‹ Maison rustique, pour servir a l'éducation de la jeunesse (volume 2)Chapitre 3 sur 33 · IV · texte numérisé non relu

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qu'après avoir été desséché on livre le pastel au commerce.

La dessiccation du pastel en houle se fait naturellement dans des greniers. Si la saison étoit humide il seroit hon de le mettre dans des étuves • il pourrit si elle n'est pas promptement amenée à un point convenable. En ïhuringe^ on l'accélère au moyen des soufflets.

On dit que les boules de pastel , qu'on appelle dans quelques endroits florée et cocagne , augmentent toujours en qualité pendant l'espace de dix ans , c'est-à-dire que le développement de la matière féculente continue de s'y faire.

Je dois signaler ces cultivateurs de pastel , la honte de leur état et de leur patrie , qui , par l'espérance d'une petite augmentation de revenu , mêlent de la terre , des feuilles et autres matières avec leur pâte, au moment de la former en houle , et portent ainsi un discrédit désastreux sur le commerce de cetle denrée en France : c'est bien dans ce cas que le gouvernement devroit infliger des punitions sévères ,• car ce n'est pas seulement une commune, un département qui souffrent de cette friponnerie , c'est la France tout entière.

Après avoir lavé les feuilles du pastel, on les met dans une cuve oblongue aux trois quarts pleine d'eau, et on les y assujettit avec des pièces de bois. La fermentation ne tarde pas à se manifeslcr à la surface de l'eau , qui

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doit recouvrir la tolaiitë des feuilles , par une e'cume bleuâtre.

Lorsqu'elle e^t arrivée à un certain degré, on soutire l'eau , qui est alors teinte en vert fonce' j on la passe à travers un linge ;, on lave le reste des feuilles , et Teau qui a servi;, après avoir été également passée, est réunie à l'autre. Gela fait, on verse dans cette eau de l'eau de chaux dans la proportion de deux ou trois livres ( selon la force ), par dix livres de feuilles employées , et on agite fortement pendant quelque temps. La fécule se dépose par le repos , et on soutire l'eau qui la surmonte. Cette feuille est ensuite mise dans des filtres de toile, connus sous le nom de chausses d'Hippocrate ; et quand elle y a perdu son eau surabondante on la lave en lui en donnant de nouvelle jusqu'à ce que la dernière sorte claire, puis on la coupe en morceaux et on la fait sécher à l'ombre.

Si on ne met pas assez d'eau de chaux , on a moins de fécule ; si on en met trop , cette fécule est d'une qualité inférieure.

La graine de pastel conserve pendant deux ans sa faculté germinative , mais la plus nouvelle est toujours la meilleure ; on la consei"ve aussi long-temps que possible , attachée aux tiges même qu'on a coupées au moment de sa maturité, et transportées dans un grenier défendu des ravages des rats et des souris.

Les excrémens des souris, soit dit en passant, qui ont mangé des graines bleues de

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pastel j sont bleus eux-mêmes ; ils peuvent être emploje's avec succès à la peinture en détrempe.

Le safran est une autre plante de teinture ; elle est bulbeuse , et croît facilement clans les pays froids ou chauds. On la multiplie 1° par semences , mais sa végétation alors est longue j 2» par ses bulbes , qui croissent tous les ans en quantité ; on les plante au printemps , par sillons égaux et distans les uns des autres de six pouces : ces bulbes ne produisent que des feuilles la première année , et ne donnent leurs fleurs qu'en novembre l'année d'ensuite.

Le but de cette culture est la récolte des fleurs , qui sont d'un très-grand usage pour les peintres en miniature, pour les teinturiers , à qui elles fournissent une très-belle couleur : les pistils de ses fleurs sont très-considérés , on les emploie dans la médecine et dans les apprêts de cuisine. Les fanes et pétales de cette plante servent de fourrages aux bestiaux.

Gomme les fleurs ne durent qu'un ou deux jours après leur épanouissement, il faut se nâter de les cueillir, ce qui doit avoir lieu au lever et au coucher du soleil ; on sépare ensuite les fdamens du milieu de la fleur, qu'on fait sécher • quelques jours après la première exfoliation on en fait une seconde, et ainsi de suite pendant trente jours.

Cette plante est délicate , et outre les in- Gouvénicns des climats ; elle éprouve luic mu.-

ladie bien funeste , qu'on appelle la mort ; la cause de cette maladie provient d'une plante parasite qui dévore les substances des Lulbes du safran ; il faut l'en préserver en de'raciiiant la plante au moins à six pouces.

Dès que les llcurs sont passées , on retire les bulbes , qu'on garde dans un lieu sec sans les couvrir de terre , mais éloignées des rayons du soleil , dans la crainte qu'elles ne se dessèclient : cependant il faut qu'elles mûrissent avant d'étie replantées de nouveau au printemps.

Le safran bâtard s'appelle carthame, et est connu dans le commerce sous le nom de safranum. Les marchands de mauvaise foi mêlent souvent les fleurs de carthame avec celles du véritable safran , parce que le prix des premières est bien inférieur à celui des secondes -, on reconnoît aisément la fraude , en considérant les fleurs séparément ; on voit alors que la partie fibreuse du safranum est étroite , et sa couleur beaucoup plus pâle que celle du safran.

Les fleurs du safranum fournissent une tcintiu'e , et on prépare avec leurs étamines une couleur qu'on nomme vermillon d'Espagne ou laque de carthame.

Le cartliame aime un terrain sec , meuble, et qui a du fond , à cause de sa racine pivotante. On le sème , suivant le climat où on se trouve , et quand on n'a plus de gelées à craindre , attendu qu'en semant trop tard , dans les contrées septentrionales ; on n'a pas

le temps de re'coller les graines noires pour les semis suivans , et qu'on est alors dans la ne'cessité de tenir de nouvelles graines du midi chaque année. Il faut semer à la volëe et de manière que chaque pied soit éloigné de dix à douze pouces de son voisin ; on peut encore semer par sillons et herser ensuite , le semis en vaudra beaucoup mieux. Il est nécessaire de sarcler souvent, de serfouir quelquefois, et d'éciaircir les plants trop épais : telle est la culture qu'exige le cai vhame.

On recueille les fleurs dès qu'elles commencent à s'ouvrir , car leur trop grand épanouissement nuit à la beauté de la couleur ^ on les porte aussitôt dans un lieu à l'abri du soleil , où il j ait un courant d'air pour les faire dessécher ; on les tient ensuite dans un lieu sec , renfermées dans des sacs ou dans des caisses. Quand le carthame est de couleur terne ou peu nette , c'est une preuve que la fleur a été mal desséchée , et que la partie colorante , qui est son point esentiel , est attaquée.

On nomme gaude, et plus particulièrement vaude, une herbe propre à jaunir; sa culture est infiniment utile et très-avantasreuse dans les pays ou les manufactures de draps sont multipliées , ou bien où l'on peut exporter ces plantes sans beaucoup de frais : elle est aussi essentielle à la teinture jaune et verte que la garance l'est à la rouge.

Sa racine est pivotante, et conséquemment indique assez le soi qui lui convient et la cul-

tare qu'elle exige ; il sufllt de dire que , plus la lerre sera défoncée , plus ou l'aura rendue sul)stanlielle , plus la racine pivotera , et plus la plante s'élèvera , unique objet de cette culture.

Cette plante peut se semer avant comme après riiivcr ; chacun , à cet égard , peut consulter son climat. La graine est infiniment petite ; et pouvant tromper la main et l'attente du cultivateur, à cause de la difficulté de l'espacer uniformément, le seul moyen est de la mélanger avec un sable un peu gras et humide • elle s'y colle, et, jetée dans les champs, elle est plus également répartie. Si la gaude est semée trop clairement dans un terrain substantiel , elle devient iDM'anchue , et alors elle n'est plus si avantageuse aux teinturiers , qui lui préfèrent la gaude sauvage : la meilleure est celle qui n'a qu'un brin. Cette graine demande à être peu enterrée ; si elle l'est trop , elle ne germera pas ; mais le labour d'ensuite la fera pulluler de toutes parts, et elle affamera le blé qu'on pourra semer l'anuée suivante , si on ne sarcle scrupuleusement.

Les soins que la gaude exige se réduisent à purger le soi des mauvaises herbes , et à regarnir les places vides, eu espaçant les plantes qui sont trop voisines les unes des autres ; l'espace c[u il doit y avoir entre elles sera de trois à quatre pouces au plus.

La maturité s'acnonce d'une manière visible ; l'écorce perd sa couleur verte, se

change en jaune ; la graine enfin est mûre : c'est alors le temps de tirer la plante de terre.

Il faut , pour cette ope'ration , choisir un jour humide, afin que la graine tombe moins j on doit arracher la gaude avec ses racines , quoiqu'elles ne soient que très - peu colorantes 'y cependant , quand on coupe les tiges ras de terre , il pousse de nouvelles feuilles qui sont un excellent fourrage pour les troupeaux.

A mesure que la re'colte se fait , on forme des petits paquets qu'on lie avec de la paille , qu'on re'unit ensuite en plus gros pour les porter à la métairie j là , on de'tache les paquets pour placer chaque brin perpendiculairement contre les murs , les haies , etc. , où on les laisse exposés à toute l'activité du soleil , pendant un , deux ou trois jours , suivant la chaleur du climat ; ensuite on étend des draps sur le sol j, on y bottelle les brins en paquets de douze à quinze livres , et les capsules qui renferment la graine la laissent échapper sur les draps. Après cela on réunit ces bottes dans les greniers ou hangards où règne un courant d'air j si elles étoient amoncelées encore humides, la fermentation s'y établiroit , et la partie colorante et pulpeuse seroit bientôt altérée.

Le chardon dit à bonnetier est utile par sa tête cylindrique, allongée et garnie de crochets fins et roides. La racine cle cette plante G6t pivotante^ la terre qui couyient au chanvre

est aussi celle qu'il lui fiiutj elle réussit cependant dans des sols argileux et crayeux, pourvu que ce soit dans un climat où les pluies soient Ire'quentes. La terre doit être défonce'e profonde'meiit et bien ameublie , sans cela la racine ne pourra pivoter ^ et la ve'ge'tation sera chëtive.

Les uns sèment à la vole'e et hersent ensuite; d'autres^ quand la terre est bien piëpare'e, font des trous d'un pouce de profondeur , y jettent trois ou quatre graines et les recouvrent ; on laisse entre ces trous l'espace d'un pied en tous sens.

Dès qu'il y a des têtes de mûres dans le champ , ce qui est indiqué par la chute des Heurs du calice , on coupe la tige à la longueur d'un pied ; on les met par paquets de cinquante , qu'on lie avec de l'osier, et qu'on transporte sous des hangards, où les paquets doivent être suspendus à des cordes, les têtes en bas , afin qu'un libre courant d'air les dessèche pins vite. Quand la dessiccation est complète, on secoue les paquets sur des planchers bien nets, afin de recueillir la graine, et on les porte dans un lieu où l'on ne craint pas l'humidité • on les y dépose en monceaux afin qu'ils tiennent moins de place. Comme les têtes ne mûrissent pas toutes en même temps, on ne fiiit la récolte qu'à mesure.

Le kali ou soude est une plante dont on obtient la soude par l'igiiition. Cette soude est la meilleure à employer dans nos manufactures 3 elle se tire des côtes d'Espagne, IV. 3

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et surtout d'Alicante^ où le kali croît spontanément. Comme il peut être cultive' avec succès dans nos contre'es me'ridionales , et que même il l'etoit autrefois dans le Languedoc , je crois qu'il est essentiel qu'on y introduise de nouveau celte culture^ dont les re'sultats sont si avantageux à nos e'tablissemens.

C'est sur les bords de la mer qu'il faut cultiver celte plante- elle a besoin de s'imprégner des sels marins, qu'on retrouve en quantité en distillant l'eau provenue de sa coction. Sa racine pivotante annonce qu'il lui faut un terrain profondément défoncé et bien ameubli. Ses moyens de reproduction sont les semences qu'on jette en terre en même temps que le blé ; mais cette plante , longue à se développer, n'est dans sa parfaite maturité qu'en automne.

Comme on apporte le plus grand soin à la fabrication de la soude, il faut faire la récolte avec beaucoup de précaution. On commence par détacher de la plante les rejetons les plus mûrs, qu'on étend sur une aire, pour les faire sécher au soleil ,• on continue le même procédé jusqu'à ce que la récolte soit enfin terminée ; on ramasse les graines qui sont tombées d'elles-mêmes , on s'occupe ensuite du brûlcmenl des plantes , qui se fait dans des grands trous pratiqués en terre, et bouchés de manière qu'il n'y entre que peu d'air.

On trouve sur les bords de la mer une plante que l'on appelle varech , et que les habitans ont soin de ramasser scrupuleuse-

meut, les uns pour amender leurs terres, car c'est un excellent engrais ve'i^étal, vu qu'il contient beaucoup de sel marin • les autres pour faire vme branche de commerce infiniment e'tendue, trcs-ulile, et qui leur est fort avantageuse.

Après avoir fait un amas conside'rable de varechs , ils les brûlent à peu près comme nous venons de dire qu'on fait du kali , c'està-dire dans des trous ou espèces de fourneaux qu'ils pratiquent au pied des falaises. Il résulte de cette ope'ration une soude moins parfaite à la vérité que celle qui vient du kali , mais dont on se sert avec succès dans les manufactures où les ouvrages n'exigent pas la soude délicate.

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