , supprimer tout le bois mort , les chicots , les ergots , le bout des branches cassées , réparer les déchirures , et tout au plus enlever quelques petites branches chiffonnes qui nuiroient à l'accroissement des bourgeons, ou qui leur feroient une mauvaise direction. C'est encore le cas (pour le mûrier seulement) de supprimer les gourmands inutiles , ou de leur donner une direction qui

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lende à former la télé de l'arbre. Cette ope'ration doit avoir lieu aussitôt après Ja récolte des feuilles , et Ja taille , après leur chute naturelle , enfin , lorsque l'arbre n'est plus en sève.

Propriétés économiques.

L e'corce du mûrier, pre'parée comme le lin ;, dorme de la fdasse : cette propriété étoit connue très-anciennement.

Un autre emploi de l'écorce du mûrier^ c'est pour faire du papier. Il y a lieu d'être étonné que , d'après l'expérience des Chinois et des Japonais , qui tirent tout celui qu'ils fabriquent de diverses espèces de ce genre , et les essais faits en France , essais dont le résultat a été si satisfaisant , on n'en voie nulle part de fabrique.

Le fruit du mûrier engraisse très-promptement la volaille, les cochons j et les feuilles , rassemblées après leur chute et mises à sécher, sont dévorées par les troupeaux : c'est pour eux une excellente nourriture d'hiver.

Le bois de taillis est employé utilement comme perches à soutenir des treillages , comme tuteurs pour les arbres ; celui du tronc et des grosses branches , fendu et scié en planches d'un à deux pouces d'épaisseur , sert à la fabrication de vaisseaux vinaires qui contiennent depuis douze cents jusqu'à trois mille bouteilles et plus. Ce bois est encore avantageux pour les vins blancs 5 il

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leur communique un petit i,'OÙt agre'ahlc , et approcliant de celui f[UiC l'on appelle violette.

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