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CHAPITRE XIX

Des pommes'de-terre.

M. Parmentier désigne onze variétés de pommes-de-terre, qu'il classe en hâtives et en tardives; savoir : i» la grosse blanche tachée de rouge ; c'est la variété la plus vigoureuse, la plus féconde, celle dont le produit est le

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plus considérable, et qu'on doit cultiver de préfe'rence dans toutes les métairies, pour là nourriture des animaux; c'est d'elle aussi qu'on tire la farine ou fécule en plus grande abondance : 1^ la rouge longue ; sa surface est ra boteuse, remplie de cavités • elle est intérieurement marquée par un cercle rouge ; c'est^ après la grosse blanclie, celle qui e^t la plus répandue ; elle ne produit pas autant , mais la qualité est meilleure, aussi est-elle toujours plus clicre, quoique moins précoce; elle exige un sol gras : 3° la blanche longue; elle est exempte de points rouges, d'une excellente qualité et très-productive : c'est celle qu'il me semble qu'on doitpréférer pour la nourriture des hommes : l\9 la violette; cette espèce est peu hâtive; elle est marquée de points violets et jaunes sur sa superficie; elle est ronde quand elle est petite, et longue lorsqu'elle a plus de volume : 5° la rouge souris; ses tubercules sont plus unis, pointus à une des extrémités, un peu aplatis, n'ayant presque pas d'œillektons, et une chair absolument blanche; elle est un peu précoce et d'une très-bonne qualité : 6° la blanche ronde ^ aplatie; la peau de celle-ci est fme, un peu panachée; elle demande un sol léfj;er, et est très-délicate à manger : 7° la rouge oblongue; ses tubercules sont d'un rouge foncé et presque ronds. Cette variété se plaît dans une terre forte, et donne quelquefois des racines d'un volume énorme, dont l'intérieur est très-blanc; elles sont en général d'un goût excellent: 8*^ la pelure cl oignon;

ses racines sont longues , aplaties et quelquefois pointues à une de ses extrémités : c'est l'une de toutes les varie'tes la plus hâtive : Q° la loîimie rou^e en dehors et en dedans ; cette espèce ne présente aucune diiterence ayec la grosse blanche ; la couleur de la racine a d'abord la chair d'un rouge éclatant, lorsqu'elle est venue par semis ^ cette couleur diminue insensiblement, si elle devient féconde et très-vig^oareuse; cependant sa qualité ne vaut pas celle des rouges longues et rondes : io° la rouge ronde; sa ressemblance est parfaite avec la rouge oblongue j il semble même qu'elle en provient -, elle est seulement un peu plus précoce : ii^ la petite blanche; ses racines sont constamment petites et irrégulièrement rondes, de très-peu de rapport : elles sont fort bonnes à manger.

Outre les variétés que nous venons de désigner, on en compte une multitude d'autres qui ne sont pas des nuances de celles-ci, dont le caractère s'est affoibli ou augmenté en raison de leur dégénérescence, ou du degré de perfection qu'elles ont acquis par la culture et les différences des terrains dans lesquels elles ont été cultivées.

Tous les terrains conviennent à la pommede-terre, même le sable et le gravier, pourvu qu'ils soient assez divisés pour céder à l'écartement des tubercules lorsqu'ils grossissent et se multiplient, avec cette différence cependant que le produit est toujours relatif à la qualité du sol; mais la craie ni l'argile pure

ne sont convenables dans aucun étal el dans aucune circonstance. A l'e'gard des expositions, les plus favorables sont ordinairement les plus élevées; les pommcs-dc-tcrre y sont meilleures , de même que dans les terrains secs et légers; ainsi le sol le meilleur et le plus propre à ce genre de culture doit être composé de sable et de terre végétale, de manière que le mélange mouillé ne forme jamais nr liant ni boue.

JXous observerons^ avant déparier de la préparation du terrain , que les blés réussissant parfaitement après les pommes-de-terre, celles-ci peuvent occuper le terrain dans l'année de jachères , et conséquemment servir à alterner les récoltes.

11 y a plusieurs manières de planter les pommes- de-terre. Les uns plantent en flusant des trous d'un pied de profondeur sur deux de largeur, éloignés les uns des autres de trois pieds environ ; ils remplissent ces trous de fumier, qu'on foule exactement, et sous lequel on place la pomme-de-terre ; mais cette méthode est très-dispendieuse, sans être plus avantageuse. Les autres ouvrent une raie droite avec la charrue -, deux personnes la suivent, l'une pour y jeter une poignée de fumier, et l'autre la pomme-de-terre ,• l'oreille de la charrue recouvre ensuite de terre le fumier et les pommes-de-terre; on laisse deux sillons sans y rien mettre, et l'on continue de cette manière. On plante avec tout autant de succès lorsque le champ a été bien préparé,

en faisant, avec la bèclie, des rigoles de cinq à six pouces de largeur et de profondeur j on jette dans ces rigoles les pommes-de-terre, à un pied et demi de distance les unes des autres- on recouvre la première avec la terre qu'on retire de la seconde, et ainsi de suite. On renverse encore, à l'aide de la charrue, trois raies l'une sur l'autre , en forme de sillon , ce qui élève le terrain et fait des ados d'environ trois pieds de large : le fond de chaque sillon est fumé et ensuite labouré à la bêche ; c'est dans ce fond et sur ce labour qu'on met la pomme-de-terre avec la houe , à un pied de distance • de cette manière chaque rang est espacé à trois pieds , et chaque plante à un pied, ce qui , en poussant, forme des rangées, et non des touffes isolées. Une fois plantées, les pommes-deterre n'exigent que deux façons de culture : la première a lieu lorsque la plante est assez haute pour pouvoir être distinguée de la foule des herbes qui croissent eu même temps ; il faut nettoyer le champ en labourant les intervalles avec la petite charrue ou la houe , afin de bien ameulolir • on répète ce sarclage , si le besoin l'exige , ce qui est très-ordinaire. La seconde consiste à relever tout autour de la tige une suffisante quantité de terre pour en former une motte ; c'est ce qu'on appelle buter; cette opération ne doit avoir lieu qu'au moment de la fleuraison : il faut bien prendre garde d'ébranler les plantes. Celte dernière façon de culture

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aide la plante à se soutenir , favorise la multiplication des racines , et détruit les mauvaises herbes qui ont poussé depuis le dernier binage.

L'extrême multiplication des pommes-deterre, dit M. Parmentier, est un exemple bien frappant des grandes ressources de la nature pour la re'gënération des ve'gétaux.

C'est particulièrement sur la grosse blanche que ces façons ont un plus grand efï'et, parce que c'est l'espèce la plus vigoureuse de toutes, qu'elle peut seule braver les inconve'niens du sol , de la saison , et fournir d'abondantes récoltes.

Vous vous rappelez, mes enfans, la merveilleuse multiplication du blé , la plante la plus utile à l'homme j remarquez que celle qui pourroit seule suppléer au blé, la pommede-terre , possède aussi l'étonnante faculté de se multiplier à l'infnii. Que de bienfaits la Providence nous prodigue, que de ressources elle nous ménage 1

La pomme-de-terre se multiplie d'abord en plantant des tubercules entiers ou par morceaux coupés en biseau, et auxquels on laisse deux ou trois yeux par œilleton, ce qui est une grande économie dans le temps de disette j cette opération consiste à enlever les yeux seulement à quatre ou cinq lignes du corps charnu de la racine; en les plantant ensuite séparément daas un bon terrain, mais très- rapprochés, ils produisent deux ou trois tubercules moins gros à la

vérité que s'ils ëtoicnt accompagnes de beaucoup plus de pulpe • alors il reste de la racine encave'e, au moins les trois quarb, pour la subsistance des bommes et des bestiaux. Par germes : lorsque les pommes -de -terre ont poussé avant le commencement de la plantation, on peut délaclier les germes de la racine, et les mettre plusieurs ensemble sans pulpes ^ ils fourniront des tubercules souvent aussi gros et aussi nombreux que s'ils tenoient à un morceau de la substance cliarnue, mais toujours plus considérables que ceux de simples œilletons y parce que les germes , alimentés d'abord par la racine entière, ont déjà acquis, lorsqu'on les en détacbe, une vigueur capable de se passer de la nourriture qu'elles reçoivent : la pommede-terre qui a souffert ce retrancliement n'en est pas moins propre à la plantation , en la divisant à l'ordinaire. Par marcottes : on peut coucber jusqu'à trois fois les branches latérales des pommes-de-terre , et obtenir de chaque branche couchée deux à trois tubercules ; cette manière de provigner peut devenir essentielle, lorsque la plante auroit beaucoup poussé en tiges , et qu'il seroit utile d'interrompre le cours de la sève trop abondante ; mais avant la plantation il faudroit avoir prévu l'inconvénient, et laissé assez d'espace entre chaque pied pour y remédier j car ce travail pourroit gêner la plante voisine. Par boutures : lorsque les tiges ont acquis huit à dix pouces d'élévation^ on peut

les couper et les planter se'pare'ment clans des trous ou des rigoles , avec la pre'caulion de laisser leur surface à l'air , et de les couvrir légèrement d'un peu de paille pour les préserver du liâle : chaque tige peut donner deux ou trois tubercules, et la plante d'où ces jets auront e'té de'tache's n'en souffrira aucun dommage, parce que cette opération a lieu dans un moment où le feuillage ve'gète avec une grande ce'le'rite'.

Mais ces moyens de reproduction ne devant être employe's que dans les circonstances malheureuses , il en est un autre auquel il faut avoir iccours pour prévenir la dégénérescence des pommes-de-lerre, étendre leur multiplication et celle des espèces ou variétés.

Ce moyen , qui est le seul de régénérer les espèces, c'est le semis ^ à cet eflèt, on recueille les haies qui sont pendantes aux liges, lorsque leur maturité est annoncée, c'està-dire lorsqu'elles commencent à s'amollir et à blanchir • on les conserve pendant l'hiver , en les suspendant aux murs ou aux planchers, par le pédicule commun qui les attache immédiatement à la tige : on peut encore les mettre dans des caisses avec du sable lit sur lit ; dès qu'après l'hiver elles ont contracté une fermentation qui diminue leur viscosité, on les écrase alors entre les mains pour extraire à grande eau et à l'aide d'un tamis les graines du gluten pulpeux (pii les renferme ; après quoi ou les fait se-

cher à l'air libre : cette semence est petite et oblongue.

Pour la semer , ce qui a lieu en avril , on la mêle premièrement avec du sable ou de la terre, et on la met ensuite dans des rigoles de trois pouces de profondeur, pratiquées sur des couclies ou des planches de bonne terre bien disposée à cet effet , en observant de laisser entre ces rigoles une distance d'un pied. Quand la plante a quelques pouces d'ele'vation , on la transplante , si la graine a e'ié seme'e sur couche , à huit ou neuf pouces de dislance j si c'est en pleine terre, on se borne seulement à les ëclaircir, de manière, dans tous les cas, que la même distance soit observe'e. On les butte à la ma^ nière ordinaire.

Tout en cultivant les pommes-de-terre , il est facile d'obtenir d'autres récoltes ; on peut semer du blé maïs, des choux tardifs et des raves dans l'intervalle des rangées ; ces végétaux réussissent parfaitement. On peut encore, après la récolte des lins et autres productions hâtives, planter des pommes-deterre , et obtenir par ce moyen de doubles récoltes.

On reconnoît que les pommes- de -terre sont mûres dans l'instant que les tiges jaunissent et se flétrisent d'elles-mêmes , sans accident , ce qui arrive pour la plupart des espèces en septembre^ alors l'accroissement des racines cesse, et elles ne végètent plus: il faut les tirer de terre j saijs cela, si la

saison est douce et humide^ elles germeront et contracteront une mauvaise qualité.

On cxe'cute la récolte au mojcn des animaux ou à bras d'hommes. La charrue déchausse assez promptement les racines , et met en rigoles ou raies ce qui étoit en sillons, en jciant d'abord les pommes-de-lerre , que des femmes et des enfans ramasssent. Pour la récolte à bras, la houe à deux dents est l'instrument. Lorsqu'il gèle, il ne faut pas les laisser sur la terre ; si au contraire il faisoit chaud , il seroit bon de laisser ces racines au soleil, afin de leur faire perdre leur humidité : cela rend leur conservation plus facile et plus durable.

Conservation des pommes -de -terre.

Dès que les pommes- de-terre sont déchaussées , il faut , si l'on n'a. rien à redouter des gelées blanches, les laisser se ressuer sur le terrain où on les a récoltées , ou bien sur l'aire d'une grange , à mesure qu'on les transporte, après toutefois qu'on les aura détachées de toutes leurs racines fibreuses , et séparé celles qui sont entamées, pour être employées les premières à la consommation.

Quel que soit le lieu où l'on dépose les pommes-de-terre, une cave, un cellier, un grenier, etc., il convient de n'y point laisser pénétrer le chaud, le froid, la lumière et les animaux- il faut que les tas n'aient que dix à treize décimètres (trois ou quatre pieds) d'épaisseur ; que la provision soit divisée au-

MAISON RUSTIQUE. SSq

tant qu'il sera possible, soit par des planches, des nattes , de la paille ou des feuilles sèches ; mais pour les grandes provisions il faut d'autres procèdes : les trois suivans sont ceux en faveur desquels l'expérience a prononcé.

Par le premier de ces procédés, on place les pommes - de - terre à l'air , sur un terrain sec , à l'abri des bestiaux ; on en fait des tas séparés en forme de pains de sucre , de neuf à dix décimètres ( trois pieds) de hauteur; on les recouvre de neuf à douze centimètres ( trois à quatre pouces ) de paille , et on jette sur cette paille quinze à dix-huit centimètres ( cinq a six pouces ) de terre, qu'on bat avec le dos de la bêche, pour que les eaux de pluies puissent glisser dessus sans s'infiltrer dans le tas j on trouvera la terre nécessaire pour faire cette ouverture en pratiquant autour de chaque tas un petit fossé pour écouler les eaux ; enfin^ lorsque les grands froids surviendront, on les couvrira avec du fumier ou de la - litière pour les préserver de la gelée. Quand on voudra consommer les pommes- de-terre , on en transportera à la maison un tas tout entier, parce qu'il seroit difficile de les recouvrir assez bien pour les remettre à l'abri des injures du temps.

Au lieu de faire les tas ainsi qu'il vient d'être dit, on peut les faire en long, dans la direction du midi, s'il se peut, toujours de dix à treize décimètres ( trois ou quatre pieds ) de hauteur^ et en dos d'âne ; on les

recouvrec^'le la même manière : de cette manière on en place davantage dans un plus petit espace ; en ouvrant les tas par le bout du côté du midi, on aura soin de les refermer exactement avec de la paille ou des paillassons.

Le second proce'dé consiste à creuser dans le terrain le plus élevé, le plus sec et le plus voisin de la maison , une fosse d'une profondeur et largeur proportionnée aux pommesde-terre qu'on a dessein de conserver^ on garnit le fond et les parois avec de la paille longue : les racines, une fois déposées, sont recouvertes ensuite d'un autre lit de paille j on pratique au-dessus une meule en forme de cône ou de talus, et on a soin que la fosse soit aussi profonde du côté d'où on tire les pommes-de-terre pour la consommation , en observant de bien clore l'entrée chaque fois qu'on en ôte.

Une troisième méthode qui supplée aux fosses, et qui conserve les pommes-de-terre sans aucun inconvénient, c'est de faire dans l'intérieur d'une grange ou de tel autre endroit dont on pourra disposer, avec des claies qui servent ordinairement au parc des moutons , ou avec des planches , un espace plus ou moins grand , selon la récolte que l'on a à espérer , en réservant un passage pour les y transporter et pour les enlever à mesure de la consommation : on sent aisément que cet espace doit être entouré tous les ans par les pailles et les fourrages.

Au printemps, lorsque le dangei Jes gele'es est passé, il faut s'occuper de mettre ce qui reste à l'abri de la germination , après avoir mis de côté celles destinées à la plantation. Un moyen assez efficace pour les conserver jusqu'à ce qu'on en récolte des nouvelles hâtives, c'est de les transporter dans un grenier bien aéré, de les étendre sur le plancher les unes à côté des autres, et de les visiter quelquefois pour enlever les germes qui poussent pendant les premiers jours du printemps.

FIN DU TROISIEME yOLUME.

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