CHAPITRE IV
Des coups de soleil.
Pour les éviter , il faut avoir la tête couverte d'un chapeau blanc , et dont la forme soit très-élevée ; c'est-à-dire laisser un i^rand
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vide entre le cliapoaii et la tête. Les femmes , en outre , auront un parasol blanc (i). On traite les coups de soleil par les saigne'es et les rafraîchisse mens de toute espèce , en boissons , lavemens , applications , bains , etc. Il faut boire beaucoup de lait d'amandes , de limonade , de petit-lait ; il fiiut appliquer sur les tempes , le front , et même sur toute la tète , des linges trempes dans de l'eau fraîche et un peu de vinaigre rosat , ou dans du jus de pourpier, de laitue , d'artichaut sauvage, de verveine ; si l'on fait usage du bain froid , on ne doit jamais l'employer qu'après les saignées (2).
(1) Le noir réfléchit si vivejiient l'ardeur du soleil, qu'il est étonnant qu'on n'ait pas imaginé de peindre eu uoir les murs de certains espaliers j ces murs deviendroient brùlans, et liàleroicnt beaucoup la maturité des fruits qui ont besoin d'un soleil ardent.
(2) Les rhumatismes violens se traitent aussi comme les maladies inflammatoires , par la saignée et les rafraîchissans. Le bain alors ne doit aussi jamais précéder les saignées ou quelque autre évacuation, sans quoi il augmenteroit le mal. 11 ne faut pas, dans ce cas, donner de narcotiques, ni faire suer dans les commencemens j les sueurs alors sont pernicieuses, mais à la fin elles guérissent. Quand la personne n'est pas forte et sanguine , on ne la saigne point, on se contente de purger. Un moyen d'apaiser entièrement les douleurs de rhumatisme est de se faire repasser , à travers une flanelle , la partie soufi'rante , avec un fer aussi chaud qu'on le peut supporter, long-temps et à plusieurs reprises, dans l'espace de quelques heures.
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Les nojés.
Ce n'est pas , disent les me'decins, la quantité' d'eau que les nojes ont avale'e qui les fait pe'rir , puisqu'à peine leur en trouve-t-on une pinte dans l'estomac -, mais c'est la pesanteur de l'eau , supérieure à celle de l'air. C'est à tort qu'on roule les nojés dans un tonneau , qu'on les suspend avec des cordes , qu'on leur tient la télé basse et renverse'e , etc. Quand le noyé est retiré de l'eau, on l'enveloppe dans des couvertures , on le porte dans un lit très-cliaud, bien bassiné j on l'y retourne, on l'agile de mille manières , on lui fait des frictions spiritueuses avec une flanelle bien imbibée d'esprit-de-vin camphré. 11 faut que deux personnes à la fois fassent ces frictions , l'une d'un côté du corps , et l'autre du côle opposé. Ces frictions doivent être faites fortement et avec rapidité, sur les bras , surtout à l'endroit de la saignée , sur les cuisses et sur les jambes j rien ne ranime mieux la circulation : il faut que les flanelles ne soient pas froides ; au lieu de coucher le noyé dans un lit , il seroit mieux encore de l'étendre , tout im , couché à plat, dans une chambre bien chaude, sur un matelas chauffé , près d'un bon feu , dans des couvertures chaudes de laine , et là de lui faire les frictions. On fera passer , bouche sur bouche , de l'haleine chaude dans ses poumons , ou parle moyen d'un tuyau (i).
(i) Des nicilcciils habiles prétemlenl qu'il vaut mieux qiio ce soit par une narine ; on bouche 1 autre.
De temps en temps on fera passer dans sa gorge , saccessiveinent , une cuillerée de potion anti-apopleclique , du vin chaud , et même de l'eau-de-vie. On frottera aussi ses tempes avec des eaux spiritueuses j on mettra dans son nez quelque esprit volatil , on lui donnera coup sur coup des lavemens de fumée de tabac ; à défaut de l'instrument d'usage , on remplira de tabac à fumer une pipe ordidinaire, dont l'embouchure, qui doit être de corne , sera introduite dans le fondement ; après avoir bien allumé le tabac , on couvrira la tête de cette pipe de celle d'une pipe vide, tellement qu'en soufflant dans le tuyau de celle-ci on chasse la fumée du tabac de la pipe chargée dans les intestins, assidûment et vivement pendant des heures entières. Quand le pouls battra , que les extrémités ne seront plus froides , on fora une petite saignée (i). Il fiut que tous ces secours soient administrés avec la plus grande promptitude; c'est pourquoi nous ferons faire , sur le bord de notre étang, une petite baraque bien close, avec une cheminée , et remplie de tout ce qui est nécessaire au traitement des noyés ; matelas, couvertures, appareil de fumigations, drogues, etc. Gomme il y aura dans nos jardins de grandes pièces d'eau , nous aurons, aurez-de-chaussée de notre château ,
(i) D'au 1res condamnent la saigne'e, ou ne l'admettent, ce qui paroît très-raisonnaljle ^ que clans le cas où elle paroît indispensable par la grosseur des vaisseaux, la couleur violelte du visage, etc.
une chambro consacrée au même usage ; ne servît-elle qu'une l'ois en cinquante ans, ou ne servît-elle jamais^ doit-on ne^Migcr de l'établir , et l'imprévoyance dans ce cas n'estelle pas coupable V Combien de morts ont été causées par des négligences de ce genre ! Ne criliquons point , dans les maisons opulentes , les recherclics du luxe , quand nous n'y voyons pas l'oubli du pauvre et de l'humaïiité. Mais on ne peut s empéclier d'être scandalisé de la richesse d'un élégant château , situé près d'une grande route , sur le bord d'une rivière , lorsqu'en le visitant d'un bout à l'autre on n'y trouve ni la baraque des noyés ni la chambre de l'hospitalité. Au reste , comme on n'examine pas les maisons où l'on est reçu, supposez toujours, mes enfans , quand vous serez chez les autres , que ces pieux devoirs sont remplis ; car vous savez que la véritable bonté n'affiche rien , et qu'elle doit même cacher, quand elle le peut, les secours qu'elle prodigue à la souffrance ;, et l'asile qu'elle offre au malheur.
Des asphjxiés.
Lorsqu'on est parvenu à soustraire un individu à la vapeur du charbon, ou des caveaux méphitiscs , il faut le transporter au grand air (i). Il faut asperger d'eau froide la face et k poitrine du malade , mais de loin et en
(i) Ce qu'il faui faire pour les enfans et les adultes qui ont des conMvlsious.
petite quantité. Il faut en outre mettre sous le nez. du malade des linges Irempe's dans le vinaigre concentré, l'alkali volatil fluor, et antres liqueurs d'une vertu analogue. On provoque l'éternucmont par des moyens connus ; on passe ensuite au procédé de i'insuftlation, qui consiste à transmettre de l'air asmospliérique dans la trachée-artère, en insinuant un tuyau dans la bouche , et en bouchant hermétiquement les narines • on tâche de faire avaler quelques gouttes d'oxjcrat , ou de quelque hoision tonique et fortifiante.
De la rage.
SI l'on est mordu par un cliien enragé, et qu'on soit privé du secours des gens de l'art , qu'on n^xit point d'aikali volatil, etc. , il faut d'abord laver la plaie, en l'écartant sous un tuyau de fontaine, ou de pompe , pendant deux heures ; ensuite , laver avec du vinaigre tiède- prendre un ou deux gros de tliériaque, et par-dessus boire de l'infusion de scordium, assez pour suer beaucoup; entretenir pendant quarante jours la suppuration de la plaie.
^'oici le traitement que l'on suit ordinairement : Oa doit brûler la partie blessée avec un fer rougi au feu, ou avec un caustique capable d'exciter une escarre profonde qui embrasse la totalité de la blessure ; on peut aussi provoquer et entretenir la suppuration par quelque emplâtre attractif, ou en laissant dans
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la plaie un fragment de racine de gentiane , d'aristoloclie, etc.
On a propose' l'emploi de la préparation suivante, qui consiste à re'duire en poudre, dans un mortier bien sec , trcnle-deuv grammes de chaux vive récente; on la mêle avec autant de savon , et on compose une sorte de pâte , sans ajouter d'eau ; on en applique une couche sur toute l'étendue de la plaie, laquelle est ensuite recouverte de linge ou de charpie. Quelques heures après , il se forme une escarre propre à emporter dans sa chute le jYenin qu'on a absorbe'.
Les méthodes à suivre pour panser les blessures produites par un animal atteint de la rage varient selon la profondeur et la grandeur de la plaie. Dans le cas d'une morsure produite sur un endroit où il y a de gros vaisbeaux, on examine si l'artère est encore recouverte de quelques portions de muscles et de tissu cellulaire. Si cela est ainsi, on touche légèrement la surface de la pariie afïectéc avec un pinceautrempédans du muriate d antimoine ; on se borne à cette application pour achever de détruire le venin. On dirige dans le fond de la plaie un peu de poudre très-fine de cantharitles, que l'on contiendra par un petit tampon de charpie. Le tout sera recouvert •tl'un emplâtre vésicatoire et d'un bandage peu serré; les pansemens qui suivent se font avec la racine d'iris, de gentiane, et une feuille de bette graissée de beurre frais. Quand la suppuration languit; on la ranime par la pom-
macle epispastique, par des ongucns aiguises avec du sel ammoniacal, ou par une petite quantité de pierre à cautère j on atteint aussi le mcme but avec la lessive des savonniers j enfui, on attend cinquante jours avant de permettre la cicatrisation.
Inde'pendamment du traitement externe qu'on vient d'assigner, un traitement interne est le plus souvent jugé convenable. On songe, en conséquence, à entretenir les évacuations intestinales , à l'aide de clystères émoUiens , de substances doucement laxati vesj on plonge le malade dans un bain tiède. Certains médecins ont cru que l'ammoniac liquide pouvoit avoir un effet salutaire , à la dose de dix à douze gouttes, dans une infusion de feuilles de tilleul, ou de feuilles d'oranger (i).
Nos pères n'ont point connu tous ces remèdes, et pendant long-temps on s'est contenté d'envoyer à la mer ceux qui avoient été mordus par des animaux enragés. Il ne seroit pas impossible que l'eau salée de la mer fût mi spécifique pour cette horrible maladie. Un remède aussi simple, le sucre pris intérieurement, en est un, suivant M. de Ja Condamine, contre la blessure des flèches empoisonnées par certains sauvages de l'Amérique méridionale. D'ailleurs, la révolution causée par la manière brusque dont on précipitoit dans la
(i) Il faut aussi en meltre sur la plaie. L'un des plus grands chimistes de nos jours ( M. Sage) a lait sur ce remèdo les plus heureuses expériences. Il faut lire dans ses ouvrages ces détails intéressons.
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mer, et la confiance qui Iranquillisoit l'imagination, pouvoiont prévenir Ja r.i^'c; coninic, dans l'antiquile', le saul do Loueade f,ajerissoit de l'amour, quand on avoit le Louheur de ne pas se noyer. Quoi qu'il en soit, puisque ces bains de mer passoiojiL gciieraloment pour être contre riijdro])liobie un remède immanquable, il est])rouve', par celte seule opinion, qu'ils re'ussissoientpresquetoujours. On trouve à ce sujet une anecdote curieuse dans les Lettres de Le Pays, poète assez justement oublié, mais qui, fort à la mode de son temps, vivoit sous le règne de Louis XIIL Ce poète fut mordu par uu chien enrage, ce qu'il raconte dans une lettre à un de ses amis, et avec le ton de la plus grp'ide sécurité, en ajoutant qu'il va partir pour un port de mer. Arrivé là^ il conte ce qui suit : il alla voir le médecin qui traitoit les hydrophobes, et qui lui dit qu il alloit lui enseigner une manière certaine de connoître, dès le premier bain , s'il devoit craindre ou non que le virus eût passé dans son sang. Quand vous serez plongé dans la mer, poursuivit ce médecin , regardez tout de suite dans l'eau j si la rage doit vous prendre vous verrez aussitôt au fond de l'eau l'image parfaitement distincte d'un chien furieux, la gueule entr'ouvertej si vous n'avez pas cette vision , vous pouvez cire certain que vous n'avez rien à craindre. Le Pays regarda dans l'eau, ne vit point de chien furioiix , et, suivant la savante prédiction du vieux docteur, il n'eut point d'att^-
que, et vécut encore grand nombre d'anne'e^.
Il est vraisemblable que le vieux médecin, compLant sur la crédulité de ses malades, avoit invente' ce conte pour tranquilliser leur imai,unation. Mais il n'est cependant que trop prouvé que l'imai^dnation seule , c'est-à-dire la crainte et la terreur, ne produisent pas riiydropliobie, puisque les animaux et les enfans en ont si souvent été les victimes.
Comment expb'quer encore tout ce qui se passoit en Flandre et à Saint-Hubert, à ce sujet, avant la révolution ? On ne peut nier des faits. En voici de certains, qu'il est impossible de contester, et que M. Bosquillon auroil du recueillir dans l'ouvrage où il soutient que, pour les hommes, l'hydrophobie n'est jamais causée que par les terreurs de l'imagination.
En Flandre, à Bruxelles surtout, lorsqu'un individu, de quelque état qu'il fût, étoit mordu d'un chien enragé, il n'avoit confiance que dans le voj âge de Saint-Hubert. On devoit y aller avant quarante jours écoulés depuis l'accident j mais si des affaires en empéchoient, on crojoit pouvoir retarder longtemps sans danger, en se faisant donner ce qu'on appeloit un répit, par l'archevêque de Maliues. En effet, en exposant de bonnes raisons du retard, l'archevêque accordoit un répit de trois, de six mois, et quelquefois da-
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plus élevée. Il falloit donc que l'expérience n'eût jamais dctruit, par un lait averé^ cette crovancc. Mon amie, madame la comtesse de Lannoj, avoit tellement cette confiance, que lorsque mademoiselle Pauline de Lannoy fut mordue à la main, de la manière la plus cruelle, par un chien enrage', elle demanda à l'arclievéque un répit de plusieurs mois, l'obtint, et ne mena à Saint-Hubert cette fille si chérie que trois mois après l'accident. Je tiens ces détails de sa propre bouche. J'ai été plusieurs fois à Bruxelles avant la re'volution, et l'on m'y a conté mille traits semblables. Le pouvoir de rima.^ination peut les expliquer, ainsi que le fait suivant : Tous les gens traités à l'abbaye de Saint-Hubert croyoient, d'après l'assurance des religieux, qu'à l'avenir nulle morsure d'animal enragé ne pourroit leur communiquer la rage; en conséquence on les exhortoit à ne faire aucun remède, et à ne pas revenir à Saint-Hubert dans le cas d'un nouvel iaccident. L'hjdrophobie n'est-elle donc dans les hommes que le fruit de la terreur ? Mais néanmoins n'est-il pas constaté que des personnes, malgré la plus grande sécurité, ont eu des accès d'hydrophobie? Pour les enfans on pourroit dire qu'ils sont aussi très-susceptibles de frayeur. Comment expliquer aussi le phénomène de ces chiens juarqués à Saint- Hubert, qui ne prenoicnt jamais la rage? H est de fait que, jusqu'à la révolution, le roi, tous les princes du sang , tous les grands seigneurs, et tous ceux qui avoient de grands
équipages de chasse, envoyoient leurs cliiens à Saint-Hubert pour y recevoir une marque, qui, suivant l'opinion ge'nërale, piéservoit de la rage^ on y envoyoit même un nombre prodigieux de troupeaux. Et comment cette coutume se scroit-elle établie et maintenue si le temps et l'expe'rience n'en avoicnt prouvé l'efficacité?
Piqûre de la vipère.
Les médecins modernes proposent d'appliquer un caustique plus ou moins fort à l'endroit de la morsure, et de frotter le membre blessé avec l'huile d'olives ; ils prescrivent l'usage de l'ammoniac à l'intérieur. Au défaut de cette substance, on peut user de la préparation suivante de M. Guyton de Morveau. Cette préparation consiste à faire fondre, dans "une cuillerée d'eau fraîche , quatre grammes de muiiate d'ammoniac en poudre, et d'une autre part à faire dissoudre deux grammes de tartrite de potasse dans une pareille quantité d'eau. On verse les deux liqueurs dans la même fiole, et on administre une cuillerée à café de ce mélange dans une boisson fortifiante.
C'est au Choco, surtout si célèbre par le platine (i), dont il est la patrie, que se rencontrent les serpens les plus venimeux , et c'est là que, dejjuis long-temps, on employoit la plante nommée guacOj pour en guérir les
(i) Un métal.
morsures. Quelques iièi^res ayoient ce secret ,
3U0 M. Mulis, à force d'adresse, parvint à écouvrir. Celte plante ,i,'uerit non-seulement les morsures de ces scrpens, mais préserve de leur venin (i).
Contre F empoisonnement par l'arsenic,
Ilimporte, avant tout, de provoquer le vomissement, le pluspromptement posiibîe, chez les personnes qui ont avalé de l'arsenic, mais il faut s'abstenir des émétiques irritans. On a proposé, dans cette circonstance, d'administrer riiuile avec profusion. Il faut néanmoins se garder de recourir à ce liquide. En eft'et, rexpérience a déipontré que les animaux aiUXquels on a fait avaler une préparation arsenicale, mêlée avec un corps gras, périssent beaucoup plus promptement que lorsqu'on se sert d'un véhicule aqueux. L usage des huileux doit par conséquent être interdit dans les premiers temps de l'empoisonnement j les substances mucilagineuses ou gélatineuses sont
Î)référables. On adoptera en conséquence le ait, l'eau de gruau d'avoine, l'infusion de graine de lin, la décoction de racine de guimauve, etc.
J^erl-de~gris.
Quand le poison vient d'être avalé, il faut en provoquer le vomissement par une grande
(i) J'ai placé dans mon ouvrage des Plantes usuelles les délails les plus curieux sur celle plante, détails tirés de la Thérapeutique de M. Alibert.
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quantité d'eau tiède, qui a le double avantage d'affoiblir le poison en le délayant, et de déterminer sa sortie en mettant en jeu l'action contractile des organes gastriques. Lorsque l'empoisonnement dont il s'agit a été effectué depuis plusieurs heures, on prescrit l'emploi des boissons mucilagineuses , des clystères émoliiens, dans le cas où l'on soupçonncroit que le poison a pu passer dans le canal intestinal. Les bains tièdes, la saignée, etc., peuvent également remédier aux symptômes qui sont la suite de l'empoisonnement.
Du plomb. Colique de peintre.
Le plomb est un des poisons les plus terribles qui puissent affecter l'estomac et le canal intestinal. Ce sont les peintres , les artistes, qui travaillent sur le plomb, qui en sont principalement affectés, ainsi que ceux qui font inconsidérément usage du vin sophistiqué par la litarge.
Le traitement adopté pour la colique de plomb n'est encore déterminé que d'après une sorte d'empirisme. « Le point essentiel , disoit Bordeu , seroit de déterminer les vrais signes qui indiquent ou contre-indiquent soit ]es purgatifs , soit l'opium , les vésicatoires y soit encore l'expectoration. » Dans cette incertitude , on a varié infiniment les méthodes çuratives. Celle qui est le plus communément usitée à l'hôpital de la Charité de Paris est une méthode drastique. Nous allons la faire connoître.
Premier jour du traitement. Lavement purgatif, composé ainsi qu'il suit : Dans une décoction laite avec une tlemi-once de feuilles de séné, on fait dissoudre une égale partie de sulfate de soude ou de magnésie , casse en bâton, deux onces ; vin émétique, trois onces. Pour boisson , l'eau de casse , prépaiée d'après le procédé qui suit : Faites bouillir dans une pinte d'eau une demi-once de feuilles de séné, jusqu'à réduction de moitié, une once et demie de pulpe de casse , trois gros de sulfate de soude ou de magnésie , deux grains de tartrite antimonié de potasse : cette boisson est prise le matin. Le soir , lavement anodin , avec des proportions égales d'huile de noix et de vin , et un gros de tîiériaque intérieurement , un bol fait avec un gros et demi de tîiériaque et un grain d'opium.
Second jour du traitement. Le matin , eau composée avec six grains de tartre stibié pour trois verres d'eau. Durant le jour , une tisane sudorifique ; on soumet à l'ébullition, dans trois pintes d'eau, une once da gaïac, de sassafras , de squine , de salsepareille. Quand la décoction est près de sa fm , on ajoute une demi-once de feuilles de séné , et la même quantité de sulfate de soude. Le soir , clystère anodin , comme la veille , et même prise d'opium et do thériaque.
Troisième jour du traitement. On revient au clysière purgatif du premier jour, et à l'eau de casse composée j on fait aussi usage de la tisane sudoriiique et légèrement purga-
lîve , du lavement calmant , ainsi que du bol de thériaque et de l'opium.
Quatrième jour du traitement. On administre la purgation , dont voici la formule : Faites un verre de de'coction avec trois gros de feuilles de se'ne'; on ajoute deux onces et demie de pulpe de casse , deux ou trois gros de sulfate de magne'sie ou de soude , un grain de tartre stibie' , deux gros de confection liaclie'c , une demi-once de vin slibié , tisane sudorifique etlaxative. Le soir, clystère analogue aux précédens, lavemeus anodins, thériaque et opium.
Cinquième jour du traitement. On répète le lavement purgatif, l'eau de casse , la tisane sudorifique -, et le soir , le clystère calmant , ainsi que le bol thériacal et opiacé. Cette méthode est singulièrement modifiée^ selon lo tempérament , l'idiosyncrasie , les localités , etc. ; car toutes ces causes peuvent imprimer d'autres caractères , et nécessiter des moyens souvent contraires. Tels étoient les procédés anti-phlogistiques suivis par Tronchin , Tissot , et par beaucoup d'autres.
Extrait de la Thérapeutique de M. Alihevt.