V. 486. Soumengne vous du iamedy
Et non souvenez-vous j forme moderne qui choque le bon sens non moins que l'étymologie : suhveniat tibi,
272 NOTKS.
ventât tihi sub (meniem) et non : veni tibimet ipsi sub
mentem,
« Pardieu, Jeanne m*amie, wuvienne vous de moy et » me recommandez à elle. » (5* des Quinze joyes de mar.)
(c Alors le povre desprisonné print à genoulx de ma- » dame congié et des aultres : lors s'en va, et au congié » elles luy dirent : Souvienyne vous de la promesse^ car » nous sommes pleiges pour vous. » ( Petit Jehan de Saintrét p. 41.)
«Damp abbez, souviengne vous des injures qu'avez dictes » des chevaliers et escuiers qui vont par le monde faire » armes pour leurs honneurs accroistre! » {Ibid.^ p. 271.)
Je ne sais comment La Fontaine a pu oublier sa langue naturelle, la vieille langue française, jusqu'à écrire :
Je ne me souviens point que vous soyez venue Depuis le temps de Thrace habiter parmi nous.
{Philomèle et Progné.)
Il était ce jour-là bien distrait ! Peut-être aussi y avaitil sur son manuscrit i7 ne me souvient points et les imprimeurs sont-ils les vrais coupables d'une faute à laquelle La Fontaine n'aura pas pris garde. Cette distraction-là se conçoit mieux.
Ce sont de tels solécismes que l'Académie française devrait signaler et proscrire. Elle en obtiendrait facilement la répression , grâce à l'autorité dont elle jouit et dont elle ne saurait faire un meilleur usage. Pourquoi préftre-trelle les ratifier et les consacrer?
V. 498. Je croy qu'il est temps que je boive Pour m'en aler — Ha ! non feray.
C'est-à-dire, je ne boirai pas.
NOTES. i73
Faire, dans rancienne langue, avait remploi particulier de se substituer à un verbe qu'il eût fallu répéter, en prenant les tems, nombre et personne du verbe qu'il représente.
« Or, monseigneur, vous avez perdu la gageure. Vous » le congnoissez bien, faictes pas? » (26« des Cent Nouvelies nouvelles.)
Ne le connaissez-vous pas?
« Mettez tout sur nous, dirent-elles ; nous l'apaiserons » bien. — Si fet*ay, dist-elle. » (/éirf., nouv. 27.)
Je mettrai tout sur votre compte.
« Monseigneur passoit ainsi que à deux cruches j'aloye » à la rivière. Il me salua, si fis-je luy.» (/Wrf., nouv. 3.)
Les Anglais nous ont emprunté cet usage du verbe faire^ et ils l'ont conservé : — Do you like it? Did you see hîm? Ido not; Idid not. Aimez- vous cela? L'avezvous vu? Non fais-je; non fis-je.
I^ xvu* siècle gardait encore cette locution :
Il Taime dans son flme Cent fois plus qu*il ne fait mère, fils, fille et femme.
(Tartufe, I, 2.)
Depuis nous avons laissé perdre ce tour, et c'est un véritable appauvrissement de la langue. Aujourd'hui, on ne ferait nulle difficulté de dire : Il l'aime cent fois plus que sa mère, son fils, sa fille et sa femme. Or ce ne serait point parler français, car l'expression est ambiguë. Voulez-vous dire qu'Orgon aime Tartufe cent fois plus qu'il n'aime sa famille, ou cent fois plus que sa famille n'aime Tartufe? Cette équivoque se produit à chaque instant et l'on n'y prend pas garde : signe de décadence.
Avec fait, qui représente aime, l'incertitude n'est pas possible.
274 NOTKS.