‹ Maistre Pierre PatelinChapitre 54 sur 200 · PATELIN, AGNELET · texte numérisé non relu

PATELIN, AGNELET

PATELIN

Dy, Aignelet.

LE BERGIER

Bê!

PATELIN

Vien çà, vien, Ta besongne est elle bien faite ?

î%0 LA FARCE DE PATELIiN

LE BERGIER

Bêê!

PATELIN

Ta partie est retraicte :

. Ne dy plus bêe; il n'y a force.

iM* Luy ay je baillé belle estorce ?

T'ay je point conseillé à point?

LE BERGIER

Bê!

PATELIN

Hé dea , on ne te orra point.

Parle hardiement : ne te chaille.

LE BERGIER

Il est temps que je m'en aille :

15S0 Paye moi.

LE BERGIER

Bê!

PATELIN

A dire voir, Tu as très bien fait ton debvoir, Et aussy bonne contenance.

V. 4552. -— Sic Leroy. — U90 et Trepperel ; t El aussi très bonne. » — B. : c Et aussy bien lacontepance. »

Ce qui luy a baillé radvance , C'est que tu t'es tenu de rire.

LE BERGIER

Bê!

PATELIN

tsM Quel bêe? Il ne le fault plus dire.

Paye moy bien et doulcement.

LE BERGIER

Bê!

PATELIN

Quel bê ! Parle sagement, Et me paye : si m'en iray.

LE BERGIER

Bê!

Scez tu quoy? Je te diray :

«MO Je te pry , sans plus m'abaier, Que tu penses de moy payer.

Je ne veuil plus de ta baierie ?

Paye tost.

LE BERGIER

Bê!

PATELIN

Est ce mocquerie?

Est ce quant que tu en feras?

156» Par mon serment , tu me paieras , Entens tu? se tu ne t'envoles.

Çà, argent !

LE BERGIER

Bê!

PATELIN

Tu te rigoles !

Comment! N'en auray je aultre chose?

LE BERGIER

Bê!

PATELIN

Tu fais le rimeur en prose.

1M0 Et à qui vends tu tes coquilles ?

Scez tu qu'il est? Ne me babilles Meshuy de ton bêe, et me paye.

LE BERGIER

Be!

PATELIN

N'en auray je aultre monnoye?

A qui te cuides tu jouer?

«M» Je me dévoie tant louer

De toy ! or fay que je m'en loe.

LE BERGIER

Bê!

PATELIN

Me fais lu mengier de Toe?

Mangrebieu ! ay je tant vescu Que ung bergier, iing mouton vestu , «■w Ung villain paillard me rigolle?

LE BERGIER

Bê!

PATELIN

N*en auray je aultre parolle ?

Se tu le fais pour toy esbatre, Dy le , ne m'en fais plus debatre ; Yien t en souper à ma maison.

LE BERGIER

«»» Bê !

PATELIN

Par saint Jehan , tu as raison : Los oisons mainent les oes paistre !

Or cuydoy je estre sur lous inaistre Des trompeurs d*icy et d'ailleurs , Des fort coureux et des bailleurs isM De paroles en payement

A rendre au jour du jugement ,

V. 4 589. — Treppercl imprime farg coureun, k quoi les éditions rajeunies substituent corbineurs.

LA fAKCE DE PATEMN.

Kt iiiig bergicr des diainps me [tusse !

Par saint Jaques! se je trouvasse Ljig sergent, je te lisse prendre!

PATELIN , U contre fa i!^aiit.

Hon , htW l'on me puisse pendre

Se je ne vois faire venir

Un bon sergent; mesavenir

Luy puisse il s'il ne t'emprisonne !

LE BERGIER, l'enfbjint.

S'il me treuve je luy pardonne !

(Patelin MUTi aprèi lui.)

LA FARCE Dl PATELIN.

J'ai adopté l'orthographe Patelin^ quoique les anciennes éditions écrivent Pathelin. L'A est ici parasite, et de toutes les étyroologies proposées aucune n'autorise à la conserver. Du Gange croit que Patelin est le màme mot que PatcUin et Patarin^ nom donné aux hérétiques albigeois, et devenu, dit-il, un adjectif caractéristique, parce que ces hérétiques s'efforçaient de séduire et d'attirer à leur doctrine par des manières insinuantes : <cHos (Valdenses) nostri Patalins et Patelins voca- » runt... hinc /Mtfrfir» vulgù appellamus fallaces, adu* » latores, blandos assentatores qui, ut sunt hœretioo- » rum plerique, palpando decipiunt, etc. »

Gomme le savant homme forge De loin pour fournir son glossaire!

Il me semble qu'il n'est pas nécessaire d'aller chercher si loin ni si haut. Patelin doit venir tout simplement de pote : c'est un homme qui fait patte de velours, un pate-pelu. Je consens que Patalins ait été le sobriquet

de certains hérétiques ; cela est sans aucun rapport à notre Patelin, et l'explication en est bien simple. Les Vaudois renfermaient toute leur liturgie dans l'oraison dominicale : on les a sumoramés paterim, hérétiques du pater; par corruption potarins, et puis patalins (les liquides / et r se substituant sans cesse : collidor et corridor; en français colonel^ en espagnol coronel, etc.). La ressemblance entre patelin et paterin est toute fortuite, toute dans la surface, sans aucune relation de sens ni d'origine. La langue abonde en exemples de ces rencontres. Je crois, pour moi, que Du Gange s'est laissé faire illusion par la forme extérieure et matérielle des mots, et que patelin^ dans le sens actuel, a été créé par l'auteur de la Farce de Patelin^ comme tartufe par Molière.

Les Vaudois sont du xii* siècle ; la Farce de Patelin est du XY* ; qu'on produise dans cet intervalle un exemple de l'adjectif patelin^ et je pourrai croire à l'étymologie de Du Gange, sinon je garde la mienne.

La Monnoye voit dans le nom de Patelin une allusion aux manières /7d/euse« du personnage, et voudrait écrire pastelin , conformément à la racine supposée pasta. On s'étonne qu'un aussi bon esprit se soit laissé décevoir à ce point par une métaphore toute moderne.

L'abbé Guillon de Hauléon tient pour les patarins. {Archives du Rhône, 1826, avril, p. 463.)

V. 2. Pour quelque paine que je mette A cabuser n'a ravasser.

De même au vers 1182 :

A moy mesme pour quelque chose Que je te die ne prépose*

Et au vers 1189:

Pour quelque mot qw Yen me sonne.

Nous voyons déjà établie cette locution vicieuse quelque que. On eût dit aux xii* et xiii* siècles : Pour quelle peine que je mette. Je puis assurer que cette faute, devenue la règle de notre teros, est continuelle dans le petit Jehan de Saintré, dans les Quinze joies de mariaige^ et dans les CerU Nouvelles nouvelles^ que j*attribue tous trois à Antoine de la Sale. J'ai noté également dans ces ouvrages le lendemain pour fendemain ; tandis que au lieu de tandis simplement, qui était l'ancien usage, et 91^0/que, adverbe. Ainsi cette corruption du langage remonte pour le moins au milieu du xv* siècle.

Page 1