‹ Maison rustique, pour servir a l'éducation de la jeunesse (volume 2)Chapitre 4 sur 33 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la culture du tabac.

Le meilleur tabac ^ disent les auteurs du Cours d'Agriculture , est celui de Virginie. On ne parlera ici que de la culture qui s'en fait en Hollande et en France. Cette culture est très-étendue, les seules provinces de Gueldre et d Utrecht produisent annuellement onze millions de livres de tabac , dont trois millions étoient autrefois vendus à la ferme générale de France. Dans ce pays , principalement aux environs d'Amersfoit , on sème

la graine de tabac sur de grandes couclies en bois^ hautes de trois pieds ^ larges de dix, et d'une longueur inde'terminee. Elles sont environnées à l'extérieur par une masse de fumier de litière de cochon et de mouton , et jusqu'à la liauteur des planches de la couche • l'intérieur est garni du même fumier à la Jiauteur de deux pieds, et d'un pied de terre Une , meuble et bien fumée.

Pendant que la graine germe , et que la plante croît et se fortifie sur cette couche , on en prépare d'autres dans le voisinage, d'un genre difiérent. On creuse le terrain à quelques pouces de profondeur , pour faire une seconde couche ; elles sont séparées les unes des autres par un sentier de six à huit pouces de largeur ; leur base est de deux pieds et demi, leur hauteur de deux pieds , leur talus de trois pouces ; de sorte que dans le haut il n'y a que deux pieds de largeur sur une longueur indéterminée. Leur direction est du nord au midi. A six ou huit pouces de hauteur au-dessus du niveau du fossé on met un lit d'un pouce et demi d'épaisseur de fumier de mouton très-fin et très-menu, pardessus six pouces de terre bien fumée, et ainsi de suite, lit par lit, jusqu'à la hauteur désignée. Les sentiers oflrent deux avantages : le premier de conduire les eaux , et le second de procurer la commodité de sarcler. Quelquefois ces planches ou couches ont plus ou moins de hauteur , selon que le terrain est plus ou moins humide j mais leur largeur

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supérieure ne varie guère que de deux a trois pieds. C'est sur des couches ainsi pre'parées qu'on transplante avec les précautions ordinaires les jeunes pieds de tabac ; et pour tirer parti des couches à semis qui restent alors libres , on sème sur celles-ci de la laitue , du céleri et d'autres légumes j les plants de tabac sont enfoncés en terre jusqu'à la naissance des feuilles , et dislans l'un de l'autre d'un pied et demi ; ils sont disposés en quinconce et forment deux rangs sur chaque planche.

Les champs de tabac , en Hollande , sont environnés de haies très-élevées , ou de plantations d'arbres , sans doute pour garantir les plantes des coups de vent. On donne à ces plantes^ jusqu'à l'époque de leur maturité, à peu près les mêmes façons qu'en Amérique, c'est-à-dire qu'on les sarcle ou arrose au besoin, qu'on les ététe, qu'on les ébourgeonne, etc.

Après qu'on a ébourgeonné les plantes , on commence à cueillir les feuilles de la seconde et troisième qualité. La troisième qualité se compose des plus petites et des plus mauvaises feuilles, qui sont tout-à-fait au bas de la tige • celles qui sont placées immédiatement au-dessus, au nombre de cinq ou six, composent la seconde qualité. On cueille les unes et les autres en même temps ; mais on les trie ensuite dans la case à suerie ou séchoir. Pendant qu'elles sèchent on ébourgeonné de nouveau les plantes et on les veille,

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afin de pouvoir cueillir à propos les feuilles qui restent et qui forment la première qualité' y car si on laisse jaunir le tabac sur pied , il perd de sa force , est moins maniable, et se dégrade facilement. Ces deux récoltes sont l'ouvrage des femmes : elles enlèvent les feuilles le plus près qu'il est possible de la tige, dont elles arrachent même la pellicule, afin d'avoir plus de poids.

Après les préparations convenables, on met le tabac en manoques, et on l'emballe par parties de douze , treize , quatorze et quinze cents livres , dans des mannes , des nattes cl des boucauls.

Le tabac, dit Jansem (Méthode de cultiver le tabac pratiquée en Hollande ) , celui surtout qui est exposé en plein champ , craint les grands vents , les fortes pluies accompagnées de vent, et particulièrement la grêle, qui enlève quelquefois en un moment au planteur tout le fruit de son travail. Pour prévenir ce malheur autant qu'il est possible , on partage un champ de terre en plusieurs carrés, savoir, trente à trente-six par arpent. On entoure ces carrés de fagots de chêne, d'aulne, de saule, ou même de hêtre; mais la première espèce de bois est sans contredit la meilleure pour cet effet , et peut demeurer deux ans sur pied , tandis que les autres espèces doivent être changées tous les ans. Pour planter ces palissades on fait avec la bèehe de profondes rigoles que l'on comble ensuite quand les fagots s'y trouvent. Ces

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abris, ou brise-vents, garantissent les plantes des effets du vent et de la pluie ^ ils servent aussi d'espèces de rames pour Jes haricots , qui aiment une terre haute et fumée , telle que doit être celle qu'on destine à la culture du tabac. Ces haricots contribuent en même temps à mettre le tabac en sûreté contre les intempe'ries de l'air. Au bout de deux ans on enlève ces haies, qui servent de bois de chaufiage , et on en plante d'autres.

Quelques cultivateurs retirent les trognons de tabac de la terre, et les font servir, avec les rejets de la tige, à former un engrais qu'ils re'pandent sur les terres labourables ; mais il vaut mieux pour les terres à tabac les y laisser pourrir en les mettant en pièces, lorsqu'on retourne au jirintemjw le terrain avec la beclie.

Culture du tabac dans les départemens du Haut et du Bas-Rhin.

Dès le mois de mars, ou même plus tôt, selon la saison , on sème le tabac dans les jardins, sur des couches ou sur des planches bien soigne'es et entretenues d'engrais. On couvre ces couches et ces planches avec des paillassons, ou avec de la paille qu'on lève tous les jours vers les neuf heures du matin, lorsque le soleil paroît, et qu'on remet au soleil couchant.

Dès que les jeunes plantes ont deux ou quatre feuilles, elles sont bonnes à transplanter^ cette transplantation se fait com-

munément depuis la fin d'avril jusqu'à la mijuin; les plantes sont disposées^ autant qu'il est possible , en lignes droites et espacées convenablement, de manière que dans la suite les feuilles ne puissent pas s'étoulFer entre elles lorsqu'elles auront acquis toute leur grandeur.

Huit jours après la transplantation , on remue légèrement la terre avec une petite pioche, et pendant les six semaines ou les deux mois suivans on la retourne au moins à deux fois différentes. S'il survient de grandes chaleurs ou des temps pluvieux, on est obligé de le récolter avant sa maturité; il ne' donne alors que des feuilles minces , maigres et courtes , qui même étant séchées restent vertes, et ne peuvent, par cette raison, être employées qu'à faire du tabac à fumer.

Les jeunes tabacs nouvellement transplantés demandent de la chaleur, mais sans sécheresse, au moins jusqu'à ce qu'ils aient pris racine et qu'ils soient parvenus à peu près à la moitié de leur croissance.

Dans ces départemens^ on distingue trois espèces de feuilles sur les pieds de tabac,- savoir, les bonnes feuilles, les feuilles de terre et les petites feuilles.

Les bonnes feuilles, parmi lesquelles il y a aussi beaucoup de choix, tant pour la qualité que pour la beauté , sont celles qui se trouvent vers le milieu et dans la partie supérieure de la plante.

Les feuilles de terre sont celles qui, placées

au bas de la plante^ touchent pour ainsi dire le terrain.

Les petites feuilles sont de deux espèces; les unes viennent aux petites branches que poussent les plantes presqu'auprès de chaque feuille, quand les têtes leur sont enleve'es, on les nomme gitzen; les autres ne sont autre chose que les trois ou quatre petites feuilles qui se trouvent aux tiges au moment de la transplantation. Ces dernières sont au-dessous des feuilles de terre, et s'appellent feuilles de cœur.

Dans un e'te' pluvieux et humide, beaucoup de bonnes feuilles , et même des feuilles de terre , prennent des taches couleur de fer , et deviennent comme galeuses. Ces taches ne s'en vont pas à la fabrication^ excepte celles qui, e'iant d'une certaine intensité, finissent par se changer en trous quand la feuille est sèche. Les feuilles qui n'ont point de taches restent toujours minces et le'gères, et leur qualité est inférieure à celle des feuilles qu'on récolte dans un été ordinaire.

Si le temps humide et pluvieux ne dure que jusqu'à moitié crue des feuilles , et qu'ajDrës cela il fasse du soleil et de la chaleur pendant un mois ou six semaines , les feuilles reviendront à leur état naturel , et acquerront la qualité qu'elles ont communément dans ce j^ajs.

Lorsque le beau temps est continuel pendant tout l'été, et que les chaleurs et la sécheresse se prolongent , les feuilles de tabac

restent petites , mais elles sont plus substantielles, et, quoique moindres de surface et de volume, elles pèsent souvent plus que les feuilles longues. Si les fabricans peuvent en conserver pendant quelques années, et en mêler un dixième aux feuilles provenant d'une année ordinaire, le tabac vaudra mieux.

Enfin, dans un département on peut juger de la qualité qu'aura le tabac de l'année d'après celle du vin^ l'un et l'autre seront au même degré de force et de valeur.

Les feuilles provenant de terres grasses et compactes sont très -piquantes et trèsfortes, et par cette raison elles sont toujours choisies pour fabriquer des carottes et du tabac en poudre j celles provenant d'une terre légère et sablonneuse, ayant moins de force et de piquant, sont plus propres à la fabrication du tabac à fumer. Ainsi les terres de Strasbourg et de Sclielestadt , qui ont la première qualité, sont préférées pour la plantation du tabac à carottes; et celles de Strasbourg àHaguenau,Biscliwiller, etc., qui ont la seconde , sont employées à la plantation du tabac à fumer.

En général, la plantation du tabac réussit beaucoup moins sur les collines et sur les montagnes, même quand la terre en seroit convenable, que dans les fonds ou dans les plaines, parce que l'air y est moins cliaud, le froid plus vif et de plus longue durée, les vents plus forts et plus constans.

La récolte se fait de trois manières. On

commence d'abord à récolter les feuilles de terre , ce qui a lieu ordinairement vers le i5 juillet : dès qu'elles deviennent jaunes, on Ole les quatre ou cinq Ibuilles de chaque tige qui sont le plus près du sol j on laisse les autres , qui sont de bonnes feuilles , jusqu'à leur maturité, ou jusqu'à ce qu'elles soient menace'es de gelées blanches.

Si les plantes eut huit ou neuf feuilles sans compter les feuilles de terre , on les e'téte j moins les feuilles sont nombreuses , plus elles deviennent épaisses , pesantes , et plus elles profitent au fabricant. Cette ope'ralion se fait communément au commencement d'août. Huit jours après , on cueille déjà les gitzen • et , comme d'autres gitzen poussent aussitôt que les premiers sont enlevés, on récolte ces nouveaux, pour qu'ils se conservent mieux , de huit jours en huit jours, jusqu'à la récolte des bonnes feuilles, qui commence dès le 20 août ( un mois après les feuilles de terre ) , et on la continue ainsi jusqu'à l'arrivée des gelées blanches.

Après avoir cueilli les feuilles , on les épluche et on les attache sur le champ par bottes j et quand elles sont transportées au séchoir , on les épluche de nouveau l'une après l'autre , pour séparer autant qu'il est possible celles de chaque qualité, notamment les feuilles tachées. Eusuite on les enfile une à une en laissant une dislance d'un doigt entre elles , et on en forme des liasses

de quarante à cent feuilles , qu'on étend par rangs un peu e'carle's les uns des autres.

Une seule forte gelëe blanche suffît pour geler les feuilles sur pied ; mais après la re'colte , et lorsqu'elles sont e'tendues au grenier ou ailleurs , quand bien même elles seroient encore un peu vertes , les gele'es blanches et le froid ne peuvent plus leur nuire. Les se'choirs doivent être secs , couverts et aére's. Plus les feuilles mises au séchoir sont atteintes du soleil , surtout de celui qui vient après les brouillards du matin , plus elles deviennent belles et jaunes , et plus leur odeur et leur qualité sont supérieures , tant pour la fabrication que pour le commerce en nature. Dans les campagnes où la culture du tabac est considérable , et où les greniers ne suffisent pas pour étendre les feuilles toutes à la fois en sortant des champs , les cultivateurs , après les avoir enfilées par liasses , comme il a été dit , les étendent au-dehors autour de le?irs maisons, de leurs ateliers , et même le long des murs, mais toujours couvertes d'une toile et dans un endroit sec. Ces feuilles ainsi étendues peuvent être séchées complètement comme celles qui sont exposées dans l'intérieur des greniers ; celles au contraire que l'on pend le long des murs ou des haies sans abri ( comme cela peut arriver par suite d'une récolte abondante ) , et qui sont par conséquent abandonnées aux injures du temps , ne peuvent rester ainsi que jusqu'à ce qu'elles

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soient seulement fane'es : si alors on ne les retire pas , elles deviennent noires , de mauvais J^oùt , sans qualité ^ et ne peuvent , à cause de leur infe'riorité , être fabrique'es en aucune espèce de tabac.

Les feuilles enfde'es et étendues n'exigent plus aucun soin , jusqu'à ce qu'elles soient entièrement sèches. Qaand on les retire alors, il s'en trouve souvent de jaunes et de vertes à la même liasse ; cette difierence provient de ce que les feuilles vertes n'ont pas été atteintes par le soleil , par les brouillards , ni même quelquefois par l'air. On trouve rarement cette double couleur dans les récoltes des petits cultivateurs , parce que ceuxci ont soin de tourner et de changer les liasses à mesure que les feuilles jaunissent.

On ne peut pas retirer les feuilles des séchoirs pour les emmagasiner , ni pour les mettre en fabrication ou dans le commerce, qu'elles n'aient éj^rouvé un grand froid. On les retire après par un temps doux et humide , pour ne pas les briser ; on les pose dans un lieu bien aéré , liasse par liasse , jusqu'à la hauteur de trois cent vingt-quatre millimètres. On les visite de temps en temps pour voir si elles ne s'échauffent pas , et quand on s'aperçoit qu'elles s'échauffent on les retourne en exposant à l'air celles qni étoient dans l'intérieur.

On peut retirer les feuilles des premières récoltes avant les grands froids pour en faire du tabac à famer, quand même elles ne

seroient pas tout-à-fait sèches y et surtout les côtes ; mais à leur entrée en fabrique elles doivent être employées sans retard , pour que la moisissure et la mauvaise odeur ne s'en emparent pas auparavant. Les feuilles de terre peuvent être retirées des séchoirs dès le commencement d'octobre j elles sont ordinairement remises en œuvre sans avoir été emmagasinées^ quand même les côtes seroient encore vertes.

Culture du tabac dans le midi de la France.

Elle est la même dans beaucoup de parties que sur les ])ords du Rhin ; mais elle n'est pas à beaucoup près aussi perfectionnée.

Dans le midi , comme dans le nord , le labac se sème aussi sur des couches qu'on couvre de paille quand le temps est froid. On le sème à la fin de février , et 'on le transplante vers le milieu ou à la fin d'avril^ cette transplantation se continue jusqu'aux premiers jours de juin. Les propriétaires cultivateurs qui cherchent à perfectionner cette branche de culture plantent en quinconce, et aussi régulièrement que la position du sol le leur permet ; mais les métayers plantent sur des lignes droites au hasard. La distance entre les pieds varie suivant les qualités de terre : on voit quelquefois , dans une même pièce , des tabacs plantés à deux pieds de distance , et d'autres à trois pieds et demi , mais la distance ordinaire est de deux pieds et demi à trois.

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Les cultivateurs qui veulent avoir de beaux tabacs les etetent deux mois après leur plantation , et souvent plus tôt.

L'époque de la récolte varie suivant celle où le tabac a clé mis en terre , et selon que la saison a été plus ou moins convenable.

Cette récolte dure deux mois et demi , c'est-à-dire depuis les premiers jours de septembre jusqu'à la mi - novembre. On ne le cueille point feuille à feuille comme dans le nord, en détachant chaque feuille mûre de sa tige ; mais on coupe la tige entière près de terre , et on lui laisse , pour quelque temps encore , toutes les feuilles dont elle est garnie. Cette opération se fait le matin ^ après que la rosée est passée. Dès le joir même, le tabac est remis a couvert dans la métairie. Cependant, quand le temps est beau , on le laisse quelquefois sur le champ jusqu'au lendemain ; aussitôt qu'il est arrivé à la métairie , on le met à la pente afin qu'il sèche; les tiges sont liées deux à deux et suspendues ensemble sur des perches ou sur des cordes. Quand le tabac est retiré de la pente , on détache alors les feuilles des tiges , et on en fait des manoques qui sont mises en tas pour fermenter.

Les feuilles ne sont détachées de leurs tiges que lorsque le tabac est sec et l'atmosphère un peu humide. Cette opération a lieu depuis le i5 novembre jusqu'au i5 janvier. Les facteurs ou commissionnaires des fabricans et négocians vont chez les cultivateurs

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pour acheter leurs tabacs. Dès qu'ils sont convenus de prix, ils en font eux-mêmes des halles sans corde et sans enveloppe , du poids de trois à quatre cents livres. Arrivé chez les fabricans , le tabac est mis en tas , après avoir reçu une légère liumectation.

Dans le de'partement de Lot-et-Garonne, on choisit, pour cultiver le tabac, les basfonds qui ont e'te' couverts par les débordemens de ces rivières -, lorsqu'elles n'ont pas laissé sur le terrain trop de ïable , le tabac y réussit fort bien. Souvent on fait succéder à cette culture celle du froment quand le fonds est riche. Dans les sols médiocres ou maigres, après la récolte du tabac ou sème de menus grains pour fourrages.

Fabrication du tabac.

Il se fabrique des tabacs sous différentes formes , qui ont chacune leur dénomination relative à leur usage particulier. Les tabacs en carottes destinés à être rfqîés , et ceux en rôles , ainsi que les tabacs frisés propres pour la pipe , sont l'objet principal de la consommation.

L'exposition est la première de toutes les attentions qu'on doit avoir pour placer les magasins -, le soleil et l'humidité sont également contraires à la conservation des tabacs.

Les magasins destinés pour les matières premières doivent être vastes , et il en faut de deux espèces j l'une» pour contenir les feuilles anciennes qui n'ont plus de fcrmen-

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latlou à craindre , et l'autre pour les feuilles plus nouvelles qui, devant encore fermenter, doivent être souvent rcniue'cs , travaillées et empile'es à ditïérentes hauteurs.

La qualité' des matières de chaque envoi doit être reconnue à son entrée dans la manufacture, et les feuilles doivent être place'es sans confusion dans les magasins qui leur sont propres , aûn d'être emploje'es dans leur rang.

Les ope'rations de la fabrique du tabac , dont nous allons maintenant parler, portent les noms siiivans, e'nonc.:^s dans l'ordre même de ces ope'rations. Elles sont au nombre de huit, savoir, l'époulardage , la mouillade , l'écotage , le me'lange , le frisage , le fdage , le carottage et le ficelage.

Epoulardage du tabac.

C'est la première de toutes les opérations ; elle consiste à séparer les manoques , à les frotter assez sous la main pour détacher les feuilles et en ôter le sable , la poussière et toutes les parties hétérogènes dont elles ont pu se charger. Les ouvriers employés à cette main - d'œuvre prennent les manoques , en séparent les feuilles une à une , les secouent pour en faire tomber la terre , et jettent les feuilles gâtées ; celles qui ont quelque défectuosité ou moisissure , etc. ^ sont coupées à un pouce dans le vif, au-dessus de la portion gâtée.

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Dans cliaque manoqiie ou boite de feuilles, de quelque crû qu'elles vicnnenl , il s'en trouve de qualités dilTëienles -, rien de plus essentiel que d'en faire un triage exact : c'est de cette ope'ration que dépend le succès d'une manufacture.

Les ouvriers ont commune'ment autour d'eux un certain nombre de mannes • Je maître -ouvrier les change lui-même à mesure , les examine de nouveau, et place le tabac trie' dans les cases , suivant sa qualité et destination.

Mouillade du tabac.

C'est la seconde opération ; elle doit former un atelier séparé, mais très-voisin de celui de l'époulardage ; il doit y avoir le mémo nombre de cases et distribuées de la même manière , parce que les feuilles doivent y être transportées dans le même ordre : cette opération est délicate, et demande la plus grande précaution -, elle consiste à mouiller par aspcraion les feuilles avec de l'eau commune , dans laquelle on a mis du sel marin en dissolution ; toutes ne doivent pas être mouillées indifféremment ; on ne doit avoir d'autre objet que de communiquer à celles qui sont trop sèches assez de souplesse pour passer sous les jnains des écùleurs sans être brisées ; les feuilles qui sont assez onctueuses par ellesmêmes pour pouvoir être écôlées sans préparalion ne doivent pas être humectées.

Le sel mêlé à Peau est nécessaire pour prévenir une altération cpieicoiiquc , et pour empêcher tout mouvement de Ibrnientalion putride. La proportion est de dix livres de sel sur cent livres d'eau , et on emploie deux livres d'eau salée par quintal de tabac, plus ou moins , selon le degré d'onctuosité des feuilles. Cette eau est préparée dans des baquets ; on a soin d'écumer tout ce qui surnage j les sédimcns terreux et les substances insolubles vont au fond au - dessous du robinet : on donne à cette préparation le nom de sauce.

Ecôtage des feuilles.

Il consiste à enlever la côte principale ^ depuis le sommet jusqu'au talon , sans offenser la feuille.

Dans le nombre des feuilles qui passent journelleraent en fabrique , on choisit les plus larges et les plus fortes , que l'on ré.-;erve avec soin pour couvrir les tabacs. L'écôtage de celles-ci forme une espèce d'atelier à part^ qui suit ordinairement celui des fdeurs : cette opération demande plus d'attention que l'écôtage ordinaire, parce que les feuilles doivent être plus exactement écôtées sur toute leur longueur, et parce que, si elles venoient à être déchirées , elles ne seroient plus propres à cet usage : on distingue ces feuilles , en fabrique , par le nom de robes.

Toutes les feuilles propres à faire des robes

sont remises , lorsqu'elles sont e'côtëes , aux plieurs ; l'opération du pHcur consiste à faire un pli ou rebord du coté de la dentelure de la feuille , afin qu'elle ait plus de résistance , et ne déchire pas sous la main du fdeur.

Mélange des feuilles.

La masse des feuilles triées et écôtées est transportée de nouveau dans la salle de la mouilladej c'est alors que l'on travaille au mélange : opération difïicile, qui ne peut être conduite que par des chefs très-expérimentés et très-connoisseurs.

Lorsque les mélanges sont achevés on en fait deux parts, l'une des tabacs destinés à être frisés , fautre de ceux qu'on destine à la filature ; ceux-ci doivent être mouillés par couches très-légèrement avec la même sauce dont on a parlé à l'article de la mouillade ^ et avec les mêmes précautions j c'est-à-dire pour donner aux feuilles de la souplesse^ et non de l'humidité.

Frisage du tabac.

Il consiste à hacher ou à couper les feuilles avec un couteau mû par une vis , qu'un ouvrier met en jeu. Ces feuilles hachées sont ensuite exposées sur une platine , à un feu doux , qui les fait se crisper ; on les agite et on les roule de temps en temps entre les mains ; et quand elles sont crispées o\\ frisées

au degré convenable on les retire et on les fait suer et sécher dans les greniers.

Filage ou filature du tabac.

C'est une opération par laquelle les feuilles de tabac sont mises en cordes ou en rôles j on les fde à la main ou au rouet j pour filer le tabac au rouet , il faut auparavant en former des espèces de boudins qu'on appelle soupe. La soupe est une portion de tabac filé à Ja main , de la longueur d'environ trois pieds, et couverte d'une robe jusqu'à trois ou quatre pouces de chaque extrémité.

Les fileurs sont les ouvriers les plus essentiels d'une manufacture , et les plus difïiçiles à former : il faut pour celte ©pération des hommes forts et nerveux, pour résister à l'attitude contrainte et à Faction où ils sont toujours.

Lorsque les rouets des fileurs sont pleins, on les transporte dans l'atelier des rôleurs, pour y être mis en rôles.

Les rôles sont des pelotes où le boudin est roulé plusieurs fois sur lui-même ; ils sont de différentes grosseurs , suivant leurs destinations et leurs qualités ; on observe généralement de tenir les cordons des rôles très-serrés, afin que l'air ne puisse les pénétrer , ce qui les dessécheroit considérablement ; pour cela on les comprime par le moyen d'une presse : c'est le dernier apprêt

de ce qu'on appelle la fabrique des rôles. Chaque rôle est enveloppé ensuite dans du papier gris et emmagasine' jusqu'à ce qu'il ait acquis par la garde le point de maturité' convenable pour passer à la fabrique du ficelage.

Fahiique du carotta ge.

Cette fabrique est regarde'e dans \çi manufactures comme une seconde fabrique , parce que \qs tabacs y reçoivent une nouvelle préparation et qu'ils ont une autre sorte de destination.

Les tabacs qui restent en rôles sont censés être destinés uniquement pour la pipe , et ceux qui passent par la fabrique du ficelage ne sont destinés que pour la râpe.

La première opération de cette fabrique est de couper les cordons du rôle eu longueurs proportionnées à celles que l'on veut donner aux bouts , y compris l'extension que la pression leur procure. On se sert , à cet eflet , d'une matrice ferrée par les deux bouts ^ et d'un tranchoir : on doit accoutumer les ouvriers à ne point excéder les mesures, à tenir le couteau bien perpendiculairement, et à ne point déchirer les robes.

De l'atelier des coupeurs , les longueurs passent dans l'atelier des presses , où elles sont employées par difïérens comptes, suivant la grosseur que l'on veut donner aux carottes. On Hiit des bouts composés depuis deux jusqu'à huit longueurs.

Pour que le tabac prenne de belles formes on le met dans des moules faits exprès , composes de deux pièces de bois creuse'es en gouttières demi-cylindriqncs. Il faut que ces moules soient bien polis , qu'ils soient entretenus avec la plus grande propreté , et que les arêtes surtout en soient bien conservées , afin d'éviter qu'il ne se forme des bourrelets Je long des carottes , ce qui les dépare.

Ces moules sont rangés sur des tables de différens comptes , et les tables rangées sous la presse, à cinq, six et sept rangs de hauteur, suivant l'intervalle des sommiers j ces tables doivent être posées bien d'aplomb en tous sens sous la presse , afin que la pression soit bien égale partout. Le tabac et la presse soufï'riroient de la moindre inégalité.

On doit observer dans un grand atelier de ne donner à cliaquc presse qu'un certain nombre de tours à la fois, et de les mener ainsi par degrés jusqu'au dernier point de pression j c'est le moyen de ménager la presse et de former des carottes plus belles, plus solides, et d'une garde plus siire.

A mesure que les carottes sortent des moules, on a soin de les envelopper fortement avec des lisières , afin que dans le transport, et par le frottement , les longueurs ne puissent se désunir : elles sont livrées en cet état aux fîceleurs.

Le ficelage est la parure d'un bout de tabac ; quoique ce soit une manœuvre

simple , elle exige beaucoup de soin, d'attention et de propreté. La perfection consiste à ce que les cordons se trouvent à distances bien égales , que les nœuds soient range's sur une même ligne, et que la vignette soit placée bien droite. La ficelle la plus fine, la plus unie , est la plus ronde.

Lorsque les carottes sont ficelées , on \q^ remet à quelques ouvriers destinés à ébarber les bouts avec des tranchoirs. Cette opération s'appelle le pavage , et c'est la dernière de toutes.

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