‹ Maistre Pierre PatelinChapitre 55 sur 200 · V. 3. A cabuser n'a ravasser · texte numérisé non relu

V. 3. A cabuser n'a ravasser

Toutes les éditions mettent :

A cabosser n'a ramasser,

OÙ cabosser fait un contre-sens, puisqu'il n'a jamais signifié autre chose que gaspiller, comme au vers 1139 :

L'Aignelet, maint aigneau de lait Tu as cabassé à ton matstre ?

L'éditeur de 1762, voulant que cabosser signifie tromper, allègue un passage du petit Jehan de Saintré, qu'il ne comprend pas : « Par ma foi, madame, il en » a cabassé la moitié (de son argent). » Sur quoi Saintré renchérit en ces termes : « Par ma foi, madame, sauf » vostre grâce, il ne m'en est demeuré denier. » (Chapitre XI.) — La citation môme devait éclairer Tédi* teur.

J'ai restitué par conjecture cabuser, lilouter, fourber, qu'on lit au vers 1012 :

Mesmenient les bergiers des champs Me cabiaeni ores le mien !

De Laulnaye, dans son glossaire de Rabelais, cite le vers 3 de Patelin où il explique ingénieusement, mais arbitrairement, caàasser^ ramasser, entasser dans un cabas. Le Complément du dictionnaire de TAcadémie (Didot, 18^2) donne ccCabasser, voler, cacher, tromper, » agir de ruse. » Contre-sens et conjectures suggérées par cet endroit du Patelin manifestement corrompu, et affirmées sans hésitation, selon Tusage. Il suffit d'ouvrir Du Cange au mot Cabusare.

Du Guez, dans sa grammaire française rédigée vers 1530, pour les Anglais, explique fort bien Cabassbr, totrifle{f, 939).

Amasser, ramasser, ne peuvent pas se trouver ensemble à la rime. La leçon ravasser m'est fournie par la copie de M. de Honmerqué, faite sur un manuscrit du XVII* siècle, supposé de la main de Huet, et dont la trace est aujourd'hui perdue.

Rêvasser en français moderne; ravasser en vieux français; ravacher, suivant la prononciation picarde; rabâcher , prononciation gasconne adoptée de nos jours avec une acception particulière qui jadis appartenait à ravasser : « Et (le mari) Tescoute parler et se glorifie en » son fait et sa preudhomie, combien qu'à l'adventure » elle ne sçait qu'elle ravasse. » (12« des Quinze joies de mariai ge.)

V. 8. Mais on ne vous tient pas si saigo Des quatre pars comme on souloil.

Les quatre parts ou quatre quarts font l'unité, le tout. Dcy dans cette formule, eiiprime la manière. Ainsi sage des quatre parts signifie, sage aussi complètement que possible, d'une sagesse accomplie. Vous n'êtes pas aussi sage des quatre parts, c'est-à-dire, vous n'êtes pas du tout aussi sage.

Marot, dans son épltre au dauphin pour obtenir un congé de six mois :

Mais, monseigneur, ce que demander j*ose Des quatre parts n'est pas si grande chose.

N'est pas du tout une si grande affaire.

11 y a des éditions qui portent de quatre parts; cette leçon est aussi fréquente et aussi bonne que l'autre.

Il est curieux de retrouver encore cette expression au xvu' siècle, dans Pascal : « Si les médecins n'avoient des .» souliers et des mules, et que les docteurs n'eussent » des bonnets carrés et des robes trop amples de quatre >y parties, jamais il^ n'auroient dupé le monde. » {Pensées.)

Page 1