‹ Maistre Pierre PatelinChapitre 19 sur 200 · V.187.— S-f t..V.ptB. — 1490 :« Tousjours de besoigner · texte numérisé non relu

V.187.— S-f t..V.ptB. — 1490 :« Tousjours de besoigner

PATELIN ^ touchant un autre drap.

*9o Cesluy cy est il laint en laine?

Il est fort comme nng Cordoiien !

LE DRAPPIEP,

C'est ung très bon drap de Rouen ^ Je vous prometz, et bien drappé.

Or vraiement j'en suis alrapé ,

«» Car je n'avoie intention

D'avoir drap , par la passion De nostre seigneur, quand je vins.

J'avoie mis à part quatre vings Escus pour retraire une rente ,

2M Mais vous en aurez vingt ou trente , Je le voy bien , car la couleur M'en plaist trestant que c'est douleur.

LE DRAPPIER.

Escus ? Voire , se pourroit il faire Que ceulx dont vous devez retraire vb Ceste rente prinssent monnoye ?

PATELIN

Et oui dea , se je le vouloye ;

Tout nren est ung en payement.

(Reprenant le drap.)

Quel drap est cecy ? Vrayement , Tant plus le voy et plus m'assotle.

îio II m'en fault avoir une cotte, Bref, et à ma femme de mesme.

LE DRAPPIER.

Certes , drap est cher comme cresme !

Vous en aurez se vous voulez :

Dix ou vingt frans y sont coulez M» Si tost !

Ne me chault, couste et vaille I Encor ay je denier et maille Qu'oncques ne virent père nç mère.

LE DRAPPIER.

Dieu en soit loué! Par saint Père, Il ne m'en desplairoit empiece.

PATELIN

Bref, je suis gros de ceste pièce :

no

Il m'en convient avoir,

V. 207. — J'ai rétabli la leçon de G. Leroy suivi par Trepperel. — 1490 : c Tout m'est ung or ou paiement. > — B. : ff Tout m'est un quant au payement. >

LE DRAPPIER.

Or bien , Il convient aviser combien Vous en voulez. Premièrement Tout est à vostre commandement m Quant que il en y a en la pille ; Et n'eussiez vous ne croix ne pille.

PATELIN

Je le sçay bien : vostre mercy.

Voulez vous de ce pers cler cy ?

PATELIN

Avant , combien me coustera 230 La première aulne? Dieu sera Payé des premiers , c'est raison :

(Donnant une petite pièce au drapier.)

Vecy ung denier ; ne faison

Rien qui soit où dieu ne se nomme.

V. 224. — Sic Leroy, 4 490 et TreppereL Durand supprime est évidemment pour faire la mesure, mais vostre se proférait monosyllabe. — B. : c est en vo commandement. ^ V. 225. — Sic B. et Leroy. — U90 : « il en a. » V. 228. — Sic Leroy et TreppereL — 4 490 : t Et voulezvous. » — B. : « Voulez-vous de ce drap icy ? »

LE DRAPPIER.

Par dieu , vous estes un bon homme , 2» Et me n'avez bien resjouy.

Voulez vous à ung mot?

PATELIN

Ouy.

LE DRAPPIER.

Chaseune aulne vous couslera Vingt et quatre solz.

Non fera.

Vingt et quatre solz ! Sainte dame !

LE DRAPPIER.

'40 11 le m'a cousté , par ceste ame ; Autant m'en fault se vous l'avez.

PATELIN

Dea , c'est trop !

LE DRAPPIER.

Ha! vous ne sçavcz Comment le drap est enchery !

Trestout le bétail est pery lifi Cest y ver par la grant froidure.

PATELIN

Vingt solz, vingt solz.

LE DRAPPIER.

Et je VOUS jure Que j'en auray ce que je dy .

Or attendez à samedy :

Vous verrez que vault. La toison , ^ Dont il souloit estre foison , Me cousta à la Magdalene Huit blans , par mon serment , de laine Que je souloie avoir pour quatre !

PATELIN

Par le sang bien , sans plus débattre , «ft Puis qu'ainsi va, donc je marchande; Sus, aulnez.

Et je vous demande Combien vous en fault il avoir?

PATELIN

Il est bien aisé à sçavoir :

Quel lé a il?

LE DRAPPIER.

Lé de Brucelle.

PATELIN

îw Trois aubes pour moy, et pour elle (Elle est haulte) deux et demie ^

Ce sont six aulnes. ... Ne sont mie ?. . .

Et non sont , que je suis becjaune !

LE DRAPPIER.

11 ne s'en fault que demie aulne, w» Pour faire les six justement.

PATELIN

J'en prendray six tout rondement , Aussy me faut il chapperon.

LE DRAPPIER , lui présentant son aune.

Prenez-la, nous les aulneron.

Si sont elles cv sans rabatre :

(Il mesure.)

2'« Empreu , et deux , et trois , et quatre , Et cinq, et six.

PATELIN

Ventre saint Pierre!

Rie il rie !

LE DRAPPIER.

Aulneray je arrière ?

PATELIN

Nenny, ce n'est qu'une longaigne!

V. 273. — 1490 : t Nenny, ensanglante estraiae. » — Leroy el Trepperel : c Nenny, de par une longaigne. » — L. V. : c Par saint Jacques ii*Espaigne. » — 1614 : € Tant de peine m'en-

Il y a plus porfe ou plus gaignc ^-'•^ En la marchandise. Combien Monte tout ?

LE DRAPPIER.

Nous le scaurons bien .

A vingt et quatre solz chascune , Les six neuf frans.

PATELm .

Hen , c'est pour une !

Ce sont six cscus? i

LE DRAPPIER.

M'aist (lieu, voire.

î**» Or, sire , les voulez vous croire Jusques à ja quant vous viendrez '} Non pas croire , vous les prendrez A mon huis, en or ou monnove

LE DRAPPIER.

Nostre dame ! je me tordroye «« De beaucoup à aler par là.

gaigne. » J'ai suivi la leçon de rexemplaire golhii|iie sans date ni nom d'imprimeur, aux armes d'Huet (Ribl. imp., Y, 4i08 a). V. 279. — Leroy et 1490 : c huitescus, » mais c'est une faute de typographie ; partout ailleurs où il est question du prix^ on lit six escus.

PATELIN

Hé ! vostre bouche ne parla Depuis , par monseigneur saint Gille , Qu'el ne disoit pas Euvangile.

C'est très bien dit, vous vous tordriez !

2*jo * C'est cela! vous ne vouldriez Jamais trouver nulle achoison De venir boire en ma maison :

Or y burez vous ceste fois.

LE DRAPPIER.

Et par saint Jaques , je ne fais W5 Guère aultre chose que de boire !

Je iray ; mais il fait mal d'acroire , Ce sçavez vous bien , à l'estraine.

PATELIN

SoufRst il se je vous estraine D escus d'or, non pas de monnoye?

200 Et si mengerez de mon oye , Par Dieu! que ma femme rotist.

Vraiement cest homme m'assotist !

V. 290. — Vouldries ne doit compter que pour deux syllabes, comme tordriez au vers précédent. Les éditions du XV* siècle ne donnent pourtant pas d'autre leçon.

Alez devant : sus, je yray doncques Et le porteray.

PATELIN

Rien quiconques !

3» Que me grèvera il ? pas maille , Soubz mon esselle.

LE DRAPPIER.

Ne vous ehaille :

Il vault mieux , pour le plus honeste , Que je le porte.

PATELIN

Maie feste M'envoise la saincte Magdalene 310 Se vous en prenez ja la paine.

C'est très bien dit : dessoubz Tesselle.

Cecy m'y fera une belle

Bosse ! — Ha, c'est très bien aie !

(Il cache le drap sous sa robe.)

II y aura beu et galle 3«* Chez moy ains que vous en aillez.

Je vous pry que vous me baillez Mon argent dez que j'y seray.

V. 309. — M'envoise ne comptait que deux syllabes , m'envoisty comme au vers tSR^ : « M'envoie dieu. »

n<) LA FARCE DE PATELIN.

PATELIN

Feray. —Et, par bien, non feray Que n'ayez prins vostre repas

SM Très bien : et si ne vouldroie pas Avoir sur moy de quoy payer.

Au moins viendrez vous essayer Quel vin je boy. Vostre feu père En passant huchoit bien : Compère ,

M» Ou que dis-tu ? ou que fais-tu ?

Mais vous ne prisez ung festu Entre vous riches les pouvres hommes !

LE DRAPPIER.

Et, par le [saint] sang bien , nous sommes Pluspovres...

PATELIN

Ouay ! Adieu , adieu !

3M Rendez vous tantost audit lieu ,

Et nous beuron bien , je m'en vant !

V. 327. — Dans le commun discours on ne tenait pas compd; de Vs du pluriel : Les pouvre hommes. G*est encore comnio parle le peuple. Les éditeurs du wi' siècle retranchent les pour laisser sonner Vs du pluriel.

V. 328. — Comme au vers 4 434 : c Par le saint sang bieu précieux. »

LE DRàPPIER.

Si feray je. Or alez devant,

Et que j'aye or. (Palclin s'en va.)

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