‹ Maison rustique, pour servir a l'éducation de la jeunesseChapitre 37 sur 39 · III · texte numérisé non relu

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raison ; et pour le f;iiie il ne faut pas craindre de ^^aler un peu de chanvre , car celte perte est un gain pour l'année suivante.

Col:

za.

L'espèce se reconnoît à ses feuilles radicales ^ péliole'es , sinue'es , ou le'gèrement de'coupe'es , même quelquefois pinnées à leurs cxtre'mile's , et à ses feuilles caulinaires, sessiles et cordiformes ', les unes et les autres lisses et d'un vert glauque , variant souvent en grandeur, mais toujours plus petites que celles des autres variétés.

Il existe deux sous -variétés de colza; le blanc, qui a les fleurs blanches , et le froid, qui les a jaunes. Ce dernier a les feuilles plus grandes, plus épaisses, et supporte mieux les rigueurs de l'hiver. En conséquence on le cultive de préférence.

Toutes les localités ne sont pas propres à la culture du colza : en France on ne s'y livre avec quelque étendue que dans les plaines de la ci-devant Flandre; inutilement voudroit-on l'entreprendre dans les départemens méridionaux , où les sécheresses se prolongent souvent, et où les eaux propres aux irrigations sont rares : la nature de la terre doit être surtout consultée. Dans les sables , sa tige prend peu de consistance , et ses graines restent petites ; dans les argiles, il végète avec lenteur, jaunit promptemcnt et fournit peu d'huile. C'est donc

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une terre intermédiaire, légère et grasse, c'est-à-dire la meilleure terre à froment, qui lui convient. Il faut de plus que cette terre ait une certaine profondeur, qu'elle soit bien labourée et fortement fumée.

Dans quelques cantons on cultive le colza comme la navette, c'est-à-dire qu'on le sème à la volée en plein cliampj mais FexjDérience a prouvé que la meilleure méthode étoit de le semer d'abord dans un local particulier, et ensuite de le replanter comme les autres choux.

Le terrain destiné au semis du colza est ordinairement choisi dans le voisinage de la maison , pour pouvoir surveiller avec plus de régularité les opérations qu'il demande ,on le défonce à la bêche plutôt qu'à la charrue , et on le fume d'autant plus qu'il est plus maigre par sa nature , ou plus épuisé par les récoltes précédentes. Sa surface, rendue aussi unie que possible, au moyen de la herse et du rouleau , est divisée en planches de quatre à cinq pieds , séparées par des sentiers d'un pied.

Le semis commence généralement en juillet. La graine doit être répandue le plus unifor-mément possible et en petite quantité, pour que les plants qui en proviendront ne soient pas trop serrés. Ces plants levés seront arrosés si la sécheresse se prolonge, éclaircis et sarclés au besoin.

En Angleterre , où les bons cultivateurs ont généralement adopté la méthode descmet'

par rangées ou sillons , on place ainsi la graine de colza, c'est-à-dire qu'on fait des raies écartées de six à huit pouces avec le manche du râteau , et qu'on re'pand la graine par pincées dans ces raies , qu'on remplit de terre par un simple coup de râteau.

Pendant que le plant du colza se fortifie dans les planches du semis , on prépare la terre destinée à le recevoir à demeure.

Cette terre est presque toujours celle qui a porté du blé dans l'année même. On lui donne un premier labour , après l'avoir largement fumée peu de temps après la récolte ; un second au commencement ou au milieu de septembre , et un troisième dans le courant d'octobre : ces labours seront aussi profonds que possible , et croisés obliquement , afin de rendre la terre plus meuble.

Un seul labour à la bcche suppléeroit à ces trois labours ; mais sa dépense ne permet de le faire que dans les petites exploitations , dans celles qui sont cultivées par le propriétaire ou le fermier , au moyen de son travail et de celui de sa famille , travail qui est ordinairement compté pour rien , heureusement pour l'agriculture^ dont beaucoup d'opérations resteroient à faire si on calculoit ce qu elles coûtent et ce qu'on en retirer oit eu argent.

Dans tous les cas , il convient de disposer le terrain en planches bombées , afin de donner de l'écoulement aux eaux surabondantes , mcmc de faire de petits fossés d'é-

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coulement, si la nature du sillon ou la localité l'exige.

Le mois d'octobre est celui pendant lequel il est plus avantageux d'exécuter la transplantation du colza : on choisira un temps couvert , même un peu pluvieux , pour que les plants reprennent plus facilement. Ces plants seront enlevés du lieu du semis , non en les arrachant par le seul effort de la main , mais avec une pioche , et en ménageant leurs racines et leurs feuilles , avec tout le soin possible , et transportés dans des corbeilles sur le champ où ils doivent être plantés à mesure du besoin.

C'est en quinconce ^ et à quinze ou dix-huit pouces d'écartement , terme mojen y qu'il convient de planter le colza avec la pioche , plutôt qu'avec le plantoir , plutôt profondément que superiiciellement , parce que ce qu'on appelle la tige dans les choux n'est que le prolongement du collet de la racine, et que ce prolongement étant susceptible de donner de nouvelles fibrilles, la plante est mieux nourrie.

Pour aller vite en besogne , il faut qu'une personne fasse les trous , qu'une autre place le plant et remplisse le trou sans trop presser la terre autour des racines, ce qui leur donneroit une position forcée , et nuiroit à la prolongation de leurs suçoirs.

En novembre , si le temps le permet , on remplace les pieds de colza qui n'ont pas repris , sinon on réserve cette opération pour

les premiers jours du printemps ; à- l'efTct de quoi on garde toujours , dans le semis , un nombre de plants proportionné à la plantation.

On ne touche plus à cette plantation qu'au mois de mars et mcme d'avril , selon que l'hiver est plus ou moins long. A cette e'poque on lui donne un binage , et on rehausse ou butte les pieds. On nettoie les fosse's , s'il j'en a , et on rejette la terre sur le sommet de l'ados.

Au mois de mai ;, on fait un second binage semblable.

Dans les départemens septentrionaux de la France, où l'on cultive beaucoup le colza , sa graine est ordinaireriient mure vers la fin de juillet. Plus au midi , elle peut l'être un mois plus tôt.

L'état de l'atmosphère concourt aussi à avancer ou retarder l'état de sa maturité. On reconnoît qu'elle doit être cueiljie , à la couleur jaunâtre de la tige et à la chute des feuilles inférieures. Comme c'est de sa complète maturité que résulte la plus grande abondance et la meilleure qualité d'huile , et que lorsqu'on la laisse mûrir sur pied une grande quantité de graines so perd^ le talent du cultivateur est de choisir le moment le plus convenable pour éviter ces deux inconvéniens.

Les pieds de coUa , arrivés à maturité , se coupent avec une faucille à peu de distance de terre. On doit choisir le malin pour faire cette opération , afin que les secousses qu'elle

occasionne toujours , quelques pre'cautions qu'on prenne, fassent moins perdre de graines, les siliques, renflées par l'humidité de la nuit, ayant alors moins de dispositions à s'ouvrir. Ces pieds sont mis sur une charrette , et aussitôt portés sous de vastes hangards , dont le sol est bien uni et bien nettoyé , et ils y sont amoncelés sans être pressés , c'est-à-dire de manière que l'air puisse circuler autour de chacune de leurs branches. Là , la graine achève de mûrir au moyen de la sève qui reste encore dans la tige , sève qui ne s'évapore que très-lentement.

Faute de hangar propre à cet objet , on forme avec les pieds de colza et de la paille , alternativement un lit de chaque, dans le champ même ou dans le voisinage de la ferme, des meules qui se recouvrent de paille endessus et sur les côtés , de manière à empé-» cher l'introduction des eaux de pluie.

Lorsque les tiges sont parfaitement desséchées ou à peu près, on peut les battre avec le fléau pour faire sortir la graine des siliques, opération très-facile et très-rapide • puis ou vanne cette graine comme le blé , on la passe dans des cribles faits exprès , enfin on la nettoie de tous corps étrangers par tous les moyens possibles , car plus elle est propre , et moins elle attire l'humidité , et mieux par conséquent elle se conserve. Comme la graine de colza , quoique provenant de tiges parfaitement desséchées ( ce qui n'a pas toujours lieu), conserve une surabondance d'humi-

dite';, il est bon deletciidre pendant quelques jours sur des toiles et de la remuer souvent pour faciliter l'evaporation de cette liuniidilé. Ensuite on la met dans des sacs isoles qu'on vide et remplit tous les quinze jours , jusqu'au moment où on la porle au moulin.

Au moyen de ces pre'caulions , la graine se conserve sans moisissure , sans goût d'échauffé, et donne une liuile abondante et d'excellente qualité.

Lorsqu'on se presse de faire moudre la graine de colza , on a moins d'huile , et de l'huile moins bonne. Lorsqu'on tarde trop, on en a encore moins , et cette huile est rance.

C'est ordinairement au commencement de 1 hiver, avant les fortes gelées^ qu'on s'occupe de l'extraction de l'huile des graines de colza, et c'est en effet l'époque la plus favorable sous tous les rapports.

On ne parlera pas ici de la fabrication de riiuile de colza, attendu qu'elle ne diffère pas de celle des autres.

Le reste de la irraine dont on a tiré l'huile se nomme trouille ou pain de trouille. On le donne aux bestiaux , surtout aux vaches et aux cochons , qui en sont fort avides , et qu'elle engraisse rapidement. On la rend aussi à la terre , qu'elle améliore autant que le meilleur fumier.

La navette ressemble beaucoup au colza , mais elle est de la famille des raves ; elle diffère du colza par le port et la forme de ses

feuilles^ qui ressemblent parfaitement à ccUes des raves. La culture de la navette est absolument celle du colza. Il est essentiel , lors de la re'colte , d'avoir des toiles et des draps pour recevoir les tiges à mesure qu'où les coupe.

La culture du pavot dans les champs peut offrir aussi de grands avantages ; elle a pour Lut deux objet importa us : l'un , de produire la graine destinée à donner l'huile appelée d'œillet ou d'oeillette , et l'autre de fournir les têtes de pavots employées en médecine.

L'huile dite d'œillet est douce ^ agréable, et sent la noisette • c'est ^ après l'huile d'olives , la meilleure pour les apprêts de toute espèce d'alimens cuits ou à froid ; son seul défaut est de ne pouvoir servir à brûler dans la lampe. C'est au funeste hiver de 1709 , qui fît périrtous les oliviers de la France;, qu'on est redevable de l'introduction de la culture du pavot ^ qui étoit connu depuis long- temps en Allemagne. Ceux qui étoient intéressés au commerce des huiles d'olives , qu'on tire en grande quantité de l'étranger , répandirent que l'huile d'œillet étoit un somnifère dangereux : le préjugé s'établit peu à peu , on ordonna des expériences , et toutes furent en faveur de l'huile d'œillet • on démontra que la graine et l'huile de pavot ne contiennent pas un atome de substance somnifère ou narcotique (i) ; d'ailleurs l'expérience de tous

(i) La vertu narcotique réside dans la tête du pavot.

les temps et de tous les lieux, faite soit sur les hommes , soit sur les animaux^, a confirmé cette assertion. En effet , les Romains mélangeoient cette graine dans leurs alimens- toutes les pharmacope'es connues désignent trèsclairement que les graines ne participent en rien à la qualité' narcotique des capsules. En Italie , à Gênes , on fait des dragées de graine de pavot (i). Qu'on ajoute maintenant à l'utilité dont cette huile est pour les alimens , celle dont elle est pour la préparation des savons noirs , dont tous les pays du nord se servent, alors on n'hésitera pas à introduire cette culture dans toutes les contrées de la France.

La racine de pavot étant pivotante , sa culture peut succéder aux racines fibreuses des blés, seigles , orges , avoines, etc. , etc. , et servir à alterner nos champs , au lieu de les laisser en jachères. Le pavot , en raison de son pivot , aime un terrain qui ait du fond , et dont la terre a été soulevée j la végétation de la plante est rapide, dès qu'elle commence à être animée par la chaleur; elle aime une terre fortifiée par l'engrais , afin de ne pas manquer de nourriture à l'instant où elle en a le plus besoin.

Le climat détermine le temps des semailles; plus on avoisine les contrées méridionales ,

(i) On mange fréquemment à Berlin, surtout parmi le peuple, de la graine de pavot dans du lait avec du pain, et il n'en rc'sulte aucune espèce d'inconvénient.

plus elles doivent être hâtives , parce que les chaleurs de mai et de juin poussent trop la ve'ge'tation: il est donc avantageux dans ces pays de semer de honne heure , c'est-à-dire à la fin de septembre ou en octobre ; au contraire , dans les pays septentrionaux, on peut attendre, sans autant de risque , le mois de mars • néanmoins l'œillette qui y sera seme'e avant l'hiver en vaudra beaucoup mieux; d'ailleurs , on ne craint pas que les troupeaux endommagent cette plante.

Si on sème en septembre ou en octobre, il faut donner deux labours croise's, aussitôt que la re'colte des grains est sortie des champs. Il est avantageux d'en brûler le chaume avant de labourer, non à cause du médiocre engrais produit par l'incinération, mais afin de faciliter le labourage, et pour que ce chaume, qui n'aura pas eu le temps de pourrir avant 1 époque des semailles, ne s'oppose pas au nivellement des terres au moment de semer. On choisira, pour labourer, un temps où la terre ne soit ni trop sèche ni trop humectée, afin que la charrue ne la soulève pas en mottes. On passe la herse à plusieurs reprises jusqu'à ce que la terre soit bien unie y ensuite on forme une nouvelle herse avec des fagots d'épines , pour achever d'unir son champ. La manière de semer est à la volée, ensuite on passe de nouveau, et on repasse la herse de fagots, et s'il survient une pluie douce, la graine s'enfoncera d'elle-même et lèvera en peu de jours; néanmoins, comme il est im-

possible en semant de disposer la graine comme on feroit dans un jardin, aussitôt que les plantes commenceront à prendre une certaine consistance, on supprimera en sarclant les plants trop confus ; enfin , après rhiver, on serfouira et on sarclera plus rigoureusement. Au moment où les tiges s'élancent il faut sarcler de nouveau, mais légèrement, et donner un binage , en ne laissant que les pieds nécessaires à une distance à peu près de quinze à dix-huit pouces, sans les espacer davantagecar il ne s'agit pas ici d'atteindre cà la sublime perfection de la fleur, mais il faut songer à multiplier le produit de la récolte, et conséquemment à ne laisser entre chaque plante que l'espace nécessaire ;, afin de ne pas trop en diminuer le nombre.

Au moment où la maturité s'annonce le cultivateur doit se transporter sur son champ avec tout son monde et une quantité de draps proportionnée à celle des pavots 3 on étend ces draps au pied des plantes, on les incline et on les secoue sur ces draps , afin de faire tomber la graine qui est mùrej après cette première opération, d'autfcs personnes arrachent la plante de terre en la tenant toujours très-droite , afin qu'il n'en tombe aucune graine,' de plusieurs plantes réunies elles en forment des faisceaux , et elles les placent droits sur le champ appuyés les uns contre les autres. Deux ou trois jotiis après la récolte entière on étend de nouveau les draps au pied des faisceaux accumulés, et sur ces draps

on secoue de nouveau les léles, et on brise les capsules ; enfin, si la me'tairie est suffisamment fournie de bois pour le cliaufïage ou pour le service du four^ on met le feu aux faisceaux.

Il y a une autre méthode de procéder à cette récolte. Pour l'avancer, quelques cultivateurs inclinent les tiges sur les draps, en coupent les sommités, et les emportent à la métairie; les liges restent sur le champ, et le feu les réduit bientôt en cendres, si mieux on n'aime les arracher et les conserver pour la litière du bétail.

Au reste, de quelque manière qu'on fasse la récolte, il est très-essentiel qu'il ne reste aucuns débris de la capsule mêlée avec la graine , parce qu'au moulin ils absorberoient en pure perte une quantité d'huile assez considérable : afin de pi'évenir cet inconvénient on se sert de cribles percés de petits trous , qui permettent à la graine de passer, et non aux débris.

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